‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 16 sur 39 · SORRENTO · texte numérisé non relu

SORRENTO

Polyphéme, et au besoin l'imagination peut se figurer voir au lieu où nous avions débarqué , l'énorme ro« cher servant à fermer sa caverne. Les babitans affirment, de la meilleure foi, que dans les temps les plus reculés des géans ont existé sur ces rivages : les preuves qu'ils en donnent sont des squelettes ayant huit pieds de haut , et des crânes en proportion que Ion «1 retrouvés dans leurs tombeaux , et le récit de Thucydide , qui affirme que les aborigènes d une partie de la grande Grèce étaient des géans cannibales appelés Lestrigons et Çyclo'* pes. Voici donc les voyages d'Ulysse expliqués.

A son départ des ties éoliennes, après avoir laissé sa flotte dans une petite anse de Gapri, ne prenant qu'un seul vaisseau, il visita la côte de Surrenlum où il rencontra Polyphéme ; de là, rejoignant ses compagnons^ il fît voile du côté de Gaëte, où il trouva les Lestrifrons qui détruisirent sa flotte, ce qui le força d aborder dans Tlie de Circé.

Sur une montagne, à gauche du temple des Syrènes , sont les substructions d'un immense et magnifique temple de Gérés. Une villa moderne est bâtie sur ces ruines, où l'antiquaire trouve encore des voûtes , des cham-

bres et des ouvrages réticulaires eu brique. Dans la cuisine de cette villa est un puits qui communique , par un

en l'honneur de Lyparus , prince étranger , regardé par les babitans de Surrentum comme un bienfaiteur.

Entre les deux Marines de Sorrento, nommées la grande et la petite Marine, je vis une voûte grecque que l'on croit avoir formé l'entrée du sanctuaire d'un temple de Neptune. Ge sanctuaire est entier, sauf les incrustations qui sont dégradées; d'anciens corridors conduisent dans l'intérieur du temple. A côté, sur le même rivage, ou pour mieux dire dans la mer, l'on voit un fragment de fabrique en pierre et en brique , qui en a évidemment fait partie; un petit corridor bien conservé, cpioique à moitié rempli d'eau, conduit dans une vaste salle de bains circulaire ornée de peintures , que de la mer on aperçoit à travers une fente de la montagne. Au delà de cette salle en est une autre carrée, fort grande et parfaitement conservée, qui aurait fait partie d'un temple de Vénus ; on y peut entrer et en faire le tour en bateau.

A la gauche de la ville, et à la pointe du promontoire, sur ce rocher avancé dans la mer, et qui nous avait dérobé les rayons du soleil^ sont les ruines d'un édifice carré que l'on croit avoir été un temple consacré à Hercule. Il en reste de «n^osses masses d'ouvrases réticulaires , en partie couvertes par la mer, une terrasse pavée , des corridors recouverts en stuc, et quelques morceaux peints avec cette pourpre de Tyr

aqueduc souterrain , avec cette célèbre si prodiguée à Pompeï; tout cela se

piscine grecque qui fournissait l'eau à la ville et à la plaine de Surrentum. On a trouvé dans l'enceinte du temple de superbes colonnes de marbre cipolin , et plusieurs autres morceaux précieux d'architecture; sur un des côtés du quai ancien , maintenant recouvert par la mer, était un ouvrage en brique, que l'on croit être le monument élevé

voit sur le versant de la montagne ; derrière le temple sont des vestiges de la villa de Vedius Pollion , qui consistent en un pont, deux réservoirs pour les poissons , dans l'un desquels est une source, une cuisine avec ses fourneaux et ses foyers intacts, quelques chambres adjacentes^ probablement destinées aux esclaves, un pavé

en stuc et des murs réticulaires. Le réservoir dans lequel est la source, était destiné aux murènes, que Ion engraissait dans un mélange d'eau salée et deau douce. Auguste dînant chez PoUion , un esclave eut le malheur de briser un vase de cristal qui faisait partie d'une collection magnifique , et fut condamné à être jeté dans le réservoir pour servir de pâture aux murènes ; Auguste , indigné , suspendit l'exécution, et, faisant briser les autres vases , il ordonna de combler le réservoir.

Dans une anse derrière la ville , sont des fragmens considérables de corridors et d'arceaux, aujourd'hui nommés Portiglione^ mot composé deporto et de Icone ; d'après Taspect de leurs ruines, ces arceaux ayant sans doute formé l'entrée de cavernes appartenantes à un amphithéâtre. Ce qui confirme cette opinion^ c'est qu'en côtoyant la Marine de Paola , on retrouve les traces d'un mur réticulaire qui, à en juger par sa forme, parait avoir enfermé un cirque. On a dernièrement découvert, dans son enceinte, une colonne de marbre posée là comme un obélisque. Ce cirque aurait même été commun aux habitans de Surrentum et de Massa ; la premièi'e de ces villes s'étendant jusqu'à la villa de Pollion, et la seconde plus rapprochée de Portiglione.

Au delà , sur la pointe de la Campanella, était un temple de Minerve, bâti par Ulysse, s'il faut en croire Strabon et Sénèque. Mais ce temple, celui d'Apollon , et beaucoup d'autres, élevés sur ce rivage, sont aujourd'hui de niveau avec le sol ,. ou engloutis par la mer.

La ville de Sorrento, si souvent en butte aux tremblemens de terre, ou aux ravages de la guerre, a conservé fort peu

d'antiquités. Elle possédait cependant il y a fort peu de temps. une superbe statue égyptienne ; mais la partie supérieure ayant été volée, on n'en voit plus que le ])iédestal.

Deux inscriptions, aujourd'hui frustes^ étaient jadis sur la porte du Piano, Tune en l'honneur de Trajan , l'autre d'Antonin le Pieux. Il y en avait une troisième sous le portique de l'église de San Antonino , faisant mention d'un temple de Vénus. Dans un mur de cette église, est incrusté un vase de marbre de Paros , qui servait aux purifications. Dans l'intérieur, sont des colonnes , des sarcophages et des autels. A côté de l'église de San Bacolo est une petite portion du mur du Panthéon , et sur les fontaines quelques bas-reliefs représentant des dauphins, emblèmes d'un peuple naviîçateur.

D'autres bas-reliefs qui ont beaucoup souifert des ravages du temps , mais sont encore superbes, attirent les regards de l'antiquaire sur une voûte, dans un chemin conduisant à la cathédrale, qui évidemment a été construite sur les ruines d'un ancien temple , dont le parvis est resté. L'encadrement du portail principal est en marbre de Paros,, et les bas-reliefs qui les décorent représentent des grillons et des feuilles d'acanthe d'un travail exquis.

Ces bas-reliefs, ce portail, un autre latéral, et divers ornemens intérieurs, faisaient autrefois partie du temple d'Apollon.

Au delà de la porte du Piano , dans la rue Borgo, sont plusieurs antiquités qui méritent une mention particulière.

Entr'autres, la Piscine grecque réparée, en 1 60, par Antonin le Preux, et qui est parfaitement conservée. J'y remarquai une grande quantité d'ouvertures percées apparemment pour ventiler cet

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