‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 25 sur 39 · CHAMPS ÉLYSÉES · texte numérisé non relu

CHAMPS ÉLYSÉES

ou tel usage; qu'en visitant un temple on cherche à deviner à quelle divinité il était consacré , je le conçois , je l'approuve ; mais à propos de ces<irceauY, qu'on ait écrit des volumes , c'est ce que je ne concevrai jamais. Cela fut dit au moment où l'on éteignait la dernière torche qui nous avait servi à les visiter.

L'intervalle qui existe entre le promontoire de Misène et la dernière pointe de Baïaest occupé par deux bassins séparés par une digue naturelle qui,' rompue au milieu, a été réunie par un pont à trois arches, bâti en lave et en pierre volcanique , et si fortement construit, qu'il est encore intact. Ces deuxbassins sontremplisparles eaux de ' la mer, il en résulte un port et Un arrière-port encore plus grand, dont les

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eaux sont toujours calmes; c'est là qu'était la flotte romaine sous Auguste, c'est là aussi que commandait Pline le naturaliste lors de la première éruption du Vésuve. La ville de Misène^était au bas du promontoire. Tite-Live en parle en disant qu'après la bataille de Cannes, Annibal s'avança jusqu'à Pouzzoles, Gumes et le cap Misène; une inscription , conservée au musée , indique qu'Auguste y établit une colonie romaine, et nous y vtmes une grande piscine et les ruines d'un théâtre sur le bord de la mer ; ces ruines consistent en un demi-cercle, l'emplacement des gradins, et deux corridors, dont l'un va aboutir au port.

Cet arrière -port, aujourd'hui Mare Morto, est évidemment un ancien cra- 'tère.

OH AIDS ÉIiTBiSB (PL 54 ).

Deyenér« locos letos , et amœna vireta Fortanatoram nemorum.sedesqae beatas.

Largior btc campos aether, et lamine vestit Purporeo : solemque saani, sna sidéra nôrunt. Et(,,éUf- y/i, u. 639.

Des vergers odorans Tombre yolaptueuse , Les prés délicieux et les bocages frais, Toat dit : Voici les lieux de l'éternelle paix! Ces beaux lieux ont leur ciel,, leurs beaux jours,

leurs étoiles.

Là de plus belles nuits éclaircissent leurs voiles. Trad. de Deiille,

C'étaient lès Champs-Elysées des Anciens que Virgile chantait ainsi ^ et c'est sûr cette Mare Morto ^ autre£Dis Stygia Palus , Marais .du Styx , qu'il avait" placé l'inexorable ^ Carôn. et- sa harque, destinée à transporter les âmes à leur destination. Celles des réprouvés

étaient déposées près de l'Acheron, Palus Acherusia,' aujourd'hui lac Fusaro^ où elles étaient condamnées à des tourmens perpétuels ,.et;les'âmes bienheureuses restaient dans ces Champs- Elysées à l'ombre des bosquets de lauriers , d'arbres chargés de -iriCifs ,' s'enivrant du parfum dès^fledrsdchit les prairies étaient éYnaillées.. * • Rien de plus propre à l'inspiration que ces lieux qui joignent à la beauté du site latenfpéfatiirèlaplus douce; l'aspect riant des collines qui lès entourent et la ' fertilité' du • sol ' réalisent lés brillantes fiôtions^des poëtes. On conçoit, qu'ils les • aien^t choisis pour rétemeUë'résidénce et la récompense des justes.

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Ému par la poésie de me» souvenirs , même aux Champs-Elysées, sépulture je voulus chercher ce fameux fleuve

Stjx ; mais , hélas ! je ne trouvai à sa place qu'un petit ruisseau qui serpentait lentement au milieu des joncs, et formait un marais. C'est pourtant là que Virgile fait aborder son héros conduit par la sibylle Déïphobe, qu'il lui fait rencontrer Palinure , et où le vieux Caron le reçoit dans sa barque.

Ecce gnbernator sese Palinarns agebat, Qai Libyco nuper cnrsa, dam sidéra servat, Ezciderat pnppi, mediis effnsas ia undis. Eif*, lib. Yt, V. 338.

Palinure comme eux avait fini ses jonrs ; Des astres de U nuit il observait le coars, Lorsqa^il tomba plongé dans la liquide plaine. Trad, de Delillb.

Ces fictions avaient probablement ime réalité pour fondement, car toute cette terre était consacrée aux sépultures^ dont on voit encore des restes considérables; on y transportait les cendres ou les corps des habitans de Misène , et comme il fallait traverser ce ruisseau pour y arriver, le batelier avait les mêmes' fonctions que celles attribuées à Caron dans les enfers.

Portitor bas horrendos aquas et flamina serrât

Terribili squalore Charon

E5. lib. VI, V. agS.

Ii*effroyable Caron est nocber de cette onde. Trad. de Delillb.

Et dans le fait , tout autour du lac nous trouvâmes des débris de tombeaux antiques, quatre dalles qui avaient porté des colonnes, et une partie circulaire assez grande qui pourrait bien avoir été un temple.

L'abbé me parla d'une opinion en« tiérement opposée à la sienne, celle des commentateurs qui placent Caron à lAcIiéron. Si cela est, ce batelier rendait le même service aux morts de Cumes, que l'on transportait de

à égale distance de cette ville et de Misène , et qui pouvait leur être commune. Pour y arriver de Cumes, on passait l'Achéron , et de Misène, le fleuve Styx.

Navitaqnos jamindènt Stygiâ prospexitabniidà. £■. iib. Yt, t^. 386.

Le nochc^^ (foi da<5tyx fendait alors les flots. Trad. de Delills.

Les Romains avaient aiutrefois un phare sur le sommet du mont de Misène , attaché à la terre ferme par un isthme si étroit , que dans un endroit il n'a pas vingt pas de largeur.

C'est au bas de ce mont, ainsi nommé par Énée , et dans une petite anse formée sur la mer Thyrénienne, qu'est la grotte Dragonaria , en face de nie de Procida.

Monte snb aerio , qai nonc Misenns ab tllo Dicitor, eternamque tenet per secnla nomen.

En., lib. VI, V. a35.

Et cet bords , à Misène ! ont conservé ton nom. Trad. de Dslille.

Nous eûmes la curiosité de nous y rendre, et faisant signe à une barque de pécheur qui s'approcha, nous exécutAmes ce projet.

Cette grotte ou caverne nous oflrit ciuq corridors de didéren te longueur, celui du milieu a deux cent vingt-quatre pieds , les autres sont égaux entre eux et n'en ont que cent soixante-âix } leur largeur est de quatre pas , sur une hau* teur de vingt pieds. Douze gros pilastres la soutiennent , et forment ces corridors, dont la construction réticulaire atteste l'antiquité. La tradition veut qu'elle soit due à Néron , qui en aurait fait un réservoir pour les eaux ther« maies de Baïa; mais l'abbé, fidèle à son système , attribue avec raison à Agrippa tous les ouvrages exécutés dans ces parages. Il veut que ce soit

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