‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 24 sur 39 · BAIA, ETC · texte numérisé non relu

BAIA, ETC

trésor, car il crut y reconnaître un de ces glands que les Romains lançaient avec la fronde^ en : bataille rangée ; seulement il se trouva en défaut lors^ que nous le priâmes de nous expliquer les lettres que. nous - y distinguions. U nous avoua qu'elles lui étaient tota-» lement inconnues ; il me remercia avec Fenthousiasme d'un antiquaire, et me promit d'en: enrichir son musée.

; Nous nous séparâmes après souper, ^ en nous donnajitrendezrvous aùlen-^ demain , - poi^* . achever ce qui nous restait à visiter sur cette plage où tout montre l'activité de la nature,' mai»

une activité qui se décore elle-même, une vivacité: fébrile qui consume le sujet dans lequel elle brille, où le sol est une. fournaise, où la terré, quand elle est frappée-, exliale.des vapeur»

I^rûlantes, où partout les ruines /du temps: etidel^boinmë sont mêlées à. des fragmens d'une création violente, et l.es: amphithéâtres d'Auguste , la villa de Gicéron , les. autels . de Caligula identifiés dans des masses de marbre sculpté et renversé , sont semés au milieu des volcans éteints de Pouzzoles, où chaque rocher, chaque coin de terre, est le registre d'un crime ou la marque d'une aventure.

: Le lendemain chacun fut exact à l'heure indiquée, et nous partîmes^ arrivés aux bains de Tritoli ou, de Néron , qui sont des étuves brûlantes pratiquées dans l'épaisseur de la montagne, nous entrâmes dans les deux salles qui sont le plus près du rivage ; nous vtmes dix baignoires dégradées, et des niches dans lesquelles étaient, notis dit-on, des sUitues qui indiquaient de la main le nom des maladies dont ces bains guérissaient; les murs en étaient revêtus de stuc avec des bas-reliefs.

L'on raconte que trois médecins de Saleme, furieux de l'efficacité de ces

bains, rësolurent de s'embarquer une nuit et vinrent débarquer à Baïa , les détruisirent de fond en comble, puis se rembarquèrent, firent naufrage et périrent pris de Gapri. Denis de Sar« no rapporte que dans le palais de La« dislas , il existait un marbre retrouvé dans le lieu qu'on nomme les Trois Cch tonnes, portant une inscription qui donnait le nom de ces trois médecins. .

Gravissant la montagne, nous nous trouvAmes en faoe des étuves supérieures; on y pénètre par plusieurs grottes. La plus profonde , qui a deux eent vingt^quatre pieds , descend, par une rampe très-étroite, très* rapide et très^lissante , jusqu'au niveau de la meri on y trouve une source si brûlante, qu'il est impossible d y tenir un seul instant la main, et,quoiqu'ellene bouille pas, les œufs y cuisent en peu de temps; cette grotle, qui n'était autre que les fameux tbermes de Baïa , au midi du lao Averne, est percée dans un tuf très-dur, dont la vapeur s'exbale de tous les points ; il est difficile de comprendre comment cet ouvrasse a pu s'exécuter, h cause de l'excès de la chaleur qu'on y éprouve ; à peine y est-on cinq minu* tes qu'on se trouve inondé, soit de sa propre sueur , soil de la vapeur bumi« de qui transpire de tous les cAtés dans cet antre effrayant.

Cette source alimentait les bains délicieux de Néron , qui ont été décrits si fastueusement par les historiens du temps.

La montagne contient un si grand feu intérieur, que la chaleur se fiiit sentir à plusieurs toises en mer, et que le sable, quoique continuellement rafraîchi par la vague^ est encore chaud au toucher, et devient brûlant dès qu'on y enfonce la main.

C'est à ces débris qu'est réduit aujourd'hui le fameux palais de Néron ,

ou il avait ajouté à la richesse et à la magnificence tout ce que la volupté .^ die recherche. Il n'en reste plus que quelques débris suspendus qui menacent à chaque instant de s'écrouler et d'aller rejoindre leurs fondations que la mer couvre maintenant, comme si elle ne pouvait assez laver les crimes qui y furent projetés ou dont ilfUlIe théâtre.

C'est là que ce monstre fit venir sa mère qu'il avait reléguée à Antium, qu'avec tous les signes delà plus aOectueuse tendresse il la reconduisit au rivage^ et que , l'embrassant tendrement , il ne s'arracha de ses bras que pour l'embarquer sur la superbe galère où elle devait périr.

Les bains de Néron ont inspiré à M. Casimir Delavigne quelques uns de ses plus beaux vers :

Ces temples da plaisir , par U mort habités, Ces portiques, ces bains prolon^fës sons les ondes, Ont vu Néron caché dans leurs grottes profondes, Condamner Agrippine au sein des voluptés. A« bruit des ilôts roulant sur cette voûte bumidei Il veillait, «fité d'«n espoir parricide ; U jetait à Narcùse un refjpard satisfait, Quand, mttet d'épouvante et tremblant de eolère, Il apprit que cet flots , intromens du forfait , Se soulevant d'horreur, lui rejetaient sa mère

Dels on arrive bientôt h Baïa au fond d'un golfe circulaire: (PI. 5a.) Cette forme, et les matières volcaniques qui composent la montagne à laquelle Baïa est adossée, démontrent assez l'origine de ce lieu , qui fut autrefois un volcan. A en juger parla quantité de ruines qu'on y rencontre , on peut penser que Baïa commençait là où finissait Pouzzoles :

c'était moins une ville qu'un village dé* licieusement situé , et consacré au plaisir et à la volupté , où l'opulence avait rassemblé tout ce qu'il était possible d'ajouter de délices à la plus riche nature. Les Romains avaient pour les bains un goût qui tenait de la passion ;

pouzzoLES, baia; etc.

ils donnaient la plus grande magnificence aux édifices qui y étaientdèstinés*

Ta secanda marmora Locas sab ipsam fanas, et tepalcvi

Immeroor, strnis domos; Marisqae Baiis obstrepentb ur^es

Sabmovere littora , Param locaples continente ripa.

Uoa. Liù, 11 , od. i5.

Ghaqve nuit disparaît, l'astre dei naits loi-inÀa« Décroit, et voit pâlir son disque radieux , £t vous faites tailler des marbres précieux , Vous qui touchez à votre heure suprême 1 ' V6as faites élever an palais fkstueax , Oabliant le tombeau qai s'ouvre sous vos yeux l Trad, de Daau.

Martial ne sait quels éloges donner à la beauté de ce rivage; enfin Properce, Juvénal et tous les poètes de l'antiquité ont cru devoir le célébrer dans leurs chants.

Jï allas in ovbe sinus Baiis prelucet amosnis* Hoa I £p. I, iib, I, V, u6.

U n*est pas sur la terre Au beau site de Baie , un site qu'on préfère. Trad. de DAan.

Toutes ces choses m'étaient dites à voix basse par l'abbé , qui n'osait plus se risquer à citer du latin à haute voix.

Le voisinage de Pouzzoles, et la multitude des temples qui s'y trouvent, ont fait appeler de ce nom trois ou quatre édifices qui probablement avaient une autre destination , et devaient être de vastes rotondes , servant de lieux d'assemblée ou de jeux. Ils étaient attenans aux salles de bains , ce qui nous confirma dans l'idée de leur usage profane.

Le premier porte le nom de temple de Vénus Génitrix (PI. 5si), etconserve encore la demi-circonférence d'une rotonde. La voussure est construite en brique et la voâte en tuf; mais les ornemens intérieurs et extérieurs ont disparu. Us consistaient en un revêtement de marbre , dont on trouve encore quelques morceaux garnis de leurs attaches en bronze. H est probable qu'à côté de cette rotonde étaientles bains et les ha-

bitations de ces femmes qui trafiquaient de leurs charmes, et que l'on nommait amiubajœ; nom qui s'étendit ensuite à toutes les chanteuses et danseuses.

Suétone en parle dans la vie de Néron« L'édifice désigné sous le nom de tem-* pie de Mercure est aussi une vaste rotonde de plus de ceut pieds de diamètre y dont la voûte à jour, dans le centre^ est percée de quatre fenêtres. Ces thermes auraient été un caidarium.

Cependant la tradition en a fait un temple consacré à Mercure, sous le nomdeTruglio, tirant son étymologie de trullus^ rond, qu'on lui donna à cause de sa coupole.

Toujours , dans la même direction , est le temple de Diane Lucifère.

' Plus grand que les deux précédens ^ il est également situé sur le bord de là mer. Tout donne à croire que, de même que les autres , c'était une piscine ther maie, à en juger par les conduits d'eau aujourd'hui à découvert. Les murs, au trefois revêtus en marbre, sont nus) cette ruine est atteuante à nombre de galeries devenues presque souterraines par les atterrissemens , à la suite desquelles on en rencontre d'autres appe^ lées chambres de Vénus, à cause des bas-reliefs voluptueux et même licencieux dont les murailles et les frises étaient décorées.

Sur la droite de Baïa , et attenant au rivage qui borde la mer, est un édifice c^nnu sous le nom de tombeau d'Agrippine ; on y pénètre à l'aide de torches, par une entrée assez étroite. D'aptes sa construction, il nous semblait beaucoup plus naturel de croire que nous avions sous les yeux un théâtre plutêt qu'un tombeau: c'est, du reste , l'opinion de beaucoup d'antiquaires. Cependant, tant qu'on viendra à Baîa , on ira voir là le tombeau d' J giîppine ^ quoiqu'elle ait été enterrée sur la hau*

teur, près du chemin *de Misène et de la maison de César. .

A peu de distance .de ces lieux , on voit dans la mer des ruines du temple élevé en l'honneur d'Hercule, d'après la croyance où l'on était que ce fut là qu'il déposa les bœufs qu'il avait pris en Espagne. On dit même qu'au fond de la mer sont des restes du chemin qu'il construisit, et dans lequel il les fit passer.

Pour nous rendre à Bauli , aujourd'hui Baccola, nous montâmes un petit sentier qui nous conduisit à la route du Mercatodel Sabbato .^ Champ du Sabat » ; elle est entre deux files de se-: pulcres ruinés. -

Il est certain que là furent les tom-r beaux de la ville ; ; quelques inscriptions qu'on y a retrouvées indiquent la sépulture de personnages célèbres ^ peut-être même les cendres d'Agrip* pine y reposent-elles.

Le village de Baccola peut contenir, environ trois .cents .habitans, . dont la plupart ont pour demeure ces tom* beaux. .

. Enfin nous voici a la Piscina .Mirabile, im desmonumens les plus magnifiques que nous aient laissés les Romains pour attester leur grandeur; sa construction remonte au temps où Pison commandait la flotte des Romains dans le port de M are-Morto à Misène, d'autres l'attribuent à Lucullus,; d'autres, à plus juste titre, à Agrippa, qui ache* va le port commencé par Jules-César.

On est effrayé en pensant aux frais énormes qu'on a du faire pour y amener les eaux de plusieurs milles de distance à travers tant de montagnes et tant de difficultés à vaincre.

Sa forme est un carré long de deux cent seize pieds sur quatre-vingt-dixsept, et sa voûte est portée par quarante-huit pilastres disposés en qua-

tre files de , quadruples arcs d'uDC hauteur extraordinaire; son mastic, recouvert d'une couche de . stalactite très -dure, formée, par le. dépôt des eaux, a contribué autant que sa parfaite construction à sa conservation. Deux escaliers descendent jusqu'au bas,. et au milieu une cavité ou alvéole , attirant et rassemblant le limon qui pouvait s'y amasser, en facilitait l'extraction. .

Du côté où arrivaient les eaux, cette stalactite a jusqu'à huit pouces d'épaisseur , tandis que , par une dégradation successive, à l'extrémité opposée elle ' n'a ^ plus qu'une ligne. La voûte a treize ouvertures par où peutêtre on puisait l'eaui

A quatre pas de la piscine, nous trouvâmes les Cento' Camerelle , dont l'entrée est' un 'vestibule en arcades croisées, soutenu par onze pilastres; nous descendîmes dans un souterrain, intéressant seulement par l'idée quil dépendait .du palais' de Jules-César.

On. a formé cette ; conjecture parce qu'au-dessus se tf ouvent des pavés en mosaïque, indiquant des traces de dis* tribution^ qui ne permettent pas de douter qu'ils ne fussent les fondemens d'un édifice . considérable, en même temps qu'ils auraient servi à renfermer les esclaves.

. J'admire, en^vérité , nous dit la duchesse, la patience et la minutie qu'apportent certains érudits à nous rompre la tête de leurs recherches puériles, pour en .venir à savoir si ces arceaux ont pu servir de magasins , de prisons ou de fosses ; à ; grain ; convenez . que . nous sommes^trop peu initiés à la vie des anciens pour pouvoir décider d'après nos habitudes, et dans le fond il nous importe peu', à la vue de ces pierres humides et de ces murs dégradés par le temps , qu'ils aient pu servir à te

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