‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 26 sur 39 · ISCHIA, PROCIDA · texte numérisé non relu

ISCHIA, PROCIDA

un réservoir pour la flotte des cent miUe hommes rassemblés à Misène, dont la Piscina Mirabile n'aurait été que la résenre, dans le cas où les eaux de la Dragpnaria se seraient perdues. Cette grotte est remplie d'incrustations en stalactites produites par le séjour de ces eaux qui filtrent con-^ tinuellement, et forment uUe espèce de f(mtaine*

Les al>ord8 en sont difficiles, et comme il n y a point de plage , notre barque fut amarrée à la rocbc, d'où, grimpant par un petit escalier assez raîde et taillé dans le vif, nous essayâmes de parcourir la grotte; elle est voûtée, et le sommet de sa voûte était autrefois couvert en tuiles •

Un peu après sont les ruines d'un édifice bAti par les premiers chrétiens i •en l'honneur de saint Sozio, et détruit par les barbares en 85o«

Suétone et Tacite parlent aussi d'une villa de Lucullus, située à Misène, et dont lee antiquaires croient reconnaître les wttiges entre le théâtre et la

grotte. C'est là qu'au rapport de Suétone vint mourir Tibère.

« Tibère se soutint encore quelque temps, après s'étrefait transporter à Misène.... Résolu de retourner à quelque prix, qtie ce fût à Gapri , mais retenu par la tempête et par le rè«doublement de sa maladie , il mourut peu après dans la villa de Lucullus»-»

En suivant cette plage dans la direction de l'ouest, nous serions allés à Miliscola « Militum Schola. » C'était le champ de Mars de l'armée, ainsi que l'atteste une inscription ; c'est aussi le lieu de la célèbre entrevue des triumvirs Octave et Ajitoine, lorsqu'ils traitèrent avec Sextus Pompée; nous eussions visité \e Monte Procir/a, que le chanoine Jorio prétend être le mont de Misèoe, d'après une découverte faite en 1808 de tombeaux et d'une inscription >en l'honueur de Félix, évéque de Misène; mais cette opinion paraît encore trop hasardée. L'abbé se contenta de m'en parler et de me vanter les vins de cette montagne^ qui sont trèsrenommés.

J'avais visité Pouzzoles , exploré le territoire que les vers de Virgile ont immortalisé ; accompa,qné de mes poétiques illusions , j'avais vu l'Achéron et l'Aveme, et pénétré dans l'antre de la Sibylle; j'avais foulé ce sol, jadis couvert de monumens fastueux , maintenant jonché de débris informes,écouté le silence de ces ruines, et frémi de l'abandon de ce domaine de la pensée.

Il me fallait une distraction pour dissiper la tristesse qu'inspire la vue des vestigesKlel'antiquité; je résolus d aller à Ischia , qui est aujourd'hui pour Naples ce que Baia était pour les Anciens, le rendez -vous de la bonne société pour ses bains d'eaux minérales, et d'exécuter ce voyage par terre , ainsi ^e le disent plaisamment les Napolitains : pour cela , on va en voiture

ii6

jusqu'aux Bagnbli, où l'on trouve une barque sur laquelle on traverse le bras de mer appelé canal de Procida , et large de quatre à cinq milles. Ces barques vont à voiles et à rames. Ce fut sur un de ces esquifs que je me confiai au perfide élément qui , à mon départ, était calme et uni comme une glace , et dans lequel se reflétait le plus beau clair de lune. Je contemplais ce ravissant spectacle, et les vers de Lamartine se présentèrent à ma pensée :

Mortel, oayre ton âme à ces torrens de yie ; Reçois par tous les sens les charmes de la naît : A feniyrer d'amour son ombre te conyîe ; Son astre dans le ciel s'élèye , et te conduit. Maintenant sous le ciel toat repose, on tout aime : La yague en ondulant yient dormir sur le bord ; lia fleur dort sur sa tige et la nature même Sons le dais de la nuit se recueille et s'endort.

Au moment où j'étais sous le charme de cette délicieuse poésie , l'impétueux scùvcco vint changer la scène aussi rapidement qu'un coup de sifflet change celle de l'Opéra : il amoncela des nuages qui tirèrent un rideau sur toute la nature. La pluie survint , la mer fut tourmentée , quelques éclairs apparaissaient de temps en temps , ne laissant tomber sur le tableau que j'avais sous les yeux quequelquesrefletsdelumière; deux ou trois voiks blanchâtres se montraient seules aussi imprudentes que nous ; la tourmente fut forte, mais elle ne dura pas , nous abordâmes au Bourg dilschia.

Cette lie ( PI. ^ ) ,1a plus grande et la plus considérable de celles qui sont dans le golfe de Naples, s'est longtemps nommée Pythécuse, nom que les uns font dériver , on ne sait pourquoi , de la quantité de singes qu'elle renfermait , et dont quelques autres attribuent Fétymologie aux vases de terre dont on y rencontre beaucoup de fabriques. Homère, Pindare et Virgile l'ont nommée Inarima. Aujourd'hui

elle porte le nom A'Ischia , mais elle n'en est en possession que depuis peu de temps. Personne ne s'est informé qui l'avait nommée ainsi , car les antiquités de trois cents ans né sont pas dignes d'occuper les précieux momens des illustres antiquaires , il leur faut de bons milliers de sièdes ou des ruines entièrement efikcées.

Strabon nous dit que les premiers habi tansd'Ischia furent desEry thréens, mais que ses volcans toujours allumés et leurs terribles éruptions les ayant obligés d'en sortir^ elle resta déserte jusques en l'an 354o , quatre cent cinquante ans avant J.-G. Enfin les Romains , plus courageux , s'y établirent etla conservèrent jusqu'au temps d'Auguste qui, préférant Capri, fit échange de cette ile avec les Napolitains.

Ischia eut à soufirir des dissensions qui agitèrent le royaume de Naples , et, comme les habitans de la capitale, subit le joug des différens vainqueurs.

En i44^9 Alphonse d'Aragon en chassa tous les habitans mâles , et les remplaça par des Espagnols et des Catalans de son armée, auxquels il fit épouser les veuves et les filles des Ischiotes expulsés.

L'île d'Ischia est richement cultivée sur toute sa surface , sans en excepter l'Épomée , dont le cône a la même hauteur que le Vésuve, et se montre couvert de vignes jusques à son sommet.

Elle peut être regardée comme un immense vignoble ; ses fruits sont exquis, et ses figues ont été vantées par Horace.

Et nus omabat mensas cnm duplice ficu.

Sot. II, lib. II, V, 131.

Quatre noix et la figue au plancher suspendue, Par un joli dessert terminaient le festin. Trad. de Dam,

* Sa population est de vingt-quatre mille àmcs, et ses habitans sontspirî-

Page 1