VES
taches d'un yerl brillant; son conlour pouvait être de vingt-trois pieds, et ses parois presque verticales, de quatre pieds et demi. Le fond en était assez uni , sauf de petites ondulations causées par deux couransqui s'y croisaient et s'y réunissaient pour sortir par un côté. Sa couleur était entre le rou^e et le jaune, et contrastait admirablement avec celle de la voûte.
n en sortait une fumée ondoyante qui , portant dans les airs des reflets ardens, formait une lueur incandescente qu'on apercevait dans les ténèbres à une assez grande distance.
Toutes les fois que cette vapeur mon* tait verticalement dans un air calme, il était impossible d'observer ce qui se passait au fond de la grotte; mais s'il s'élevait un souffle de vent qui la fît incliner d'un côté ^ en se transportant à l'autre, on pouvait satisfaire sa curiosité.
Il fallait redescendre; la nuit étant arrivée , nos guides allumèrent les torches dont ils s'étaient munis, et nous quittâmesle Vésuve, non par le chemin pénible par lequel nous lavions gravi, mais par un chemin de cendres et de £:rav:er qui mène en ligne droite jusqu'au bas du cône où nous avions laissé nos montures. La descente s'opère en peu de minutes ; car les cendres sont profondes , et il n'y a point de pierres , de sorte qu'on peut courir d'une manière sûre.
Ces torches, jetant leur éclat sur des amas sombres de lave, produisent un effet sauvage et pittoresque, surtout si la société est nombreuse comme était la nôtre : c'est un spectacle neuf et peu commun.
Nous avions besoin de repos. Le duc
voulut absolument que nous allassions
passer la nuit dans sa villa, située
entre Portici et S. Giovanni. Tout
était disposé pour nous recevoir avec luxe, et avec cette franche cordialité qui sait faire oublier la date d'une liaison , en vous traitant comme d'anciens amis.
Nous arrivâmes à cette villa par une belle et longue avenue , ombragée de superbes chênes verts et de myrtes fort gros , ornée à l'entrée de quatre statues de marbre, qui malheureusement ont le nez cassé; cour extérieure grande, petit parterre et jardin à la française, dans lequel on voit de petites fontaines, de petites statues , et de grandes charmilles ; la cour intérieure est entourée d'un péristyle garni de bustes antiques ; dans les galeries immenses du palais , tout est magnifique ; plafonds peints à fresque, tableaux précieux parmi lesquels sont mêlés quelques portraits de famille.
La belle duchesse d'Anzio est Italienne, et, comme telle, piquante, pleine d'aménité; elle eut la bonté de s'occuper de nous avec sollicitude; elle nous désigna nos appartemens , dans lesquels tout respirait le luxe et labondance; à coup sûr si notre premier père eût rencontré ce paradis il n'eût plus regretté celui dont on l'avait chassé ; elle nous mena ensuite dans les étages supérieurs, et nous fit remarquer la vue charmante que Ion découvre de toutes les fenêtres ; nous vîmes alors que la mer n'est qu'à dix p«is de cette délicieuse demeure; on n'en est séparé que par un bosquet d'orangers. Nous descendîmes ensuite dans la salle à manger, ou l'on avait servi un souper qui fut aussi gai que délicatement servi. La nuit était avancée , malheureusement , il fallut nous séparer ; chacun gagna sa chambre et se disposa à passer une bonne nuit ; au moment où j'allais m'endormir je vis entrer chez^ moi
l'abbé, un inanuscrit à la main, dans lequel il avait classé par ordre loutes les éruptions du Vésuve. « Cela vous intéressera, me dit-il, demain on se lèvera tard, vous le lirez avant déjeuner;» là dessus il me souhaita le bon soir , je m'endormis content de ma journée et bénissant le ciel de m'avoir inspiré l'idée de faire un voyage en lUlie.
Le lendemain , étendu dans une bonne bergère « Poltrona » , a^ant en face de ma fenêtre cet imposant Vésuve, je lus le manuscrit delabbé, que je transcris^
Le Vésuve a subi tant de variations dans sa hauteur et dans la forme de son cratère , quil devient très-diflicile d'en donner une idée exacte.
Cependant il passe généralement pour avoir plus de 600 toises au-dessus du niveau de la mer.
.L'antiquité fournit peu dénotions sur cette montagne, et même de tout ce que les Anciens nous ont dit, il résulte quelques incertitudes sur le lieu auquel ils avaient donné ce nom. Quelques-uns feraient soupçonner qu'ils désignaient ainsi un autre volcan situé dans les champs phlégréens, aujourd'hui la Solfatara, près de Pouzzoles. Cependant Diodore, Strabon. et Pline s'accordent entre eux et indiquent, en parlant du Vésuve, la montagne que nous connaissons sous ce nom.
On ne trouve rien dans l'histoire des premiers temps de l'Italie qùi«dutorise à croire que le Vésuve se Tût déjh rendu célèbre par ses incendies et ses éruptions. Le premier qui en parle
est Diodore de Sicile, qui vivait sous Auguste , vingt-cinq ans avant Jésus- Christ. Il dit qu'il avait vomi du feu dans les temps passés, comme l'Etna ,
et qu'il conservait encore des vestiges d'anciennes éruptions.
Strabon s'explique d'une manière plus circonstanciée. Après avoir fait la description d'Herculanum, de Pompéï et d'autres villes voisines, il cijoute qu'au-dessus de ces villes est situé le Vésuve, montagne très-fertile, à l'exception de son sommet qui semble recouvert de cendres ; une grande partie de ce sommet, plat et stérile, contient des cavernes remplies de pierres d*une couleur foncée, comme si elles avaient été brûlées et calcinées parle feu, d'où l'on pourrait conjecturer que ces lieux ont été autrefois enflammés, et qu'il j avait dans cet endroit un volcan qui n'a cessé que lorsque les matières inflammables ont été consumées.
Il est à supposer que les nombreux habitans des villes voisines vivaient en grande sécurité, bien éloignés de supposer qu'un élément dangereux minât en dessous d eux le sol qu'ils foulaient, et que, des entrailles de cette montagne alors si tranquille , des torrens de feu fussent à la veille de s'élancer, pour les envelopper dans une destruction générale.
Le premier signe que le volcan donna de son existence, fut un tremblement de terre en l'an 63. Les secousses effrayèrent les habitans , les chassèrent de leurs demeures et firent écrouler plusieurs villes et villages situés à la base du cône. Cependant cette convulsion cessée et la terreur disparue, les habitans revinrent et réparèrent leurs maisons. Sénèque nous fait la description de cet événement :
« Pompél, cette ville célèbre de la Campanie , près de laquelle le rivage de Surrentum et de Stabia d'un côté, et celui d'Herculanum de l'autre, for-
VESUVE,
inaieDi, par leur réunion et leur en-foncement, un golfe agréable, vient d être ruinée et ses environs fort maltraités par Un tremblement de terre en hiver, c'est-à-dire dans une saison que nos ancêtres croyaient exemple des périls de cette nature. La Campanie, qui n'avait jamais été sans alarme, mais qui au moins s'était trouvée sans atteinte jusqu'alors, fut en grande partie ravagée par ces violentes secousses du globe. Une )>arlie d*Herculanum a été détruite; la colonie de Nuceria a été endommagée. La ville de Naples a essuyé des perles plutôt particulières que publiques, et a été légèrement éprouvée par ce redoutable fléau. Plusieurs maisons de campagne sur la cime des montagnes ont ressenti des secousses sans effet. On ajoute qu'un troupeau de six cents moutons a été étouffé, que des statues ont été brisées, et qu'après cet événement funeste , on vit errer dans les campagnes des hommes privés de connaissance et de sens. »
Seize ans d'une tranquillité trompeuse s'écoulèrent, après lesquelles la montagne déploya de nouveau son activité effrayante. Pline le jeune a décrit, avec des détails très-<;irconstanciés et infiniment curieux , cette érup* lion affreuse qui laissa après elle des souvenir} ineffaçables.
Dans une lettre à Tacite, il commence par raconter la mort de son oncle qui, dans cette éruption, périt victime de son courage. Il était,, à^ Misène, commandant lailotteromaine« Curieux d'observer dé près un aussi terrible phénomène, et de porter du secours aux malheureux menacés de la mort, il monte sur un vaisseau, traverse le golfe et se fait conduire à Stabia ; partout règne la terreur et la confusion , on fuit de tous côtés. Pline ,
cependant, pour rassurer son ami Pomponianus , chez lequel il était descendu , se livre au sommeil ; mais, réveillé par le tumulte, il est forcé de fuir jusqu'au rivage où, trouvant la mer trop agitée pour s'embarquer, il s'arrête, demande de l'eau, et se couche sur un drap qu'il fait étendre; bientôt des flammes qui parurent plus grandes et une odeur de soufre qui annonçait leur approche, mirent en fuite ceux qui l'accompagnaient ; il se lève appuyé sur deux serviteurs qui ne l'avaient point abandonné, et dans le moment il tombe mort : trois jours après, on retrouva au même endroit son corps entier couvert de la robe qu'il avait quand il mourut , et dans la position d'un homme qui repose.
Dans une seconde lettre, Pline continue ainsi , pour répondre à Tacite qui lui avaitdemandé des détails plus circonstanciés :
« Après que mon oncle fut parti, je continuai l'étude qui m'avait empêché de le suivre. Je pris le bain , je soupai,jemecouchai, et dormis peu, et d'un sommeil fort interrompu. Pendant plu sieurs jours, un tremblementde terre s'était fait sentir, et nous avait moins effrayés, parce que la Campanie y est sujette. Il redoubla pendant cette nuit avec tant de violence, qu'on eût dit que tout était, non pas a^ité, mais renversé. Ma mère entra brusquement dans ma chambre, et trouva que je me levais, dans le dessein de l'éveiller si ell^e eut été endormie. Nous nous as- .segfqps dans la cour, qui ne sépare le bâtiment davec la mer que par un fort petit espace. Comme je n'avais que dix-huit ans, je ne sais si je dois appeler fermeté ou imprudence ce que je fis : je demandai Ti te-Li ve ; je me mis aie lire, et je continuai à l'extraire, ainsi que j'aurais pu faire dans le plus
grand calme. Un ami de mon oncle surrient; il était nourellement arrivé d'Espagne pour le voir. Dès qu*il nous aperçoit, ma mère et moi , assis, moi un livre à la main, il nous reproche, a elle sa tranquillité , à moi ma confiance. Je n'en levai pas les yeux de dessus mon livre. Il était déjà sept heures du matin , et il ne paraissait encore qu'une lumière faible , comme une espèce de crépuscule. Alors les bâtimens furent ébranlés avec de si fortes secousses qu'il n'y eut plus de sûreté à demeurer dans un lieu, à la vérité découvert, mais fort étroit. Nous prenons le parti de quitter là ville : le peuple épouvanté nous suit en foule , nous presse , nous pousse ; et ce qui , dans la frayeur, tient lieu de prudence, chacuD ne croit rien de plus sûr que ce qu'il voit faire aux autres. Après que nous fûmes sortis de la ville, nous nous arrêtons ; et là , nouveaux prodiges , nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions emmenées avec nous étaient à tout moment si agitées, quoique dans un chemin très-uni, qu'on ne pouvait, même en les appuyant avec de grosses pierres, les arrêter en une place. La mer semblait se renverser sur elle-même , et être comme chassée du rivage par Tébranlement delà terre. Le rivage en efiet était devenu plus spacieux, et se trouvait rempli de diilérens poissons demeurés à sec sur le sable. A l'opposite , une nue noire et horrible, d'où sortaient des feux qui s'élançaient en serpentant, s'ouvrait et laissait échapper de longues fusées semblables à des éclairs, mais qui étaient beaucoup plus grandes. Alors l'ami dont je viens .d« parler revint une seconde fois et plus vivement à la charge. Si votre frère, si votre oncle est vivant, nous dit-il, il souhaite sans doute que vous vous sauviez, et s'il est mort, il a
souhaité que vous lui surviviez. Qu'attendez-vous donc? pourquoi ne vous sauvez-vous pas? Nous lui répondîmes, que nous ne pouvions songer à notre sûreté pendant que nous étions incertains du sort de mon oncle. L'Espagnol part sans tarder davantage , et cherche son salut dans une fuite précipitée.
Presque aussitôt la nue tombe à terre, et couvre les mers : elle dérobait à nos yeux l'tle de Capri , qu'elle enveloppait, et nous faisait perdre de vue le promontoire de Misène. Ma mère me conjure» me presse, m'ordonne de me sauver, de quelque manière que ce soit ; elle me remontre que cela est facile à mon- âge ; et que pour elle , chargée d'années et d'embonpoint , elle ne le pouvait faire; qu'elle mourrait contente si elle n'était point cause de ma mort. Je lui déclare qu'il n'y avait de salut pour moi qu'avec elle ; je lui prends la main, et je l'oblige à doubler le pas : elle le fait avec peine , et se reproche de me retarder. La cendre commençait à tomber sur nous, quoiqu'en petite quantité. Je tourne la tête, et j'anerçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suivait, en se répandant sur la terre comme un torrent. Pendant que nous voyons encore, quittons le grand chemin, dis-je à ma mère , de peur qu'en le suivant la foule de ceux qui marchent sur nos pas ne nous étoufle dans les ténèbres. A peine nous étions-nous écartés , qu'elles augmentèrent de telle sorte, qu'on eut cru être , non pas dans une de ces nuits noires , et sans lune , mais dans une chambre où toutes les lumières auraien t été éteintes. Vous n'eussiez entendu que plaintes de femmes , que gémissemens d'enfans, que cris d'hommes.
L'un appelait son père , l'autre son fils, l'autre sa femme ; ils ne se reconnaissaient qu'à la voix. Celui-là déplorait
YÉSUVE.
son malbeur, celui-ci le sort de ses proches. Il s'en trouvai ta qui la crainte de la mort faisait invoquer la mort même. Plusieurs imploraient le secours des dieux ; plusieurs croyaient qu'il ny en avait plus, et comptaient que cette nuit était la dernière et Téternelle nuit, dans laquelle le monde devait être enseveli. On' ne manquait pas même de gens qui augmentaient la crainte raisonnable et juste par des terreurs imaginaires et chimériques.
Ils disaient qu'à Misène ceci était tombé, que cela brûlait ; et la frayeur donnait du poids à leur mensonge. Il parut une lueur qui nous annonçait , non le retour du jour , mais l'approche du feu qui nous menaçait, il s'arrêta pourtant loin de nous. L'obscurité revient, et la pluie de cendres recommence, et plus forte et plus épaisse.
Nous étions réduits h nous lever de temps en temps pour secouer fios habits, sans cela elle nous eut accablés et engloutis. Je pourrais me vanter qu'au milieu d'aussi affreux dangers, il nem'écbappa ni plainte, ni faiblesse-, mais j'étais soutenu par cette consolation peu raisonnable, quoique naturelle à l'homme, de croire que tout l'univers périsTsait avec moi. Enfin cette épaisse et noire vapeur se dissipa peu à peu , et se perdit tout-à-fait, comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après parut le jour, et le soleil même, jaunâtre pourtant, et tel qu'il a coutume de luire dans une éclipse. Tout se montrait changé à nos yeux troublés encore; et nous ne trouvions rien qui ne fût caché sous des monceaux de cendres , comme sous de la neige.
« De retour h Misène, après nous être un peu refaits de la fatigue , nous passons dans une cruelle incertitude de notre sort une nuit partagée entre la crainte et l'espérance ; mais la crainte N.
était la plus forte ; car le tremi>lement de terre continuait, etheaiicoup degcna, dans un esprit égaré, se plaisaient à ag^ graver leurs maux et ceux des autre* par des prédictions effrayantes. Cependant, malgré tout ce que nous avions souffert et ce que noiis avions encore à craindre , nous n'eûmes pas la ipoindre pensée de nous retirer , que nous n'eussions eu des nouvelles de mon oncle.
Vous ne lirez pas ce récit pour l'écrire , car il nemjérite pas d'entrer dans votre histoire; et vous n'imputerez qu'à vous-même, qui l'avez exigé, si vous n'y trouvez rien qui soit digne même d'une lettre. Adieu. »
Un siècle après, Plutarque ajoute encore à ces détails , et , cinquante ans plus tard, Dion Gassius, y mêlant le récit d'histoires merveilleuses et de fables , créées et répétées par le peuple , dit qu'une grande disette s'ensuivit, que des tremblemens de terre ébranlèrent le pays, et furent accompagnés de bruits horribles; tant sous terre que dans l'atmosphère la mer rugissait , et l'on entendit des éclats affreux, comme si des montagnes se déchiraient; d'énormes pierres furent lancées , ainsi que des masses de feu et de fumée , de sorte que l'air en était obscurci , et le soleil avait disparu comme pendant une éclipse. Des amas de cendres couvrirent la terre et la mer , détruisirent tout, et ensevelirent deux villes entières, Herculanum et Pompeï, au moment où le peuple se trouvait au théâtre.
Les cendres furent portées jusques en Afrique , en Syrie et en Egypte , et elles occasionèrent une grande terreur à Rome , où l'air en fut tellement chargé , qu'on ne vit pas le soleil pendant toute une journée*
Gallien et Eutrope en parlent dans le même sens.
6a L'ITALIE
A ces dt^scri plions de la première
éruptions nous ajouterons un abrégé sommaire de celles qui ont suivi. En général , elles ont entre elles de grandes ressemblances , mais aucune n a produit d aussi grands effets. Nous ne nous étendrons particulièrement que sur les plus remarquables par leurs ravages ou par des phénomènes singuliers.
Nous faisons précéder ce sommaire de leur tableau chronologique. lEn voici les dates :
5ia
io36
iiSg
i5oo
Leruplion de 47^ a été citée par Sigonius dans son histoire de TEmpire d'Occident; il prétend que l'Europe entière fut couverte de cendres fines , et qu'il en tomba à Constantinople , où elles causèrent une grande surprise, et produisirent même quelques alarmes.
Outre le mal que celle de 998 fit à plusieurs villes d'Italie, elle brûla Rome en plusieurs endroits , et mit le feu à la cathédrale de Saint-Pierre. On fit des supplications à 1 apôtre pour implorer sou aide, afin de préserver l'édifice, et l'on prétend que le feu s'éteignit de suite.
La septième commença le aj février io36. Un moine du mont Gassin en donne une description qui fait croire qu'elle dut être considérable , puisqu'il dit que les flancs de la mon-
tagne 5 entr'ouvrirent et qu'il en sortit un torrent de matières liquides qui s'étendit jusqu'à la mer.
C'est la première fois , dit le père Délia Torre, qu'il est fait mention de lave et de matière liquéfiée, et il en conclut, que, jusque-là, le Vésuve n'avait vomi que des cendres et de la poussière . Le cardinal Damiano parle de la croyance qui commença à se répandre que des esprits infernaux étaient renfermés dans cette montagne.
L'éruption de i5oo n'avait pas été forte et avait principalement consisté en une pluie de cendres , aussi les cultures avaient-elles recommencé autour du Vésuve ; on dit même que toute la plaine était couverte de pâturages.
La base du cône avait environ trois lieues de tour, et il s'élevait à trois cent cinquante pas géométriques audessus de cette plaine, couverte de chênes , de tilleuls et autres arbres , et dans laquelle étaient trois étangs ; l'un rempli d'une eau chaude et amère , un second d'une eau également chaude, mais douce, et le troisième d'une eau plus salée que celle de la mer. Â la vérité, en 1537 et i538, de nombreuses secousses de tremblemens de terre s'étaient fait sentir le long de la côte de Baïa , même le 28 septembre 1 538 , il se forma une crevasse près de Tri pergola , village fameux pour ses bains , et à un mille environ de Pouzzoles. Une colline de forme conique , de plus de quatre cents pieds de baut, et d'une base à peu près d'un mille et demi de circonférence, s'éleva de l'abtme dans lequel fut englouti le village, et en occupa la place ; cependant on ne cite pas ce fait comme éruption du Vésuve.
En i63i des secousses de tremblemens de terre précédèrent la treizième éruption , une des plus formidables dont on ait conservé la mémoire. Les
VESUVE.
])ijils des environs se desséchèrent. Le . 16 décembre, au roilieu de la nuit, on ressentit dans les environs de la montagne de violentes secousses qui durèrent presque sans interruption jusque vers le matin, qu'on vit une immense colonne de fumée s'élever noire et épaissednnslesnirs, et prendrela forme d'un pin (i), tel que le décrit Pline, dans 1 éruption de 79. Une nuit obscure enveloppa le golfe ; une pluie de cendre et de sable couvrit au loin les environs ; le tonnerre retentit du fond de cette masse, et l'obscurité ne fut dissipée par intervalles que par la clarté des éclairs et les globes de feu que lançait labime.
Ces convulsions se terminèrent par une explosion. La montagne couvrit du côté de S.-Giovauni-à-Teduccio, un torrent de lave en sortit et se divisa en sept branches, brûlant des jardins^ des vignes et des villes. Porlici et Résina furent détruits, et la lave, roulant ses flots enflammés à la mer, entraîna avec elle une partie des deux Terre ; une des branches se dirigea vers la Madonna dell' Arco. Ce pays , si riche, n'ofiVit plus que les restes d'un vaste incendie. A ces torrens de feu , succédèrent des torrens d'une eau bouillante qui, sortant des flancs de la montagne, entraînèrent du sable et des cendres, et dévastèrent ce que le feu avait épargné. Un tremblement de terre, dont les effets se firent ressentir à Naples, où des édifices furent renversés, vint encore augmenter la frayeur des habitans, et compléter cette scène d'horreur. Ces torrens d'eau cessèrent , mais ce fut pour recommencer quelques jours après avec plus de violence.
Qu'ils provinssent des pluies tombées
(i)Lp Pin Parasol, fort commun en Italie. /'. PI. 44.
en abondance les jours précédens , ou que celte eau eut été pompée dans la mer , et rejetée par le cratère , c'est une opinion incertaine. Ce qui a pu faire nattre cette dernière supposition y c'est l'agitation extraordinaire qu'on remarqua dans le golfe, et comme il est rare qu'une opinion, même absurde , ne rencontre pas des partisans, à Naples beaucoup de personnes affirmèrent avoir vu dans ces eaux de l'algue marine, et des poissons morts. Ce ne fut que le 2 5 février que l'éruption cessa , après avoir duré soixante-dix jours.
Le nombre des victimes fut considérable. L'abbé Braccini fait monter à trois mille les individus qui y périrent, d'autres auteurs vont jusqu'à dix mille. Cinq cents personnes , qui se rendaient en procession vers Torre del Greco , furent noyées.
Ce fut en 1787 qu'eut lieu la vingtdeuxième, observée par Don Francesco Serrao, premier médecin du roi de Naples, qui en donne une description, dont voici l'abrégé :
Le Vésuve fumait depuis sept ans.
D'après l'opinion généralement admise parmi les observateurs , que lorsqu'il jette de la fumée on doit peu craindre une éruption, on était dans la plus grande sécurité. Le i4 et le i5 mai , cette fumée se montra accompagnée de flammes ; elle augmenta considéniblement dans la nuit; alors le volcan commença à lancer des pierres ardentes, et l'embrasement continua plusieurs jours , paraissant tirer son activité d'une quantité prodigieuse de soufre , dont le sommet de la montagne était couvert.
Le 20 , la violence de l'incendie avait augmenté, au point qu'on voyait en plein jour la flamme s'élever au-dessus du cratère. Vers le soir sa fureur redoubla, et continua jusqu'au lende?-
LITALIE.
main , qu'une explosion épouvantable acheva d'inspirer la terreur aux villages d'alentour.
Sur le soir, on aperçut une crevasse dans la montagne, et le volcan vomit des flammes par cette nouvelle bouche ; mais, telle fut l'activité du feu et la quantité des matières embrasées , qui bouillonnaitdans le gouffre, que l'on ne vit point de diminution dans la gerbe de flamme qui jaillissait du cratère.
Cette matière paraissait enveloppée d'une vapeur sombre, sillonnée sans cesse par des éclairs d'un rouge ardent ; tandis que la lave, débouchant par la crevasse, se précipitait sur Résina.
Un moment le torrent parut ralentir sa course; le rouge des matières en fusion commençait à perdre un peu de son éclat, et l'espoir d'un calme prochain remplaçait la terreur. Cependant la masse de la gerbe supérieure ne diminuait pas , le retentissement ne cessait point, et l'air mugissait toujours avec la même fureur. A onze heures , la crevasse recommença à vomir de nouvelles matières ; les flammes et la fumée en sortirent avec plus de violence; elle jeta des pierres, ce qu'elle n'avait pas encore fait. Le torrent reprit son cours avec plus de rapidité; la montagne paraissait en feu, tant à cause des flammes , que par un effet de réverbération sur les tourbillons de fumée qui les environnaient. On l'entendit éclater avec fracas , comme si elle se fût abîmée sur elle-même ; et , peuplant quelque temps elle tonna de la sorte sans discontinuer. Les secousses étaient aussi épouvantables que fréquentes ; ce fut alors que tous ceux qui s'étaient obstinés à rester chez eux en furent arrachés par la frayeur; chacun fuyait avec horreur des lieux que le feu et la terre à la fois menaçaient d'engloutir.
La lave accumulée se frayant plusieurs routes , le feu se communiqua à une forêt de genêts qui couvrait une portion de la montagne , et la réduisit en cendres, ainsi que toutes les plantations sur son chemin. Le torrent, qui d'abord avait coulé vers l'orient , changea de direction et menaça la Torredel Greco. Une seconde branche prit sa direction à l'occident vers un pont du chemin royal , entre la chapelle del Purgatono et le couvent des Capucins. Aesserrée entre les arches de ce pont , elle combla une vallée , et s'élevant sans cesse par 1 abondance des matières, elle pénétra dans la chapelle du couvent des Capucins où elle consuma tout ce qui s'y trouvait.
Forcée de se frayer un nouveau passage, elle se jeta sur le couvent, mit le feu à une petite porte et pénétra dans l'intérieur où elle s'arrêta. Le reste du torrent grossissant toujours et surmontant tous les obstacles, s'éleva jusqu'à la hauteur des cellules des religieux, inonda une partie du réfectoire et de la sacristie, et s'avança jusques au bord de la mer. Ce torrent de feu avait 3,8oo toises de long,i 5o piedsdelarge et a4de hauteur.
Trois jours après, on entendit une explosion très-forte , tles foudres volcaniques sillonnèrent l'atmosphère, mais le feu parut perdre de son intensité. L'incendie alla toujours en décroissant jusqu'au ag, qu'il parut éteint. Cependant la fumée continuait toujours noire et épaisse. Les 5 et 6 juin , après une pluie abondante, cette fumée devint blanche, et répandit dans les environs une odeur suffocante de soufre, qui endommagea les arbres à plus de six cents pas à la ronde.
Une seconde pluie qui tomba quelques jours après, sur les laves encore ardentes, et les 6t fumer de nouveau ,
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VESUVE
ne produisit pas, comme la première fois, cette vapeur sulfureuse, mais il s'en exhala une odeur infecte, qui occasionait de violentes douleurs de tête. Ces laves parurent embrasées jusqu'au a5, que leur surface devint noire, et pendant plus d'un mois , elles conservèrent encore assez de chaleur pour mettre le. feu à un bâton qu'on j enfonçait. Serrao évalue la quantité de matières. sorties du volcan, pendant ces vin£;t-deux jours, à 3i9,658, i6i pieds cubes , équivalant à une lieue et demie carrée , ou bien à une montagne dont toutes les dimensions seraient égales , et auraient six cent quatrevingt-trois pieds.
Le Vésuve se reposa quatorze ans , jusqu'en 1761 , qu'eut lieu sa vingttroisième éruption ( PL 4i }• Le a;^ octobre , à cinq heures du matin , on entendit de fortes explosions du côté de Bosco-Reale ; le lendemain on ressentit à Massa et à Naples des secousses de tremblement de terre , enfin le 25 , les flancs de la montagne s'entr'ouvrirent avec fracas du côté de Bosco-tre-Case.
L'ancienne lave fut soulevée, et un torrent de matières liquides descendit dans la plaine et roula d'abord vers ce village , puis changeant de route , se dirigea vers le Mauro , traversant une distance de quatre milles , ou deux lieues, en huit heures, et dévastant tout sur son chemin. Elle combla un vallon d'une largeur de quarante pieds , et d'une profondeur de soixante-cinq. Six mois après, celte masse de lave avait encore une chaleur violente et insupportable , et il s'en exhalait une vapeur de soufre et de vitriol qui ôtait la respiration.
Le a décembre 1754 9 commença la vingt-quatrième éruption, elle dura six ans. Le Vésuve vomit presque continuellement des laves. En 1760, il
s'ouvrit au pied delà montagne, douze bouches à feu , avec des éclats semblables à des décharges d artillerie ; la lave, après avoir parcouru quatre à cinq cents toises, s'arrêta le 23 décembre ; le 28 , un autre ruisseau prit son cours sur la Torre , et le lendemain s'arrêta à douze pas de la mer ; mais les émissions de fumée et de pierres ne cessèrent que le 7 janvier.
; Celte éruption répandit dans l'at mosphère une vapeur si meurtrière que la plupart de ceux qui la respiraient périssaient en peu de jours. Les cadavres se couvraient de taches pourprées, et l'autopsie découvrait le poumon et le ventricule droit du cœur prodigieusement gonflés par la quantité de sang qui s'y était porté, à peu près de la même manière que chez les personnes asphixiées par la vapeur du charbon.
Le chevalier Hamilton a fait la description de l'éruption de 1767; en voici l'abrégé :
Il s'était formé, dans une petite plaine ressemblant à la Solfatara , un monticule de la hauteur de i85 pieds , qui servait de cheminée principale au volcan. Du sommet de ce monticule ^ jaillissait une fumée noire et si épaisse, qu'elle ne paraissait sortir qu'avec difficulté : on voyait les nuages s'élever les uns sur les autres eu mouvement spiral et rapide, et à tout moment de grosses pierres étaient lancées à une hauteur considérable. Cette colonne de fumée fut portée jusques à Capri.
Déjà la lave étciit parvenue au vallon^ lorsque la nuit vint encore ajouter son obscurité à cette scène d'horreur. Une violente détonation se fit entendre, et, lorsque le jour parut, on découvrit que la montagne s'était ouverte depuis le sommet jusqu'à son milieu, et que , de cette nouvelle bouche sortait une
fontaine de feu liquide qui s'élera k plusieurs pieds de hauteur, la terre tremblait, et il tombait une grêle de pierres ponces. En un instant, des nuages de fumée noire et de cendres causèrent une obscurité presque totale, les explosions ressemblaient au tonnerre le plus violent , et lodeur de soufre était excessiyement forte. En un peu moins de deux heures , la lave avait déjà couvert trois milles de chemin ; elle avait cependant près d'une lieue de largeur , sur 70 pieds d'épaisseur.
Le roi et la cour furent obligés de quitter Portici ; dans le moment ou le dé* part s effectua , le bruit était déjà considérablement augmenté, et la percussion de Tair tellement violente , que nonseulement des portes et des fenêtres dans le palais en furent enfoncées, mais encore une porte fermée à clef s'ouvrit avec fracas. Les mêmes accidens eurent lieu àNaples. Outre ces explosions trèsfréquentes , on entendit dans la nuit un bruit souterrain et violent qui dura cinq heures; peut-être était-il causé par la lave qui avait rencontré quelques dépôts d eau de pluie dans les entrailles de la montagne , et le combat entre ces deux élémens, produisait ces sifflemens et ces bruits extraordinaires.
On ne saurait donner une idée de la confusion de cette nuit dans Naples.
La retraite précipitée du roi vint encore augmenter les alarmes. Toutes les églises furent ouvertes et remplies de monde ; on ne rencontrait que processions dans les rues. Le lendemain 20, il fut impossible déjuger de l'état du Vésuve , à cause des cendres et de la fumée qui le dérobaient aux yeux. Le soleil avait la même teinte que lorsqu'on le regarde à travers un verre noirci ; il plut des cendres toute la journée.
Le 2 1 fut plus tranquille , mais le
laves coulaient toujours avec vivacité.
Portici fut alors dans un danger véritable , la lave n'en étant éloignée que d'un mille et demi ; heureusement elle changea de direction ^ et , vers la nuit, elle se ralentit.
Le 2.2, le bruit recommença mais avec encore plus de violence 1 on s'attendait à chaque instant à quelque événement sinistre. Les cendres pleuvaient dans Naples en si grande abondance, que l'on fut obligé de se servir de parapluies. Les toits des maisons et les balcons en furent couverts , ainsi que des vaisseaux à Vingt lieues en mer. Le 24, tout cessa.
Cette éruption fut courte , maid violente; la lave tomba dans le chemin creux âejhsso grande j et, quoique ce chemin n'eût pas moins de :&oo pieds de profondeur et 100 de largeur, il fut comblé en cet endroit. « Je n'aurais jamais cru, ajoute sir Hamilton, qu'une si grande quantité de matières eiit pu se répandre en aussi peu de temps , Si je n'en avais été témoin. >
Le jour suivant, il n'y eut qu'une grande quantité d'éclairs qui s'échappaient d'une colonne de fumée noire, et qui étaient accompagnés de tonnerres. On vit aussi une autre espèce de météore qui ressemblait k ce qu'on appelle des étoiles tombantes, et l'on remarqua que les cendres qui se répandirent dans la dernière journée, étaient presque aussi blanches que la neige.
Si, de 1767 à 1779, ^® Vésuve ne de reposa pas, du moins n'offrit-il rien de remarquable jusques au mois de juillet que commencèrent à se manifester les premiers symptômes d'une éruption très^forte* Denon l'ayant décrite comme témoin oculaire , je ne crois pouvoir mieui faire que de don-*
VE9UYB.
lier ici la narration qu'il nous en a laisrée.
Lé jet de feu fut de plus de i8,odo pieds»
t .k ••.Danslesdemiersjoûrêdejuilletf le feu se manifesta d'une manière plus décidée t il ft'outrit une bouehe au sommet qui lança quelques pierreë, et d'où sortit une lave qui commença à l'entrée de la nuit) et qui en deux heures arait déjà fait un demi-mille.
Cette lave descendit le lendemain jusque dans la yallée de Somma ^ cessa ^ et s'éteignit le jour d'après.
Le 3 d'août^ deUx heures avant la kiuit, la montagne fit entendre un grand bruit intérieur, et à la nuit on en aperçut le flanc couvert de quatre ou cinq ruisseaux de lave qui partaient des petites ouvertures qui s'étaient faites à la partie d'Ottajano , aux deux tiers de la hauteur de la mtHitagne.
Le 4 » à deux heures après midi , il sortit du cratère une grande colonne de fumée qui s'éleva très-haut. Le soir le sommet jetait une lueur sombre, la lave en sortit de nouveau avec tant d'abondance, qu'elle eut bientôt atteint celle qui sortait par le flanc , et en ferma leâ ouvertures <
» Le 5 f à la nuit ^ la montagne était tout en feu $ il n'y avait ni nuage ni fumée : une gerbe de feu qui partait du cratère s'élevait en ligne perpendiculaire à une hauteur extraordinaire* La lave qui s'épanchait au pied de la gerbe coulait depuis le sommet jusque dans la vallée de Somma , et s'y partageait : une partie tournait du côté d'Ottajano, l'autre prenait la toute de l'ermitage et de Résina , de qui traçait une route en terrasse diversement colorée depuis le bas de l'estarpement de la montagne jusqu'au sommet. La vapeur embrasée qui sortait de ce torrent reflétait sur la montagne 9 sur les campagnes des en-*
virons, et en faisait uU tableau aussi brillaut que Ceux que nous avons de la fameuse éruption de 1 767. Le 6, la gerbe s'abaissa presque absolument ; la lave cessa d'aTanoer, et se décolora presque entièrement*
» La journée du 7 la montagne fut Assez tranquille; cependant le soir, entre onze heures et minuit , la lave commença de nouveau à couler t il vint un gros nuage orageux qui^ en s'ap^ prochant de la montagne , fit l'efiet de la barre de fer que l'on approche du tube électrisé , il couvrait la montagne d'aigrettes et d'éclairs sillonnans. La lave, qui avaitcoulé^ colorait d'un rouge ténébreux le dessous du nuage , et la gerbe du sommet éclairait des nuages supérieurs de couleur de sang , ce qui commença à effrayer les habitans de Naples. Le 8 , au matin , la lave avait cessé , mais le feu du cratère annonçait une grande fermentation intérieure. A l'entrée de la nuit la bouche lança de grosses pierres enflammées qui roulaient du haut de la montagne jusques en bas. On entendait une rumeur qtii annonçai t de grands événemens : efieetivement , à une heure de nuit , la gerbe devint considérable ; le calme était parfait; il n'y avait pas un nuage dans l'air : le feu de la montagne, par la nuit la plus obscure ^ éclairait à lire sur le môle. Le bruit avait diminué, lorsque tout à coup il s'élança dans l'air une fumée noire à laquelle le feu suc^ céda ; la montagne s'ouvrit au sommet du côté de Somma ; la bouche devint immense , et il s'en éleva une colonne de matière fluide, de fumée et de pierres enflammées , qui formèrent Un6 gerbe de feu de dix-huit mille pieds d'élévation, selon le calcul de tous les géomètres; ce qu'il est facile de véri-* fier 5 la hauteur de la gerbe ayant plus de trois fois le diamètre de sa basé , qui
était l-espace du Vésuve au sommet de la montagne avec à peu près les mêmes la «Somma, c'est-à-dire plus de six mille formes qu'auparavant, mais couverte pieds. Jamais spectacle plus grand et de feu, qui dura la. moitié de la plus étonnant; jamais convulsion de nuit. Ce spectacle avait été si exla nature plus effrayante, suivie d'effets traordinaire , qu'à peine cessé il parut moins funestes, au-dessus de toutes un rêve à ceux qui en avaient été descriptions ; la peinture même ne les plus froids spectateurs. Le lendepeut y arriver. La plus faible imitation main on apprit les dégâts de la veille ; paraîtra toujours incroyable à qui ne Ottajano écrasé et à moitié brûlé , des
l'aura pas vu. La colonne de fumée, bien qu'elle se dirigeât sur Ottajano^ était si élevée, quelle paraissait couvrir Naples. En un instant la montagne, ne parut plus qu'un globe de feu , et bientôt après disparut dans la vapeur. Des foudres coupaient dans tous les sens la gerbe de feu et la colonne de fumée.
La pluie de feu était devenue si considérable, que le sommet de la montagne semblait avoir été lancé en l'air.
Des pierres grosses comme des tonneaux , quoiqu'elles ne s'élevassent pas à beaucoup près autant que les autres, étaient vingt-cinq secondes à retomber dans la vallée de Somma , qui en paraissait toute comblée. Les broussailles de la Somma et le bois d'Ottajano s'enflammèrent tout à coup , soit par l'ardeur du feu , soit par les foudres qui n'étaient produites que par l'éruption, soit par la quantité de pierres enflammées qui y tombaient. Cet incendie jeta la consternation, et bientôt l'épouvante, en faisant connaître le danger d'un phénomène dont lefTet allait toujours en augmentant. La populace s'abandonna à tout l'effroi dont elle est susceptible; on entendait des cris de toutes parts.. Le chemin de Portici se trouva couvert de tous les habitans de Résina, Torre del Grecoet dell'Annunziata, qui portaient leurs enfans, et ce qu'ils avaient de plus précieux ; et tout cela se passa dans l'espace de vingt-huit minutes quedura l'éruption, qui finit tout-à-coup , et laissa revoir
hommes tués, d'autres blessés, et.dixhuit pouces de cendres, ponces et pierres sur la surface de la terre ; en suivantla direction du vent , des pierres et des cendres .portées à cinquante milles. On en a envoyé de Grotta Miiiarda et de Monte Fusco , du poids de deux onces.
» Le lendemain 9, la montagne était tranquille ; mais cependant l'éruption recommença, la lave coula avec moins d'abondance , mais la gerbe de feu s'élevait tout autant. Comme c'était le jour , et qu'on ne voyait pas de feu, qu'on n'entendait pas le bruit, cela ne causa aucune frayeur. Le soir fut calme.
Le mardi 10, il plut tout le jour, et on ne vit presque pas la montagne. Le mercredi 1 1 , à une heure après midi , il y eut même événement que le 9 , et même sensation. Lèvent, chassant toujours à l'Est], a empêché chaque jour que la cendre et les pierres ne vinssent porter l'effroi à Naples:
. » Le la au matin, la montagne fit un grand bruit.
> Le 1 3, tout parut éteint, de manière que la montagne ne donna aucune apparence de feu. Le soir on aperçut de nouveau, dans les nuages qui se promenaient sur le sommet , le reflet du feu intérieur du cratère ; et le 1 4 on voyait sortir de la fumée noire. »
Je passe sous silence l'éruption de 1786, me contentant de dire que la lave forma une cataracte de feu en se précipitant de 60 pieds dans le Fosso
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VESUVE.
Faraone, où elle détruisit une petite chopelle. J'arrive enfin à rhorrible catastrophe de 1794* ( PI* 4^* )
Le 12 juin, Terre del Greco ressentit un TÎolent tremblement de terre , les secousses en. furent répétées trois fois, chacune de plusieurs minutes; elles causèrent une consternation générale; chacun quittant sa maison, chercha un refuge dans son jardin ou sur le rivage de la mer. La nuit se passa en conti* nuelles a]armes4 avec le jour commencèrent des processions d'hommes , de femmes et denfans.qui , pieds nus, se rendaient à Naples , implorant la protection de saint Janvier. Les deux journées suivantes furent horribles , l'air était brûlant, chargé de vapeurs , et de temps en temps il s'obscurcissait tout à coup ; dans ces mêmes momens, on ressentait, de légères secousses de tremblement, accompagnées d'un bruit sourd. ; Le dimanche, Ton entendit comme une décharge prolongée de coups de canon. Ce bruit partit , non du sommet , mais du milieu de la montagne qui s'ouvrit à l'occident. Cette explosion fit trembler les maisons de la Torre del Greço, située à cinq milles seulement du nouveau cratère, doù s'élançait une colonne de fumée qui s'élevait à une grande hauteur, prenant la forme d'un pin. Tantôt cette colonne s'apercevait très-distinctement, tantôt les cendres en dérobaient la vue. Elle croissait en intensité jusqu'à ce que la pesanteur des matières qui la composaient la forçAt de retomber sur elle-même. Cependant des torrens de lave enflammée roulaient de la montagne dans deux directions $ l'un d'environ un mille de largeur, prenant son cours sur Résina ; l'autre sur la Torre, *ville d'environ dix-huit mille âmes , qui clevint la proie de cette lave. Les hal>itans furent obligés de chercher leur
refuge h Naples. Ek)fin, après trois heures de dévastation, elle se jeta dans la mer, où elle forma un rocher d'environ un tiers de mille carré, et d'une épaisseur de i5 à 16 pieds.
L'éclat qu'elle jetait s'apercevait de Naples.
La branche , qui coulait dans la direction de Résina, en arrivant aux portes de la ville , se divisa en trois ; l'une prit son cours du côté du couvent des Franciscains, la seconde du côté de la place , et la troisième menaça la Torre. Tout le terrain parcouru par cette lave resta couvert d'une couche de i5 à 20 pieds d'épaisseur : elle sembla respecter pendant quelque temps quelques édifices, tels que le palais Brancaccio, l'église des marins, et le couvent des Franciscains ; mais ils finirent par devenir la proie des flammes.
Un vieillard et cinq femmes , qui s'étaient réfugiés dans le couvent , furent contraints à chercher leur salut dans ime fuite précipitée. Le palais Caracciolo brûla , ainsi que beaucoup d'autres maisons dans le voisinage de Résina. Le 16 juin, l'air fut tellement obscurci, qu'on n'apercevait plus la montagne. Heureusement le feu s'arrêta, et Résina fut sauvée.
Celte éruption donna lieu à un phé* nomène extraordinaire. Le 16 juin, l'on aperçut à Pienza , près Sienne en Toscane , un nuage sur l'horizon dans la direction du S.-E., qui est celle du Vésuve ; de ce nuage sortit un bruit semblable à celui d'une batterie de canons, puis il s'enflamma, et une pluie de pierres tomba à quatre lieues à la ronde ; ces pierres étaient volcaniques, d'une couleur grisâtre.
Le8 juillet tout était terminé. Le 12, le cratère avait un mille et un quart de circonférence intérieure ; le cône était . tronqué et en plan incliné.
En i8o4« il y eut une éruption assez faible ( planche 4^). M. de Ghoteaubrianfc se trouTant au commencement de Tannée à Maples , eut la curiosité de faire une course au Yésurci Voici la description qu'il nous en a donnée :
» Aujourd'hui 5 janvier, je suis parti de Naples à sept heures du matin ; me voilà à Porticié Le soleil est dégagé des
à-fait semblable il des mouflsea desséchées.
» Suivant le chemin à gauche^ et laissant à droite le cône du volcan , j'arrive au pied d'un coteau ou plutôt d'un mur formé de la lave qui a recouvert Herculanum. Cette espèce de muraille est plantée de vignes sur la lisière de la plaine, et son revers ofire une vallée
nuages du levant, mais la tête du Vé- profonde occupée par un taillis* Le suve est toujours dans le brouillard. Je froid devient très^piquant.
fais marché avec un cicérone pour me conduire au cratère du volcan. Il me fournit deux mules , une pour lui , une pour moi t nous partons.
» Je commence à monter par un chemin assez large 9 entre deux champs de vignes appuyées sur des peupliers. Je m'avance droit au levant d'hiver. J'a* perçois , un peu au-dessus des vapeurs descendues dans la moyenne région de Fair, la cime de quelques arbres : ce sont les ormeaux de l'ermitage. De pauvres habitations de vignerons se montrent à droite et h gauche > au milieudes riches cepsduZocrima-C/imfi*.
Au reste ^ partout une terre brûlée, des vignes dépouillées entremêlées de
» Je gravis cette colline pour me rendre à l'ermitage que Ton aperçoit de l'autre côté. Le ciel s'abaisse ^ les nuages volent sur la terre cotnme une fumée grisâtre, Ou comme ded <îendres chassées par le vent. Je commence à etitendre le murmure des ormeaux de l'ermitage.
» L'ermite est sorti pour me recevoir.
Il a pris la bride de ma mule, et j'ai mis pied à terre. Cet ermite est un grand homme de bonne mine ^ et d'une physionomie ouverte. Il m'a fait entrer dans sa Cellule ; il a dressé le couvert , et m'a servi un pain , des pommes et des œufs. Il s'est assis devant moi, les deux coudes ap-
pins en forme de parasols , quelques puyés sur la table , et a causé tranquil-
àloès dans les baies, d'innombrables pierres roulantes, pas un oiseau.
» J'arrive au premier plateau de la montagne. Une plaine nue s'étend devant moi. J'entrevois les deux têtes du Vésuve ; à gauche la Somma , à droite la bouche actuelle du volcati t ces deux têtes sont enveloppées de nuages p4les.
Je m'avance. D'un côté la Somma s'abaisse ; de l'autre je commence à distinguer les ravines tracées dans le cône du volcan^ que je vais bientôt gravir.
La lave de 1766 et de ijf 6g couvre la plaine où je marche. C'est un désert enfumé où les laves , jetées comme des scories de forge, présentent sur un fond noir leur écume blanchâtre , tout^
lement tandis qUe je déjeunais. Les huages s'étaient formés de toutes parts autour de nous ; on ne pouvait distinguer aucun objet par la fenêtre de l'ermitage. On n'oyait dans ce gouffre de vapeurs que le sifflement du vent et le bruit lointain de la mer sur les côtes d'Herculanum : scène paisible de l'hospitalité chrétienne, placée dans une petite cellule au pied d'uû volcan ^ et au milieu d'une tempête !
» L^ermite m'a présenté le livre oùles étrangers ont coutume de noter quel-<que chose. Dans ce livre^ je n'ai pas trouvé une pensée qui méritât d'être retenue ; les Français , avec ce bon goût naturel à leur nation , se sont contentés
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J'csuifio. J'^ruuonr t/e/ iâo4.. Vt-suve . Eruffipn t/^ iâo4.
VESUVE.
de mettre la date de leur passage , ou de faire l'éloge de rérmite. Ce Tolcan n'a donc inspiré rien de remarquable aux voyageurs ; cela me confirme dans une idée que j'ai depuis long<»temps .
les très-grands sujets, comme les trèsgrands objets, sont peu propres à faire nattre les grandes pensées ; leur grandeur étant, pour ainsi dire, en évidence , tout ce qu'on ajoute au delà du fait ne sert qu'à le rapetisser. Le nascitut ridiculus mus est vrai de tou-» tes les montagnes.
ft Je pars de l'ermitage à deux heures et demie ; je remonte sur le coteau de laves que j'avais déjà franchi : à ma gauche eat la vallée qui me sépare de la Sohtma^ à tna droite, la plaine du cône. Je marche ebm'élcvant surTaréte du coteau. Je n'ai trouvé dans cet horrible lieu , pour toute créature vivante, qu'une pauvre jeune fille , maigre , jaune , demi«-nue , et succombant sous un fardeau de bois coupé dans la montagne
Arrivammo ad iina landi Gbe dal rao letto t>^ni piftbla rimove.
Lo apazzo cr un* arena a rida e spetsa
BoTra (utto* T sabbion d' «n cadcr lentd Come di neve io Âlpe UDza Yento»
» Les nuages s'enir 'ouvrent mainte^ nant sur quelques points; je découvre subitement, et par intervalles, Portici^ Caprée, Ischia, le Pausilippe, lamer parsemée des voiles blanches des pécheurs, et la côte du golfe de Naples « bordée d'orangers : c'est le Paradis vu de l'Enfer.
» Je touche au pied du cône | nous quittons nos mules ; mon guide me donne un long bâton , et nous commençons à gravir l'énorme monceau de cendres. Les nuages se referment, le brouillard s'épaissit , et l'obscurité redouble.
» Me voilà au haut du Vésuve, écrivant assis à la bouche du volcan , et prêt à descendre au fond de son cratère.
» Les nuages ne me laissent plus rien ^^ soleil se montre de temps en temps voir; lèvent soufflant de bas en haut, ^ travers le voile de vapeurs qui en vê-
les chasse du plateau noir que je do« mine, et les fait passer sur la chaussée délaves que je parcours : je n'entends que le bruit des pas de ma mule.
» Je quitte le coteau , je tourne à droite et redescends dans cette plaine délave qui aboutit au cône du volcan, et que j'ai traversée plus bas, en montant à l'ermitage. Même en présence de ces débris calcinés , l'imagination se représente à peine ces champs de feu et de métaux fondus , au moment des éruptions du Vésuve. Le Dante les avait l>eut-être vus , lorsqu'il a peint dans son Enfer ces sables brûlans où des flammes étemelles descendent lentement et en silence , come di neve in ^Ipe senta vento :
loppe toute la montagne. Cet accident, qui me cache un des plus beaux paysa* ges de la terre , sert à redoubler l'horreur de ce lieu. Le Vésuve, séparé par les nuages des pays enchantés qui sont à sa base , a l'air d'être ainsi placé dans le plus profond des déserts, et l'espèce de terreur qu'il inspire n'est point afikiblie par le spectacle d'une ville florissante à ses pieds.
» Je propose à mon guide de descen* dre dans le cratère; il fait quelque diiHculté, pour obtenir un peu plus d'argent. Nous convenons d'une somme qu'il veut avoir sur-le-champ. Je la lui donne. Il dépouille son habit; nous marchons quelque temps sur les bords de l'abîme, pour trouver une ligne noins perpendiculaire et plus facile à
descendre. Le guide s arrête et m'aver^ à leurs extrémités , comme des palmes
tit de me préparer. Nous allons nous et des feuilles d'acantbe. La matière
précipiter. volcanique, refroidie sur les rocs vifs
» Nous voilà au fond du goutTre (i). autour desquels elle a coulé , forme çà
Je désespère de pouvoir peindre ce et là des rosaces, des girandoles, des
chaos. * rubans ; elle affecte aussi des figures
» Qu'on se figure un bassin d'un de plantes et d'animaux, et imite les
mille de tour et de trois cents pieds d'é- dessins variés que l'on découvre dans
lévation , qui va s'élargissant en forme dentonnoir. Ses bords ou ses parois intérieurs sont sillonnés par le fluide de feu que ce bassin a conlenu , et qu'il a versé au dehors. Les parties saillantes de ces sillons ressemblent aux jambages de briques dont les Romains appuyaient leurs énormes maçonneries.
Des rochers sont suspendus dans quelques parties du contour , et leurs débris , mêlés à une pâte de cendres , recouvrent l'abîme.
» Ce fond du bassin est labouré de
les agates. J ai remarqué sur un rocher bleuâtre un cygne de lave blanche parfaitement modelé; vous eussiez juré voir ce bel oiseau dormant sur une eau paisible, la tête cachée sous son aile, et son long cou alongé sur son dos comme un rouleau de soie*
Ad vada Meandri concioit albai olor.
» Je retrouve ici ce silence absolu que j'ai observé autrefois, à midi, dans les forêts de l'Amérique, lorsque, retenant mon haleine , je n'entendais que le bruit de mes artères dans mes tempes
différentes manières. A peu près au mi- Çt le battement de mon cœur. Quelquelieu^ sont creusés trois puits ou petites fois seulement des bouffées de vent ,
bouches nouvellement ouvertes , et qui vomirent des flammes pendant le séjour des Français à Naples, en 1798.
» Des fumées transpirent à travers les pores du gouffre, surtout du côté de la Torre del Greco. Dans le flanc opposé, vers Caserte , j'aperçois une flamme.
Quand vous enfoncez la main dans les cendres , vous les trouvez brûlantes à quelques pouces de profondeur sous la surface.
I» La couleur générale du gouffre est celle d'un charbon éteint. Mais lanature sait répandre des grâces jusque sur les objets les plus horribles. La lave en
tombant du haut du cône au fond du cratère, mugissent dans mes vétemens ousifllent dans mon bâton; j'entends aussi rouler quelques pierres que mon guide fait fuir sous ses pas , en gravissant les cendres. Un écho confus, semblable au frémissement du métal ou du verre ^ prolonge le bruit de la chute , et puis toutse tait. Comparez ce silence de mort aux détonations épouvantables qui ébranlaient ces mêmes lieux, lorsque le volcan vomissait le feu de ses entrailles, et couvrait la terre de ténèbres.
» On peut faire ici des réflexions phi-
quelques endroits est peinte d'azur, losopbiques, et prendre en pitié les
choses humaines. Qu'est-ce en effet que ces révolutions si fameuses des empires , auprès de ces accidens de la nature, qui changent la face de la terre et des mers? Heureux du moins , si les hommes n'employaient pas à se tourmenter mutuellement le peu de jours
d'outre-mer, de jaune et d'orangé. Des blocs de granit, tourmentés et tordus par l'action du feu, se sont recourbés
(i) Il n'y a que de la fatigue et peu de danger a descendre dans le cralèrc du Vésuve. Il faudrait avoir le malhuar d'y élre surpris par une éruption. Les dernières éruptions ont changé la forme du cône.
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qu'ils ont à passer ensemble ! Le Vésuve n'a pas ouvert une seule fois ses abîmes pour dévorer les cités , que ses fureurs n'aient surpris les peuples au milieu du sang ou des larmes. Quels sont les premiers signes de civilisation, les premières marques du passage des hommes que l'on a retrouvés souis les cendres éteintes du volcan? Des instru* mens de supplice, des squelettes enchatoés.
B Les temps varient , et les destinées humaines ont la même inconstance.
• La vie , dit la cbanson grecque ,yài£ comme la roue d'un char, »
Tpoxpç ap|jucTOc yàp oca
» Pline a perdu la vie pour avoir voulu contempler deloin le volcan dans le cratère duquel je suis tranquillement assis. Je regarde fumer l'abtme autour de moi. Je songe qu'à quelques toises
VESUVE. 73
La portion du cratère faisant face à Torre del Greco, ne cessa de vomir du feu; lorsque la lave s'interrompait, l'intensité de la fumée augmentait, pour diminuer lorsque la lave recommençait à couler. Le aa, à midi, une colonne de fumée s'éleva à une hauteur démesurée , s'étendant en forme de parapluie ( planche 44 )- ^^^ ruisseaux de lave descendirent sur Résina , menaçant Portici ; d'autres se dirigèrent sur Bosco- tre-Case , dépassant la lave de i8io. Le aS, ils s'arrêtèrent, à l'exception d'un , dans la direction du Mauro. Des pluies de sable obscurcirent l'air au point de forcer les babitans à allumer des lampes dans le jour. La montagne était complètement enveloppée de vapeur et de fumée. Enfin, le 27, des torrens d'eau transporté* rent les cendres et inondèrent les pays voisins. La commotionfut'siforte,etrair atmosphérique était tellement chargé
de profondeurj'ai un gouffre de feu sous d'électricité, qu'il en sortait fréquem-
mes pieds , je songe que le volcan pourrait s'ouvrir, et me lancer en l'air avec ces quartiers de marbre fracassés. »
En 1820, huit bouches s'ouvrirent à la fois et devinrent autant de cratères, deux dans l'intérieur du cône principal, et six à l'extérieur. En 182a (planche 4^ ) , une neuvième se forma encore, et bientôt un torrent de feu se dirigea sur Résina , en passant sur la lave de 1810. Cette année il y eut deux éruptions , ou plutôt celle de janvier ne fut que le prélude de celle d'octobre. Le ao de ce mois, on ressentit des secousses de tremblement de terre. Le 2 1 , la lave bouillonna et se précipita en deux courans^sur Résina; à minuit, d'énormes gerbes de feu jaillirent dans les airs à plus de 2000 pieds, tandis que des pluies de cendres chaudes effrayèrent les habitans de Bosco«tre-Gase et d'Ottajano.
ment des éclairs suivis de détonations très-fortes , qui paraissaient avoir un caractère diflérent de celui qu'on observe pendant les orages; elles n'avaient ni écho , ni prolongation ; les foudres en étaient faibles, on les voyait serpenter au milieu d'une fumée trèsdense, et tracer rapidement un sillon de feu, en décrivant par divers angles quatre ou cinq portions de ligne droite. Ces effets se montraient dans Naples à la foule des curieux , qui , à minuit, montés sur les terrasses de leurs maisons, contemplaient ces scènes d'borreur. La nature était en combustion.
Des pluies de cendres eurent lieu par deux fois et à un intervalle de huit jours. La première , elles étaient'rouges , la seconde blanches. A la Torre dell'Annunziata, les propriétaires durent avoir le soin de balayer d'heure
en beure les terrasses de leurs maisons , tant la cendre tombait épaisse ; cependant aucune frayeur ne se manifesta dans Naples ; il n'en fut pas de même à Torre del Greco : dans ce malheureux village, plus exposé qu'un autre, les habitans se tiennent toujours prêts à la fuite à chaque éruption un peu considérable , aussi émigrèrent-ils. Le cra** tère changea de forme du côté du sud et perdit quelques centaines de pieds de sa hauteur. Les côtés de T^st et de l'ouest furent éleyés d'à peu près deux cents pieds. La profondeur du cratère fut de huit cents pieds.
£n mars 1827 , un petit cône, formé ^u fond du goui&e , jeta un peu de laye et continua ainsi jusqu'en i83o ayec plus ou moins de force , de telle «orte que, vers la fin de l'année, il i^ombla le grand cratère , que même il dépassa de vingt-cinq toises; une ^ammebleue et brillante parut quelque* fois s'étepdre sur un espace de plusieurs pieds au fond , elle y restait quelques secondes , tandis que les scories et les pierres étaient roulées de côté et d'au-i ire* Cette flamme s'éteignait subite-^ ment, et tout ce qui avait été en mou«> vement était lancé dans les airs avec un bruit éclatant. En novembre, l'éruption devint très-violente, et des ruisseaux de feu sortirent de la base de ce cône ; cinq autres plus petits se formèrent , couverts de toutes les nuances de bleu^ de jaune et de vert , ils jettaient tous de la scorie fondue , accompagnée d'une vapeur épaisse et jaunâtre. Vers le milieu de janvier i83i , la lave était entièrement refroidie, et trois des nouveaux cônes, ainsi que l'ancien, con* servèrent leur activité. Le i4 août , on ressentit un tremblement de terre à Résina , et le 1 5 , plusieurs ruisseaux de feu coulèrent dans Tintérieur du cratère le aa , quatre autres «cônes se
fortaièrent , ce qui en porta le nombre à dis, tous en feu. Lalave parut en fusion, et les points étincelans dont elle était semée donnaient au cratère l'aspect d'une ville illuminée : deux bouches s'étaient ouvertes dans le plus ancien de ces cônes, et jetaient alternativement des pierres et une fumée blanchâtre chargée de sable et de poussière. Tant que durait cette éruption , deux des petits cônes les plus rapprochés n'agissaient pas ; mais cessait-elle , ils commençaient : cela dura ainsi jusqu'au a a septembre. Le 20 octobre , l'éruption fut à son apogée. La gerbe de feu qui sortait du cratère était superbe , et la lave parcourut une distance* de a6o pieds sur 20 de large. Le 28 , on voyait cinq bouches , larges de ao à 60 pieds. Quelques légères éruptions eurent lieu dans le mois de novembre; les petits cônes s'écroulèrent ; tout indiquait un mouvement violent pour une époque rapprochée.
Le ao décembre , une colonne de fumée, accompagnée d'une pluie de pierres, s'éleva du cône, et un courant de lave se porta sur le point qui est ^u-dessus de Torre del Greco. Le jour de Noël , cette lave se tourna vers Résina , et , le lendemain , elle avait déjà parcouru 600 toises. La nuit du 27 , il y eut une forte pluie à Naples , le Vésuve se montra couvert de neige ; le cours de la lave y était marqué par une ligne noire. Le 12 janvier, ce courant avait 7600 pieds de longueur , sur une largeur de 280, alors le Vésuve s'apaisa. Mais, le 18 février, deux nouvelles bouches s'ouvrirent et lancèrent une fumée qui déposait sur les parois du cratère une couche mêlée de jaune et de blanc , dont les exhalaisons étaient insupportables. Le 21, on ressentit une légère secousse de tremblement de terre à Pouzzoles , qui se répéta à Na-