‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 31 sur 39 · AA · texte numérisé non relu

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POMPEI.

vestibule presque toujours orné de colonnes , et dont le payé était recouvert d'une matière colorée; ce pavé est ici en marbre blanc. Cette entrée formait le prothyrum.

Nous voyons ici les effets de la su* perstition des payens. Un clou arraché à un sépulcre et enfoncé dans un des linteaux de la porte était supposé éloîj^ner toutesles visions etles spectres delà nuit, appelés larves^ ou bien des fi* gures cabalistiques ou magiques tracées surle mur préservaient les propriétaires de la crainte du feu.Un esclave se tenait dans ce vestibule, ety remplissait l'office de portier, ostiarius. Quelques uns veulent que cet esclave fàt enchaîné avec un chien ; mais cette assertion paratt peu probable; quelquefois un chien seul défendait Ventrée de la porte; dans quelques maisons on se contentait de !e peindre sur la muraille avec cette inscription, caue canemfn prenez garde au chien » . Suétone indique cette ancienne coutume. Sur le seuil était écrit en mosaïque S A.LVE , salut*

Pétrone décrivant la maison de Tri* malcfaion, appelle ce passage aditum.

In adita ipso stabat ostiarias prasinatas. Pii. Sat. i8,

D JBS le passage mène se tenait le portier vêtu de rert.

Il ajoute qu'au-dessus du chien , peint SOT la murailleavec cette même inscription, était une pie à laquelle on avait enseigBé k prononcer le mot salue, en mente temps que contre la porte était affiché un avis, menaçant de cent coups de bàtoa celui qui en franchirait le «enil sans permission.

Dans lepalais d'AlciiM»ûs,ces chiens étaient d'or ou d'argent. Nous voyons des chiens sur les portes de Myc^es ^ sur celles des temples égyptiens, enfin les postes anciens ne les ont point on* l>Ués àl'entrée<ies régmis infernales.

La petite chambre n<^. 29, la plus près de la porte, était la cellule du portier, cœlla ostiarii.

Dans le vestibule, les cliens d'un rang inférieur attendaient le bon plaisir du patron, tandis que ceux d'un rang plus élevé et les amis du maître passaient de suite dans Vatrium ou cauœdium^ qui était un carré long , le cortile de Florence et de Rome. Le cavaedium de la maison de Pansa était toscan.

Les murailles sont ornées d'arabesques. Il est entouré d'une rangée de petites chambres séparées , disposées comme les cellules d'un clottre, et généralement moins grandes. Elles sont sans fenêtres, ne recevant de jour que par la porte d'entrée. Ces charnu bres , n<^. aS à «9 , sont destinées aux esclaves et à la domesticité.

C'est sur le seuil de l'atrium, et non sur celui de la première entrée, qu'est écrit le mot sahe. La maison ayant deux vestibules, on l'a placé à l'entrée la plus noble. Ce mot indiquait que l'on serait le bien-irenu. L'architecture et la distribution de cette maison, les omemens, les fresques, tout indique l'opulence ; elle appartenait à l'un des premiers citoyens de la ville; • le marbre s'y voit de toute part.

Dans le centre est l'impluvium, n*. 3o , ou réservoir pour l'ean de la pluie, qui y tombait par des canaux et allait ensuite se rendre dans une citerne, qudquefois contiguê, d'autres fois placée au*dessous. Cette eau servait pour les usages domestiques. Un petit seau avec sa corde était attaché à un puits. Le pavé de l'atrium est en aosaEque et en carreaux de marbre.

Scrvius dit qoe dans l'atrium étaient les autels des dieux. Nous voyons, n*. 3c, un petit piédestal destiné à moevoir une atatue.

Vient ensuite le tablinum, n^. 82, qui sépare l'atrium des appartemens plus intérieurs. Un rideau, auleum, semblable à celui d'un théâtre, en ferme l'entrée du côté opposé à l'atrium.

On l'ouvrait lorsqu'on voulait joui v de la vue du péristyle. En été , ce tiiblinum servait de salle à manger.

Interea saspexua graves anlea rainas lo patinam fecére , trahentia palveris atri. Hoa. Lih, Il , iot, 8, T. 54-

G>inme il parlait, da sein d*un nuage de poudre, Avec on brait pareil aa fracas de la foudre , Le dais qui noas coayrait vint à tomber sur nous. Trad, de DAao.

Dans les maisons des grands , cette salle renfermait les documens et les titres de distinction , les arbres généalogiques, les inscriptions commémoratives des actes publics et des magistratures, les trophées, les bustes, les statues des ancêtres, en marbre, en cire ou en bronze, les tableaux et les portraits; le tout en si grande profusion, que souvent le tablinum en était rempli , de même que la salle contiguë n^. 33 , appelée pinacotheca par

les Anciens, et que nous nommons bibliothèque. D'autres commentateurs y placent l'exèdre. Ces salles étant celles dans lesquelles le public avait un libre accès , on y déployait la plus riche magniBcence , pour donner aux étrangers l'idée la plus favorable de l'opulence et de la puissance du propriétaire.

En avant de ce tablinum étaient les alœ^ n~. 34 > 35, ou chambres entourées de trois rangs de sièges, et ressemblant aux galeries des maisons turques avec leurs divans : le pavé est de mosaïque. D'après Vitruve, ces alœ étaient bAties dans les proportions d'un septième de la longueur de l'atrium.

Jusqu'ici nous n'avons vu que la partie fréquentée par le public, qui ne pénétrait pas dans Tintérieur. Dans les

premiers âges de Rome, l'atrium était affecté aux occupations domestiques, et la famille prenait ses repas dans cette portion de la maison ; mais lorsque plus tard le luxe eut remplacé la simplicité primitive, l'atrium fut abandonné à la foule des cliens et des flatteurs et aux affranchis. Les visiteurs furent distingués entre eux par difiérens noms. D'abord ce furent les salu" tores qui venaient simplement payer le tribut de leur respect au maître de la maison. Les déductores l'accompagnaient aux assemblées, et les assessores ne le quittaient jamais en public. Tous avaient leurs vues, ils saisissaient les occasions favorables de le consulter sur differens points dont ils avaient besoin pour leurs affaires d'intérêt, se recommandaient à sa protection, et acquéraient de l'importance aux yeux du public par cette apparente intimité.

La communication de la partie publique à la partie privée de la maison se faisait par le moyen d'un passage, fauces, n"". 36, touchant au tablinum.

Dans cette partie privée est une cour, avec un pérystyle carré long beaucoup plus vaste que l'atrium, soutenu dans sa largeur par quatre colonnes et dans sa longueur par six. Leur hauteur égale la longueur du péristyle dans les proportions exigées par Vitrave , une fois et demie sa largeur.

Au centre, dans un petit réservoir en marbre, n°. 37 , nageaient des poissons aux écailles dorées. Les eaux de la plaie l'alimentaient en coulant par des canaux dans de petits bassins également de marbre, placés aux angles, d'où elles se rendaient au réservoir. Ses bords étaient décorés de fleurs, de plantes aquatiques et d'arbustes.

Contre les colonnes on avait ménagé deux autres bassins ou citernes, qui

se Toient encore n^. 38 ; ces colonnes , d'ordre ionique , avec un chapiteau corinthien , étaient cannelés au moyen de stuc. Dans beaucoup de maisons, l'entrecolonnement était rempli par un petit mur appelé pbttewn, sur lequel on mettait des caisses ou des vases de fleurs. Les murailles , ornées d'arabesques en stuc, et les poutres et traverses sont, ainsi que les colonnes , peintes en couleurs variées.

La nuit, ce péristyle et Tatrium étaient éclairés par une lampe, dont la lumière se répandait dans les appartemens que nous voyons se développer autour.

Les chambres à coucher^ ciAicula^ n~. 39, 4^, 44) beaucoup moins spacieuses que les nôtres , servaient uniquement pour dormir, et n'avaient que la largeur nécessaire pour contenir le lit, ordinairement en bronze, et placé sur une estrade. Dans les grandes maisons, une antichambre, procœton^ n^. éfi , précédait la chambre à coucher.

La bibliothèque était petite et ne contenait que les manuscrits. Vient ensuite le triclinum, n*". ^o. Quelques architectes modernes veulent que ce soit ici le véritable oecus deVitruve. Ils s'autorisent delà règle queVitruveprescrit,que cette pièce soit ouverte aunord, carréeetdonnant sur le jardin. Le triclinium devait être assez spacieux pour contenir deux tables et un espace vide 'entre elles ; dispositions qu'on retrouve dans celui-ci. C'était dans le triclinum

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couchés. Pline rappelle cet usage en parlant de la fête des Lectistemium, où Ton préparait des lits pour les dieux et des chaises pour les déesses.

Le nom de triclinium dérive des espèces de lits disposés le long des murs et tout autour, de trois cAtés seulement, et sur lesquels les Anciens s'étendaient pour prendre leurs repas. Après avoir mangé ils faisaient la sieste. Les esclaves qui les y servaient s'appelaient triclinaires. Dans les maisons de moindre importance, les repas se prenaient dans le cœnaculum^ ou chambre de plein-pied. On recevait quelquefois dans l'exèdre»

In eam exedram renisse in qaâ Crassns lecticulo . posito recobaisset.

Cic. J)e Or., 3,

Qnll Tint dans cette chambre oùGrassiu reposait couché sur un lit.

D'après des commentateurs qui veulent que le triclinium et l'exèdre ne fissent qu'un, le n*. 4^ aurait été une petite chambre réservée aux amis intimes; si Ton n'admet pas c^te supposition , ce serait un exèdre.

Aux numéros 4^ 9 4^ et 44 ^^^ ^^ cellœ familiaricœ , ou chambres de la famille. Les deux premières sont d'une beauté remarquable et pavées en mo- « saïque, la seconde est le procaston dont nous avons parlé. La troisième n'a pas de mosaïque. Dans une d'elles est une fenêtre ouvrant sur une petite cour intérieure.

N"*. 4^9 lararium, ou chambre où étaient renfermées les images des dieux

que l'on recevait les amis de la maison, protecteurs de la famille, et quelqueainsi que nous faisons dans nos salons fois les statues des personnes chères au

modernes. Deux marches y conduisaient du péristyle, et une cloison le séparait du jardin. Il était garni tout autour de chaises où les femmes s'asseyaient, tandis que les hommes étaient

propriétaire.

Len*. 46 n'est qu'un passage,^^iifce5| pour aller au jardin disposé par bandes. Au fond est un stihacûum, ou salle couverte, avec un pavillon où l'on

Tenait en été prendre tes repas et goûter toutes les jouissances du luxe.

Une eau jaillissante remplissait des fontaines de marbre, et, s'écbappant par des canaux en bronze, serpentait en ruisseaux le long des couches de fleurs. Des bancs rustiques, des s ta* tues , des autels consacrés à Flore , à Pan, à Pomone , et aux autres dirini tés des jardins, ajoutaient aux charmes de ce lieu. Devant la maison, une galerie courerte , nommée pergola , soutenue par des colonnes couyertes de vignes grimpantes , s'étend le long de la façade. C'est là que la famille, les jours de mauvais temps , venait jouir de la vue de cette promenade , et du parfum des fleurs. Une petite chambre, n**. 47 9 ouvrant sur cette galerie, était gamiede litsderepos quel'on destinait aux amis.

Prèsdii passage, n^. 46, qui conduit AU jardin, est une seconde cour assez grande, n^. 4^5 coaunitniquant àrinié* rieur, et qui donne aceès danslacui-* aine, o*. 499 dans laqudle on entre auasi par une «econde porte sous le péristyle; elle renfermait beaucoup d'ustensiles en poterie et en bronze ; les fourneaux élevés avaient encore de la cendre. Sur les murs sont, dun côté, deux serpens énormes protégeant lautel consacré à Fomaas^ et les sacri* fices qui s y consommaient ; de l'autre des attributs du lieu; un jambon , un lièvre , un verrat , des poissons , des tranches de chair et une hure. Contiguë à la cuisine est une autre chambre, B**. 5o, de rauème dimension, garnie d'un petit banc pour les jarres d'huile, et i im angle une table pour faire le pain que beaucoup d'habitans faisaient pétrir chez eux . Dsms un espace étroit se trouve indiqué un escalier ccmduisant auwleesus, probablement à Y&rgastuUtm , ou chambre des esclaves, qui ouvrait sur la rue.

Toute la partie n^. 5 1 semble avoir constitué une portion distincte de la maison , et communiqué avec la rue par une porte particulière ; c'était probablement celle où se tenait l'esclave chargé par Pansa de vendre ses denrées. Parmi les objets qu'on y a trouvés , il y avait quatre squelettes de femmes, à en juger par leurs boucles d'oreilles en or; on y a pris un candélabre, deux vases, une jolie tête de faune en marbre, des bracelets en or, des aoneanx avec leurs pierres gravées , trente-deux pièces de monnaie d'argent, et beaucoup d'autres objets.

Telle est la distribution des appaftemens inférieurs de cette intéressante maison. On ne peut former que des conjectures sur celles des chambres supérieures , dont les principales doivent avoir été affectées au ginéeée, ou appartement des femmes. Les objets qu'on y a ramassés confirment dans cette opinion. Ils consistent en bracelets , boucles d'oreilles , colliers , chaînes, cordons, épingles d'or ou d'argent, petits pots de parfumerie , cure-dents, ciseaux , étuis , et jusques à de petits verres remplis d'un onguent rouge.

Toutes les rues qui environnent la maison sont , de même que le reste de la ville, pavées en pierre du Vésuve; les trottoirs sont élevés d'une manière irrégulière, pour ne pas dire incommode. Il est à observer que nous n'avons pas trouvé un seul endroit ni une seule place où il fut possible de faire du feu , ni rien même qui indiquât comment la maison pouvait être chauffée. Pas même de poêles ou d'étuves. On se servait , selon toute probabilité , de brasières , telles qu'on les trouve encore aujourd'hui dans la partie basse de l'Italie. Dans ces brasières on met le charbon allumé, et on

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les transporte dapparlemens en apparfemens.

Voici encore la maison de Pansa (PI. 58) 9 mais telle qu'elle était avant que le Vésuve l'eût détruite ; Tidée est venue k un architecte distingué de faire revivre cette maison, une des plus belles de Pompeï, dans un tableau que je retrouve chez le duc. La pein* ture en a fait un des plus jolis et des plus intéressans sujets , en en retraçant tous les détails d'élégance et de lui^e. n ne manque à cette somptueuse ba* bitation que la présence du mattre.

L'œil est attristé de voir la solitude de ce péristyle, l'abandon de ces galeries en ruine où le froid de la mort rèf^ne sepl. Hélas! la beauté, la jeunesse, ne l'babiteropt plus ! Cette maison est de-^ venue le domaine d'une religieuse pen^ de tristesse que le voyageur accorde au souvenir de la famille de Pa^SftJ

La maison de Pansa., que nous avions visitée avec la |4us minutieuse attenti<m, et dans tous ses détails, avait hiea employé notre journée.

Nous revînmes à Portici , ayant besoin de quelques heures de repos. La duchesse en avait ordonné autrement.

Le saloB était éclairé avec un luxe qui promettait une brillante réunion pour la soirée.

Plusieurs Toitures brillantes noui «menèrent tout le monde élégant de Portici. Nous eûmes un moment l'idée , Edouard et moi , de nous sousr traire à cette fête; mais, outre que cela eût pu déplaire aux maîtres de la maison, nous n'étions pas fâchés de iroir un salon eomposé de plusieurs fa-* aiilles , qui passent pour la meilleure société de Maples. Je fus enchanté de Taccueil que nous firent les dames napolitaines. Ce fut pour moi une surprise agréable, car on nous avait dit que

Ton n'est quelque chose dans ee pays que lorsqu'on est parvenu à exciter la curiosité, et que la position d'un étranger débutant daçs un salon italien y était fort désagréable Les

jeunes femmes causent avec l'homme qu'elles préfèrent ; les vieilles jouent ; le malheureux étranger est donc réduit à la société des maris , qui se tiennent au milieu du salon, cherchant à masquer, par quelqu'apparence de conversation, les coups cl'œil qu'ils échangent de loin en loin avec la femme qu'ils aiment. Ici l'esprit français^ cest-h-dire l'esprit brillant, n'est pas apprécié ; on demande le bonheur aux émotions et non aux mots piquans, et les yeux se chargent de la partie éloquente du discours... Il est vrai qu'ils s'en acquittent admirablement.

J'ai vu ce ^oir une jeune fille, dont les yeux peignaient l'amour tendre et heu*reux , avec une énergie que je n'avais jamais vue. On me l'avait vantée autant pour sa beauté que pour son esprit. Elle n'a pas dit un seul mot qui pût être entendu du cercle , mais elle a parlé toute la soirée à Theureux objet de son culte.

Que de génie dans la mélancolique expression de son regard! 8i Ion voulait peindre Tamabilité parfaite sans l'ombre de TaSectation , donner une figure à l'esprit, on copierait sans doute ses traits. Elle et une j.eune femme qui a perdu un ami qu'elle adorait, mont occupé toute la soirée. Je ne saurais exprimer le mélange de ravissement et de peine que j'éprouvai en fixant mes regards sur cette dernière. L'expression angélique , la finesse , si calme de ses traits, cette tête, qui aurait tant de bonté , d'élévation , si elle pensait à vous , ne rêve qu'un bonheur absent , ou, pour mieux dire, un bonheur perdu sans retour; c'est une tombe qu

Toccupe! La coupe de son front, l'encadrement des yeux, en font le type de la beauté. Cette jeune femme si tendre , dont une passion brûlante et malbeureuse a détruit Texistence , a conservé une apparence de pureté qui parerait une jeune fille. J'étais tellement subjugué , qu'il me semblait que j'aurais volontiers donné la moitié de ma

vie pour consoler la sienne Elle se

leva la première, et j'avoue que lorsque la porte par où elle s'échappa se fut refermée sur elle , rien au monde n'eût pu me décider à rester un quart d'heure de plus. Je me retirai chez moi, où je passai une partie de la nuit avec mes souvenirs du soir.

Le lendemain Edouard me dit que la soirée avait été terminée par une improvisation que je regrettai.

Nous nous sentions trop fatigués pour retourner à Pompeï le jour suivant. Le duc nous engagea à parcourir, dan& cette journée de repos, une jolie collection de dessins , dont il a enrichi un album qu'il mil à notre disposition, et dans lequel j'ai copié ceux qui m'ont paru les plus intéressans.

La charmante figure n''. i (PI. 69) , est une danseuse , qui , avec les mouvemens les plus voluptueux, découvre une partie de son corps ; elle est enveloppée dans une tunique couleur paille, .doublée en bleu, d'une étoffe légère et souple, qui voltige avec elle, et laisse deviner des formes gracieuses. Quel talent dans ce peintre, qui a su donner une telle apparence de vie!

L'œil y saisit un mouvement de respiration. L'illusion eslcomplèt e. L'espèce de tunique dont elle est revêtue, et qui parait d'une seule pièce, était appelée par les Anciens sistides , ou palium.

Un rang de perles est mêlé à ses cheveux , du plus beau blond ; on croit qu elle représentait Vénus.

La seconde, n". a, est une bacchante couronnée de lierre; les cheveux épars, le sein demi-nu, et dans ce voluptueux désordre qui caractérise les joyeuses suivantes de Bacchus , elle danse et marque la mesure avec des cimbales d'or, elle semble écouter leurs vibrations ; son corps est admirable de forme et defratcheudt, sa figure est belle et pâle. Le peintre en a fait le modèle d'un aimable désordre.

Le n"". 3 est une danseuse sous les traits animés d'une bacchante. Elle aussi est couronnée de lierre, et d'une presque entière nudité. Ses beaux bras sont ornés de bracelets en perles , et ses mains délicates agitent avec grâce un tambour. Quelques historiens nous apprennent qu'elles étaient appelées à égayer les banquets et confondre, dans les sons bruyans de leur musique, les refus et les derniers soupirs de la Pudeur. Leur présence était obligée, et signalait toujours une orgie.

Le n<*. 4) autre bacchante; de la main droite elle se découvre , une gaze légère entoure une partie de sa tête , et sur son front retombe une chaîne. Le bas de ses jambes est orné de bracelets en perles , et ses petits pieds sont entièrement nus. Son attitude est souple et gracieuse ; le plat qu'elle porte aie de la poésie à cette figure, et semblerait peu d'accord avec sa profession de danseuse, si nous ne savions que ces femmes présidaient dans plusieurs ban quets, et que même quelques-unes pouvaient être destinées à servir à table.

Les n^'. 5 et 6 sont deux nymphes exécutant une danse, dont le mérite consistait à prendre les positions les plus lascives, et dessiner les formes comme si le corps eût êjté nu. Ces danses, qui au signal du mattre de la maison avaient lieu après le repas , en

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traînaient toujours, des scènes de débauche, dont il est impossible de retracer ici les détails , mais que Tima- ^nation peut aisément deviner, en ré* fléchissant à l'effet que devaient produire ces femmes parées de toute leur séduction dans un moment ou le vin avait échauffe toutes les têtes , et ve* nait encore ajouter au prestige.

La figure h<». 7 est revêtue d'une tunique de gaze bleue qui, par sa transparence^ laisse deviner les formes les plus gracieuses. Elle porte une botte dW, où sont renfermés des souvenirs d'amour ; sa figure pensive semble rêver de nouvelles séductions ; puis , confiante en ses charmes, avec quelle grâce elle s'entoure de sa robe aérienne ! Quelle pureté de style, que de poésie dans la courbe de ses bras!

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quirent les centaures , qui ^ ne perdant rien de leur vicieuse origine , se livrèrent à tous les élans de leur brutale nature. Cachés sous les rives des fleu ves, ils enlevaient les nymphes qui venaient s'y baigner, puis se livraient avec elles à tous les emportemens.

Celui-ci vient de ravir une bacchante qui dissimule son ressentiment et le persuade de lui abandonner ses mains , elle s'en empare, les attache fortement, puis , le saisissant aux cheveux , elle parvient à lui échapper , après l'avoir étourdi par les rudes coups d'un thyrse qu'elle portait.

La peinture n^. 9 est une des plus heureuses compositions, par la grâce que le peintre a su donner à chaque objet. Lucien et Philostrate exaltent au plus haut degré le talent de l'ar-

Fraîcheur de coloris, élégance de tiste habile, dont les groupes respirent

dessin, charme dans la pose et dans ^^ charme et la vie, et qui, au torse

l'expression de la figure, tout dis- Wai^c €t potelé d'une jeune et belle

tingue le dessin n*. 8. L'ample robe qui femme , a su unir la robuste croupe du

larecouvre était le costume des femmes <^l*eval. Avec quel art est faite cette

de cette profession; comédiennes ou danseuses, toutes portaient la robe flottante. L'Arioste vante le suave de ce costume qui voile sans cacher.

Kù che le rose e i giglii un chiaro vetro. Ainsi qu'on cristal léger des roses et des lis. Ces huit danseuses ont été trouvées à

gradation ! comme toutes ces couleurs sont mariées, et ces contours gracieux! L'œil séduit n'y voit qu'un ensemble qui le transporte; il cesse de trouver hors nature cette union fantastique, créée par une imagination poétique. La centauresse , toute blanche, se détache sur un fond noir du plus bel effet. Elle conduit à la fête de

Pompeï, dans une des premières fouil- Bacchus une jeune fille portée sur sa

les, en 1749. croupe légère, et vêtue d'une tunique

Le n». I o est un centaure. d'un jaune tendre,

fil ^^,^y*^^*^S^^ °^"« apprend que le Nm i . Bacchus enfant. La mullipli-

fils dHesione fut commis à la surveiU cité de ce groupe, reproduit tant de

lance des nymphes , qui le gardèrent fois , nous atteste le prix que les An-

prisonnier sur le mont Pelé en Thessa- ciens attachaient à cette heureuse pro-

lie. La difformité de son corps et les vices de son caractère ayant éloigné delui toutes les nymphes, il s'unit aux cavales qui paissaient dans les vertes prairies. De cette union monstrueuse na- N.

duction des Grecs.

Après qu'Ino, devenu fou par la volonté de Junon , se fut précipité dans la mer, Jupiter confia leducation de Bacchus aux nymphes de Nisos , lie

dont Silène fut le premier roi. Ici Bacchus est représenté à cheval sur les épaules d'un disciple de Silène, qui lève la tête pour sourire au folâtre enfant. Dans ses mains sont des cimhales d'or, Bacchus lui montre une grappe de raisin d'un air d'indécision , comme cédant à regret au désir de TofFrir. Ce groupe , qui est au musée de Naples , vient de la villa Borghèse.

N**. 12. Mars et Vénus.

Les amours de Mars et de Vénus pa« raissént avoir été un sujet de prédilection pour les peintres de Pompeï.

Soit que ce sujet portât à leur imagina* tion et leur inspirât le désir de prouyer avec quelle tyrannie l'amour règne, non-seulement sur les hommes, mais encore sur les dieux , soit que cette allégorie du courage et de la beauté leur semblât intéressante, ce groupe est souvent reproduit sur les fresques de Pompet.

Les amans sont représentés deminus , dans une attitude voluptueuse ; deux amours sont auprès d'eux ; l'un a cherché à redoubler la passion du guerrier, puis, le voyant subjugué , s'empare de ses armes ; l'autre vante à Vénus l'éclatante victoire qu'elle vient de remporter, et lui présente une botte de parfums. La chevelure de Vénus ^ lé- ' gèrement ondulée, est retenue par un bandeau d'or qui entoure son front iradieux ; une draperie bleu de ciel entoure les amans ; et la colombe consacrée à la belle déesse préside à cette scène.

Cette autre fresque de Pompeï, n**. i3 , a été retrouvée dans une petite maison de la plus chétive apparence , habitée par un peintre peu favorisé du destin, et qui , sans doute, cherchait dans la culture des beaux arts à oublier de longues infortunes.

Vénus , péchant à la ligne , est assise

sur un rocher, die regarde avec finesse l'appât qu'elle abandonne à l'onde ; une tunique blanche entoure le bas de son corps et laisse à découvert une partie de ses formes délicates; une chaîne d'or, d'un travail précieux, pare son cou d'albâtre et croise sur sa poitrine* Sur un petit rocher, en face, on voit l'Amour assis. Ce maître, habile en perfidie , enseigne à sa mère les ruses Ae la pèche. Cette allégorie, des plus simples , fait allusion au pouvoir de la beauté, qui, par ses pièges trompeurs , fait passer sous la tyrannique domination de l'Amour la tourbe des amans qui se laissent subjuguer. Cette peinture est pleine de poésie , et brille par son élégante sim^* plicité. La figure de Vénus est d'une exécution hardie et d'un fini admi^ rable.

N^ i4 (PI. 60 )• De toutes les peintures antiques découvertes jusqu'à ce jour, celle-ci e^t une des plus belles; sur un fond céleste , se détachent une bacchante et un faune, qui, se tenant embrassés, s'en vont ensemble sautant et gambadant; lefaune soutient de sa main droite une peau d'animal sauvage , dans laquelle il porte des fruits , la nymphe agite son thyrse. Ce mouvement fait voltiger autour d'elle la belle et riche draperie qui l'entoure. La composition de cette figure est élégante, franche et bien entendue. Elle est si vigoureuse et si recherchée pour les couleurs et le fini des moindres détails qu'on croit voir une miniature.

N". i5. Sur un fond jaune du meilleur effet sont groupés un faune et une bacchante qui exécutent une danse ; la bacchante est couronnée de lierre, et porte des anneaux à ses oreilles. Son bras droit est levé, sa main paraît avoir soutenu un tambour de basque que le temps aurait effacé. Ses mouvemens

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ont porté le désordre dans la draperie viennent de Pompeï , dansent sur des

qui l'entoure , et qui laisse une partie tbyrses suspendus à des cordes ; on les

de son corps entièrement nue. Vive, toi t boire, jouer de divers instrumens,

caractéristique et naturelle est la pose en un mot, agir ainsi qu'ils auraient pu

du faune; il soutient avec son bras faire sur un plancher solide.

gauche une corbeille remplie de guir^ landes de fleurs qu'il porte sur ses épaules, il saisit de sa main gauche le bras de la bacchante , et lui imprime le plus doux baiser. Ce qui est le plus remarquable dans ce groupe , c'est le gracieux des mouvemens de la bac* chante et le jeu des muscles du faune ^ qui sont d'un naturel achevé.

N*". i6 (Pi. 6i). Les funambules étaient très -admirés des anciens Romains , aussi exceilaient-iU dans leur art. Comprenant que la gloire de leur renommée dépendait des difficultés qu'ils avaient à vaincre, ils étaient parvenus à faire danser des éléphans sur la corde. Pline, Suétone et Man> Aurèle assurent ce fait, qui sans ces assertions pourrait bien rester en doute. Les danseurs de corde anciens étaient moins exposés que ceux de nos jours ; pour éviter toute espèce d'accidens, on plaçait des filets sous le théâtre de leurs exercices. Cet usage

La mosaïque (PI. 6^) trouvée dans la maison du faune, à Pompeï , prouve que la peinture, quand elle atteint le plus haut degré de perfection , acquiert un langage qui se comprend avec la plus grande netteté. Cette mosaïque est un exemple de la justesse de mon observation. Elle représente une des batailles d'Alexandre. Le moment choisi est celui où la victoire est décidée. Lo vainqueur est Alexandre, et le per^ sonnage sur le char Darius. Le guerrier à côté du char , qui est descendu de son cheval et qui loffreà Darius,est Ocsatre, son frère, et les deux hommes blessés sous ses yeux , deux nobles persans.

Le costume , la pose et le regard plein de feu du roi de Macédoine, la figure im posante et noble du malheureux roi vaincu, jusqu'à la grandeur de son arc, attribut caractéristique des rois de sa race, et qui surpassait en grandeur tous ceux des autres guerriers, tout porte à croire que cette bataille est

prouTe*t*il que les Romains fissent celle d'Issus. L'arbre dépouillé de feuil* plus de cas de la vie des hommes 7 ou les, les vétemens qui entourent les

le désir de donner , avec plus de sécurité, plus d'audace à ces hommes vendus à leurs plaisirs, les animait-il seu< lement? C'est une question encore à résoudre.

Ces dix danseurs, étant tous peints sous les traits de faunes ivres, ont fait conjecturer que ces danses devaient faire partie des pompes bacchiques , et qu'on les faisait venir durant les repas pour égayer les convives. On parle d'une troupe de satyres qui avaient le corps bariolé de couleurs variées ; les fuxiambules représentés ici, et qui, comme les deux sujets prccédens,

Perses, et qui viennent même envelopper leur figure, montrent assez qu'ils combattent en hiver. Le char dégarni de faux que monte Darius , et qui se trouve seul , ainsi qu'il est dit dans Quinte-Curce, en est une preuve authentique^ il ne nous reste qu'à décider quel aurait été l'auteur de ce tableau, dont la mosaïque n'est qu'une copie.

Nicias, Protogène, Philoxène, Euphranoret Appelles, ont peint tour à tour les hauts faits d'Alexandre; mais, le dernier fut le plus renommé. L'enthousiasme dAlexandre pour ses ou-

rrages alla si loin, qu'il lui céda^ comme preuve et récompense, Gampaspe sa maîtresse. On ne doit donc pas hésiter à attribuer ce tableau à ce peintre célèbre, et Ton peut ajouter que c'est un de ses chefs-d'œuvre.

L'on y voit la rencontre des chefs des deux armées. Alexandre est monté sur un coursier fougueux ; il frappe de droite et de gauche, tue, abat tout ce qui s'oppose à son passage. Darius, debout sur soni char, serre avec une force convulsive l'arc qui reste immobile dans sa main redoutable. Il est frappé de stupeur à la vue d'un de ses généraux, qui vient d'être, sous ses yeux mêmes , mortellement blessé. Si la richesse du costume du guerrier qui succombe prouve qu'il occupait un rang supérieur dans l'armée, la douleur du roi démontre encore qu'ils étaient unis et par les armes et par le sang. Oubliant le soin de son salut, Darius ne doit la vie qu'au fidèle écuyer qui tourne bride, et l'arrache, par une fuite précipitée , à la mort et au triste spectacle de son ami mourant. Néanmoins il sera entraîné malgré lui vers les phalanges vaincues qui plient de toutes parts. Son âme se brise à la vue des malheureux qu'il ne peut plus guider à la victoire^ qu'un ennemi vient de lui arracher. Tout cela est exprimé avec une vérité admirable. Gomme elle est imposante et caractéristique l'attitude du chef des vaincus ! Gomme elle est

barrasser et sauter à terre, blessé lai* même , on le voit chercher à retirer le fer homicide qui vient de le frapper. Mais il aisé de prévoir que sa vie s'échappera avec les flots de sang qui so^ tiront de sa blessure. Cette scène est rendue avec une telle vérité , qu'il est impossible de fixer long-temps ce sujet, tant est vive l'émotion qu'il produit*

D'un côté tout. est abattu ou en désordre, de l'autre les vainqueurs sont restés en ordre de bataille. L'élévation du char empêche de les voir, mais le haut des lances que l'on aperçoit permet à l'imagination de saisir toutce qui est caché. On comprend que ces généreux guerriers opposent une opiniâtre résistance pour donner à Darius le temps de se sauver. La perfection du travail a donné à cette muette peinture plus d'éloquence qu'un habile orateur.

Après avoir vu le dessin de cetle belle mosaïque, ma curiosité fut vive le lendemain d'aller la voir à Pompeï, et c'est sur le lieu même que j'îii écrit cejqui précède. Une circonstance nous engagea à nous diriger vers le forum, et à remettre à un autre jour la description de la maison du faune , où elle est soigneusement conservée.

Le Forum chez les Anciens était Une place publique où le peuple se réunissait, d'abord pour discuter les affaires de l'état^ dans les temps où il fut appelé à les décider ; puis , dans la suite, pour ses affaires particulières et ses

admirablement exprimée, la sollicitude

de l'écuyer qui le sauve, et qui anime négociations. Avant la construction des

ses chevaux du geste et de la voix! amphithéâtres, ce fut le lieu où s'exc-

Quc de nature dans la pose de ce soldat mutèrent les combats de gladiateurs.

qui retient son cheval épouvanté ! On dut en consécpience l'entoufer d un

On éprouve encore une vraie dou- portique , surmonté d'un double rang

leur en voyant ce guerrier qui vient de colonnes , pour la convenance des

d'être démonté. Son cheval tombe mort, curieux. Uneville, telle petite fùt-elIc,

et^ au moment où il cherche à se dé^ devait avoir son forum ; quelques-unes

POMPEI.

même, d'une plus haute importance, en eurent deux : le forum flaminium^ civil ou judiciaire, et le nundinarium^ ou forum des foires et des marchés.

Dans celui^i se traitaient les affaires , et se vendaient et s'achetaient toutes sortes de marchandises. Ce nom indique de plus un marché tous les neuf jours.

Sous les colonnes de ses galeries s'exercèrent tous les commerces ; on y dressa des boutiques, on y construisit des thermes. Près du forum flaminium fut placé le temple où s'assemblait le sénat; la curia^ afiectée aux prêtres et aux augustals initiés aux sacrés mystères; la basilique, où se jugeaient les différens ; le fisc , ou trésor public ; le lieu destiné aux comices ; les archives et les greniers publics ^ Là se discu* taient les sujets les plus intéressans; là se célébraient les fêtes nationales et les solennités religieuses , et avaient lieu les imposantes processions des canéphores.

En suivant la rue Consulaire, dans l'intérieur de la ville, on aperçoit deux arcs de triomphe sur le même plan. L'un est plus qu'à moitié ruiné, l'autre est très-bas et sans ornemens.

Servaient-ils de défense au forum dans le cas d'une émeute populaire, ou étaient-ils simplement construits pour appuis d'une grille en bois ? C'est l'entrée du forum , où tous les édifices que je viens d'indiquer existent , et d'autres encore dont la destination nous est inconnue, faute d'inscriptions pour nous l'apprendre. D'après les ruines d'une arche délabrée , existante du côté de l'est, il est évident qu'on avait entrepris d'en changer tout-à-fait, non le plan, mais l'architecture. Les arcades avaient fait place à une colonnade dorique. Déjà trois côtés étaient terminés. Ces colonnes sont en travertin , espèce N.

de pierre poreuse ; quelques-unes même sont en brique. Elles ont douze pieds de haut. Dans les entrecolonniemens sont une multitude de piédestaux destinés aux statues des citoyens illustres de la colonie.

. Sur l'un on lit le nom de Q. Salluste, sur un autre celui de Cuspius Pansa , dont la famille était une des plus considérées de Pompeï , à en juger par la multitude des inscriptions qu'on trouve en son honneur.

. Au nord s'élève un temple qui paratt avoir été d'une magnificence extraordinaire.. Son vestibule présente six colonnes de front et quatre latérales, en comptant les angles; elles ont trente pieds de haut. On y montait par des marches , aujourd'hui entièrement ruinées. A droite et à gauche sont deux énormes piédestaux destinés à des statues en marbre, dont on n'a retrouvé que des fragmens , consistant en deux jambes chaussées avec le cothurne impérial. C'est là qu'il faut supposer qu'on offrait les sacrifices.

. Du vestibule on passe dans une nef quadrilatérale, formée par huit colonnes ioniques de chaque côté , et entourée de murs peints en rouge. Cet ordre de colonnes sur les deux ailes faisait donner à ces temples le nom de péryptères. La nef est terminée par trois chambres où se conservaient les archives et le trésor de l'état; puis vient un escalier qui mène à une terrasse couronnant l'édifice, et d'où l'on jouissait d'un coup d'oeil magnifique. Le pavé de ce temple est élégant ; on a , dit-on , trouvé un cadran solaire près du vestibule.

On y a trouvé aussi un petit buste adhérent à la muraille, une espèce de bouclier , un groupe formé d'un vieillard tenant par la main un jeune garçon; tous deux coiffés du bonnet phry-

i4a L'ITALIE,

gien ; à leurs côtés est une femme avec

piédestnl qui devait soutenir la statoe d*Auguste y dont on a retrouvé un seul bras portant un globe. Les niches étaient pratiquée^ pour recevoir les statues de la famille impériale On aretrouré celles de Livie dans tout l'éclat de sa beauté, et de Drusus adolescent, enveloppé d'une draperie. De là on passe dans un triclinium , où les prêtres ou Aruspiceâ prenaient leurs fepas; il peut contenir jusqu'à trente personnes.

On j voit de grands autels en mar^ bre , et des massifs où se posaient les instrumens sacrés , et où se dépeçaient les victimes qu'on distribuait au peuple. Sur le mur du fond est un tableau de fi émus et Romulus : Larentia les allaite, tandis que les dieux de l'Olympe Veillent sur eux. Sur la porte sont peints des quartiers de chair, une hache , des oiseaux morts , une tête de sanglier et des jambons. Au bas est un canal pour l'écoulement du sang.

A côté de la porte était une cassette garnie de sa serrure , et dans laquelle étaient enfermées mille trente-six monnaies en bronze et quarante-une en argent.

Au sortir de ce Panthéon , nous entrâmes dans un autre édifice, formé par des murs en brique , suivant toute apparence fort anciens ; ils enferment unecourdont l'extrémité supérieure est un sanctuaire élevé de quatre pieds audessus du sol. Les fragmens de marbre que nous y vîmes font voir clairement que le temple en fut revêtu en entier. Vis-à-vis de ce sanctuaire est un joli autel de marbre de Paros, orné d*un beau bas-relief, que l'on croit représenter Cicéron en costume de sacrificateur.

Cet édifice s'appelle communément le Temple de Mercure; cependant M. C. Bonucci lui donne le nom de le sanctuaireavcc quatre niches , et un temple do Romulus , parce qu a lentrcj

un enfant dans ses bras. Ce groupe fut peut-être un ex-^-voto, ce qui prouve* rait que cette coutume , qui s'est con* servée dans le midi de l'Europe, est fort ancienne.

Tous ces objets sont en bronze; ceux en marbre consistent en une tête et un pied mutilés , un buste de vieillard, un bras et des fragmens de statues d'une grandeur colossale, un assez beau torse^ également de grandeur colossale ^ et du plus beau fini , sur lequel est tracée l'ébauche d'une petite statue , et une tête de Jupiter. C'est ce qui , joint à sa position, porte à présumer que ce temple dut être consacré au maître des dieux. Les décurions durent , à l'exemple des sénateurs à fiome , s'assembler dans celui-ci, et le choisir pour le lieu de leurs délibérations. On l'a , en conséquence , appelé le sena'culum.

Vient ensuite un vaste temple , auquel on a donné le nom de Pan* théon. Sa forme approche de celle du temple de Sérapis à Pouzzoles; on pourrait l'appeler la galerie des fêtes de Pompei\ Il offre un portique décoré de deux ordres de colonnes , et dans le milieu une cour au centre de laquelle est un autel environné de douze piédestaux, destinés aux douze divinités principales. Sur les fnurs de ce péristyle sont des peintures de tout ce qui peut servir à un repas : des poissons, des perdrix, des amphores pour le vin.

Sur la partie gauche sont peints des moutons , des bœufs , une corne d'àbondance qui se vide dans des plats, et Psyché suivant TAmour à un festin.

Sur la droite sont douze chambres, probablement les cellules des prêtres desservant le temple, et qu'on nommait augustals. Dans le haut est

POMPEl.

on trotnra un piédestal supportant la statue de ce héros, arec Tinscription en grande partie mutilée :

cRomulus^ fils de Mars, fonda Aome , et régna sur cette cité pendant quarante ans. Après avoir tué Acron , roi des Csciniens , il consacra ses dépouilles opimes à Jupiter Férétrien; admis au nombre des dieux, il reçut des Romains le nom de Quirinus* »

Ce qui suit est extrait du f^oyage à Pompeï , de Romanelli .

« Nous entrâmes ensuite dansla BasU liqae : son aspect présente la belle forme d'un carré long de deux cent cinquante pfllities et large de cent, avec un grand péristyle ou portique couvert qui règne autour. Ce grand portique, en inclinant du côté de l'intérieur du temple, s'appuyait sur autant de demicolonnes qui n'en sont pas encore dis-* jointes ; les colonnes ont environ quatre palmes de diamètre, et sont ornées de chapiteaux corinthiens. Leur base est de la même composition; à présent il n'en existe plus qu'une partie brisée ou renversée qu'on a rajustée en son lieu. Les chapiteaux et une grande partie des corniches sont amoncelées dans les angles du bâtiment.

Presque tous les murs étaient écroulés par Teffet du tremblement de terre.

% Une tribune apparente dans la partie supérieure du côté de l'occident est décorée de six petites colonnes en stuc, cannelées; ce pouvait bien être la place destinée à la magistrature. Nous ne trouvâmes ni la porte de cette tribune , ni les gradins par lesquels on y montait; seulement deux petits escaliers conduisent de là à une chambre très-basse, et la communication s'y établit par deux ouvertures circulaires dans la voûte. Nous jugeâmes que ce souterrain était une prison, caries murs sont d'une grande épaisseur; les sou-

piraux sont garnis de barreaux de fen et cette petite chambre est enterrée de vingt palmes sous le sol. »

Vis-à-vis de cette tribune , au milieu des quatre colonnes du péristyle^ est érigé un grand piédestal recouvert de marbre blanc , qui certainement devait supporter une statue équestre.

Le corps de la basilique était en«* tièrement découvert j les Anciens af-« fectionnaient cette architecture, qu'ili nommaient hypètre, ou découverte^ et que nous avons déjà remarquée dans toutes les maisons et dans tous les ternies. C'est dans cette enceinte que de^ vaient se tenir les assemblées et avoir lieu les délibérations des habitans de Pompeï; là ils créaient leurs magistrats , pourvoyaient aux frais de Vannoncy c'est-à-dire au xsubsistances pendapt une année), et décidaient de là paix ou de la guerre. Sur le frontispice est écrit en lettres rouges j BASSILICA.

» On passe de la basilique au forum civil, que nous avons décrit, par cinq ouvertures ; la manière dont ces ouvertures se fermaient est curieuse à remarquer ; entre l'un et lautre pilastre, au nombre de six (les deux derniers de chaque côté tenant au mur de l'édifice), tombaient cinq portes qui suivaient le trait des rainures qui étaient taillées . dans chaque pilastre. Cette fermeture s'appelle présentement parmi nous sarrazine^ parce que dans le temps du Bas -Empire, toutes les citadelles usaient de ce moyen de clôture; c'était aussi comme cela que se fermaient les portes publiques et extérieures de Pompeï.

» Nous sortîmes de la basilique par ces ouvertures pour parcourir de nouveau le forum, et aller visiter du côté droit des édifices fort curieux qui sont presque intacts. C'étaient trois autres petits

lU

temples, ou plutôt trois chapelles.

' D'après leurs formes , quelques antiquaires prétendent même que ces chambres étaient dépendantes de la basilique.

■9 Nous n'avons pu deviner à quelles divinités ces trois temples étaient consacrés, parce que lors de leurs décombremens on les a trouvés dépouillés de tout ce qui pouvait servir à les caractériser» »

r Laissant le forum et suivant la large rue qui conduit aux théâtres , et dans laquelle on entre par un passage , autrefois couvert, on lit une inscription en l'honneur d'^umacAia, pré tresse dont on trouva la statut dans le costume de vestale , et le nom sur le piédestal. . Des termes de cette inscription , les antiquaires ont conclu qu'Eumachia , de ses propres deniers, fit bâtir en. son nom et eu celui de son fils, un chalci^ dicum et un crypto portique^ qu'elle dédia tous deux à la Concorde, destinant le premier à servir de lavoir pour les vétemens des magistrats et des prêtres du collège sacré. Ce serait alors la reconnaissance qui lui aurait élevé cette statue. Ce chalcidicum était un bâtiment rectangle, faisant face au forum ; son architecture est tout-à-fait romaine. L'intérieur consiste en une vaste cour de cent dix pieds sur cinquante, ornée d'un portique de quarante -huit colonnes de marbre de.Paros, élevées au-dessus du sol par des marches en marbre blanc qui l'entouraient. Il en manque quelquesunes, qui n'ont jamais été posées^ mais qui allaient l'être, puisque, jusqu'au mortier qui devait servir , tout a jeté trouvé préparé dans un coin. Dans le haut de la cour^ et dans une superbe œdicula^ était la statue de la Concorde , et l'espace entre l'œdicula et le portique, était occupé par un

bassin de marbre de forme rectangulaire , dans lequel un canal caché sous la pierre faisait tomber l'eau. Derrière l'aedicula, et dans le crypte, était la statue d'Eumachia. Tout l'édifice parait avoir été très-élégant.

Dans une des fouilles on trouva deux hommes , dont un horriblement mutilé par la chute d'une colonne, dont les débris étaient à terre à côté de lui , et un autre la tête couverte d'un casque.

A la droite du temple est un vaste édifice. Peut-être était-ce le grenier public? Ce qui fortifierait cette <x>njecture, c'est la découverte d'une pierre où sont plusieurs cavités rondes, représentant des mesures de capacité ; on Ta transportée au musée , substituant à sa place une autre pierre, où on lésa copiées. Un des côtés de la pierre portait l'inscription suivante :

< Âulus Clodius Flaccus, fils d'Aulus , et Narceus Arelianus Galedus , fils de Narceus , duumvirs , furent avec justice chargés, par décret des décurions , d'étalonner les mesures publiques, a

Cette pierre, un des plus curieux monumens de l'antiquité, a sept pieds de long sur deux de large. Chacune des profondeurs composant les cinq mesures, est en ligne droite avec les autres dans le milieu du massif, et a son ouverture par-dessous pour pouvoir retirer les graines sèches qui auraient été présentées au mesurage. Ce trou est garni d'une pièce en bronze, qui se tire quand on veut l'ouvrir, et qui se pousse quand on veut le fermer. Voilà bien* la preuve que les cinq formes concaves servaient pour les graines sèches ; les quatre petites profondeurs ^ui étaient aux quatre angles de la même masse de tuf, ayant leurs ouvertures par le côté, servaient à jau-

POMPEI.

gerles liquides. 11 faut dire aussi qus les cinq profondeurs du milieu avaient chacune leurinscription, qui paraissent avoir été détruites par les Pompeïens eux-mêmes. Peut-être y aurait-on lu

à gauche d'abord la foulerie , la maison de la grande fontaine , puis celle de la petite fontaine qui forme l'angle. A droite est la belle maison du navire, ainsi nommée à cause d'une trirème

le nom de chaque mesure? Quelques peinte sur le pilier de la boutique fiches en bronze scellées avec du plomb, dans laquelle apparemment se vendait

incrustées près des ouvertures, nous ont fait penser que chacune d'elles avait eu son couvercle. Outre ce module de mesure publique^ on avait encore découvert d'autres objets de la même utilité, tels que deux petites tables Tune sur l'autre , qui dans leur surface laissaient voir aussi trois incavations cylindriques de même nature que celles que nous avons décrites. De ces deux petites tables, l'une a été transportée au musée royal , l'autre a été laissée accolée à la muraille à la droite du forum , au lieu même où toutes deux furent trouvées.

A côté est un bâtiment demi-circulaire , ' renfermant des sièges et des niches pour des. statues. D'après la forme et la décoration , de l'édifice , on a reconnu que c'était la curia , ou lieu de réunion des augustals.

Lorsqu'on arrive dans la rue de Mercure , à un petit carrefour formé par une ruelle qui la traverse, ou' trouve une fontaine comme il en existe beaucoup dans la ville ; l'eau y était jetée par une tête de Mercure sculptée en bas-relief. Le trafic qui se faisait dans cette rue devait être considérable, à en juger par le nombre de boutiques qui s'y trouvaient , par les effigies de la Fortune et de Mercure quW voit sur les murailles, et par toutes les inscriptions qu'on y lit, inscriptions dans lesquelles les marchands imploraient la protection des édiles ou des duumvirs.Gette rue est une des plus larges dePompeï, carelle a près de trente pieds ; avant le carrefour on rencontre N.

tout ce qui avait rapport à la marine. La principale entrée de cette maison est dans la rue appelée rue de l'Arc.

Elle en a deux autres dans celle de Mercure , viennent ensuite deux boutiques et une taverne formant l'angle opposé. La découverte de cette taverne est intéressante , en ce que ses peintures nous initient à tel point aux mœurs et aux vices du bas peuple de ce temps, qu'elles ne laissent rien à désirer aux amateurs de l'antiquité.

Son entrée est dans la rue de Mercure , de là on va dans une arrière-boutique dont la sortie donne sur la ruelle. A en juger par les peintures obscènes qui recouvrent les murs de cette pièce, elle aurait été destinée aux plus honteuses débauches. La taverne est petite; elle est garnie d'un banc en maçonnerie, incrusté de morceaux de marbre, entre lesquels est un beau fragment de porphyre vert.

Dans ce banc sont trois cavités doublées en plomb, et destinées à contenir des liquides , et dans la partie attenante au mur, un petit gradin en marbre blanc, sur lequel on mettait en montre le comestible qu'on vendait, et qui se préparait sur un petit fourneau à droite de l'entrée.

Le dieu tutélaire est représenté ici sous la forme d'un serpent dévorant les offrandes déposées sur l'autel. On distingue des œufs et des fruits fort bien peints. Deux portes conduisent à deux petits cabinets destinés aux buveurs , et communiquant à la maison contiguë :

sur leurs murailles était représentée

Andro

est encore ]^ortë dans quelques ptovinces du royaume de Naples. Un homme portant une tunique de couleur obscure rerse à boire à un soldat re^ yétu d'une robe à larges manches, et par -dessus une autre laissant passer la tête, et taillée à peu près dans le genre des aubes de nos prêtres. Audessus du militaire est 1 inscription :

« Marcus. Furius. Pila. Marcum. Tutillum. »

que l'abbé interprète, en ajoutant le mot salutat. Ce salut était probable* ment le bocal de vin. Le nom de Pila, qui signifie grand vase , peut être un sobriquet donné au garçon de la ta^ ▼erne pour sa yaillantise à boire, et à vider d'un seul trait un de ces vases pleins de vins. C'est ainsi que les Ta* rentins avaient surnommé Boc<d ce buveur effréné , qui , en plein théâtre, souilla avec une coupe de vin les robes des ambassadeurs romains.

Au quatrième angle est une boutique à compartimens de marbre et à colonnes ; deux piliers en soutiennent l'entrée.

Sur l'un on voit im prêtre conduisant un taurçau à l'autel des sacrifices ; sur l'autre est un tableau qui nous donne à croire que nous sommes dans le magasin d'un marchand d'aromates et de baume. Il nous montre une caisse énorme supportée par quatre hommes appuyés sur des bâtons ; autour de la caisse sont plusieurs vases attachés ensemble, et remplis d'un liquide onctueux. Au-dessus plusieurs personnes sont occupées à parfumer un cadarre que l'on va brûler.

Immédiatement après la boutique Une femme y est représentée , portant est une maison, dont un des piliers au lieu de corset une pièce d'étoffe de qui décorent l'entrée a un Mercure laine rouge « mamillare » qui , lui peint avec tous ses attributs. A ses serrant le buste , soutient la gorge et pieds est un globe , autour duquel se vient nouer sur l'épaule. Ce vêtement replie un serpent, dont Ja tête est

la fable de Persée délivrant mède.

La communication de cette taverne avec la chambre dont je viens de parler et avec la maison qui , à en juger par la beauté de ses fresques, devait appartenir à un riche personnage, ne se peut expliquer qu'en pensant que , plus avide que délicat , le propriétaire y faisait vendre le produit de ses do* maines, et fermait les yeux sur ce moyen d'en obtenir un plus grand profit.

Sur les murailles d'un de ces petits cabinets sont peints deux chars à quatre roues chargés de vin ; l'un est trainé par une paire de bœufs, et l'on est occupé à décharger l'autre. Au-dessus est grossièrement figurée une perspective avec une fenêtre , de laquelle sort un paniet suspendu à un bâton, à peu près dans le genre de ce que nous voyons encore aujourd'hui dans les bas quartiers de Naples.

Dans le second cabinet sont d'autres peintures, Polyphême et Galatée; Polyphême est assis sur un rocher au bord de la mer, Galatée sur le dos d'un dauphin qui l'emporte : une nymphe pêche un Amour, et trois autres sont autour d'elle. Ce sujet est souvent répété sur les murs de Pompeï.

La troisième porte communique à la (ihambré des orgies , dont les peintures sont analogues à Vusage auquel elle servait. Ce sont des obscénités dignes du genre de peuple pour les yeux de qui elles étaient faites. Nous y trouvons cependant matière à une remarque intéressante au sujet du costume du peuple.

POMPEt.

élerëe vers le dieu qu'il semble implorer. J'ai déjà dit que le serpent était regardé par les Anciens comme un talisman de bon augure. Sur l'autre pilier est également un globe, une corne d'abondance pleine de raisins , et une Minerve, casque en tête, lance et bouclier à la main; elle verse de la liqueur sur un autel où une jeune fille tend le creux de sa main pour la recueillir. Le sens de cette allégorie est assez di£Bcile à saisir. Dans la boutique âont un Jupiter et une Junon avec leurs emblèmes , l'aigle et le paon.

Dans une des récentes excavations, un des objets le^ plus attendrissans qui aient été trouvés , sont deux squelettes étroitement embrassés. La structure des os les a fait juger de sexes différens. Leurs dents, bien conservées, ont fait présumer qu'ils étaient dans la vigueur de l'âge. On devine qu'un tendre sentiment unissait ces deux malheureuses victimes , et qu'au lieu de fuir chacun de leur côté au signal du danger, ils employèrent à se chercher le temps qui devait assurer leur salut. Réunis, ils tentèrent ensemble de se soustraire à la mort ; mais il était trop tard , les murs s'écroulaient , les cendres s'amoncelaient autour deux; ils voulurent alors exhaler leur dernier soupir dans une douce étreinte. Se précipitant dans les bras l'un de l'autre, les dernières convulsions d'une mort affreuse ne purent même les séparer !

Qu'il devait être puissant ce sentiment qu'ils préféraient à la vie ! Quand je les vis découvrir , il me semblait qu'autour d'eux s'émanait encore , après tant de siècles , quelque chose de cet amour si fort, si courageux, presque inconnu de nos jours.

La maison des Bacchantes doit son nom aux fresques dont ses murs sont ornés. Elle contient des boutiques, et,

dans l'intérieur de Tatrium, est un puits grossièrement incrusté de mosaïques, représentant des grifibns $ des masques et autres objets. Sa toiture, de marbre africain, fut retrouvée brisée en pièces. Les murs , au moment de l'excavation de 1827, étaient couverts de superbes peintures, dont l'une ^ Zéphyr et Flore, a été transportée au musée. D'autres fresques représentent les dieux de premier ordre ; parmi ces figures il faut distinguer un Bac-* chus assis, de toute beauté. Les ara«besques sont de même fort élégans, et quelques chapiteaux offrent une couleur différente du corps de la colonne.

On a trouvé dans cette maison quatre cercles de fer ressemblant à ceux qui entourent les roues d'un char.

La maison des Vestales , composée de deux habitations bien distinctes, semble avoir été fort légèrement nommée, car elle pouvait être aussi le lieu de deux familles amies. L'on voit sur le seuil de la seconde habitation le mot SALVE, en mosaïque. Le premier appartement présente un quadrangle ouvert , et dans la partie du haut une salle où l'on suppose qu'on avait déposé des archives. De chaque câté est une chambre probablement afièc-* tée à la réception des cliens^ cérémonie qui avait lieu à l'aube du jour, suivant l'usage de Pompeï. Le second appartement est une salle de bains, et une cbambre.à coucher, ornée de peintures, un cabinet de toilette, une librairie , une galerie , un salon ; au delà un lararium avec une place au centre pour le feu sacré , et trois niches pratiquées dans le mur. On a supposé que les mystères de la Bonne Déesse se ce* lébraient dans ce réduit, et qu'on j offrait des sacrifices aux dieux fami« liers. Deux serpens étaient peints en mosaïque sur le seuil de ce lararium*

Uae chambre plas petite offre , dans le centre de son pavé , un labyrinthe ou table , sur laquelle on jouait une sorte de jeu inconnu de nos jours. Une autre représente une corne d'abondance.

On y a trouvé les squelettes d'un homme et d'un chien, un croissant d'argent, et divers omemens de femme. Derrière la maison on trouva dix squelettes , un desquels avait quatre anneaux au même doigt, des boudes d'oreilles, un collier, deux bracelets, et une lanterne en bronze à la main.

La Campanie, appelée terre heureuse par les Anciens, par les modernes terre de labour , est couverte de vignes , qui , fécondées par les matières volcaniques dont est semé le sol, croissent en abondance et donnent un

vin exquis.

Pompeï, au pied du Vésuve, par la proximité de la mer et la situation de son port, devait être naturellement TentrepAt de ces vins. Il n'est donc pas étonnant que des propriétaires riches ou des marchands se soient occupés de ce commerce d'une manière à y acquérir des richesses immenses ; et , par suite de cette opulence , se soient donné chez eux toutes les jouissances du luxe

autant de ressources entre les nuiins de celui qui sait les mettre à profit. Les murs et les pavés en mosaïque sont couverts d'allégories , toutes ayant trait à Bacchus , el la disposition dans laquelle étaient rangées les amphores dans les cours et sons les portiques , donne à croire qu'on les y avait déposées en attendant la récolte, puisque ce.fut vers la fin de l'été que la catastrophe eut lieu. Il cesse de paraître étonnant que ce trafic eût t^ement enrichi un particulier, et qu'à l'exemple imité depuis à Gènes à Venise , et à Florence , il se fût fait bâtir une maison où il eût déployé tous les genres de somptuosités qu'on retrouvait chez les grands.

Cette maison, coDune celle de Pansa, forme une île dessinée par quatre rues. L'entrée principale est dans celle qiii longe le temple de la Fortune. JLa maison a trois vestibules , et les deux chambres,qui se présentent inmiédiatement à la suite, étaient destinées au commerce. Deux escaliers indiquent un étage supérieur. Le pavé est , ainsi que nous lavons déjà indiqué , un

mélange de morceaux de marbre de diverses couleurs ; on y trouve le noir de Parangon , le vert et le rouge antiques ; Ceci nous explique et la multiplicité puis vient une guirlande en mosaïque et la nature des omemens que nous de fleurs^ de fruits et de masques. Il trouvons dans une maison que le genre est à remarquer qu'il n'y entre aucun de ses peintures a fait nommer la morceau de verre , que les Romains, au maison du Faune. La quantité d'am- dire de Pline, mêlaient bien souvent phores qu'on y a trouvées fit d'abord dans leurs mosaïques. Outre que cellescroire que c'était un potier qui l'habi- ci , entièrement en marbre, présentent

un travail exquis elles attestent encore la plus haute antiquité.

Une autre particularité de cette maison, ce sont les lames de plomb enfermées entre la masse du mur et le stuc dont on l'a recouvert. Ces lames sont ici attachées avec des clous

tait; mais en y réfléchissant il est aisé de conjecturer que cette industrie est trop pauyre , et offre trop peu de ressources pour fournir à celui qui l'exerce des bénéfices qui le mettent dans le cas de vivre dans le faste. Il faut donc penser au contraire au riche commerce d'une denrée si abondante, et qui offre semés en si grande abondance, qu'on

POMPEI.

en compte quarante par pied carré. Il est à croire, qu'outre leur office d'attacher, les aspérités que produisent leurs têtes offraient une prise au stuc qui se serait trop facilement détaché d'une surface lisse. Ces lames étaient posées là dans le but de préserver le stuc de l'humidité d'un mur récemment construit.

Dans une des chambres on a trouvé une maçonnerie soutenant une machine qui devait contenir un liquide , et qui, par un trou pratiqué dans le mur, le versait dans la salle à côté. Cette chambre, sansomemens, devait servir de laboratoire.

Quelle était cette machine 7 Ici tout indice nous manque.

Dans deux chambres contiguës on a trouvé des vases en bronze, un pied de lit en ivoire, ce qui prouve l'élégance des meubles dont se servaient les Romains; des bracelets, des anneaux en or, et des pierres précieuses. Par quelle bizarrerie ces objets se trouvaient-ils dans les appartemens du bas? T étaient- ils tombés de ceux supérieurs , ou bien dans la confusion , qui toujours accompagne un semblable moment , avaient-ils été oubliés ?

Sur quelques amphores étaient des inscriptions latines, et d'autres grecques. Nous avons décrit, page 189^ et fait graver (PL 6a ) la magnifique mosaïque découverte dans cette maison le ^4 octobre i83i.

Nous voici dans une maison qui parait celle d'un pâtissier {pistor dulcia-rius). C'est au moins ce que donnent k penser les choses que l'on y voit.

L'espace étroit qu elle occupe est si bien ménagé, si bien réparti en diverses chambres, qu'on pourrait lui appliquer ce mot de Cornélius Nepos, en parlant de la maison de Pomponius Atticus : « Ici j'ai mis plus de sagesse N.

que de luxe! » Sur la rue est la boutique destinée à vendre la pâtisserie Une petite cour, dont les murs peints figurent un jardin émaillé de gazon et de fleurs , autour desquelles voltigent un essaim d'oiseaux , donne du jour à plusieurs petites chambres disposées tout autour, dans lesquelles sont des réservoirs d'eau et des robinets pour la fournir. Dans le fond on voit un four avec quatre petits moulins garnis de leurs manilles en fer, qu'un homme seul pouvait mettre en mouvement.

Les Latins les appelaient pistrillœ :

moins grands que ceux des boulangers; ils servaient à moudre la farine nécessaire aux pâtisseries.

Ce four, à réverbère, est d'une construction particulière. La fournaise est au bas avec sa voûte sphérique, et la chaleur pénètre par une bouche ovale dans le four proprement dit , où Ton mettait ce que l'on avait à faire cuire.

Quoique d'une extrême simplicité, cette maison est encore décorée avec élégance; la peinture y fait encore briller ses belles couleurs. Dans une chambre sont trois tableaux. L'un représente Persée , qui , pour contenter sans péril la curiosité d'Andromède, lui montre , réfléchie dans l'eau d'une fontaine , l'horrible figure de Méduse.

Dans une autre, Endymion dormant; son chien est à ses pieds ; Diane , guidée par l'Amour, descend du ciel pour le contempler. Le dernier offre les attributs des dieux de la fable.

Parmi tous les usages que nous ont légués les Anciens, ceux que nous avons adoptés, et que nous continuons à suivre , doivent nous insparer le plus grand intérêt. De ce nombre sont ceux qui ont rapport à l'art dramatique et aux représentations scéniques , qui chez eux dégénéraient en véritable passion. Rarement satisfaite,

et jamais éteinte par la satiété , cette passion se consenrait dans toute son intensité. Les dépenses excessives qu'entraînait une représentation théAtraie y mettaient obstacle. Gomme parfois elles absorbaient le revenu d'une province entière, elles n'avaient lieu qu'à l'occasion de quelque événement marquant , tel qu'une victoire signalée, l'avènement d'un empereur, la naissance ou l'adoption d'un César : d'autres fois , surtout sous la république , un homme riche parvenu au consulat, ou à une autre dignité non moins honorable, remerciait le peuple en lui donnant un spectacle à ses frais. Par la suite, et vers le temps de décadence, les ambitieux y trouvèrent un moyen de corruption. C'est à l'aide des spectacles qu'ils captaient les suiTrages , car le peuple y assistait gratis.

Que cet art chez les Grecs doive son origine à Thespis, ou, suivant une autre version, qu'il ait d'abord pris naissance en Italie , où il aurait commencé par des processions que faisaient les paysans en Thonneur de Bacchus et de Gérés , pour célébrer l'heureuse réussite de leurs travaux rustiques; que plus tard, à ces processions, se soient mêlées celles plus imposantes^ en l'honneur de Pater Liber ^ c'est ce que nous n'entreprendrons pas d'éclaircir. Sans en approfondir les causes, nous arriverons aux efieis^ et nous verrons les Romains , jaloux d'imiter les Grecs, chercher à les surpasser, et faire de leurs spectacles une source de plaisirs et même d'extravagances.

Enchérissant sur leurs devanciers , qui n'eurent que les représentations scéniques, les Romains imaginèrent les combats d'animaux et les naumachies, dans lesquelles se donnait un combat naval , simulacre d'un véritable combat , mais qui ne laissait pas

de coûter la vie à beaucoup d'actettrs. Nous avons déjà vu l'amphithéAtre dans lequel avaient lieu les combats d'animaux et de gladiateurs. Jusqu'ici on n'a pas trouvé de naumachie dans Pompeï ; il est même présumable qu'il n'y en avait pas , et que le port en tenait lieu; mais les excavations ont fait rencontrer deux théâtres , connus sous le nom de grand et de petijb, ou de théâtre tragique et comique (PI. 64).

Ce dernier s'appelle encore Odeum.

Ici plus de ces descriptions vagues, incertaines, puisées dans les livres des commentateurs, des antiquaires; c'est l'antiquité réelle , vivante ; on la voit , on la touche.

La forme d'un théâtre était presque semi-circulaire, comme dans la plupart des nôtres , et sa dimension proportionnée à la population de la rille, et de celles à proximité, dont les habitons venaient aussi assister à ces représentations, où tout avait lieu en plein jour. Pline nous parle d'un théâtre de Scaurus, qui avait sept cents pieds de diamètre, et pouvait contenir jusqu'à quatre -vingt mille spectateurs assis. Par quel moyen les acteurs parvenaient -ils à se donner un volume de voix assez considérable pour se faire entendre de cette immense assemblée 7 C'est ce qu'il est impossible d'expliquer; ce qui seul nous est parvenu , c'est que les acteurs portaient des masques tout le temps qu'ils occupaient la scène. Ces masques leur couvraient , non-seulement le visage, mais encore toute la tète ; la bouche en était béante , de manière à favoriser l'émission de la voix, qu'ils grossissaient au moyen de lames d'acier. Os devaient offrir une grande ressemblance avec les personnages que l'on voulait représenter, car la comédie, chez les Anciens , était une satire per

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