‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 27 sur 39 · ISCHIA, PROCIDA · texte numérisé non relu

ISCHIA, PROCIDA

tuels et industrieux ; mais ce qui Ta rendue célèbre, ce sont ses sources d'eaux minérales , ses bains cbauds et ses étuyes de sable ; on y trouve onze sources d'eau froide et trente -cinq d'eaux cbaudes.

Tous ces détails me furent donnés par D. Francçsco, pour qui j'avais une lettre de recommandation de notre ami D. Paolo , et chez qui j'allai passer la nuit.

D. Francesco est une espèce de sauvage africain qui déteste les Français^ et qui 9 depuis 1806 . a abandonné Naples pour venir s'enterrer vivant dans Iscbia. Ce fut une chose plaisante que de le voir me combler de politesses par complaisance pour D. Paolo. Il me promit de me montrer le lendemain toutes les curiosités de l'tle.

Ce lendemain arriva; alors, suivant les règles de l'hospitalité , il s'apprêta à m'accompagner ; je crois, au reste, que malgré sa misanthropie il n'était pas fâché de faire un peu diversion à la vie monotone et triste qu'il a adoptée : il commença par me dissuader de monter à la ville d'Ischia , me disant que l'on n'y voit plus que les ruines de celle bAtie dans le moyen-âge , et détruite par l'éruption de l'Épomée en 1 3o2 , qui mit toute l'tle en feu pendant deux mois. J'acquiesçai d'autant plus volontiers à cet avis, que^ pour aller voir une ancienne cathédrale, l'archevêché,, quelques paysans , et une cinquantaine de soldats invalides, il ne valait pas la peine de franchir des abords aussi difficiles , et que , pour nous y rendre, il aurait fallu gravir péniblement un rocher de lave. Nous nous bornâmes à visiter le Bourg trèspeuplé et bien bâti. Les rues en sont larges, droites et ornées de plusieurs fontaines d'une eau vive qui prend source dansTÉpomée : nous montâmes

sur des ânes , et nous entreprîmes une course dans le pays. Dix heures suffisent pour faire le tour entier de l'tle.

A notre sortie du Bourg, nous vtmes avec* intérêt le champ délave del'^r^o, formé par l'éruption qui engloutit cette nouvelle Herculanum , et qui est une éminence d'environ cinquante pieds , séparant le Bourg des Bains. Cette lave, après cinq cent trente ans , garde encore son aspect effrayant et triste ; combien de siècles encore pour la rendre à la végétation ! De ce champ , nous descendîmes dans une plaine qui s'étend de la mer jusques au pied des deux anciens volcans. A gauche est une joRe villa qui appartient au roi , et à droite le Lago d'Ischia , isolé de la mer par un banc de sable de cinquante pieds de large. Avant d'y arriver, nous trouvâmes les Bains qui donnent leur nom à un petit hameau situé dans cette plaine , et qui sont alimentés par deux sources très-abondantes d'eaux chaudes.

Nous étions pressés d'arriver aux Etudes de Castiglione ^ construites immédiatement au-dessus douvertures par où s'échappe du sein de la terre une vapeur chaude. On y vient prendre des bains de vapeurs dans une fosse à peu près de hauteur d'homme. Dans ces environs sont les ruines de plusieurs grands édifices antiques , de piscines et de réservoirs qui ont appartenu à l'ancienne ville des Eubéens , détruite par l'éruption de Rotaro.

Poursuivant notre route, nous passâmes par Foria , autre village assez riche, et où nous nous arrêtâmes un peu pour nous reposer. Foria offre l'image de l'aisance et quelquefois du luxe. Après une demi-heure nous reprîmes notre route droit à l'Épomée.

Nous voilà donc sur le faite de cette vaste pyramide dont nous avons fait le tour, en décrivant une spirale des bords

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de la mer jusqu'au point culminant.

Descendus de nos paisibles montures , un bon anachorète nous reçoit àla porte de son ermitage } il nous conduit par fun corridor obscur sur une petite terrasseouverte et située au bord d'un précipice. Il est impossible d'éprouver une sensation plus vive, et une plus agréa-^» ble surprise que celle que nous cause la nouveauté de la scène qui se présente h nos regards. La'montée longue, mais graduelle de Foria jusqu'au pic, nous avait empécbés d'apprécier la véritable élévation de cette montagne. Notre vue embrasse le territoire de Casamice^ d'Iscbia , de Lacco , de Foria , et des petits villages et hameaux semés sur la montagne même. L'tle entière , vue de ce sommet , ressemble à une miniature , et présente les couleurs les plus brillantes et les teintes les plus Larmonieiises. L'ermitage est entièrement taillé dans le roc , a l'exception de la seule façade de la chapelle qui est en maçonnerie. Le petit sanctuaire conserve sa simplicité primitive, malgré sa renommée de pèlerinage qui y attire toujours un concours très-nombreux. Le paisible habitant de cet antre mène une vie contemplative dans cette retraite la plus propre à nourrir les sentimens les plus purs , il y est pour ainsi dire placé entre le ciel et la terre. 'Au lieu de descendre en droite ligne, nous fîmes le tour du reste de la base de l'Épomée ; peu d'étrangers parcourent ce chemin solitaire et sauvage, rempli d'objets propres à faire oublier le surcroît de fatigue que peut causer cette dernière excursion. Nous devions arriver par-là à Gasamice ; mais, pour éviter une descente pénible , nous re* broussimes chemin pour voir l'aquéduc, à fleur de terre, qui traverse la pente opposée de l'Épomée et porte les eaux de Buceto au Bourg. Demi*

heure après, nous étions à Gasamice, dont les bains ont tant de réputation.

G'est ici que l'on afflue de tous les points du royaume , et que se trouve réunie toute la bonne société. Nous vi« sitâmes en détail l'établissement des bains publics^ où régnent une prçpreté et un ordre exemplaire, et où trois cents pauvres malades viennent chaque année se faire guérir aux frais de l'hôpital de Naples. Ges malheureux commencent par les bains, puis on les plonge dans le sable qui , même sous Teau , conserve une chaleur brûlante.

Près de Gasamice est un rocker djancienne lave formant caverne, où l'on rafraîchit les fruits et les boissons aussi fortement qu'avec de la glace : il n'est pas possible d y rester plusieurs minutes sans souffrir des douleurs insupportables. Gette fraîcheur est d'autant plus étonnante, qu'elle n'est jamais accompagnée de vent. Il y a apparence quelle doit sa naissance à la prodigieuse quantité de nitre, dont tout le terrain abonde.

Nous ne pouvions manquer d'aller voir la fameuse fabrique de chapeaux de paille, où l'on fait aussi des corbeilles, dont quelques-unes verront la France.

G'était là tout ce que nous avions à voir , car les antiquités d'Iscbia se bornent à quelques inscriptions et à quelques bas-reliefs i on y a trouvé cependant un vase funéraire en marbre blanc avec une inscription.

De retour de notre course , D. Fran* cesco me fit servir un diner dans lequel figurèrent des lapins, des poules d'eau et des volailles dont l'tle abonde, et nous y bûmes l'excellent vin qu'elle fournit , mais il avait été obligé d'envoyer chercher la viande et le pain à INTaples. Pendant le repas , nous fûmes servis par des femmes de l'tle de Pro*

ISGHIA, PROGIDA.

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cida , dont le costume , dans le style grec 9 est trés-élégant : il consiste en une robe de drap vert , ouverte sur le devant comme une simarre turque : les manches et le tour en sont bordés d'un galon d'or. C'est un vêtement de luxe , car il nécessite en-dessous une toilette complète composée d'une jupe de soie et d'un corset en satin blanc brodé en or. Ces fenmies portent à leur cou de gros grains d'or, de corail et de perles.; leurs boucles d'oreilles sont énormes et en perles fines , avec une pierre précieuse au milieu. H y en a dont le poids va jusqu'à seize onces et qui valent deux cents ducats §900 francs» . Elles les attachent par un cordon qui vient nouer au-dessus delà tête. Pourchaussure3y elles portent des mules en drap d'or et des )>as de soie amaranthe : elles ae coiffent avec un mouchoir de soie qu'elles serrent sur le front , laissant pendre les deux bouts sur leurs épaules. On comprend que tant de luxe ne se déploie que les dimanches et les fêtes. Le« bpmmes y portent le bonnet phrygien. D. Francesco nous parla d'un usage que Fon pourrait qualifier de crime de lèse-amour ; c'est celui qu'elles ont de comprimer leur poitrine dans un corset entièrement garni de baleines ; cette cuirasse est faite de façon à empêcher le développement de la gorge et les rend presque toutes TOÛtées, Il nous di£ encore qu'on ne rencontre dans cette tle aucun montimefït remarquable, à l'exception de son château démantelé , qui s'élève or- ^eilleusement sur le faite d'un rocher

et dont on a fait un rendez-vous de chasse. A ce château se rattache le le souvenir affreux de Jean de Procida, seigneur de l'île , et auteur de la conjuration des Vêpres Siciliennes.

Les faisansétaient autrefois en grande abondance à Procida et la chasse en était réservée au roi: à ce sujet, D. Francesco nous raconta une histoire assez plaisante. Pour les conserver et les laisser pulluler, l'intendant conçut l'heureuse idée de faire tuer tous les chats, et d'obtenir un décret du roi qui les proscrivait de l'tle; il en résulta que les rats s'y multiplièrent tellement, que tout était dévoré par ces animaux, jusques aux morts qu'ils déterraient.

Les paysans , ruinés et désolés, allèrent se jeter aux pieds du roi qui révoqua son arrêt , et en rendit un de rappel pour les proscrits.

Les habitans de Procida, Prochyta^ passent pour les meilleurs marins de l'Italie, et l'air est si bon dans leur tle , qu'ils poussent leur carrière jusqu'à un âge très-avancé.

Après le dtner , je dis adieu à l'tle d'Ischia, et, remontant sur une barque qui partait pour Naples , je jouis, dans cette courte navigation, de la plus belle nuit ! L'étoile du jour était prête à disparaître sous l'horizon , je ne l'aperceyais plus que par de longs rayons qu'elle laissait de temps en temps descendre sur les flots.

Puis les matelots crièrent terre , comme s'ils eussent achevé un voyage au long cours , et ils me débarquèrent au Molo piccolo.

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Je voulais me diriger vers Pompeï et -visiter cette cité intéressante dans ses plus minutieux détails ; ce ne pouvait être Tœuvre d'une journée. Le duc m'engagea à venir passer quelque temps à sa villa de Portici pour m'en rapprocher.

Me voilà installé chez lui comme si j'eusse été de la famille, et la partie arrangée pour le surlendemain. Ces deux jours d'intervalle passèrent avec la rapidité de l'éclair. Aux heures les plus chaudes de la journée , chacun se retirait chez soi pour faire la sieste ou lire. Le duc avait mis à ma disposition sa superhe hihliothéque.

Lamartine est l'auteur favori de la duchesse. Quand je veux émouvoir mon âme , nous dit-elle , par tout ce que le sentiment a de plus suhlime , je me réfugie dans ses pages ; et quand je me suis nourrie de cette lecture pendant quelques heures, mes facultés morales semblent être doublées : lui seul sait exprimer , avec cette exquise sensibilité, ce Langage intuitif qui révèle en nous le sublime de notre organisation. >

Je trouvai chez elle la trad uction d'une •des odes de ce poëte, en vers italiens, faite par l'avocat Vincénzo Marcucci , -Florentin, qui a réussi à faire passer dans cette langue harmonieuse les beautés de l'original. Leduc, qui le connaît particulièrement , me dit qu'il travaillait à une traduction complète des oeuvres de Lamartine dont il veut' doter son pays.

A la pointe du jour désigné pour notre course à Pompeï , j'entendis rou-

ler sous le vaste péristyle la voiture qui devait nous y transporter : c'était le signal du départ. Nous partîmes; grâces h l'activité de nos vigoureux chevaux , nous eûmes bientôt franchi la distance qui sépare Portici de Pompeï, et nous voilà jouissant du plaisir de nous voir face à face avec cette antiquité sur laquelle on a écrit tant de volumes. Rien de plus entier que ces ruines : comme elles parlent à l'imagination ! le silence imposant qui règne autour de nous laisse un libre cours à la pensée qui se reporte au temps où cette ville florissante renfermait un peuple actif qui, fier de ses libertés, les défendait dans le forum par la parole, et les armes à la main sur le champ de bataille , et qui n'offre plus maintenant que le morne silence des tombeaux.

Quel est le peuple dont l'origine n'est pas enveloppée de merveilleux !

Tous veulent descendre d'une race de demi-dieux, dont les exploits sont exagérés et embellis par les fictions de la poésie. A peine sortis de l'état de barbarie, avides déjà de gloire, les babitans d'une ville adoptent sans examen des fables qui flattent leur vanité : ce n'est qu'en approchant des âges civilisés qu'on retrouve des faits probables , et une narration portant les apparences de la vérité. Athènes et Rome , fondées par des dieux ou par leurs descendans, se sont réellement rendues dignes d'une si haute origine; mais ce ne fut que lorsque, bien des siècles après, elles furent devenues ^ans rivales, l'une dans les arts, l'autre dans la guerre. A ces

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époques elles eurent des historiens dignes d'elles.

LaCampanie, peuplée par des géans, a donc été visitée par Hercule : à Her^ culé succèdent les Osques , aux Osques les Étrusques et les Pelasges. La beauté du climat , la fertilité du sol , y appelaient les étrangers , et la vaillance et le courage des Samnites, qui défendirent long-lcmps leurs montagnes , ne les préservèrent pas d*étre vaincus par les Romains. Ce fut sous cette domination, et mêjne long- temps après que Pompeï et Herculanum commencèrent à sortir de leur obscurité.

Il en est des peuples comme des hommes ; les plus heureux sont ceux qui sont le moins ambitieux. Quoique honorée par Tacite et par Sénèque de Tépithète de célèbre , Pompeï occupe dans l'histoire une page assez insignifiante ; figurant peu dans les guerres qui ont ravagé ces contrées , à peine son nom est-il mentionné dans les annales de ses dominateurs , et sa catastrophe fait toute sa célébrité.

Comprise, sans doute, au nombre des villes qui se soumirent à Annibal , elle ne sort de son néant que dans la guerre sociale , quatre-vingt-onze ans avant l'ère chrétienne. A cette époque, Sylla ayant pris et saccagé Stabia , les Pompéiens , qui du haut de leurs murailles furent témoins des scènes de désolation, avant-coureurs de celles qui les attendaient, résolurent de se défendre. Connaissant d'ailleurs Sylla, et persuadés que' rien ne pourrait fléchir son caractère cruel , et même qu'aucun traité, tel solennel fut-il, ne serait inviolable pour lui , deux fois Cluentius, général Samnite, arrêta ses efforts ; à une troisième il fut vaincu et perdit la vie. Mais Sylla, pressé par ses vues d'ambition , et n'ayant pas de temps à perdre , n'osa

cependant pas mettre le siège devant la ville., Cicéron parle de l'état de désolation de la Campanie pendant cette guerre désastreuse. Quoique parmi ces villes malheureuses , Capoue soit celle qui souffrit le plus, puisqu'elle perdit ses magistrats et une grande partie de ses habitans, ne conservant que ceux indispensables à la culture des terres , les autres cités , entre autres Pompeï, conservèrent leurs privilèges.

Pendant sa dictature , Sylla ordonna que Pompeï serait réduite* en colonie militaire ; il y envoya des troupes sous le commandement de son neveu Pub.

Sylla ; m<iis les citoyens , les regardant comme des étrangers , leur refusèrent les droits de cité. Pub. Sylla fut accusé d'avoir suscité et fomenté des troubles. Cicéron le défendit, et nous apprend que cette cause fut portée devant le dictateur lui même.

. En parlant' des villes qui entourent le Vésuve , Vitruve les nomme muni»

cipes^ d'où nous conjecturons que sous Auguste Pompeï fut une république régie par ses propres lois. On conclut, d'une inscription trouvée dans un théâtre, que vers la fin du règne de cet empereur, elle devint tout-à-fait sujette du gouvernement romain, et entièrement administrée comme ses autres colonies.

Néron en augmenta les habitans, et en peu de temps la ville devint belle et populeuse. Elle était située à l'embouchure du Samus, aujourd'hui le Sarno^ qui coule plus loin. Il est même possible que son nom lui vint de cette position, car ses deux syllabes, en chaldécn et en hébreu, veulent dire bord de l'embouchure.

Pompeï pouvait avoir deux milles ou une lieue de tour, et ses murs furent battus par la mer, aujourd'hui repoussée à plus d'un mille par la

lia

lave et les cendres du Vésuve. Tite- Llve et Florus parlent de son i>ort^ qui était magnifique, et propre à re«oevoir une armée navale. P. Cornélius y vint avec ses vaisseaux. Cette ville fut le centre du commerce de Nola, de Nuceria et d'Atella, villes fameuses dans ces temps-là, et c'est ce qui la rendit riche et opulente. Plusieurs illustres Romains y eurent des maisons de plaisance, entre autres Gicéron, qui en parle dans ses lettres à Atticus.

Tacite la nomme deux fois : la pre* mière, pour raconter une rixe qui eut lieu entre ses habitans et ceux de Nuceria, à l'occasion d'un spectacle de gladiateurs donné dans l'amphithéâtre par Liveneius Régulus, sénateur dégradé, et où assistaient les habitans des villes voisines. « Des plaisanteries, dit-il, on en vint aux injures, et des injures aux coups , il j eut du sang répandu; les Pompeïens furent vainqueurs , et ceux de Nuceria portèrent leurs plaintes à Rome, implorant la justice de l'empereur. Néron en référa au sénat , qui , sur le rapport des consuls, ordonna l'interdiction pendant dix années de ces spectacles à Pompeï, et l'exil de Régulus, cause première du trouble dans lequel il avait pris une part très-active. »

La seconde fois , c'est pour parler du tremblement de terre de l'année 63.

Sénèque le rapporte aussi , et il ajoute que non-seulement Pompeï et Herculanum,mais encore beaucoup d'autres villes de la Campanie en souffrirent plus ou moins. Ce tremblement de terre avait déjà détruit une basilique dans le Forum, lorsque 1 éruption de 79 vint tout engloutir sous des cendres et sous un amas de pierres ponces, accompagnée d'un déluge d'eaux bouillantes.

Lanature s'est réellement plue àdo ter

ces contrées des beauté les plus enchanteresses ^ mais elles les a aussi mêlées aux plus eliroyables horreurs ; soit que nous nous reportions aux fictions des poètes qui les ont chantées , soit que nous lisions les récits plus froids et conséquemment plus approchant de la vérité , des historiens, tous nous vantent l'Italie , et dans cette partie de TËurope , la Campanie conmie le pays des dieux.

« Le plus beau morceau, non-seulement de l'Italie , mais de la terre , est la Campanie. Rien de plus doux sous le ciel que son climat, où deux printemps se succèdent tour à tour, b dit Florus.

Déchiré par de continuels tremblemens de terre, dévasté par des torrens de feu , ou recouvert par des pluies de cendres, ce pays a vu disparaître ses cités; ce qui doit étonner, c'est que toujours de nouveaux habitans osent fouler un tel sol. Mais jetons nos regards sur des régions où tous ces fléaux existent encore plus horribles , par FApreté et l'excessive rigueur du climat le plus «lOireux , où des nappes de feu rompent seules l'imiformité des neiges , où des fleuves d'eau bouillante coudent sur un terrain glacé , et notre étonnement cessera. D'ailleurs souvenons-nous que lorsque la barbarie régnait seule sur l'Europe dégradée , ce coin de terre vit renaître les arts, et que la littérature vint se réchauffer à ce soleil du midi. Il faut donc qu'il existe un attrait qui l'emporte sur la crainte; cet attrait est celui , sans doute , que présente la fertilité de ces campagnes , et cette disposition du caractère de ' l'homme qui lui fait perdre la mémoire d'un danger qui n'est plus. La ville de Pompeï a été bâtie sur une lave provenant du Vésuve. Pline nous décrit les alarmes des habitans de Stabia et

POMPEI.

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dû Misine distans du Vésuve, quelles sition du terrain , qu'il fit fouiller en durent être les angoisses de ceux de 1j20.Ce travail lui procura d'abord de

Pompel et d'Herculanum, si près du lieu de la scène ! il est à présumer que ceux qui ne furent pas engloutis par les torrens de lave , furent atteints par cette grêle de matières volcaniques, et écrasés dans leur fuite vers la mer, leur unique espoir. La plus grosse pierre trouvée à Stabia n'excédait pas le poids d'une once, tandis qu'h Pompeï on en a trouvé de huit livres et plus, et à côté, des crânes brisés.

Titus vint au secours de ces villes , et s'oœupa de leur sort avec la plus grande sollicitude; il désigna ceux d'entre les personnages consulaires qui auraient le soin de soulager la Campa-» nie, et il aOeota les biens de ceux qui avaient péri sans héritiers au rétablis* sèment des édifices ; il accorda la re« mise des taxes ; enfin, il apporta tous les soulagemens qu'exigeaient les circonstances , encourageant personnellement ceux qui étaient dans le désespoir; cependant il ne parait pas que les babitans aient fait le moindre effort pour déblayer leurs murs et les relever. Il est probable qu'ils se bornèrent à enlever ce qu'ils avaient de plus pré« cieux.

L'opinion généralement répandue/ est qu'on doit la première idée de l'existence de ces deux villes souterraines au prince d'Elbeuf , de la mai* son de Lorraine, envoyé en 1706 à la tête d'une armée impériale contre Philippe V. Marié en 1718 à

nouveaux marbres en abondance, des débris de colonnes et deux statuesd*Her« cule et de Cléopàtre. Poursuivant leurs recherches, les travailleurs rencontrèrent un temple circulaire avee vingt- quatre colonnes d'albfttre , k l'extérieur, et pareil nombre à l'intérieur, et sept nouvelles statues grecques, dont le prince fit présent au prince Eugène de Savoie. A cette découverte succéda celle d'une grande quantité de marbres d'Afrique très-^préoieux. Ces richesses, exagérées par la renommée , ouvrirent les yeux au gouvernement napolitain , qui ordonna de suspendre et de cesser les excavations.

Don Carlos, prince des Asturies, devenu roi de Naples sous le nom de Charles III , faisant bfttir le palais de Portici , se décida à faire poursuivre avec activité les fouilles commencées par le prince d'Elbeuf, dont il acheta la maison. Le succès dépassade beaucoup son attente ; la terre ayant été, par ses ordres, creusée jusques à quatre^ vingts pieds de profondeur , on découvrit enfin une ville entière abîmée sous Portici et Résina , villages à six milles de Naples, entre le Vésuve et la mer.

On n'eut plus alors aucun doute que ce ne fût jGTercu/a/tum. Les excavations ayant été poussées plus avant, on en retira tant d'antiquités de toute espèce , que dans l'espace de six ou sept ans elles ont formé au roi des Deux-Siciles un musée unique , et dont chaque

une fille du prince de la Salsa, et dé- [, objet est d'un grand prix. On découcidéàsefixerà Naples, il se détei^ * vrit un temple de Jupiter où était une mina à faire bitir une maison à statue qui paraissait d'or.

Portici, et, désirant l'orner à la manière des anciens, il acheta quelques morceaux rares trouvés par un culti- Tateur en creusant un puits dans les environs. Des objets, il passa k l'acqui-.

Le fléau qui a détruit ces villes , en enfouissant et recouvrant de terre et de cendres tous les trésors qui pouvaient y être renfermés, a du moins mis à l'abri de la barbarie des hommes

UD grand nombre"] de productions nument. La situation de Pompeïétait-

des arts , parmi lesquelles s'en trouvent plusieurs d une rare beauté ; il nous a ainsi initié au secret de la vie intérieure des Anciens , sans rien détruire desidéesd élégance qui s'attachent à leur souvenir.

Plusieurs des colonnes qui décorent Téglise de Saint- Janvier à Naples ont été prises à Herculanum.

Les fouilles de Pompeï commencèrent en 1748* L^ hasard également y présida. Quelques paysans , travaillant à une vigne près du Sarno, trouvèrent les premiers objets. Le gouvernement , averti , se rendit possesseur du terrain et fit continuer le travail.

«^On est d'autant plus étonné , dit M. Romanelli , de ce qu'on ait attendu si long- temps, et de l'ignorance de tous ceux qui jusque-là avaient cherché à parlerde Pompeï que ces écrivains n'étaient pas sans mérite, et que de leur temps des pans de murs, des marbres , des colonnes qui paraissaient ça et là, et surtout le temple d'Hercule, d'architecture grecque, et qui était à découvert depuis des siècles , devaient être des guides, pour eux. Ajoutons que Nicolas d'Alagny , père de la fameuse Lucrèce d'Alagny^ créé par Alphonse I*'. comte de Samo , fit creuser un aqueduc qui dut traverser tout le plan de Pompeï pour conduire l'eau jusqu'à la Torre. Il rencontra, pour exécuter cette opération , des temples, des maisons, des rues, des réservoirs, et d'autres monuniens renversés , dont il employa même les matériaux. Bien plus , pour ne pas ruiner ce qui restait des édifices, il eut l'attention de faire faire des excavations souterraines en forme de grottes , comme sous le temple d'Isis, où tout le monde peut vérifier à quel point il a concouru à la conservation de ce «mo-

elle donc alors si difficile à deviner?

Enfin quelques fouilles exécutées ea 1689 , comme le dit Bianchino , à environ un mille de la mer, sur le flanc oriental du Vésuve, déterminèrent plus ostensiblement cette grande découverte. Parmi les choses précieuses que l'on déterra, on recueillit des inscriptions qui faisaient une mention expressedePompeï. »

Ce qui n'est qu'un, témoignage de l'insouciance que les érudits ont apportée dans leurs recherches et de leur indolence à apprécier les données qu'ils avaient déjà.

Le plan de la ville (PI. 55) présente toutes les excavations faites jusques à ce jour; on y peut voir tout ce qui reste encore à faire pour conduire à fin cette entreprise grandiose.

Un quart seulement de la ville est déblayé. La partie la plus intéressante de ce déblai est due aux travaux exécutés sous les Français. Huit cents ouvriers y travaillaient chaque jour ; on estime que s'ils eussent continué, un an aurait suffi pour découvrir le reste. La partie découverte renferme une portion des murailles, les deux théâtres, l'amphithéâtre , le forum , la basilique et quelques temples à coté, ainsi que la double rangée de tombeaux à la porte d'Herculanum. La voie Domitienne qui la traverse est large, mais beaucoup d'autres rues sont étroites , quoiqu'il soit à présumer que la partie nord en contient de très-belles.

Mais ces rues sont désertes, les forums sont silencieux, et les temples, depuis vingt siècles sont sans dieux, sans prêtres et sans sacrifices. Je m'arrête dans une place publique, attendant que quelqu'un vienne audevantde moi et m'adresse la question qu'on fait à un étranger ; je m'assieds sur une fontaine ,

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