‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 20 sur 39 · VÉSUVE · texte numérisé non relu

VÉSUVE

plea le 8 mars, et, de là, se prolon* , haute température. Il pense quela terre,

géant jusques en Galabre, y détruisit la petite ville de Gatanzaro.

Les gens de la Torre recueillirent une grande quantité de sel provenant du Vésuve.

Après avoir donné un résumé suc«^ cinct des éruptions qui se sont succé* dé , il ne serait pas hors de propos d'examiner la théorie des volcans en

fluide dans son origine par fusion ignée , n'est solide qu'à sa surface , et qu'elle possède encore à une profondeur, qu'il évalue à 100,000 mètres, une température assez élevée pour tenir à l'état de fusion les roches dont la nature est analogue à celles des laves.

Les raisons dont il appuiece système, sont d'accord avec l'identité de nature

général ; il est vrai qu'une question de des laves sur tout le globe, avec la di-

cetteimportanoedemanderait degrands développemens pour être traitée convenablement, et que nous ne ferons que l'effleurer.

Sans examiner ici les théories de Verner et de Breislak, qui ont été abandonnées, nous nous contenterons de dire que trois autres opinions ont été proposées nouvellemen t par MM . Davy , Gay*Lussao et Cordier. M. Davy attribue la cause première de la déflagration à la décomposition de l'eau par le contact des métaux et des 'alcalis ^ l'objection qu'on lui oppose est le dégage^ ment de gaz hydrogène sulfuré qui a lieu, tandis qu'il devrait être de gaz hydrogène pur; c'est donc ce qui a engagé M Gay-Lussac à modifier cette théorie et à admettre ou que les corps qui décomposent l'eau, sont des sulfures ou des chlorures de métaux et des alcalis, ou que le soufre en fait partie. M. Gay-Lussac, n'attribuant pas au hasard la position , dans le voi<> sinage de la mer, de cent soixante vol* cans, sur cent soixante -cinq, admet l'influence de l'eau marine où salée sur l'action volcanique. Cette théorie modifie , <m le voit , celle de M. Davy.

M. Cordier , après avoir bien étudié tout ce qui a été dit avant lui , a proposé, depuis peu, une théorie aussi nouvelle qu'ingénieuse , et qui est fondée sur l'hypothèse assez générale que

minution dans le nombre des volcans actifs et avec la production des eaux minérales et thermales ; mais cet abrégé sommaire n'admettant pas un long développement dont elles auraient besoin , nous renvoyons à son ouvrage oii elles sont déduites avec ime clarté admirable.

Nous terminerons en disant que nous ne parlerons pas non plus de l'opinion de M. G. A. Deluc , parce qu'elle tient à une grande hypothèse sur la structure du globe , et qu elle exige encore plus ample examen.

Ici se terminait le manuscrit, une grosse cloche agitée par une main vigoureuse annonçait, depuis plusieurs minutes, que le déjeuné allait être servi; je me disposais à m'y rendre, lorsque je rencontrai mon savant sur l'escalier, je lui remis, en le remerciant , le dépdt qu'il m'avait confié, et nous descendîmes ensemble.

Je gage , me dit le duc , que l'abbé vous a assommé de son érudition vésuvienne , mais qu'il ne vous a pas dit quelle était la raison qui avait fait placer sur le pont de la Magdeleinela statue de saint Antoine, à côté de celle de saint Janvier , c'est cependant une cliose qu'il n'eût pas dû omettre.

Ce dernier régnait seul sur ce pont ou il avait été instalé en i63i, mais, en 17999 nous lui fîmes un procès qu'il

l'intérieur de la terre possède une très- perdit et à la suite duquel il fut dé-

possédé de son litre de protecteur , et déclaré jacobin pour avoir permis le miracle de son sang à l'arrivée du géné« rai Ghampionnet : en vain, lavocat nommé pour le défendre , fît-il son possible pour lui conserver ses prérogatives, elles furent transférées à saint Antoine de Padoue, et celui-ci déclaré patron de la ville de Naples , titre qu'il garda jusques en i8o5. A cette époque , une terrible éruption du Vésuve vint terrifier les Napolitains : la lave n était qu'à une demi-lieue de la ville ; on eut alors l'idée de recourir à saint Janvier dont la statue avait été reléguée dans une petite chapelle : elle fut portée en procession et réinstalée sur le pont ; aussitôt que le Vésuve vit la main que le saint tient levée, la lave s'arrêta; depuis lors, personne na songé à lui disputer un titre qu'il méritait si bien ; mais pour ne pas encourir la disgrâce de saint Antoine qui, disait*on, s'était bien comporté pendant le temps de son investiture » on le laissa tenir compagnie à ce grand saint. Saint Antoine n'en est pas moins resté patron du feu , et tous les ans , le jour de sa féte^ on lui dresse des reposoirs à la porte de tous les théâtres, afin qu'il les préserve de l'incendie.

Pendant tout ce discours, l'abbé avait été sérieux et mal à son aise. — « J'avais omis, dit-il, cette circonstance, parce qu'il m'eut été impossible de la détailler comme vous venez de le faire : j'eusse parlé avec trop de conviction , et ma narration aurait eu quelque chose d'austère qui eût diminué son mérite : il appartenait à vous seul de peindre ce fiût , qui donnera à un étranger, souvent un peu incrédule en matière de religion ^ une idée de la puissance de notre saint protecteur, en même temps qu'elle lui aura fourni

une nouvelle occasion d'apprécier la grâce de votre esprit. »

Depuis quelques jours > il m'est impossible de m'occuper d'autre chose que du Vésuve ; j'étais loin de m'attendre , en partant, qu'il me donnerait le spectacle que j'ai sous les yeux, spectacle unique, affreux , admirable , hideux et sublime, que la plume ne peut rendre , et qu'il faut avoir vu pour s'en faire une juste idée; il c:)ptive l'attention de chacun , et si on voulait l'oublier un instant, des détonations effrayantes , qui font trembler la teiTC sous les pas , ramèneraient bientôt la pensée vers ce sujet du plus grand intérêt. Les places publiques, les quais, sont encombrés par les malheureux qui ont vu leurs villages brûlés , leurs récoltes perdues, et à qui il ne reste que la pitié publique pour avenir; couchés péle-méle, au milieu du peu d'objets qu'ilsont dérobés aux flammes , on voit ces infortunes plongés dans un morne désespoir ; à côté d'eux leurs femmes , leurs enfans moins silencieux dans leurs malheurs , poussent des gémissemens adreux; des mères prient tout haut la Madone de leur enlever les enfans à qui elles n'ont plus de pain à donner. Ce tableau est uo des plus déchirans que j'ai jamais eu sous les yeux.

Depuisl'éruption de juillet jusqu'au 21 août (i834)f le volcan avait repris sa tranquillité ordinaire ; le 22 au soir le nouveau cône commença à: s'envelopper au dedans et au dehors d'une fumée noire qui le dérobait à la vue ; vers dix heures , le feu parut au haut du cône , précédé d'une secousse : il consistait en éjections de pierres , de scories et de sables enflammés, qui continuèrent toute la nuit, et furent encore visibles aux premières heures du jour ; alors elles formèrent un corn-

VESUVE.

mencement de petite lave, Von vit fumée noire et épaisse précéda Térup-

sortir ensuite, du pied du cône, un grand courant de lave qui prit sa direction vers la pointe appelée délie Crocelle , à l'ouest , s avança en bordant les hauteurs des Cantaroni, des* cendit rapidement sur les terrains adjacens aux Crocelle, et incendia un petit bois de chênes de l'ermitage. A quatre heures après-midi , la lave , se repliant un peu vers leFosso-Grande , attaqua les ten'ains plus bas que le bois , et en recouvrit une grande étendue.

Cette lave , et une autre qui , en longeant la pointe dite del Palo , descendait de l'ouverture d'une bouche récente , placée entre la paroi du nouveau cdne et la pointe, coupèrent, en se réunissant, le chemin que l'on suit pour monter sur le cône, et où l'on ne pouvait plus parvenir qu'en tournant vers le canal dit de l'Avena.

La lave coulait cette fois lentement ; on eût dit qu'elle voulait savourer le barbare plaisir de la destruction ; elle promenait pas à pas ses désastres, et n'avançait pas plus de six à sept pieds par minute : elle continua à couler pcndanttoute la journée. A huit heures et demie environ , après de très-violentes détonations, il s'ouvrit une nouvelle bouche à l'est , dans la direction du Mauro , au même endroit d où sortit la lave de 1817. La nouvelle arriva près du casin du prince d'Ottajano ; alors , sous des secousses multipliées , on vit disparaître entièrement le nouveau cône , et la force manqua aux courans de la lave de l'ouest.

Le a5 août , h six heures , sous ime détonation terrible, s'ouvrit une autre bouche au pied du grand cône ; de \\ partit un courant de lave qui couvrit la précédente.

Le 26 , une immense colonne de

tion d'une autre lave , multipliée par une foule d'autres ouvertures voisines ; elle décida un effroyable courant qui , précipité par les pentes de cette partie de la monta«zne , arriva promptement au Mauro , et coupa le chemin qui de Bosco-tre-Case vaà Ottajano; agrandie par des bouches adjacentes qui s'ouvrirent le 27 , elle se divisa en trois afiluens; le plus grand s'a vançant vers le Mauro, envahit quelques parties du territoire dans la direction de Scaiati , un autre attaqua les terrains cultivés qui dominent Bosco-Reale , le troisième menaça et envahit quelques plantations près de l'église délia Nnu-» ziatella a Bosco-tre-Case.

Une chose que j'ai observée avec le plus grand intérêt, pendant ces scènes de désolation , c'est que les arbres , avant d'être attaqués par la lave , crispent leurs feuilles avec un petit fré* missemenl, et les branches s'enflamment avec une lumière blanchâtre , en même temps que la lave frappe le tronc.

Le 3o août , la lave principale continuait à couler et sortait de plusieurs crevasses qui se sont ouvertes entre le Vésuve et Ottajano ; elle a traversé le chemin vers le levant , et continuant d'avancer a détruit entièrement le village de Saint-Giovanni , ainsi que celui de Caposicco , placé sous Torzigno , au midi. La largeur de la lave était d'environ une demi-lieue , sa profondeur de vingt-deux pieds , et la longueur de son cours de plus de deux lieues.

Les dommages qu'elle a occasionés sont immenses ; elle a détruit plus de 400 arpens de terrain couvert d'arbustes; en outre , elle a enfoui plus de cent habitations dans les deux villages incendiés.

L'ITÀLIB.

Purant cette nouvelle éruption, la mer a été une journéedans une épouvantable agitation dans la partie qui borde fiesina et Torre delt' Azmuuziata. La sérénité de l'air n'était pourtant pas troublée : c'était toujours ce beau so^ leil , cette douce température, seule»

ment deux des élémens les plus redoutables, l'eau et le feu, étaient en combustion et semblaient rivaliser de fureur.

Le cratère a continué de lancer des cendres, d'abord noires et épaisses, puis rougeàtres , ensuite grises pendant toute une journée, et le soir à^ peine apercevait-on quelques petits «clats ; la gerbe de feu qui s'élevait dans le moment le plus intense de l'éruption , avait la forme d'un pin gigantesque , dont le tronc semblait de bronze et les racines de corail ; la ]une qui se trouvait perpendiculairement au-dessus ajoutait encore, par son vif éclat • à l'imposant de cette scène d'horreur. Ce phénomène, qui déjà a été remarqué dans ses plus fortes éruptions , m'a paru de l'elTet le plus pittoresque.

Le roi est venu visiter ce lieu de désolation ; ce n'est point une vaine curiosité qui l'a amené , c'est le désir de soulager la misère de ces malheureux ; en eiTet, la présence du monar-

que semble l'adoucir. Le roi se fait adorer , il adresse des paroles de consolation à ceux qui l'approchent , et ces infortunés semblent oublier leur malheur; il promet de les aider, il relèvera leurs maisons , mais comment fera-t-il pour leur donner des terres , le feu qui a envahi ne rend rien ? Mais j'oublie que ces paysans ne sont pas les propriétaires du sol, ils n'étaient que les fermiers du riche prince d'Ottajano; leur misère ne sera donc pas aussi difficile à soulager, et l'or en viendra à bout.

Heureusement , le duc d'Anzio n'a aucune de ses propriétés de ce côté.

Il faut voir cette bonne duchesse ; les cours de sa villa sont lencombréea , on distribue des vivres à cette multitude.

Chacun se doit à son semblable en circonstances pareilles ; aussi la duchesse donne des ordres en conséquence; qu'il est agréable d'être riche» mais qu'il est beau de faire ainsi usage des dons de la fortune !

La forme du cratère a totalement changé. Les parois s'en sont écroulées en dedans , le petit c6ne , représenté sur notre planche 449 n*^i8te plus; c'est peut-être à cette abondance de matières que l'éruption doit sa principale force.

Nota, M. de La Ghavanne continue à nous envoyer la relation de son Toyage, à mesure qu i[ r exécute. Nous avons reçu celle du Vésuve, après diverses scènes de l'intérieur de la ville; mais rimpatience que nous avons éprouvée de sabir Tactualité et de parler de ce volcan , dans le mo* ment où tout le monde s*en entretenait à Paris , et pendant Téruption , nous a fait interrompre Tordre dans lequel nous devion^ donner nos livrabons. C'est ainsi que nous avons ÎsliI paraître ce qui n'aurait dû voir le jour que long- temps après.

De cette manière s'expliqueront diverses choses qui pourraient paraître obscures , et surtout la mise en scène de personnages nouveaux avec lesquels on ne Ta pas vo fidre connaissance , et dont il parl(| ayec intimité*

VAVXi:p8,

n pleut ce matin , la pluie tombe à larges gouttes, des éclairs sillonnent les deux et un bruit effrayant retentit implacable, incessant; ilfautprofiterde cette journée pour mettre en ordre mes observations. Ce pays, célèbre pour la pureté de son ciel , est peut-être celui de TEurope où la terre reçoit le plus d'eau pluviale. Il est vrai que cela n'a lieu que dans une saison , et que des journées comme celles-ci sont rares en été; ici, et dans les environs, jamais de brouillards, de ciel couvert; des mois de soleil ou des mois de pluie, mais pluie du tropique; l'eau ne venant ja< mais que par grands orages, accompagnés de yiolens coups de tonnerre, que la raréfaction de l'air, et surtout la répercussion des montagnes, rendent encore plus terribles par leur retentissement prolongé. Lorsque le ciel ouvre ses cataractes, on se croit menacé d'un second déluge universel ; à Paris cette eau-là mettrait deux mois à tomber, ici c'est l'affaire de quelques heures. Après , la longue série de beaux jours recommence, et il en résulte qu'aucune construction n'est faite pour le mauvais temps, et qu'on ne Toit que des voitures découvertes, car le Napolitain, accoutumé à son beau soleil, se renferme soigneusement dans sa maison les jours d'orage ; ces grandes ondées sont pourtant un bien pour la Tille, qu'elles nettoient, et c'est sans doute sur quoi l'on compte, car jamais le balai ne s'y promène ! U y a cependant un officier du port, appelé Po/tMlano, chargé de la police et du nettoyage des rues, charge dont il s'acquit-

te fort mal, car elles sont très-sales ; malgré ce manque de propre té, leclimat est si beau, qu'il n'y a jamais d'épidémies. Les montagnes qui environnent la ville, et sur le versant desquelles sont bâties des rues en pentes, font que les eaux roulant en avalanche dans sa partie basse, entraînent tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage ; il en est quelquefois résulté desaccidensgraves.

On m'a conté qu'un officier, à la tête de sa compagnie, fut entraîné dans l'égout qui se trouve vis-à-vis Timmense édifice appelé le Seraglia ; mais ce qui dépasse toute croyance, c'est l'accident affreux arrivé en plein midi aune Française, madame Comte; elle était clans sa voiture et revenait de Capoue , lorsqu'elle fut surprise par un orage épouvantable Parvenue à la descente de Gapo di Chino, la route est coupée par une rue qui va à la mer , et qui , les jours de grandes pluies, devient une espèce de torrent, à cause des eaux qui s V précipitent des montagnes de Capo di Monte et de Gapo di Cbino; son cocher s'elTraie, et veut rétrograder; elle lui ordonne de passer outre ; alors celuici descend de son siège et abandonne les guides à madame Comte, qui , plus téméraire, veut braver le danger ^ en vain des cris et des gestes partent de toutes les croisées , elle n'écoute que son fatal destin , et dirige sa voiture au milieu du torrent où elle périt, sans qu'on pût lui donner lemoindre secours.

L^eau avait entraîné et chevaux et voiture , et ce ne fut que le lendemain que l'on retrouva son cadavre.

i Les Napolitains, qui parlent toujours

So

par figures , appellent ces ruisseaux , ainsi grossis , une lai^a. Celui qui a dit qu'on faisait en un jour, & la halle, plus de figures de rhétorique qu'on n'en trouverait dans le discours le plus fleuri , n'était pas allé à Naples. C'est véritablement là qu'il aurait vule pays dulangage figuré, rien ne s'y appelle par son nom. Entendez crier des noix, ce sont : coscie di quaglia a cuisses de caille > ; pour vous vendre des poires ou des pommes cuites^ on vous dit : beato chi tiene la tossa a heureux est celui qui tousse M ; tout est hyperbole, le vendeur de pastèque,ou melon d'eau, vous criera àtue-téte : chegalanteria^ uerosorbetto^ « quelle galanterie, véritable sorbet », en élevant au-dessus de la tète ses deux mains dans lesquelles il tient les deux moitiés d'un melon qu'il vient de partager. En effet, ce fruit mérite bien d'être vanté et montré de la sorte. La belle couleur rouge de sa pulpe, la mosaïque qu'y dessinent ses nombreuses graines noires, en font un objet que l'œil peut regarder avec plaisir. Puis, quand vous le mangez , son eau glacée et sucrée vous parait délicieuse. Cette pulpe, en apparence consistante, fond dans la bouche à la moindre pression.

. La boutique d'un melonaro (PL 4^ ) est simple, ses ustensiles ne sont pas en grand nombre, il n'a besoin que d'un long et large couteau qu'il fait mouvoir avec une vitesse inconcevable; en un moment le fruit est fendu, montré au public, dépecé, et a disparu entre les mains ou plutôt dans la bouche des amateurs,qui se pressent et se coudoient autour d'un étalage consistant en une large table en pente , sur laquelle manœuvrent un ou deux hommes , suivant leur débit; à côté est une étagère disposée en gradins où sont étalés, coupés ou entiers 5 ceux dont la Grosseur monstrueuse ou la couleur vive peuvent

attirer les regards. Sur le mur, ou sur un étendard suspendu aux feuillages qui décorent un mât , sont des tableaux qui représentent Pulcinella, portant sur ses épaules un de ces melons, dont il parait avoir toute sa charge. Deux autres en scient un , d'une grosseur gigantesque. Cet étalage est ordinairement à côté d'un magasin que l'on nomme grotte, garni de tables et de bancs, où vont s'asseoir ceux qui ne veulent pas manger le melon dans la rue.

De Lalande a évalué à trois cent mille le nombre des melons d'eau consommés dans une année, et je crains qu'il ne soit encore resté en dessous de la vérité. Il faut avoir éprouvé cette chaleur ardente qui consume dans ce pays, pour sentir le bien-être que procure une tranche de ce fruit glacé.

Combien de fois, chez Don Paolo, je me suis donné le plaisir d'en manger, en rentrant de la promenade à minuit ! Je trouvais alors que le melonaro avait raison et qu'il valait un sorbet.

Si la vie sédentaire perfectionne l'ordre social , le soleil de Naples , qui permet de vivre dans la rue, introduit quelque chose de sauvage dans les habitudes des gens du peuple. Paris et Londres sont deux villes bruyantes sans doute ; eh bien , ce sont de véritables landes, des solitudes, en comparaison ; celui qui n'aura pas vu Naples criera à l'exagération; celui qui l'aura vue, trouvera la comparaison faible* Le bruit étonne , il assourdit celui qai parcourt la ville pour la première fois. On est dans Naples et on se croit en enfer. Que signifient ces hurlemens ?

où va cette masse de peuple qui mar* che, se croise, se heurte et se précipite en tous sens? L'ennemi est-il aux portes de la ville? saint Janvier a-t-il fait quelque nouveau miracle? le Yé-

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NAPLES

suvc est-il entrouvert, ou s agit-il de quelque grande fête? Non, ce bruit c'est celui de tous les jours. Une foule de causes le produisent.

Naples est cernée par une chatne de montagnes qui la dominent entièrement. Ses rues, très- longues et trèsétroites , pavées en larges dalles , sont creuses en dessous. Les maisons , en pierres de taille^ n'ont jamais moins de cinq étages. Ajoutez à cela plus de trois cents églises et autant de palais , formant écho ; faites rouler à la fois sur ces dalles retentissantes dix mille voitures de tout genre et de toutes formes, des . chariots traînés par des bœufs, au cou desquels pend une énorme cloche ; joignez à ce fracas le bruit des divers mé- . tiers s'ezerçant tous .dans les rues , le carillon de sept à liuit cents cloches , les cris de cent cinquante mille hommes, et vous concevrez peut -être le tumulte de cette bruyante cité.

Naples parait un grand hôtel habité par une foule de personnes. Les maisons en sont les chambres à coucher ; car tout ce que les hommes ont coutume de faire, s'exécute au dehors. J'ai déjà parlé de Sainte -Lucie ( uoyez PI. 29 et PL 3o ), de ses pécheurs et des soupers qui se font en plein air. J'ajouterai que les artisans n'ont pas de boutiques , mais une table dans la rue , avec les ou- . tils qui concernent leurs métiers; là, on les voit donner des coups de marteau, filer, coudre, limer, raboter, ra-. ser, pendant toute la journée. Le traiteur plume et fait rôtir sa volaille, fait frire ou bouillir son poisson ; ceux qui ont faim arrivent et mangent. A côté est une table à laquelle est fixée une . perche , un homme y travaille ime pâte de farine de maïs et de mélasse , qu'il nomme mellicole. Enfin viennent \es fruttaioli o\x marchands de fruits, dont la variété et l'abondance sont au-

dessus de toute description. Grâces à la facilité des communications, et à la perfection apportée au jardinage , toutes ces espèces sont connues dans Paris ; mais ce dont on n'a pas idée , c'est la profusion avec laquelle la nature les a jetées à Naples , et le bas prix auquel on les donne.

Une des choses de la vie animale dont on fait grand cas , c'est le fromage ; la consommation en est considérable.

Les marchands , qu'on nomme ccisa d*olio^ ne tiennent que cette marchandise , l'huile et la viande salée. L'espèce préférée est le caccio cauallo; il se fait dans le royaume , et a la forme d'une calebasse de pèlerin, suspendue à un cordon; toute la boutique en est gar*»

nie; je n'ai cependant encore rien trouvé qui justifiât cette prédilection. A côté de ce fromage est celui de buiBe, appelé muzarellaj et qui s'allonge comme du cuir. Ce commerce est bon, car tous les marchands font bien leurs affaires. Ils ont une manière d'arranger leur boutique qui leur est particulière. L'ornement principal et indispensable est une grande table de marbre blanc, au milieu de laquelle est une plus petite, de même matière, supportée par des colonnes ou par des gé nies qui soutiennent des cornes d'abondance^ car c'est ici que s'exercent le goût et l'esprit des vendeurs. Le devant de la petite table est orné de bas-reliefs représentant la Gène ou Bacchus : ou bien , on y lit des proverbes et des sentences sacrées ou profanes.

Un(i chose bizarre qui frappele voyageur, c'est l'absence d'un costume national pour les troupes. On croirait la ville envahie par des soldats étrangers, tant la copie des uniformes des autres nations est scrupuleusement adoptée.

Les officiers de marine veulent à tsute force être pris pour des Anglais ; les

troupes de terre étoufient dans des habits russes ou autrichiens; en cela seulement ils sont copistes I car, pour lê reste , on dirait que ce peuple a pris à tâche d'agir tout au rebours des autres. Ainsi ce sont des hommes qui tra« vaillent , font les robes, les corsets, raccommodent les bas, car la plupart des femmes ne savent pas même tenir l'aiguille , et l'on n'en voit pas une seule dans un magasin. Au lieu de vendre le lait, comme dans les au* très pays, on promène la vache de maison en maison ; une cloche pendue à son cou avertit de son passage; aussitôt de toutes les fenêtres descendent des paniers contenant un verre, on trait à mesure , et autant que l'acheteur en a besoin; lopération terminée, le panier remonte pour redescendre une seconde fois avec l'argent, car à Naples on se fait servir avant de payer.

Ces vaches ont long-temps partagé leur libre accès dans les rues avec les cochons et les veaux ; mais l'administration française a réformé cet abus , à cause des accidens graves qui en résultaicoat; la volaille prend aussi part à laliberté générale : les rues et les places publiques sont encombrées de poules et de pigeons pendant toute Tannée.

Encore un usage particulier à l'Italie, mais qui commence à s'y perdre pour se concentrer dansle seul royaume de Naples, c'est la manière de compter les heures par vingt-quatre. La première commence avec le coucher du soleil. La concordance de cet horaire avec le nâtre est assez difficile* Le soleil se couchant en étéit huit heures et en hiver à cinq, cette concordance ne saurait être fixe* Lee almanachs ont soin d'indiquer tous les quinie joun»

les variations du coucher du soleil, et le Napolitain de demander à quelle heure se trouve midi, qui varie de

seize heures en été, Ji dix-neuf en hiver ; une fois ces indications connues, il est aisé de calculer.

« Due ore » signifie deux heures italiennes « aile due » , deux heures espagnoles ou françaises. Il est plus essentiel qu'on ne croit de se former & cette habitude, car il pourrait en résulter des quiproquo , tel que celui assez plaisant qui m'arriva. On m'avait donné rendes-vous dans une maison pour une promenade, à deux heures. J'avais compris deux heures après midi, et tout en trouvant étrange qu'on eût choisi le moment le plus chaud de la journée, jem'y rendis ; le silencele plus complet régnait dans la ville; les églises, les boutiques, les maisons, tout était hermétiquement fermé. Je réalisais le proverbe, «à midi on ne rencontre dans les rues que les chiens ou les Français; »je commençais à craindre d'avoir mal entendu, et je me demandais quelle espèce de promenade nous allions faire ; cependant , esclave de ma parole, j'avançais toujours; j'arrive à la maison , je mon le , point de sonnette ; je frappe, personne ne répond; je redouble, alors le vieux serviteur oavre une petite lucarne grillée dans le haut de la porte, et, reconnaissant ma figure, s'écrie : « è i7 signorfrancese! » t c'est le seigneur français ! » Je d^ande à entrer. « Itnpossibile, dormono tutti quanti , » « impossible , ils dorment tous; » cène fut que le soir que j'eus l'explication de mon rendez- vous, il était pour deux heures de nuit.

Déjà bien des fois j'avais formé le projet d'aller au Môle pour y rire des scènes burlesques qui s'y passent, je me décidai un après-midi.

Le Môle est une jetée, prolongée dans la mer, et qui, tournant en coude, en fait un port factice, à défaut d'un nature que la nature a refusé à la ville.

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NAPLES

Ce port est dangereux en temps d'ora- bien accueillies jadis pat la jeunesse ge, surtout quand le Tent est du sudouest > car, s'il est, comme il arrive quelquefois , d'une violence extraordinaire,ilycauselesplusgrandsdésastres.

La jetée fut construite par Charles d'Anjou, en i3oa, et augmentée par Alphonse d'Arragon; la tour du fanal,

romaine. Les descendans immédiats de ces bouiTons passent pour être tous natifs d'Acerra, « Atella , » dans le royaume de Naples. Les laazia, la gourmandise, et surtout la poltron-* nerie de Polichinelle, réjouissent tou-> jours les Napolitains; les étrangers eux-mêmes s'en amusent , quoique

qui en marque le coude , existait sous

Frédéric d'Arragon ; mais presque dé- privés de l'avantage de sentir toute la

traite par la foudre, elle fut rebâtie finesse des équivoques, et l'à-propos

par en i636; quelques années avant, le vice-roi d'Albe avait fait faire au port des améliorations ; mais il ne fut entièrement achevé que par Charles 111, qui, en i y^o^ fit ajouter du cAté de l'Est trois cents pieds de longueur à la jetée, sur laquelle il fit aussi bâtir un fort et des magasins.

Le Môle était autrefois une promenade très-fréquentée; aujourd'hui que Naples possède la rue Toledo, et surtout la Villa Reale , il a été abandonné an peuple. C'est, on peut le dire, le boulevard du Temple de Paris. Là on va chercher les scènes les plus grotesques. Arlequin appartient à Bergame, Pantalon à Venise, mais Naples revendique Pulcinella ; c'est à Naples qu'il a pris naissance ; tous les jours il y débite les mêmes bêtises, les mêmes lazzis, et tous les jours le peuple en rit aux gros éclats (PI. 47 ).

M. de Forbin lui assigne uiïe origine fort reculée.

«C'est à Naples, nous dit-il, que l'Enlope doit la première idée de ce polichinelle, qui fait le bonheur de l'enfance, et obtient nn sourire de tons les

âges. Une peinture retrouvée à HerCtt- prête à Arlequin. Il se permet qudlanum rappelle ce personnage comique; quefois des vérités fort dores contre le aa-dessous était écrit ciVis aêellanus. gouvernement et le peuple]; ainsi, dans La pose, la physionomie du poïichi- une pièce, il dit que trois F suffiseftt neOe antique sont d'un bnrfesque pour gouverner les NapoUuiiis//«/e, achevé; on peut penser que ce boufiôn farina et força, fêtes, farine et pojouait des rôles dans ces atellancs, si teacejdansune autre, qu'un boisseau

des satires souvent très-piquantes. »

Il existe une grande différence entre le polichinelle français, personnage imaginaire, avec sa veste rouge, son ventre pointu et son langage de cari« cature, et le Pulcinella napolitain , personnage naturel, paysan de la terre de labour, vêtu avec un pantalon blanc en toile, une chemise , un feutre gris pointu et un masque noir qui lui cou* vre la partie supérieure du visage* Son langage est le napolitain. L'italien est la seule langue de l'Europe dont les dialectes difierens aient un génie à part. On peut faire des vers et écrire des livres dans chacun de ces dialectes particuliers, qui s'écartent plus ou moins de la langue mère.

Le sicilien, le vénitien et le napolitain sont les plus originaux.

n est un théâtre secondaire où Pulcinella est obligé : de paysan devenu domestique, tour à tour, de César, d'Alexandre, ou d'un seigneur napolitain, il a conservé dans ce nouvel état, la franchise, la naïveté et la balourdise du premier. On met dans sa bouche les lazzis qu'en France on

de blé doit suffire à la nourriture' de la Tille pour un an^si on en expulse toutes les femmes de mauvaise vie, les maris trompés , les enfans naturels et les voleurs ; on voit qu'il n'est pas très-mesuré dans ses propos. D'autres fois, spn grossier idiome sert de passeport aux plus grosses ordures qui sont l'apanage de son rôle , ordures à la faveur desquelles Naples rit plus en une soirée, que tout le reste de l'Italie dans le cours d'une année. Les étrangers qui ne peuvent partager ce plaisir sqnt aisément reconnus à leur sérieux ; il faut être de Naples ou l'avoir habité longtemps, pour bien comprendre toute la finesse du rôle de Pulcinella.

A Pulcinella succède le chanteur , ( PL 47 ) » non le chanteur de Paris, politique ou grivois, tel qu'on l'entend dans nos carrefours , mais le chanteur qui autrefois charmait les oreilles des Grecs avec les poésies d'Homère. Sans rougir de son goût classique , le Lazarone écoute avec avidité les poëmes si rebattus du Tasse ou de l'Arioste , les aventures et la vie de Martino , les exploits de Renaud de Montauban, un des preux de Gharlemagne , « Binai»

do 9 le héros de la Jérusalem^ et ceux de Tita Grieco. Ces deux derniers ont leurs sectaires dévoués; souvent des rixes sanglantes ont lieu entre leurs partisans.

Chaque jour, une heure avant le coucher du soleil , le chanteur s'avance, . son livre à la main. En un clin d'oeil le cercle est formé,- les auditeurs, assis en rond autour de lui , sont la plupart à demi vêtus et immobiles par excès d'attention. On leur apporte de temps en temps des verres d'eau; ce simple rafraîchissement est tout ce qu'il faut, à ces hommes pendant des heures entières , tant leur esprit est occupé. Le conteur fait les gestes les plus animés,-

sa voix est haute, il se fâche et se passionne , et cependant on voit qu'il est au fond parfaitement tranquille.Néanmoins , la pantomime animée des habitans du Midi ne donne pas l'idée de l'afiëctation. C'est une habitude singulière qui leur a été transmise, sans doute , par les Romains , aussi grands gesticulateurs, elle tient à leur disposition vive , brillante et poétique.

L'orateur, avec une mélodie trèsuniforme, et qui ressemble en quelque sorte au récitatif, gesticulant de toutes ses forces , lit une strophe qu'il récite d'abord en entier, puis qu'il recommence, en expliquant vers par vers en langue vulgaire, les passages qui n'ont pas été compris, car la langue italienne ne demande qu'une terminaison un peu différente pour accroître , diminuer ou travestir le sens des paroles. L'on pourrait dire qu'elle va d'elle-même , exprime sans qu'on s'en mêle , et paraît toujours avoir plus d'esprit que celui qui la parle. Décrit -il un combat à outrance , tel qu'il s'en trouve dans le livre , il le rend sensible en pantomime, autant qu'il peut; il est même assez ordinaire qu'il donne de rudes coups à ceux qui se trouvent le plus près de lui , ce qui fait rire les autres. Le bras droit en avant en guise d'épée , il tient le livre de la main gauche comme un bouclier pour se garantir la poitrine , fond sur son ennemi , lui fait mordre la poussière, ou bien en reçoit une blessure, et alors donne les marques de la plus vive douleur. C'est dans ce moment qull faut voir ces figures demi -africaines refléter avec ime mobilité surprenante, toutes les sensations qu'elles ressentent ; c'est au point que l'on ne sait si l'on doit faire plus attention aux grimaces du lecteur qu'à l'air stupéfait des spectateurs qui le regardent les yeux fi xe et la bouche

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NAPLES

béante, mais très- a tien tifs et très-sérieux.

Dites à un homme du peuple que son père est un assassin, bagatelle, il en rira; mais dites-lui que Rinaldo, son héros de prédilection , n'était qu'un voleur de poules à Montauban, il devient furieux, et malheur à tous si vous poussiez trop loin la plaisanterie, vous pourriez la payer de la vie.

La lecture terminée , il reste encore à l'observateur bien des sujets à exploiter sur ce peuple, qui vit tout entier au dehors; quelques-uns se retirent dans un panier d'osier qui leur sert d'habitation jour et nuit, et où ils passent des heures entières à se débarrasser de la vermine dont ils sont couverts ; ce passe-temps ignoble est encore une jouissance pour eux. Cet état sauvage qui se voit là, mêlé avec la civilisation, a quelque chose de très -original.

Il en est parmi ces hommes qui ne savent pas même leur propre nom, encore moins celui de leur femme ; c'est en sifflant qu'ils s'appellent et se répondent.

Le samedi, le Lazarone fait faire sa barbe ; quatre roseaux plantés dans la terre, et entourés d'une vieille toile, forment l'enceinte où son barbier attend ses nombreux chalands. Une piefresert de siège; chacun apporte une barbe de huit jours , barbe d'un pouce de longueur, et qui lui est enlevée avec une dextérité surprenante. Cette portion de sa toilette achevée , il la complète en été en se plongeant dans la mer, et tout cela se passe en public, sans que personne le trouve extraordinaire.

JJ écrivain public (PI. 47 ) ^^ P^* un étalage plus pompeux; une toile blanche marque aussi les limites de son domaine. Ces hommes, souvent couverts de haillons, ont en général une N.

haute opinion d'eux , et veulent tous être des gentilshommes a galantuomi" nij » victimes du malheur. Ils vousferont de leur vie une histoire très-pathétique. Ils tiennent à être vêtus d'une redingote ou d'un lambeau de ce vêtement , peu leur importe , pourvu qu'ils puissent en montrer un fragment à celui qui oserait douter de leur grandeur passée.

L'écrivain public est sérieux, il écou^ te avec une attention scrupuleuse celui qui a besoin de son ministère, il rédige avec la même gravité une lettre d'amour ou un placet au roi. Il en est qui placent sur leur table une pancarte sur laquelle se lit en grosses lettres : Qui si scriye infrancese, « ici on écrit le français ; » et rien alors ne peut se comparer à l'orgueil de celui qui peut étaler autant d'érudition.

Sur le Mâle on se livre à toutes sortes de jeux. Celui de la morra est le plus ordinaire, mais il est difficile d'en donner la description. Deux ou plusieurs Lazaroni se présentent d^abordle poing fermé, ils lèvent ensuite un ou plusieurs doigts et nomment un nombre en même temps ; si ce nombre se trouve être celui des doigts levés et présentés par les deux mains, celui qui le prononce a gagné. Ainsi, par exemple, si le nombre présenté par l'un est trois et celui de l'autre deux, celui qui nomme cinq a gagné.

Si aucun des deux n'a deviné juste ^ ils referment promptement la main et recommencent. Cela va avec une vitesse étonnante, et les joueurs crient si fort et sont si près l'un de l'autre, que lorsqu'on ne connaît pas le jeu, et qu'on le voit jouer à une certaine distance , on croit que c'est une querelle violente, un combat à coups de poings.

En revenant du Môle , je me trouvai arrêté par une pompe funèbre

qae modeftte que soit le convoi, le clergé exige des honoraires qu'on est embarrassé de donner; s'il est membre d'une confrérie, moyennant tine rederance journalière et modique , rersée dans une caisfte commune, lorsqu'un frère ou un membre de sa famille tombe malade, un médecin le visite, des médicameus lui sont administrés, tout cela êvoi frais de la ccmfirétie, et

( PI. 48 ). Malgré ma répugnance pour ces tristes cérémonies, la nouveauté de celle - ci attira mes regards. C'est une sorte de fête, une procession; Les morts sont transportés dans des caisses recouvertes d'une draperie de velours rouge rehaussé d'une broderie en Or. On serait tenté de deman-»

der s'ils sont portés en terre par Aeê hommes vivans ou par des spectres, et la question serait pardonnable , car ai le malbedr veut qall taceombe, «m tous ceux qui environnent le cercueil eonvoi a lieu ëAnê qull en eààie rien sont vêtus en blanc depuis le sommet aux parens. Institution philanthropie de la tête jusqu'à la plante des pieds , que, qui devrait être adoptée dans tous sans en excepter le visage; il n'y a les pays!

que deux trouê pratiqués pour les Une de ces confréries êe charge yeux dans la partie qui le cache, d'accompagner les patiens au supplice Quand vingt à trente de ces spectres les jours d'exécution; les frères, une marchent en murmurant des psaumes bourse à la main, parcourent les difTéet en tenant des flambeaux à la main rensquartiersdelaville en criant jonf^ pendant une nuit obscure^ et que Fou messe^ «saintes messes»; l'argent qu'ils voit un cercueil recouvert jusqu'à terre, recueillent est fidèlement remis entre qui marche sans qtie l'on sache par qui les mains^ d'un prêtre , et des messes ni comment il est porté, il n'est pas éton- sont dites pour le repos de l'âme et le

nant que l'on éprouve de la surprise.

Don Paolo,a qui j'en p.irlai le soir même, me dît qu'il y a dans Naples différentes confréries pieuses dont un de^ devoirs essentiels est d'accompagner les morts au cimetière. Chacan se fait un méritede s'y faire affilier ; ce sont ordinairement les rapports de fortune ou ceux de l'amitié qui décident ce choix. Dans ces confréries sont des jeunes gens des premières maisons ; le but en est louable, c'est la charité qui les institue ; elles sont devenues nécessaires dans un pays où il est beaucoup de familles nombreuses qui se contentent d'une existence modeste, et , confiantes en la Providence, vivent de ce que lewr chef gagne. Tant que ce chef est à la tête de sa famille, tout marche; mai»

qu^me maladie survienne, voilà la leurs filles se voue à cet état, misère et tout son cortège; les mé- Edouard,qui vent tout me montrer, dicamens coûtent; s'il meurt, quel- m'a conduit an cimetière, co Gancrpo*-

pardon du coupable.

Il y a aussi à Naples mie espèce de religieuses appelées monaca di casa^ • nonne de la maison » , qui n'appartiennent à aucun ordre, et qui ont fait Vœu de porter toute leur vie le costume religieux, et de vivre ^ne la chasteté, sans renoncer au movide, mais, au contraire, de le fréquenter avec ce vêtement et de s'y montrer avec orgueil; elles sont vêtues en iMnr, et portent sur la tête tme petite eoife blanche qui leur entoure le visage et les rend passablement laides y il est vrai que je n'ai pas vu ufie seide de cas r^igreuses qui fût jettne. Lea p^rcsM croient qu'avoir tme m^Hoaea di ettsat dam leur famille leur porte bOffbe«r , aussi sont-ils enchantés qUatfid «M êe

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NAPLES

Santo. Je ne sacbe pas de ma rie aroit est admirable ; on voit une grande par-

éprouré une émotion semblable , j'en tie de la yille et des campagnes cbar-

ai conservé pendant plusieurs jours un mantes quWrose le Sebeto.

spleen épouvantable, et même encore Pour terminer dans la même jour*

de temps en temps ce souvenir af- née tout ce qui avait rapport aux ce-

freux me poursuit; h Naples, la oonso- rémoniesjugubres, nous revînmes sur

lation de répandre des larmes sur la nos pas ; notre intention était de visi-

tombe de Tétre qui fcmê fut ober vous ter les catacombes , et l'bospice de San

est interdite; Tusage d'oiterref dads GennarD^/eiPoi^eny dont l'église s'ap-

kê églises' n'existant plus^leGampo^^ Santo eêi devenu le ciinetiéreconunun.

Qtt'on se figure un grund doitrè car<^ réf dans lequd sont pratiquées trois cent 8oixante'>>six fosses, recouvertes d'one pierre qu'on lève et qu'on scelle ip^ qu'en j a entassé les cadavres chaque soir, pour ne la rouvrir qu'un

pda d'abord San Gennaro extra mœnia , « hors murs • ; ee fut là qu'on dé« posa le corps de saint Janvier, lorsqu'il fut apporté à Ndples* Elle était primitivement creusée dans la montagne ; en 78B on bâtit celle qui subsiste aujourd'hui 1 et on y joignit un hôpital pour les pauvres, et un monastère de

an après, jour pour jour ; jeté péle-mâe bénédictins qui fut aboli en 1 476^ Lors dans cet immense trou, que l'on re* delapestédeiôSO^onyconstruisitplu-

couvre de chaux tive, nulle trace de vous n'existe plus sur la terre. Ferdinand I*'. le fit construite en 177a , sur les dessins do cavalier Fuga , Florentin ^ il y dépensa trente mille ducats« Les hèpitaux achetèrent le droit d y faire porter leurs morts , aujourd'hui il appartient à la ville ; un peu au delà est le moni Lautrec, ainsi nommé parce que ce général vint y campet lorsqu'il mit le siège devant Naples en i5a8. Sous cette montagne est une eaverne appelée Degli spartigliorii , t des chauves-souris » , à laquelle on donne une demi-lietie de longueur, et 6ù l'on déposa les cadavres des pestiférés en i656, aiu nombre de plus de cinquante mille. La piété des NapoKfain^ a érigé tout afoprès une ehapelle, lOBsle nom de Santa Maria delpianto; aussi le tableau du grand autel reprééente une Ylerge retenant la foudre dans les mains de son fils irrité : il est d'André Yaeicato ; oci y voit aussi deux tableaux de Giordano qui sont très-

sieurs édifices pour servir de lazarets ; enfin dix ans après, le vice-roi, Pierrede Tqlede, conçut l'idée d'y réunir tous les pauvres du Royaume. En conséquence îl^en augmenta les bàtimens» mais ce projet a été depuis grandiosement exécuté par Charles III, qui fit construire à cet efiet Vdlbergo dei Poueii dans \n rue S. Carlo air Arena. San Gennaro ne renferme plus qu'une poignée de pauvres invalides que le gouvernement entretient à bien peu de frais , et qui sont destinés à accompagner les convois funèbres. Us sont vêtus en bleu de ciel , avec un manteau à ^espagnole , et portent une lance en bois noir, sur* montée d'une pique au-dessous de laquelle est un écusson en bois et un petit étendard également noir; sur l'éeusson et l'étendard sont peints en bknoc les attributs de la mort.

Nous étions aux fttes de la PenteeAtey qui sont aussi celles de la Ma-dana delT Arco , époque oà l'on se rend en pèlerinage à un petit village beaux , quoique faits en trois jours. Le peu distant de Naples. J'avais eu Ten- COQp d'ceil que l'on a de cette église vie d'y aller. J'en fus détourné par Don

Paolo. « Qu'irez- vous y faire , me dit-il, vous fatiguer , vous couvrir de poussière , par un soleil ardent , pour arriver dans un pays , où vous, ne trouverez ni à boire ni à manger. Ces jours-là y tout est pris , consommé , la foule s'y transporte de tous les points. Du reste , si votre but est d'avoir une idée de cette fête , nous irons demain nous placer sur le pont, de la Madeleine, delà nous verrons revenir les pèlerins , et vous aurez obtenu le même résultat sans fatigue. ».

Cette idée me plut, d'autant que, je l'avoue, les cohues ne sont pas de mon goût, et dès qu'un Napolitain m'en détournait , et lui-même n'y allait pas, c'est qu'il avait de bonnes raisons , car ici l'on ne refuse jamais un plaisir.

Le lendemain donc, deux heures avant la chute du jour , ou , pour m'exprimerà la napolitaine, à vingt-deux heures, j étais près du pont avec Don Paolo et sa famille. Nous n'attendîmes pas long-temps ; des cris, des tambours de basque, des castagnettes, se firent entendre ; en un din d'odl les quais se trouvèrent envahis par la foule. Un nuage de poussière s'éleva, nous vîmes arriver, traînés |)ar des- bœufs, d'énormes et lourds chariots de forme antique à quatre roues égales, portant une armée entière de femmes, d'hommes, d'enfans , et garnis de cerceaux ornés de feuillages, jusques aux roues qui en étaient masquées ( PL 47)* Puis des calessi, sur lesquels étaient entassés dix à douze passagers vêtus aux couleurs tranchantes, les ims brûlant le pavé, d'autres se traînant pas à pas, enfin, la foule immense à pied, dansant, chantant , hurlant même. Hommes et femmes , tous font la' route en dansant la tarentelle , qu'accompagnent des voix à se faire entendre à un mille.

Cette danse, dont les Espagnols ont

donné à Paris une imitation, ne ressemble point à la danse française ; pour celle-ci, il faut une réunion, une musique; pour la tarentelle, elle pouiraitse danser seule au besoin , cependant c'est à deux qu'elle s'exécute; une voix, un tambour de basque, des castagnettes, en sont la seule musique; aussi, comme il est très-facile de trouver partout ces instrumens dont la réunion même n'est pas nécessaire, on danse la tarentelle dans les rues , dans les cours des h6 tds , sur les terrasses des maisons ; aujourd'hui sur la grande route.

Le caractère de la musique est exprimé tour à tour par la précision et la mollesse des mouvemens, et je ne sais quelle sensibilité d'imaginaticm âectrise à la fois les témoins de cette danse magique, il me fut difficile de résister à l'envie qu'on prend de danser. Lorsqu'il y a. une multitude d'acteurs, ils forment divers groupes ; lorsqu'ils ne se trouvent pas assez nombreux, ils se succèdent sans pour cela interrompre la danse. Le remplaçant, d'un bond, se place devant le danseur, et continue en attendant qu'on lui joue le même tour. Des éclats de rire ne manquent pas d'accompagner cette espièglerie, qui se répète souvent.

Il est un moment dans cette danse où la femme se met à genoux, tandis que l'homme tourne autour d'elle, non em maître, mais en vainqueur. L'instant d'après, ils changent de rôle , l'homme à son tour se jette à genoux , et c'est la femme qui danse autour de lui. Il faut voir cette course légère, exécutée avec la rapidité de l'éclair^ une main élevée en l'air agitant un tambour de basque , et faisant retentir le son de cet instrument ! Venaient ensuite d'autres hommes , marchant armés de longs bâtons, auxquels étaient suspendus des chapelets de noisettes sèches et de pe-

NAPLES

tito seaux en bois achetés à la fête. Les hommes portent à leurs chapeaux des plumes de coq ou de paon. Tous les groupes offrent yraiment l'image de la gai té et du plaisir^ mais du plaisir dégénéré en orgie. Tous ces rites sont célébrés avec des formes si exactement semblables à celles de Fidolâtrie des anciens Grecs, ils sont si parfaitement ressemblans par le costume et les traits à ceux qui nous ont été conservés dans les sculptures antiques , que même les couronnes de lierre de Bacchus n'y sont pas oubliées. Ces pipeaux rustiques et cette danse, avec sesmouvemens gracieux et sesgestes pantomimes, rappellent les bacchantes célébrant des rites, qui n'ont aucune affinité arec les époques sacrées de cette religion de longues souffrances et de sacrifices dont on veut retracer les événemens.Il est ce pendantcertain que si d'autres religions croient avoir des routes aussi sûres pour monter au ciel, aucune n'en a choisi uae plus agréable que l'église napolitaine, dans laquelle, loin que les prêtres interdisent en aucun temps le pur sentiment de la joie, ils disent au contraire qu'il exprime notre reconnaissance envers les dons du Créateur.

J'avoue que voyant revenir tout ce peuple ivre de joie et de vin , on a de la peine à croire que ce soit un sentiment religieux qui ait animé cette masse , on se croirait plutôt transporté aux saturnales dont elle retrace l'image.

» Il nous faut, me dit Don Paolo, des choses semblables pour occuper le peuple. Vous le voyez , ces gens sont noiid>reux, ils ont mis deux ou trois jours qu'ils

cette partie de la ville ; chacun vient reconnaître dans ces pèlerins un parent, un ami, d'autres s'y rendent par un simple mouvement de cu- N.

riosité. Cette foule est donc occupée, et c'est beaucoup dans un pays où l'imagination, ce puissant mobile, a besoin d'être continuellement exercée.

Il est d'une politique bien entendue d'entretenir et d'alimenter ce goût.

Vous ne devez pas raisonner ici comme si vous aviez affaire à un peuple du Nord. Le nôtre ne se lasse pas de ces fêtes , et tous les ans il y trouve un nouveau plaisir. Vous aurez dû remarquer un trait du caractère des Italiens; c'est que notre mobilité ne nous porte point à l'inconstance , et que notre vivacité ne nous rend pas la variété nécessaire. Le peuple est ici patient et persévérant, son imagination embellit ce qu'il possède ; elle occupe sa vie au lieu de la rendre inquiète. » '

Du quai nous vînmes à Toledo ; la rue était pleine de voitures qui se succédaient sans interruption sur deux files, dont l'une montait, l'autre redescendait; c'est ce qu'on nomme il corso. Ici les chevaux et les voitures sont un des principaux objets de luxe ; on en voit une telle multitude, que l'on serait tenté de croire que leur nombre excède celui de Paris. La forme de ces voitures, toutes calèches découvertes, permet d'apercevoir en entier les femmes élégantes qui les garnissent, et qui sont en général fort belles.

Beaucoup de quartiers n'étant occupés que par le peuple, et les rues s'y trouvant excessivement étroites, les équipages n'ont donc guères que Toledo, le quartier de Chiaïa,et quelques autres rues, en petit nombre, ou ils puissent circuler librement; ce à ce pèlerinage, aujourd'hui qui les fait paraître plus nombreux, rentrent, c'est une fête pour étant circonscrits dans ces deux promenades favorites des Napolitains; à Toledo l'on va quelquefois à pied , mais à Çhiaïa l'étiquette veut qu'on ne s'y montre qu'en voiture.

QO

Quel dommage, me dit Edouard, que nous ne soyons pas venus quel* ques mois auparavant assister au carnaval; c'est dans ces journées qu il faut voir le corso. Le 1 7 janvier, à }a St.- Antoine, le carnaval commence. A dater de ce jour, jeudi et dimanche, il corso a lieu à Toledo , depuis vingt et une heures jusqu'à vingt - quatre. C'est vraiment une obligation de s'y mon-»

trer. Mais c'est surtout les derniers jours , et le lundi gras, qu'il est magni* fique; /a double file de voitures com-> mence à 8t6*-Lucie, et va quelque-* fois jusqu'à la route du camp, parcourant ainsi les r^ies de Toledo et des Studii; les balcons sont garnis de monde; on dirait tout Naplea transporté dans Toledo. La foule de piétoni n'est pas moins ccoasidérable. Entré ces deux files devoitures, ciroulept celles de la oouF, loFiqu'elle n'est pat masquée, car lorsqu'elle se masque, elles marchent à la file.

La rue est pleine d'un bout à l'autre , ce qui peut bien former deux cent mille personnes, qui toutes veulent voir à la fois; cependant quelques hommes de la garde suffisent pour dissiper la foule de ce peuple qui long^ temps a passé pour être si redoutable, mais qui ne Test que pour le bruit.

Entre les gens à pied et ceux en voiture se déclare une lutte , dont les dragées font les frais; les personnes spectatrices sur les balcons s'en mêlent aussi. Il faut voir avec quelle adresse les masques des voitures lancent leurs munitions jusqu'au quatrième étage, au moyen d'une cuillère en baleine à long manche; on jette aux plus jolies dames des fleurs et des couronnes. Souvent un adorateur attend ce jour-là avec impatience pour se déclarer à celle qu'il aime en secret depuis long-temps 'pime fleur emblématique remplace un aveu,

et si celle à qui on en fait hommage la garde, c'est qu'elle permet d'espérer.

Alors , heureuK de la certitude de son bonheur, il attendra sans se lasser. Ici les hommes sont plus fidèles que les femmes; ils restent vingt ou trente ans liés par le simple serment de l'amour, et pendant tout ce temps ce sont toujours les mêmes soins, les mêmes craintes, la même passion, le même bonheur; dites-moi si un Français peut com^ prendre cela?

De Toledo on revient ebex soi ; on fait sa toilette çl l'on va terminer sa nuit au bal masqué) de Saint-Charles. C'est ici l'usage, comme dans toutes les villes d'Italie^ de faire d'une loge une salle d'assemblée, on l'illumine. Les femmes y transportent leur salon, elles y reçoivent et font des visites. On ùât la conversation , on joue. Les fruits glacés , les rafi^atchissemens de tonte espèce se succèdent ; les jours de hal on y soupe : c'est une nuit des plus agréables. Le mardi , tout doit être terminé , à minuit commence le carême. Adieu les plaisirs jusqu'à la Saint*«Jo8eph , qu'on se réunit en fami]}e pour manger des zeppole^ pâte faite à l'huile et couverte de sucre oude miel. Enfin vient la Semaine -Sainte, mais c'est à Rome qu'il faut l'aller voir dans toute sa pompe, le luxe qu'on y déploie est inconcevable. Ici tout se passe, au contraire, très-simplement; la cérémonie commence le jeudi à vingtdeux heures , et dure toute la soirée , pour reprendre le vendredi jusqu'à midi. On visite les tombeaux dressés dans les églises, coutume que nous avons dans le midi de la France. Ces deux jours Toledo est débarrassé de ses marchands et de seslajmaroni, le plus grand calme y règne ; défenses sont faites aux voitures de circuler dans la ville, au grand soulagement de ces pan-

vreo chevaux qui se remettent un peu det fatigues de Tannée. La manière de s'habiller est la même qu'en France, et l'on porte les modes de Paris ; mais la Semaine^Sainte tout le monde doit être en noir; les femmes égaient ce sombre costume par un chapeau rose ; elles se promènent à pied pour la seule fois de l'année. Le roi et la famille royale se mêlent à la foule , sans gar<»

NAPLES. 91

d'énormes* cornes de bceuf de Sicile*,

sr< ns me douter qu'elles fussent des paratonnères contre IsLJettatura ; les capucins passent surtout pour être desjer* tatori du premier ordre, épithète dont la meilleure mine ne les préserve pas, et du plus loin que la Napolitaine aperçoit un froc, toutes les cornes possibles sont braquées contre lui.

Les anciens avaient ce préjugé.

des , et simplement suivis de quelques César , Cicéron , Virgile , croyaient valets*de-pied qui portent les coussins ^u fascinum. Horace en parle et veut

aur lesquels ils s'agenouillent dans leurs stations. On est tellement habi* tué à les voir dans les rues ou dans les promenades publiques, que jamais un cri ne se fait entendre. La foule s'écarte respectueusement do leur passage , les hommes se découvrent ; voilà

le conjurer ; et en France ! combien de joueurs perdans s'en prennent à leurs voisins qui les guignonent ;que n'adoptent «ils le préservatif !

Il existe beaucoup d'autres superstitions , dont une est de croire chaque maison de k ville sous la protection

tout ce qu'on fait , encore ne l'exigent- immédiate d'un génie , qu'ils nomment

ils pas*

Toledo est le point central des observations, ce sont toujours les scènes les plus variées ; Edouard me fit remarquer un capucin passant près de noua. — « Regardez , me dit-il , toutes les femmes vont faire des signes avec leurs doigta qu'elles disposent en cornes pour conjurer la jeitatura ou malocchio. » C'est un sort que le malin vous jette, et que le Napolitain prétend éloigner par divers signes ; au fait , on ne niera pas qu'il n'y ait une infinité de personnes dont la figure omineuse semUe porter malheur. On les nomme jeiiaiori. Pour être toujours en garde contre leurs maléfices , les Napolitaines portent à l'épanlette de leur corset une petit corne en corail , les hommes la suspoident à la chaîne de leur montre a ce bienheureux présœvatif est partout. J'avais en eflfet remarqué ce singulier ornement dans les appartexnens où le hasard m avait conduit; j'avais vu dans les antichambres, dans lea salotts> dansles chambres à coucher,

la belle uimbriame. Si le moindre bruit se fait entendre dans l'intérieur, et qu'ils n'en puissent expliquer la cause , aussitôt on se recueille, on croit quec'est la présence de la belle Ambriame , qui est annoncée, et tout le monde prend une attitude respectueuse. Le regard fixe dans le vague, chacun attend ce qu'il prétend être arrivé à quelques heureux privilégiés ,*qu'elle manifeste sa présence par une apparition complète, et ce n'est qu'après plusieurs minutes de déception qu'ils renoncent à cet espoir \ néanmoins , la conviction d'avoir eu sa visite leur fait plaisir. Il est des appartemens fort beaux qui restent inhabités, parce qu'ils sont sous l'influoice d'une belle Ambriame , qui porte malheur, et quand le vent, qui s'engoufire dans les vastes galeries désertes de cette maison , vient retentir aux oreilles des voisins : « Écoutez, vous disent-ils, comme elle se lamente !....» En vain vous tâcherez de leur persuader que c'est la brise qui pleure, et non la belle Ambriame,

g% L ITALIE.

ils TOUS traiteront d'esprit fort et garderont leur croyance.

Au moment où je riais aux éclats de ce que je venais d'entendre, DonPaolo venait à nous. Edouard me poussa le coude pour me rappeler l'usage que Ton a ici d'ofirir le café à toute heure. Cette ofire faite et acceptée , nous voilà dans une Bottega di caffe. Quiconque chercherait dans ces étabissemens le luxe de nos cafés français , tomberait dans une erreur étrange, on ne s y assied même pas , excepté lorsqu'on veut se faire décrotter. L'on y boit deux sortes de café , la soUta qui se donne toute sucrée, et il /ei^ontequi se sert comme en France ; ce dernier est plus fort, meilleur et plus cher. Les Napolitains donnent la préférence à la soUta. D. Paolo n'en accepte jamais d'autres. « Comment voulez-vous, nous dit-il, j'ai trois ou quatre visites à faire, c'est donc autant de tasses qu'on m'offrira, sans compter les rencontres imprévues comme la vôtre. Je ne puis sans impolitesse refuser; en prenant ma solita^je satisfais à nos usages et je n'avale qu'un peu d'eau noircie. » Je me rendis à ces raisons, et je payai neuf sous pour trois solite. Il est cependant dans Naples, trois ou quatre cafés où l'on peut aller s'asseoir; on les appelle sorbeUeria. Un singulier usage de ce pays , mais qui est grand et noble, c'est que si, pendant que vous êtes à prendre vos glaces seul ou en société , une personne de votre connaissance passe, elle se glisse auprès du sorbeltaro et fait porter à son compte toute la dépense de la soirée : quand vous demandez votre carte, on vous répond que tout est payé , et souvent vous ne pouvez savoir à qui vous êtes redevable de cette politesse.

La civilité va toujours en croissant à mesure qu'on avance en Italie : à Na-

ples , elle est au dernier période. Tout étranger y est traité ifeccellenza par les gens du peuple ; un prêtre ôte jusqu'à sa calotte pour saluer; la femme la plus laide est traitée de bella donna. Tout ainsi est au superlatif, et il semble qu'on ne s'y arrête^ que parce que le langage ne fournit pas d'expressions plus fortes. Au reste, c'est un agrément ^ur les étrangers qui , n'y étant point accoutumés, sont toujours flattés des propos obligeans qu'on leur adresse.

Les vengeances atroces, les jalousies cruelles qui étaient si communes dans les derniers siècles, ne paraissent plus aujourd'hui , du moins à Naples et dans les environs , elles commencent même à disparaître de la province. La noblesse y vit en société avec la même liberté qu'à Paris , et le peuple s'est humanisé à son exemple. Mais , une chose à remarquer, c'est qu'on n'y rencontre jamais de ces femmes qui, à Paris et à Londres, font la honte de leur sexe et importunent les passans :

il est vrai que des indicateurs se placent dans des endroits connus, tels qu'auprès des théâtres et des cafés très-fréquentés ; mais c'est encore avec ime espèce de réserve ou de timidité , qui fait honneur aux mœurs. Les femmes publiques ont un quartier assigné, celui de Ponte-Oscuro, près la Porta Capuana.

Nous avions été présentés depuis quelques j ours chez le duc d' Anzio, dont la maison , agréable et hospitalière, est le rendez-vous de la meilleure société ; tout ce qui arrive d'étrangers distingués se fait un mérite d'y être admis.

La duchesse nous parla de la France qu'elle aime, et qu'elle a visitée il y a quelques années : « Venez me voir, me dit-elle , nous parlerons encore de votre patrie. » Je le lui promis, et la quittai enchanté de son accueil et de sa beauté

NAPLES

remarquable. A quelques jours de là cous en reçûmes une invitation ; nous étions priés, Edouard et moi , à un souper qu'elle donnait à l'occasion de sa naissance. Ce souper fut splendide et les convives nombreux, presque tous étrangers, c A l'exception du vin et des mets, me dit la duchesse, tout est de France chez moi , même ma vaisselle et mes meubles ; que voulez-vous, j'aime la France , et même dans ma patrie je ne vois qu'elle! je crois payer par ce sentiment un tribut à la reconnaissance. » Elle nous apprit alors qu'elle avait été élevée par des Françaises dans le pensionnat des Miracoli, établi par les ordres et même par les soins de la reine Caroline Murât, qui venait visiter cet établissement plusieurs fois par semaine, accompagnée des dames de sa suite. — « Les grâces, l'amabilité, et surtout la touchante bonté avec lesquelles ces dames s'occupaient de nous , ont développé en moi ce sentiment que j'ai voué à votre. Dation ; je ne puis me souvenir, sans verser des larmes, des dernières paroles de la reine au moment de son embarcation : Conservez mon école , dit -elle aux Napolitains qui l'entouraient, veillez sur les Miracoli.i^ Ce cou* vent est un des plus importans de l'Italie; la reine Marie Isabelle, mère du roi régnant, a pris aussi sous sa protection ce pensionnat, dont la fondation est une oeuvre philanthropique qui honore également les deux femmes sous la protection desquelles il a été placé.

Du palais du duc d'Anzio, situé sur le bas de la rivière de Ghiaïa, on découvre toute la partie du golfe qui borde la route neuve du Pausilippe.

Tj^ous avions en face le spectacle d'une mer lumineuse, particularité qui avait plusieurs fois excité notre curiosité.

J'appris d'un abbé , qui habite chez le

duc à titre d'ami , qu'il y a dans la mer un insecte qui donne de la lumière, c'est \eNereis phosphorans deLinnée; on le trouve principalement aux mois de juin et juillet; il est blanc, mou, et de la grosseur d'un grain de blé. Cette conversation donna lieu à la duchesse de nous parler du goût, ou, pour mieux dire, de la passion que le roi Ferdinand I*'. avait pour la pêche : — « Combien de fois m'a-t-il envoyé, dans la saison où j'habite mon casin de Portici , les plus beaux poissons que j'aie vus de ma vie, produit de sa pêche, à laquelle il passait des heures entières ! » De petites barques , éclairées par une flamme vive, que nous voyons de. temps en temps glisser en tous sens sur ce golfe tranquille, nous donnèrent Tidée d'aller voir lancer le poisson , c'est-à-dire le tuer avec un dard. Ce fut une partie de plaisir arrêtée en un instant, et qui s'exécuta le lendemain. A l'entrée de la nuit une barque de pêcheur vint nous prendre à MergelUna, oùnous nous embarquâmes , après avoir eu le soin d'y faire transporter tout ce qui devait constituer un bon souper.

Tout le monde était d'une gatté charmante, on se communiquait Bes pensées sans contrainte ; ici on compte sur la bienveillance , car c'est une justice à rendre à la haute classe, personne n'observe mieux quelle les devoirs de l'hospitalité.

On se sert , pour la pêche que nous faisions, d'un brasier qui, par son feu clair , attire le poisson et le fait apercevoir; on jette de l'huile sur l'eau pour en calmer l'agi tation, les mariniers ont l'adresse de ne jamais manqqer celui qu'ils ont aperçu; nous nous amusâmes long-temps à voir arriver dans notre barque diverses espèces de poissons fort beaux et fort appétissans, après quoi nous ne songeâmes plus à

la pèche, et nous nouss occupâmes de notre souper, qui fut étalé ; chacun fit de son mieux pour y faire honneur; on avait disposé tout autour de la barque des coussins moelleux sur lesquels nous étions à moitié étendus, tenant en main un verre où pétillait le Cham« pagne; la nuit était des plus belles, l'air pur, la température la plus douce; quelle jouissance, après un jour qui avait été si chaud, de sentir cet air doux et rafraîchissant 1 nous nous croyions dans un bain parfumé. Ici la nature, languissante pendant le jour, renaît le soir ; la pâle clarté de la lune augmentait encore le charme ^ je me sentis ému, sans savoir pourquoi ; j'étais heureux, et pourtant je soupirais ! Petit à petit ma gaité se calmait et faisait place à une douce mélancolie ; ce pays si beau n'était pas la patrie, il fallait le quitter ! Le regard attaché sur la figure delà duchesse, dont le feu du brasier éclairait les pâles et belles lignes, je ne sais combien de temps je serais resté dans cette muette extase, si je n'en avais été arraché par le bruit d'un homme qui tombait à la mer, ce qui nous mit tous en mouvement. Quelqu'un prononça le mot de suicide:

« — Rassurez^vous , nous dit le duc , cette pensée ne lui est pas venue.

L'idée du suicide germe difficilement dans nos climats, faites-en himneur à la physique ou bien h la morale, TOUS arriverez toujours au même ré- sultat; quant à cet homme qui déjà reparaît sur l'eau, c'est un des meilleurs plongeurs que je connaisse; il n'a fait cela que pour nous montrer son adresse. Je m'amuse à lui jeter quelquefois soit un anneau, soit une pièce de monnaie, et rarement il manque de la rattraper même de nuit, à la lueur des torches., ce qui est plus extraordinaire. L'habitude qu'ont ces hommes,

que je pourrais nommer amphibies , d'être plus souvent dans l'eau que sur la terre, leur donne ce coup d'oeil rapide et cette faculté de retenir longtemps leur respiration, faculté à laquelle ils s'exercent de bonne heure.

Nous avons eu plusieurs plongeurs célèbres, entr'autres le fameux Nicolô, dont la réputation causa la perte. Frédéric, roi de Sicile, ayant voulu être témoin des exploits de ce nageur merveilleux qui passait la moitié de sa vie dans l'eau , et auquel la facilité prodigieuse avec laquelle il nageait avait (ait donner le surnom de Pesce c Poisson » , il le défia de plonger dans les environs de Charybde, l'intrépide Nicolô s'y précipita , et eut assez de bonheur pour en revenir, mais terrifié de ce qu'il avait vu et entendu au fond de ce gouffre; son regard annonçait qu'il n'y retournerait pas; le roi l'en défia une seconde fois, Nicole refusa; alors^ pour l'y détermioer, Frédéric fit jeter ime coupe d'or dans l'endroit le plus profond, elle devait être la récompense de son courage; l'amouivpropre, peut-être la cupidité, décidèrent ce malheureux.

Il s'élança de nouveau; mais sans doute il fut emporté par la force des courans , car il ne revint plus , et quelques jours après seulement, l'on retrouva son corps sur le rivage , à plus de trente milles de distance. C'est l'unique exemple de ce genre, car les plus intrépides nageurs n'osent même pas approcher de cet abtme redoutable ; le seul honune qui ait eu ce stoîque courage le paya de sa vie.

A la fin de ce triste récit, et comme la nuit était fort avancée, nous dtmes à nos mariniers de regagner la rive ; un léger soufile de vent venait de temps en temps enfler la voile et aider à la rame; puis, nous quittant tout à coup, ne ridait pas même la surface des eaux ,

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PAUSILIPPE, LAC D'AGNANO etc.

comme s'il se fut retiré dans les airs pour se rafratchir lui«méme.

Quelques jôars après, en me promenant dans une rue que l'on nomme

StrcLda dei Lanzieri\ Ton me montra , sculptée dans le mur d'une maison , la statue de Nicolo Pesce. '

OHOTTX US PAVSZUFn, UkO B'AOVAVOf VOUZXOU», BAJA, CITMZSi

Minkira , zacHZA, vaoczva, ---

Lf ITC.

Depuis notre course au Vésuve , le duc y la duchesse et l'abbé" yeulent être de toutes nos parties ; ainsi, il était décidé que nous irions ensemble à Baïa, Dès six heures du matin, le jour convenu, l'abbé assiégeait notre porte, et nous voilà une autre fois en route , tra^ versant le Largo del Gastello, puis saluant en passant le théâtre St.-Gbarles, où M"""*. Malibran avait excité la veille des trépignemens d'enthousiasme bien mérités , nous parcourons la rue de Chiaïa, sur laquelle est le pont du même nom, qui parait suspendu sur votre tête. Resserée entre les deux collines dePizzo Falcone et de Saint- Elme, cette rue est désagréable en raison de son peu de largeur, et de la foule qui y afflue sans cesse ; c'est le seul passage pour traverser cette partie de la riUe , lorsqu on ne veut pas £dre le tour de la marine; les propriétaires des palais bfttis sur ces collines pensant avec raison qu'une communication plus facile donnerait plus de var leur à leurs maisons, firent bâtira leurs firais le pont court et étroit qui , de Santa Maria Degli Angeli va à la rue Saint-Elme; nous passons dessous, et nous arrivons au quai nommé Riviera di Ghiaïa, qui sépare la villa Reale des

maisons, et qui , aux dernières heures du jour, est la promenade favorite des Napolitains.

Cette riviera est assez longue; mais nous courons avec une telle rapidité, qu'il est impossible d'en parler. Nous voilà k la grotte de Pausilippe(Pl. 49}*

L'Italie a beaucoup de passages souterrains de ce genre ; mais celui-ci est le plus ancien, le plus long et le plus remarquable ; il y a neuf cents pas sur une largeur de vingt - quatre pieds et une hauteur de vingt-huit toises. On ne connaît pas l'auteur de cet ouvrage gigantesque attribué aux Romains.

Strabon, Sénèque et Pline en font menticm sans désigner celui- à qui on la doit; parmi les auteurs modernes, Mazocchi l'attribue à LucuUus , Martorelli, à Agrippa, et Luigi Galanti croit que cet ouvrage est de beaucoup antérieur à Lucullus , et qu'il fut fait simultanément par les habitans de Gumes et de Naples, pour avoir entre eux une conmiunication plus courte.

Ce qui étonne, c'est qu'il n'arrive pas tous les jours des accidens. Longtemps cette grotte a été complètement obscure; une petite chapelle placée au milieu et consacrée à la Madone, fournissait le seul luminaire. « Les voitures,

me dit le duc, se munissaient de tor- de ce coteau , se dresse fièrement le

ches, inutiles aujourd'hui. » Il m'est couvent des Camaldules, d'où l'on

aisé de juger de l'effet de ces torches, jouit, à ce que me dit Tabbé, de la

dont la flamme rougeâtre jetait en pas- plus belle vue de l'univers ; l'œil plane

sant une lueur vive sur tous les objets, sur les deux golfes de Naples et de

ce qui, joint au bruit assourdissant de ces voitures roulant sur un pavé de dalles du Vésuve et aux cris affreux que poussent les lazzaroni et qui réveillent l'écbo retentissant, devait donner à ce passage quelque chose de sauvage, d'infernal, qui frappait l'étranger.

Des ouvertures sont taillées dans le roc pour donner de l'air ; elles ont aussi leur effet romantique : elles sont bordées par des buissons , des arbustes, des clématites , des chèvre-feuilles et du lierre , qui descendent en guirlandes fantastiques , et balancent sous ces voûtes humides leurs rameaux flexibles.

Depuis l'occupation des Français des réverbères y ont été placés ; mais leur clarté est perdue dans l'immensité ; et le milieu de la grotte est encore si obscur, qu'on entend plutôt qu'on ne les voit, les objets qui passent près devons; aussi est-ce avec un sentiment indéfinissable de joie que l'on revoit la lumière et la riche campagne et mémele pauvre village de Fuori Grotta.

Le duc m'engage à traverser la grotte un jour d'équinoxes, pour y voir un phénomène; le soleil, à son coucher, prolonge ses rayons jusqu'à l'autre extrémité , et change son obscurité ordinaire en une brillante clarté.

En sortant de la grotte de Pausi- troupe du lac sur la prairie, et de la lippe, l'on suit la route des Ba;înoli, prairie sur le lac. ombragée d'arbres jusqu'au bord de la Un des premiers objets qui s'offrent mer. Pendant le trajet, plusieurs mon- à la vue est la fameuse grotte du chien , ticules, couverts de la végétation la un paysan en a la clé, et s'y rend avec plus forte, la plus confuse, s'offrent à le chien destiné à Texpérience , et dont la vue. Sur le point le plus élevé la vie se passe en évanouissemens per-

Pouzzoles, sur leurs tles,jsur les cratères éteints de la Solfatara et des Astroni, sur le lac d'Agnano, le cap Misène, le château de Baïa et la mer immense!....

Il me dit aussi que les religieux de cet ordre sont nombreux, et vivent dans la plus parfaite harmonie dans ce lieu, le plus propre à la vie contemplative.

A mi-chemin nous laissâmes la route, et, tournant à droite, nous nous dirigeâmes, en suivant un petit chemin d'environ un mille, vers le lac d'Agnano (PI. 53), que nous visitâmes d'abord. Ce lac d'eau douce était autrefois^un volcan , il est facile d'en juger par sa forme et par les produits volcaniques qu'on y trouve. Les montagnes qui l'environnent sont admirablement boisées , et l'œil ambrasse et mesure sans obstacle toute son étendue; sur ces bords , la nature est riante , simple et tranquille : ce serait la solitude de choix d'un homme heureux ; ses eaux limpides sont à peine émues à leur surface, et produisent rarement quelques vagues qui viennent alors expirer sur le gazon qui l'entoure. L'uniformité d'un champ si spacieux et si uni est agréablement interrompue par des touffes de roseaux , agités par le mouvement d'un grand nombre d'oiseaux aquatiques, qui s* élancent en

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