SORRENTO
immense réservoir qui , encore aujourd'hui, alimente les puits de la ville et ceux du Piano. Cette eau excellente y est portée par un aqueduc. Sur la voûte de cette piscine est un jardin planté d'orangers , autour duquel sont des ruines d'un crypto-portique et d'une Naumacfaie aujourd'hui comblés de terre.
Plus loin, sur la route du village de Sant-AniellOf est l'emplacement d'un ancien temple, supposé de Vénus. On y voit des myrtes si gros, et par conséquent si anciens , qu'on peut , sans crainte, les croire contemporains du temple dans le parvis duquel ils sont plantés. Au bout d'une petite ruelle, tout auprès du couvent des Capucins, est encore une construction qui faisait partie d'un temple de Yesta.
Dans les rues de Sorrento j'ai vu des fragmens de pavé antique; quoique ses fortifications soient de construction moderne, .elles méritent de fixer l'attention , comme les premières qui aient été faites en Italie et dans la grande Grèce , pour recevoir des canons. - ,
Après avoir terminé ce cours d'antiquités, venez ^ me dit sir William, voir ce que je vous ai ménagé en dernier, comme une des choses les plus intéressantes ; et je me laissai entraîner devant une maison délicieusement située sur le versant d'une montagne; un buste mutilé en terre cuite est placé sur la façade de cette maison , berceau de Torquato Tasso et son patrimoine.
Assis en face de ce buste, j'écoutai avec une religieuse attention le récit de ses malheurs, que notre guide nous traça avec ce style animé qu'emploie ce peuple. « C'est ici que naquit l'illustre et malheureux auteur de \r Jérusalem délwrée; c'est là que, fuyant la ▼engeance d'un ancien protecteur, de- N.
venu son ennemi , il vint chercher un asile, et des consolations qui devaient rester sans efiet; au milieu des murs qui l'ont vu naître, il craint encore et le pouvoir d'Alphonse et les projets de ses ennemis ; sous un nom emprunté , sous un déguisement qui le cache à tous les yeux , il se montre un jour à sa sœur, et lui remet en secret une lettre, dont il est à la fois l'auteur et le porteur. Cornélie ouvre cette missive; effrayée du danger d'un frère qu'elle chérit, elle engage le messager à lui donner quelques détails. Le Tasse obéit. Passant légèrement sur les honneurs payés d'abord à son mérite à la cour du duc d'Esté , il arrive au moment où la sœur d'Alphonse, la belle Eléonore, lui inspire une passion funeste. Il révèle l'indiscrète confidence qu'il en fait à son meilleur ami , son indigne perfidie, la mort du traître et la vengeance d'un prince, qui, sous prétexte de le protéger contre les parens du mort, le retient à sa cour dans une longue et dure captivité. Ille peint ensuite errant et fugitif, sans amis, sans asile , sans ressources ; ce tableau, échappé à une âme brûlante, est tracé avec tant d'éloquence et de force, que sa malheureuse sœur le reconnaît et tombe sans connaissance dans ses bras.
C'est auprès d'elle qu'il a trouvé cet asile qu'il cherche, et ou il vit quelques années , obscur et dans le repos ; mais bientôt, poussé par un destin funeste, il sollicite son rappel en écrivant au duc , à Eléonore elle-même , des lettres auxquelles on ne daigne pas répondre. Enfin, au mépris des larmes de sa sœur et des instances de quelques amis fidèles , s'arrachant de leurs bras , il quitte Sorrento et revient à Ferrare , où il rentre en apparence dans les bonnes grâces d'Alphonse, à qui il réclame son manuscrit, qui lui
est refusé , sous le prétexte qu'affaiblie par le chagrin et le malheur, sa plume gâterait son ouTr<ige ! » L'orateur termina cette histoire par le récit de la mort du poëte le jour de son couronnement au Gapitoie.
La narration finie, nous entrâmes dans le salon , et nous vîmes un autre buste que Ton afBrme être celui de Bernardo Tasso, son père^ quoiqu'il soit plus probable qu'il représente un sénateur romain , la robe de peau de mouton dont on la revêtu, portée dans les premiers âges de la république , semble confirmer celte opinion. De ce salon le point de vue est magnifique^ il s'étend sur toute la baie de Naples ; mais la chambre où est né le Tasse s'est écroulée dans ]a mer, ( PI. 38 ).
Lorsque Bernardo vint , de la Haute Italie, s'établir à Sorrento, il fut tellement enchanté de la courtoisie des habitans , qu'il nomma x»e pays HAlbergo dellcL cortesta. Parlant ensuite de la beauté et de la bonté duelimat : « Sous ce ciel , dit-il , les hommes sont immortels. » Telle était à cet égard l'opinion des anciens , car le célèbre Galien recommandait l'air de Sorrento à tous ses malades , entre autres à Tempereur Antonin.
Il n'est aucun pays où la chaleur soit plus tempérée pendant l'été, et qui soit mieux abrité des vents d'est.
Dans cette plaine , qui s étend à trois milles, on voit des traces d*un ancien cratère ; il est entouré de rochers volcaniques et de scories qui attestent son existence. Le reste de la plaine n'est qu'une série de villes , de villages, de maisons de campagne et de vergers fertiles , dans lesquels le pin , le chêne, le noyer, le poirier, l'abricotier, vien-
nent pêle-mêle, et où le citronnier et l'oranger offrent à la fois et leurs fleurs et leurs fruits. Les Sorrentins sont fiers de la richesse de leur sol ; aussi leur écusson porte une couronne enlacée d'une guirlande de feuilles d'oranger.
Les jardins d'Alcinoùs , chantés par Homère, ne sont que la description de la ^plaine de Sorrento^ que l'on peut nommer jardin des Hespérides. Abritée à lest par le monte Sant-Angelo , le soleil ne parait sur cette plaine que trois quarts d'heure après son lever ; d'autres montagnes la garantissent du côté opposé, et , placée entre les deux golfes de Naples et de Saleme, elle est continuellement rafraîchie par une brise demer ; les arbres , toujours verts, n'oflren t jamais , même en hiver , l'image d'une végétation défaillante.
Cette plaine contient deux édifices modernes, l'un, la Filta Coreale^ admirée pour son bel escalier, l'autre la Cocumella^ ancien couvent des jésuites , qui , au delà de son vestibi^le , a une cour sous laquelle est construit un réservoir communiquant à la piscine grecque dont j'ai^parlé.
Sorrento contient environ trente mille habitans , qui ont conservé le caractère que leur donne Bernardo Tasso ; ils sont doux, hospitaliers, et surtout attachés à leurs foyers. Trois ou quatre générations habitent souvent le même toit, et il n'est pas rare de voir des individus de quatre-vingt-dix ans sans infirmités. Le bœuf, le veau, le porc , le beurre, le poisson et le miel y sont si éxcellens et si abondans, qu'on les exporte à Naples , où ils sont très*estimés. La propreté des habitans est en-> core à citer , et contribue à faire de ce pays un lieu de délices.
▼ÉSUTB.
Nous avions organisé une partie au Vésuve ou à la montagne, car c'est ainsi qu'à Naples on désigne ce volcan; il n'y avait pas de temps à perdre si nous voulions voir Téruption qui durait depuis plusieurs jours. Nous n'avions pas à sous tromper, ni à redouter la mésaventure arrivée h un Anglais peu de jours avant. Il attendait une éruption avec impatience, il en épiaitle moment ; il voit du feu sortir du cratère , c'est leruption pour laquelle il soupire ; il est ravi, il part, arrive à Résine, demande des avis au cicérone étonné qui lui répond en lui montrant le Vésuve tranquille et morne ; il reconnaît alors sa méprise ; daps son enthousiasme , il avait pris le lever de la lune pour une éruption. Ce phénomène a lieu aux équinoxes : à cette époque , elle semble effectivement surgir du milieu du cratère. Nous partîmes huit , le duc et la duchesse d'Anzio , quatre de leurs amis, paraai lesquels un abbé savant de profession , Edouard et moi s des domestiques suivaient avec des provisions pour préparer un repas que nous devions faire chez Termite , après notre fatigante exploration.
Pour quitter Naples, nous traversons Marinella^ portion de la ville qui s'étend autour du golfe ; à droite la mer, à gauche, une rangée de maisons auxquelles sont suspendues des guirlandes d'écorces d'oranges et de melons jaunes , qu'on garde pour Noël, et qui mûrissent à l'air. Ces maisons sont habitées par de pauvres pécheurs.
Nous dépassons le château des Carmes, la caserne de cavalerie , et nous voilà au pont de la Madeleine^ sur lequel s'élèvent les statues de San-Gennaro et de S. Antonio : nous sommes sortis de la ville ; la vue de la mer nous est dé-
robée ,par l'immense édifice des Graniliy construit sous Charles III ^ et qui offre une façade de quatre-vingt-sept fenêtres. Destiné à renfermer les approvisionnemens de la ville, il sert aujourd'hui de caserne pour l'infanterie. De cet édifice à la Torre deW Anunziata , l'ancienne Opionti , la route qui côtoie la mer n'est qu'une suite non interrompue d'habitations charmantes et de bourgs magnifiques : S.
Giovanni à Teduccio , Portici , Besina, la Torre del Greco. Toute cette côte est habitée dans la saison de la Mleg^ giatura , au printemps et en automne , par la noblesse de Naples.
Portici se distingue parmi ces bourgs; c'est le séjour royal ; le palais et le parc sont beaux ; la cour l'habite l'autonine, et, pendant son séjour, ce village devient le point central du luxe et du plaisir ; dans le mois d'octobre , la route est couverte d'une file continuelle de carosses , de cavalcades et de promeneurs à pied.
L'abbé me dit que son nom fut d'abord Portico , puis , par corruption , Portici, et que le palais fut construit en 1788, d'après les dessins du Romain Cannavari. Il est sur la voie publique qu'il enferme de manière à la faire servir de cour intérieure. Les voitures et les piétons le traversent entrant par une porte et sortant par l'autre , ce qui doit rendre cette habitation fort bruyante ; un tel mouvement m'a paru contraster d'une manière singulière avec le calme imposant qui devrait régner dans la demeure d'un roi. Portici a un petit port appelé le Granatello.
Immédiatement après le palais, vient Résina. Le prince de Salerne , oncle du roi , y possède une maison de plaisance dans laquelle est une salle dont le pavé
en marbre a appartenu à rim des palais de Tibère : dans une autre partie du bourgs on voit une caserne qu'on prétend avoir fait partie d'une résidence delà reine Jeanne.
Résina, Betina^ d'une antiquité aussi ancienne qu'Herculanum,fut en* sevelie sous les mêmes matières, le bourg actuel est bâti sur l'ancien. La lave sert de; base aux maisons , il a fallu la couper dans le vif pour y faire passer la route; cette lave se prolonge j usqu'à un mille en mer. Le duc me donnai t ces détails, à mesure que notre calèche nous entraînait rapidement ; enfin nous arrivâmes sur la petite phice où se tiennent les ciceroni et les ânes qui transportent les voyageurs. Â peine descendus de voiture , nous nous vîmes enveloppés parla foule; c'était à qui s'emparerait de nous, à qui crierait plus fort pour nous offrir ses services et nous faire prendre son âne ; on eût dit une sédition.
Le duc se chargea de nos accords. Je remarquai qu'il criait et gesticulait autaut que les ciceroni ; il me dit que c'était le seul moyen de ne pas être dupe, et que celui qui employerait ce que nous nommons les formes , ne retirerait de cette politesse que l'avantage d'être indignement trompé. Une demi-heure se perdit dcins le désordre de nos préparatifs. Enfin , notre caravane se mit en marche au bruit assourdissant des cris de joie de nos guides , qui ont une manière plaisante, mais sûre , de faire avancer leurs ânes sans se fatiguer à les battre ; depuis longtemps il est démontré que cet animal est porté par instinct à faire l'opposé de ce qu'on exige de lui , aussi les ciceroni les guident par la queue , et n'ont besoin que de tirer un peu de temps en temps pour les faire avancer avec une vitesse incroyable.
A peine dépasse-t-on les dernières maisons de Résina , que déjà l'on marche sur les laves dont la couleur noirâtre vient attrister la vue. Ici commence cette nature morte, ce principe de destruction qui tout d'un coup transforme un pays fertile et riant en un désert de la mort ; tout ici a quelque chose d'eftrâyant et de sinistre. Cependant l'œil se repose de temps en temps sur quelques portions de terrain qui n'ont pas encore été envahi es, ou qui, rendues par la succession des temps à l'agriculture, se recouvrent une autre fois d'arbres et de vignes , et paraissent autant d'oasis dans le désert. C'est dans ces parages que croît le vin de Lacriraa Christi si renommé. La cendre du volcan fertilise le cep et dédommage au moins des maux que parfois elle cause : le Vésuve vomit non du feu , mais de l'or , dit le Napolitain , et il a raison, c'est aux laves que ces environs doivent leur fertilité. Il est des endroits chargés de récoltes où l'on trouverait difficilement plus de deux ponces de terre : aussi nulle contrée ne possède dans un même espace autant de population que celle qui entoure la montagne. Elle est environnée d'habitations et de jardins, propriétés d'hommes qui oublient leur danger, en lâchant de tirer parti du sol. Ces hommes se familiarisent avec les plus grandes catastrophes ; une fois passées, ilsles oublient , et, l'éruption terminée, ils reviennent élever de nouveau leur maison Ji l'endroit même où une funeste expérience devrait les avertir de se tenir en garde.
Jusque-là notre excursion n'avait rien de très-fatigant ; nos montures , accoutumées à ce chemin , allaient d'elles seules ; nos guides , tantôt en avant, tantôt à côté de nous , nous fai-
S/na/Za t/éill' /^r^nùa^çiv a/ FtMUino. I CArmm tir /'/^mùnjtfr au Ft^^uvc.
Krrmi/tn/ifïo ///•/ Icsuoio. I /ùmiJ/tt/r r/tt Ffif///>f .
VESUVE.
saieot remarquer les laves auxquelles ils donnaient les dates qu'ils voulaient, certains que nous ne pourrions vérifier l'authenticité de leurs assertions.
Il est évident qu'il y en a qui reposent là depuis des siècles, mais on reconnaît aisément les plus récentes; elles ne laissent voir a leur superficie que des scories ferrugineuses, de la couleur et de la forme du mâchefer : au bout d'un siècle, cette calcina tion commence à n'être plus si aigre, elle se couVre d'abord de mousse qui se corrompt , se régénère et se change en poussière ; bientôt y paraissent le genêt, la lavande et d'autres végétaux , puis des arbustes qui deviennent des arbres, ou bien une autre lave vient recouvrir cette matière. Les vapeurs mofétiques , peut-être même les émanations électriques abondantes dans le voisinage des volcans , accélèrent-elles rac* croissement des plantes, en donnant de l'âme et de la force à la végétation ; il n'est pas douteux qu'il ne faille une immense suite de siècles pour convertir en terre des matières fondues et vitrifiés, et d'une si grande dureté. Mais les acides sulfureux et marins, qui s'élèvent en si grande abondance du sein des volcans, et qui ont la propriété d'attirer et de convertir en terre les laves et les basaltes , peuvent occasioner quelquefois une décomposition très-rapide dans les matières volcamsées, et, de stériles qu'elles étaient, elles deviennent alors un sol productif, le plus propre au développement des végétaux.
La route s'avance presque en ligne droite, de la ville, vers lie câté du cône -> qui regarde le nord, jusqu'à ce qu'elle arrive au Piano délie Gûiestre.
Ce Piano, jadis couvert d'arbustes toujours verte , de buissons et de ge- f nets, où souriait un printemps perpé- N.
tuel , n'est maintenant qu'une étendue déserte, où l'on ne voit que les surfaces écumeuses de vastes courans de lave , qui , en la sillonnant en tous sens, se sont croisés l'un sur l'autre, et sont venus s'y entasser en masse el former des coteaux . On emploie à peu près une heure pour y arriver, et le chemin d'où l'on aperçoit, à travers quelques jours, et parmi les vignes qui sont très-serrées, de belles vues de Naples et de ses environs, est rarement dépourvu d'intérêt.
C'est ainsi qu'èîi causant avec mon savant abbé, qui chevauchait à côté de moi , tandis que le duc, Edouard et la belle duchesse s'occupaient de tout autre chose, nou6 atteignîmes l'ermitage de San-Sahatore (PI. 89). Cet ermitage est sur une petite plateforme, à l'extrémité occidentale du faite des Cantcroni; il date probablement de i63i. L'édifice contient une chapelle etquelques chambres à l'usage d'un ermite qui n'est pas toujours un religieux, puisqu'il y a près de quarante ans, dit M. Valéry, un de ces ermites, mort très-vieux, était un ancien valet de chambre de madame de Pompadour.
Là, nous fîmes halte, et, grâce à notre prévoyance et aux soins de nos gens, nous eûmes en peu d'instans un excellent déjeuner, qui ranima nos forces et nous mit en état de poursuivre notre course. L'ermite nous présenta son livre , et nous satisfîmes à l'usage qui est d'y inscrire son nom.
' Une fois lestés , nous nous remîmes ' en route, laissant Termitage à gauche ; le cheinin suit en longeant la Somma , mamelon au nord de celui du Vésuve ( PI. 3g). Entre les deux montagnes est situé Vjétrio delCauallo^ ainsi nommé parce qu'avant i63o c'était l'endroit où l'on s'arrêtait. Ce terrain pro-
duisail alors des pLintes et des arbres , et même offrait un pâturage aux chevaux des voyageurs. Depuis cette époque , il n'est plus susceptible de culture. La route s'avance parmi deai masses informes vers un endroit situé à la base du cône , et n'est, pour ainsi dire , qu'un canal formé par deux courans de lave, des éruptions de 1821 et i8a2. A gauche se trouvent deux petits cônes, les seuls qui soient restés des six formés en 1820 : l'un des deux s'appelle le Cône de Gautrey^ nom qui lui a été légué par un malheureux Français, qui s'y précipita volontairement le 16 janvier 1821, et dont le Vésuve rejeta le corps quarante - huit heures après.
Nous mtmes pied h terre pour escalader la montagne. Leduc proposa à la duchesse de rester au pied, ne voulant pasqu'ellesedonnâtcettefatigue;raais, couraereuse autant que nous, elle s'y refusa. S'armant d'un bâton , et se cramponnant à une courroie passée en ceinture autour du corps de son cicérone , elle se mit à gravir la montagne.
Le terrain fuyait sous nos pas, et semblait nous repousser d'un séjour
point assez rapide pour que les hommes ne puissent fuir devant elle ; mais elle atteint, comme le temps, les imprudens qui , la voyant venir lourdement et silencieusement, s'imaginent qu'il est facile de lui échapper. Le vent se fait voir, par des tourbillons de flammes, dans le gouffre d'où sort la lave ; l'on sent que des fureurs étranges font trembler la terre sous les pas. Les rochers autour de la source de la lave sont couverts de soufre et de bitume , dont les couleurs cuivrées et verdâtres leur donnent un aspect si bigarré qu'on pourrait les nommer la mosaïque de l'enfer.
Tout ce qui entoure le volcan rappelle les descriptions des poètes. C'est là que l'on conçoit comment les hommes ont cru à l'existence d'un génie malfaisant qui contrariait les desseins de la Providence. On a du se demander, en contemplant un tel séjour, si la bonté seule présidait aux phénomènes de la création , ou bien si quelque principe caché forçait la nature comme l'homme à la férocité- Un silence profond règne en ce lieu pendant les courts intervalles où Ton n'en-
ennemi de tout ce qui a vie. Ici la tend point les gémissemens de l'atelier nature ne semble plus en relation avec infernal ; on n'y voit ni animal , ni inl'homme. Nous approchâmes du lieu secte (i), ni plante; un faible bruit de
où la lave coulait ; elle était d'une couleur sombre, la nuit elle est rouge; elle roule lentement ; on entend, quand elle approche, un petit bruit d'étincelles qui fait peur; il est léger, on dirait que la ruse se joint à la force ; elle arrive ainsi que le tigre , à pas comptés ,
la ville arrive à peine à votre oreille, et cause une douce émotion. La montagne de Somma qui, vue de Naples, parait aussi haute que le Vésuve , ne semble plus qu'une circonvallation autour de cette pyramide. Rien ne peut offrir un aspect plus sévère et plus
avance sans jamciis se hâter et sans terriblequela vallée qui les sépare, et
perdre un instant : si elle rencontre un c'est tout ce que l'imagination peut enmur élevé , un édifice qui s oppose à
son passage i^ elle s'arrête, elle amon- (i) On a cependant recaeiUi divers insectes aa
celle devant l'obstacle ses torrens noirs ^^^^^^ "^^^ ^^ ^^^^^^^' " «** ^f «^« ^'«P'^-
., ,. ^ quer autrement que parle vent le voyage de
et bitumineux , et l ensevelit enfan sous ^^ insectes à une aussi grande distance de tout
ses masses brûlantes. Sa marche n est végétal et à une hauteur de 3,6oo pieds.
VÈSU fanter de plus giganiesquement affreux.
A mi-côte est une espèce de corniche qui paraît ceindre la montagne dans son pourtour ; nous nous y arrêtâmes pour reprendre haleine. Nous étions harassés, l'eau ruisselai tdeuosfroDts.Yoyez, nous dit la duchesse, le plus beau paysage qu'il soit possible de voir ; en effet , à l'orient, le promontoire de Sorrento, les îles de Capri , Ischia , Procida, et puis une longue ligne de la mer azurée! au midi , le cap Misène, Pouzzoles, la côte de Pausilippe et ses collines qui s'avancent. Leur sommet couvert de bouquets de bois, d'églises, de villa!.... Le bleu foncé de l'atmosphère n'était altéré par quelques légers nuages d'une éclatante blancheur, que tout-à-fait à la ligne de l'horizon. Portici, les deuz.Torre, et enfin les Gamaldules, venaient terminer ce tableau par un parterre de fleurs. J'étais ravi, et je n'aurais pas pensé à abandonner de sitôt la place , si la voix du duc ne m'eût réveillé de mon extase : il nous fit nemarquer qu'un plus long séjour dans cet endroit pourrait nous devenir funeste, à cause de l'air presque froid qui nous frappait.
Plus nous approchions du sommet , plus le tçrrain s'échauffait. Nous ne pouvions gratter dans cette cendre , à l'épaisseur d'un pouce , que le sol ne devint d'une chaleur insupportable , il en sortait une fumée très-apparente.
Si nous frappions la terre, elle retentissait. Il m'arriva même de jeter une pierre un peu forte sur le sol , je causai un ébranlement sensible à environ quarante pieds à la ronde. C'était un bruit pareil à celui que l'on ferait en frappant une voûte ; cet effet cessa de nous surprendre lorsque, à quelques pas delà, nous vtmes que nous étions sur la voussure d'un goufire d'un mille