‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 18 sur 39 · VE · texte numérisé non relu

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de tour, et d'une centaine de pieds de profondeur, nous crûmes ne pouvoir rester là sans danger, quoique la présence d'une dame que nous y trouvâmes eût pu nous rassurer ; elle se promenait en caleçon sur le bord de cet enfer, et paraissait aussi tranquille que dans son cabinet d'étude; dès qu'elle nous aperçut elle laissa bien vite retomber sa robe , mais n'en continua pas moins sa périlleuse exploration. Son mari recueillait ses notes, qui devaient être fort originales , pour peu qu'elles fussent en harmonie avec le costume de l'auteur.

Nos guides nous firent rebrousser chemin , et nous nous dirigeâmes d'un côté qui semblait oOrir plus de sécurité. Tantôt nous enfoncions dans la cendre jusqu'aux genoux , tantôt une chute occasionée par des pierres roulant sous nos pasnous rejetait à dix pas. Nous entourions de nos soins la femme courageuse qui n'avait pas craint de s'associer à notre péril , car il y en avait un réel. L'éruption était apaisée en partie, mais elle pouvait revenir plus intense, un gouifre pouvait aussi^ s'ouvrant sur le chemin que nous avions à parcourir, opposer un obstacle invincible à notre retraite : nous recevions de temps en temps une petite grêle de pierres- ponces ; malgré cela nous parvînmes au sommet , et l'enthousiasme fut général.

Du cratère (PL 4o) sortait une fumée continuelle qui , prenant la forme d'un nuage , couvrait l'endroit où nous étions, et parfois nous cachait les uns aux autres. Poussé et dilaté par le vent de nord-est , le nuage s'étendait en larges bandes jusque sur Capri. Par intervallecettefumées'échappaitnoire, mêlée de feu, et ses jets s'élevaient en s'élargissant pendant quelques secondes, puis ils disparaissaient pour se re»

montrer à reprises inégales, sans que ces intervalles de repos durassent au . delà de cinq minutes.

Ce n'était pas seulement des flammes que nous apercevions, mais des nuées de pierres en feu qui , dans les fortes projections , retombaient perpendiculairement dans le cra tère, ou sur la pente delà montagne opposée à celle où nous étions. L examen de ces pierres ne nous présenta que des morceaux d^ lave raffermis et arrondis dans \\\ïv. Nous observâmes que chaque projection n'était pas toujours 'accompagnée d'une détonation, nous en comptâmes plusieurs qui se firent silencieusement , et furent suivies par d autres qui, sans être plus fortes, éclataient cependant avec un bruit pareil a celui d*une mine.

Quoique ce phénomène ne paraisse pas, de prime-abord, pouvoir se combiner avec la cause physique des explosions , cependant il est aisé d en Tenir à la démonstration. Le feu étant, par lui seul, insuffisant pour les produire, il faut recourir à un fluide élastique enveloppé dans la lave qu'il lance en se dégageant. Si ce fluide se dilate brusquement en faisant effort contre la lave, il y aura retentissement ; s'il agit avec lenteur, le bruit sera nul ou trèsfaible, bien que la projection soit forte. Il en est ainsi de l'air atmosphérique renfermé dans un tube entre deux bouchons ; que l'un de ces bouchons soitbrusquement poussé contre l'autre, ce dernier sortira avec détonation, et «era lancé à quelque distance ; que la même puissance agisse lentement et sans secousse, le bouchon partira s«ins bruit. Le fusil pneumatique en offre encore un exemple. Je fus curieux de jeter dans la lave un corps pesant. Je ramassai une pierre, elle rendit dans sa chute le son sourd qu'elle aurait fait entendre si elle eût frappé une terre

molle; elle y fit un trou, s'y plongea au tiers de son volume, et fut emportée par le courant. En une demi-minute elle avait parcouru un espace de douze pieds. Un de nous enfonça un bâton assez gros, arraché à un arbre le matin même, il prit feu comme aurait pu le faire une allumette. Nous avions apporté des moules à laide desquelles nous parvînmes à faire quelques médailles. Ces moules sont placées à l'extrémité de longues pincettes qui permettent de saisir la lave sans se brider, car on peut penser que la chaleur qui s'en exhale est intolérable. Les ciceroni font une sorte de médaille avec une pièce de monnaie incrustée dans un morceau de lave.

La lave débouchait par une issue assez étroite , mais elle allait en s'élargissant sur la pente de la montagne , où elle s'était subdivisée en petits ruisseaux , l'un desquels avait cessé de couler ; nous voulûmes essayer la solidité de ce plancher tout couvert de scories sans liaisons. Notre pied éprou* va de la résistance, sans cependant pouvoir s arrêter avec solidité, tant cette matière était mouvante; la chaleur nous le fît bien vite retirer; nos souliers étaient à moitié brûlés. Sous ces matières solides il en coulait de fluides , et celles-ci étaient du feu ! nous l'apercevions au travers des crevasses. Ces ruisseaux, en coulant, charient de grosses plaques qui, se froissant les unes contre les autres, rendent un son semblable à celui de débris de verre. Il ne nous restait plus qu'à aller observer un phénomène curieux ; c'était une petite grotte voûtée, d'où la lave s'échappait jaillissante; ses bords étaient formés d'incrustations blanches, vertes et azurées, et son intérieur couvert de très-petits cristaux de sel et de stalactites, le tout bigarré de

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