‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 21 sur 39 · POUZZOLES, BAIA, ETC · texte numérisé non relu

POUZZOLES, BAIA, ETC

pétuels. Oa fait entrer cette pauvre victime , que son mattre sacrifierait si on souffrait cette cruauté ; le chien re-' doute à tel point cette épreuve, lorsqu'il Ta déjà subie,- qu'il tremble en approchant , et qu'il faut l'y traîner. A peine couché ; il tombe en convulsion , se plaint , gémit , et serait mort en trois minutes si on l'ylaissait ce temps.'

• La partie intérieure de la grotte ne contient aucune odeur remarquable; mais si Ton se baisse et qu'on plonge la main dans la ; couche d'air qui , partant du sol , s'élève à un pied environ, et qu'on la porte ensuite pleine de ce gaz jusqu'au nez, on sent une odeur j suffocante, qui asphpicrait l'homme aussi bien que le chien s'il se tenait couché par terre. En sortant^ nous vîmes ce pauvre animal que Ton venait de plonger dans l'eau pour le rendre plus tôt à la vie ; la duchesse était émue jusqu'aux larmes : « Va, dit-elle ^ malheureuse victime, accom-plis ton pire destin, meurs cent fois , si cent curieux arrivent !! » Nous quitta-, mes la grotte , emportant ime impression fâcheuse de ce que nous avions vu. ' L'on : nous montra ensuite quelques restes de fabrique, que l'on dit avoir* fait partie d'une villa de Lucullus et qui sont encore sur les bords de ce lac. A côté de ces ruines sont les bains de vapeur de San Germano , fréquentés par les personnes atteintes de rhuma- • tismes; ces étuves consistent en une réu- • nion.de masures construites par des mains barbares pour le soulagement de l'humanité. Quelques années encore , il n'en restera que les décombres. '

. Dans l'intérieur, elles sont partagées en huit chambres dont les quatre dernières sont les plus chaudes. Les exha- . laisons de soufre sont difficiles à supporter. Elles se manifestent par une fumée blanche qui s'échappe par les.

fentes des murs. La chaleur s'y élève de trente h quarante degrés de Kéaumur. Nous y présentâmes un morceau d'amadou aUnmé ; la vapeur augmenté d'intensité, et elle se dirige vers le feu de l'amadou.

• Les modestes étuves du lac d'Agnano ont remplacé les magnifiques thermes que les Romains avaient élevés sur le sommet de la colline près de la ville d!Angularum ; l'espace occupé par les ruines est assez considérable pour faire juger que l'édifice était somptueux : les constructions en brique qui sont^incorporées avec la colline ont tous les caractères de grandeur et de solidité qui se rencontrent dans les monumens publics des anciens. Les débris d'arcades, les voûtes, les pans de mur, n'ont plus aucune liaison entre eux. Mais il est resté des portions de salons cintrés, où l'on voit un grand nombre de tuyaux en terre .cuite par où la chaleur et les vapeurs se répandaient dans l'intérieur. : Nous continuons à marcher toujours vers la partie occidentale du lac; et laissant à gauche les monts Leucogés, aujourd'hui la Solfatara, nous nous dirigeons vers les Pisciarelli , petit ruis- • seau d'eau bouillante, qui prend sa source dans la montagne de la Solfa- • tara ; cette eau fait cuire un oeuf en huit minutes; elle est. fortement imprégnée d'alun et de .vitriol; ce dernier, même y domine à un degré tel, qu'en y mêlant de la noix de galle on en ferait de l'encre. Dans cet en* droit le sol résonne comme s'il é'ait creux. De là on .va aux Astroni, ancien cratère d'un volcan éteint, et converti aujourd'hui en parc royal, entouré de murs pour y retenir le gibier ; il a quatre milles et demi de circonférence. Dans l'intérieur du parc, on rencontre encore des laves, des sco-

ries, de la pierre' ponce, et autres débris volcaniques; et là où fut un Tolcan redoutable se montre aujour-r d'hui la végétation la plus riche ! PIa-> oée dans cette périlleuse position, qui sait si demain cette somptueuse villa ^^ et ces arbres qui croissent sur les- coinfins de la destruction ne seront pas e^ faces de la surface de la terre, et si-^le voyageur qui cherchera leur ombre hospitalière ne les trouvera pas remplacés par des rivières de flamme ou par un lac paisible 7 car ici la nature exécute ses grandes opérations avec ses rudes matériaux et à la vue d'hommes qu'elle terrifie.

Cette tecre est celle qui laisse le plusy de marge au voyageur observateur; car:

son caractère distinctif, sublime et singulier qui lui a été imprimé par la nature , ne se reti*ouve nulle part.

Nous avions projeté de dîner à- Pouzzoles, dont plusieurs montagnes nous séparaient encore. Il £ut convenu • que le duc, la duchesse et Edouard, qui connaissaient tous ces pays , iraient nous attendre, tandis que nous nous y rendrions par ces routes montueuses.

Tout le canton que nous allons parcourir maintenant s'appelait Gharops- Phlégréens « Ghamps-de-Feu ; » à chaque pas nous allons y rencontrer des sources d eaux minérales ou thermales.

INous voici sur l'ancienne voie romaine, appelée Antiniana, qui conduisait de Naples à Pouzzoles \ nous y retrouvons des traces de l'ancien pavé en pierres volcaniques; les restes d'un pont à trois arches au-dessus duquel passait cette route; un grand nombre de tombeaux la bordent des deux côtés, la plupart détri^its et ne présentant que des masses ou des fragmens informes; nous en visitâmes pourtant deux assez bien conservés sur la gauche: le premier, près de l'église de

San Tito, est un columbarium i dans lequel on descend par des marches construites dansl'intérieur ; il est voûté, recouvert en stuc, et orné de bas-reliefs* représentant des figures grôtes* que»; trois niches, l'une en face delà porte, et les deul autres à droite et à gauche, sont décorées chacune de deux colonnes qui soutiennent un fronton; un grand nombre de petites niches pratiquées dans les murs, la profusion des omemens qui enrichissent la voûte et .

probablement les autres parties du tombeau, enfin l'état de vétusté dans lequel il se trouve, composent un ensemble très-pittoresque aux yeux de l'artiste.

< Le second tombeau est isolé; bb.

forme extérieure est un piédestal sur lequel est placée une colonne tronquée; l'intérieur esta deux étages; la partie supérieure sert aujourd'hui d'ba< bilation à un paysan.

, Des vestiges de stuc, de bas-reliefs et de peintures assez bien conservés, annoncent que ce tombeau appartenait à une famille opulente.

Nous passons ensuite devant le couvent des Capucins, en grande vénération , et que l'on désigne comme le lieu où saint Janvier souffrit le martyre.

Nous eûmes le désir dy entrer. Le religieux chargé de nous accompagner nous montra dans leglise la belle statue du saint, et une pierre tachée de sang, sur laquelle la décollation avait eu lieu , ajoutant pour preuve , que le jour du miracle, à Naples^ cette tache se ravivait.

Dans le jardin nous vîmes l'entrée d'une grotte comblée de terre, qui autrefois conduisait à Pouzzoles ; elle est assez large pour avcxir pu donner passage à une voiture

De là à la Solfatara, il y a peu de dis-» tance, et noua nous y rendîmes. Les approches de cet aneien vokan sont

POUZZOtES, BAIA,ETC.

remarqtiableft f^ar la stérilité du sol ^ par sa couleur blanchAtre , et surtout par l'odeur des yapeur» sulfureuses qu'il exhale.

On se croit transporté tout à coup sur un autre globe ; ici rieti ne ressema ble au désordre des lient les plus dé* serts , les plus sauvages , et rien né rappelle les beautés de la nature.

La Solfatam est le seul des volcans qui ont eiisté autrefois, et h différentes époques dans les champs Phlégréens, qui. soit encore dans une sorte d'acti* vite; c'est le jPom/n F^ukanide Strabon* Sa forme est elliptique, elle a onze centa piedsdelongsur quatre-Tingtf delarge.

Qd voit sur difiérena points ses va-; peurSf pousaées par l'action du feu, s'en lever avec violence; c'est dans lea endroits où ces vapeurs sortent avec le plus de force que Ton place des tuiles eu des briques pour recevoir le sel ammoniaque qui s'y sublime.

Ce sd est moins pur que celui qu'on

laTnaase au Vésuve. Les crevasses par

où s'evhalent les vapeurs s'appellent

fumaroUes. De temps en temps on

aperçoit des flocons de fumée qui

s'étendent et se dissipent dans l'air;

on s'attend presque à voir un génie

sortir de cette fumée, prendre gra-«

duellement une forme , et apparaître

à vos riegards. On trouve aussi sur les

collines qui entonrentla Solfataradelà

sâénite souvent crislallîséeen aiguilles

OQ en filets sojeox , que des personnes

peu versées en minéralogie regardent

comme de l'alun de plume.

A k surprise occasionée par le ta« Uean extraordinaire et imprévu d'une 81 grande confusion de tontes choses , SQccède naturellement une sorte de crainte quand, en frappant du pied sur la eroAte volcanique on en jetant une pierre, comme nous le fîmes , dans une ouverture, on entend un reten-

tissement dont les vibrations indiquent les immenses profondeurs d'un gouffre dans lequel les matières sont entrete*> nues en fusion par un feu lent ^ et qUl pourrait, en s'écroulant, engloutir les curieux qui pèsent dessus«

Mais une cfaofie bien rassurante f sur laquelle l'abbé appelle toute tnon atten* tion, c'est la parfaite sécurité des ou* vriers qui travailleîit à récolter le soufre et à fabriquer l'alun*

En sortant de ce lieu , nous visi* tAmes l'amphithéAtre oncolysée, dé* signé sous le tom de Carceri^ et dont on ne voit que le quart} le reste est enterré et couvert de plantations. Il est aisé cependatit d'en reconnaître lesdi* mensions. Dans une portion du corri« dorqui entoure 1 arène, nous vtmesles issues par lesquelles on montait sur les gradins, et à droite sont plusieurs ca« vès , dont une est convertie en chapelle érigée h saint Janvier, sur la suppo-' sition qu'il j a été renfermé avant dé souffrir le martyre. Les murs de cet am<« phithéAtre sont en ouvrage réticulaire et construits en laves et en briques. Il pouvait contenir vingt-cinq mille speo« tateurs. Aujourd'hui le lierre et d'au-« très plantes parasites croissent avec activité entre les crevasses de ses anti«« ques murailles , situées autrefois dana le centre d'une ville opulente.

Après le coljsée est la maison de campagne de Gicéroo. Nous sommes en face de ces fameux portiques où il composa ses questions académiques* La préférence qu'il accordait à cette re* traite sur celles de Cumesetde Pom« peï, les chefs-d'œuvre de sculpture grecque dont il l'avait ornée , le nom même d'académie donné à cette longue galerie , construite sur le modèle des portiques de Yjicademus d'Athènes, rendent ces ruines d'autant plus res« pectaUes, qu'il est imposâMe de ne

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pas y rattacber le soavenir des ouvrages de ce célèbre orateur, et les grandes époques historiques . qui ont illustré et sa yie et sa mort. - > Ces portiques s'élevaient au milieu de magnifiques jardin? qui touchaient d'un côté à la ville de Pouzzoles , et se prolongeaient en amphithéâtre pendant une demi-lieue en face ' de Bâïa'. L'horizon est coupé -par les tles; dont les formes se dessinent irrégulièrement sur un ciel toujours bleu. Au couchant, le promontoire de Misènes et les châteaux de Baïa, et vers l'Orient, dans le lointain /les montagnes de Sofrento se « réfléchissant dans les vagues." Tel est ce tableau/ sur lequel Cicéron étendait sa vue lorsqu'il se promenait sous ses : %'astes portiques , ' méditant des écrits immortels, et qu'il composait ses foudroyantes .Gatilinaires. Aujourd'hui tout est en ruines ;:le nom seul de Cicéron a'survécu , et sauve ce lieu de l'oubli. Niille trace' du i tombeau d'Adrien,' qui , mort à Baïa, fut enseveli. sur cette côte. Combien j'étais heureux de me trouver avec l'abbé ;" sans lui, obligé dé prendre un czcerone ignorant, j'aurais erré à tâtons au milieu de toutes ces ruines. Ne^pouvant citer juste; ces hommes vous jettent un nom au hasard, et- l'erreur se propage ; l'étranger , • qui n'a ni le temps ni le goût de se livrer a une recherche approfondie ,-adopte ces erreurs ^ encore heureux lorsqu'il ne les mêle pas avec les contes les plus ab-. aurdes. Car il y en a qui , de la meil-* leure : foi .du . monde , .vous : disent qu'Enée était un général romain qui se révolta contre le roi ; que' Virgile était un magicien, capitaine. dans ses ar-.

'^ mées; ils montrent jusqu'à l'endroit où ce poëte disait 5a messe. L'abbé , plein d'érudition, archéologue consommé, antiquaire, chimiste, en im mot savant, et surtout d'uue complaisance à

toute épreuve, : avait la bonté de me guider et de tout Wexpliquer.

' Aia droite de la villa de Cicéron , sur le haut d'une verdoyante- colliûé qui fait face à Bàuli, sont des murs en brique percés de niches et 4é fenêtres ; ce sont là les ruines du "temple de Keptiine. j Le - corps' principal -était tourné vers la routé, et' le'poirtique faisait face à la mer. C'est de ce temple que parle Cicéron , lorsque', s'cntrctenant avec Lucullus sur les erreurs des sens, -il lui dit ': « Nous sôimrtes à Bauli,'d'où nous voyons Pouzzoles , et cependant nous^n'apercévons p&s notre, ami Aviano ',' qui peut-^tre se promène 'sous les ^portiques du temple de Neptune. » ' C'était dans son enceinte sacrée que les marins et les voyageurs prêts à s'embarquer venaient déposer leurs offrandes ,; et invoquer le dieu de l'élément auquel ils allaient se confier. Auguste, partant de Pouzzoles pour la guerre contre Sextus Pompée,* avant de mettre à la voile , offrit un sacrifice à Neptune ; plus - tard Caligula en fit autant. - ' . > . :

' Mon guide me fit admirer les deux murailles fortes et élevées de la partie du nord , ainsi que leurs omemens et leurs niches, et les débris du portique dont parle Cicéron. ....

* Dans notre fougue exploratrice, et d'une ruine à l'autre, nous aurions oublié que nous étions attendus , si nos estomacs ne nous en eussent 'fait -souvenir. Nous résolûmes : donc -d'aban* donner pour le moment ces jiiëux pleins d'attraits, et nous tournâmes nos pas vers Pouzzoles, que. Cicéron appelait Puteolana et Cumana régna, où Rome entière accourait à ses bains , et qui était le Spa de l'antiquité.

Pouzzoles (PI. 5o) est située dans le pays le plus beau, le plus curieux, le plus intéressant qui existe dans ie

PtfsjuufU. Tempié di Oiove^ SertUtid^-. Pouju^U^. Te/npU tir^ JufUer Sctapù.

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