‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 32 sur 39 · I.JV.'M · texte numérisé non relu

I.JV.'M

J^ûmfff^ Teairo fra^Lc^

J'troir* U'4i//'i>

/*r/i/ tAr^tUrt^

POMPEI.

flonnelle, comme la tragédie la repré-^ sentation des exploits de leurs dieux ou de leurs Iiéros.

Pour la construction d'un théâtre , on choisissait d'ordinaire la partie la plus élevée de la ville , et la plus favorable à la transmission des sons. La déclivité d'une montagne facilitait beaucoup le travail, et épargnait des dépenses ; on recherchait encore le voisinage de portiques, pour trouver de suite un abri lorsqu'un orage subit venait forcément interrompre la représentation ; quand il n'en existait pas , on en construisait exprès; ainsi avaiton fait à Pompeï.

La cavea était formée par une série de gradins sur lesquels il était accordé à chaque spectateur un espace de seize pouces , ainsi qu'il est aisé de le vérifier dans le grand théâtre, où les divisions sont niarquées. Celui-ci pouvait contenir cinq mille spectateurs.

Entre le scenium et la cavea était le proscenium , espace étroit enfermé entre des murs à hauteur d'appui, dans lesquels étaient pratiquées des niches où se tenaient les musiciens, nommés thymelici, à cause des sièges en pierre sur lesquels ils s'asseyaient. L'espace immédiatement après se nommait orchestre; comme c'était le lieu le plus rapproché de la scène , on y avait établi des places réservées aux sénateurs, aux patriciens et aux magistrats qui s'y plaçaient sur des sièges que leur portaient des esclaves , ou sur un iûe/lium , siège d'honneur que leur avait accordé la ville. Cette distinction était des plus honorables. Venait ensuite la partie affectée au vulgaire ; enfin les derniers gradins , divisés en compartimens comme nos loges, étaient la partie réservée aux femmes. Cette partie, dans quelques théâtres , était recou-

verte ; des deux côtés de Torchestre , et un peu plus élevées , étaient deux divisions 9Podium»y Tune à droite destinée aux proconsuls ou aux duumvirs^ qui présidaient aux représentations, et à leurs officiers ; à. Rome c'était la place de l'empereur. L'autre était affectée aux vestales. Ainsi dans ces. théâtres, par orchestre on entendait notre parterre , et par proscenium, ce que noua nommons orchestre ; le scenium était le théâtre proprement dit; enfin le postscenium était le lieu où on déposait les machines et où s'habillaient les acteurs.

Toutes ces divisions n'existaient pas avant Scipion l'Africain; le peuple entrait péle-méle , les premiers arrivâns étaient les premiers occupans^ ce qui devait donner lieu à beaucoup de désordres. Scipion , le premier, sépara les sénateurs des plébéiens. La loi Roscia réserva les quatorze rangs inférieurs de gradins pour les personnes élevées en dignité ; enfin Pompée, et après lui Auguste , entreprirent une réforme complète dans cet usage, et ce dernier l'exécuta. Voici le récit qu'en fait Suétone :

« Frappé de l'injure faite à un sénateur, à qui, dans les jeux célébrés à Pouzzoles, aucun des nombreux spectateurs n'avait fait place, il corrigea le désordre et la confusion qui régnaient dans les spectacles. Il fit pour cela décréter par le sénat, qu'à tout spectacle public, et en quelque lieu que ce fut , le premier rang des sièges resterait vacant pour les sénateurs ; il défendit que les ambassadeurs des nations libres et alliées fussent assis à l'orchestre , parce qu'il découvrit que quelques-uns d'entre eux étaient fils d'affranchis. Il sépara le peuple des soldats; les plébéiens mariés eurent une place marquée : il y en eut une pour les

enfans , et auprès d'eux d'autres pour leurs précepteurs. Il ordonna que les gens mal vêtus ne pourraient se placer à Famphithéàtre. Il ne permit aux femmes de voir les combats de gladia* teurs que du lieu le plus élevé , tandis quelles étaient accoutumées auparavant à rester confondues avec les autres spectateurs. U n'accorda qu'aux seules vestales une place séparée au théâtre, et vis-à-vis le tribunal du préteur. Il éloigna tellement les femmes de la vue des athlètes , que dans les jeux qu'il donna comme pontife , le peuple lui demandant un couple de lutteurs , il le remit au lendemain matin , et proclama qu'il ne trouvait pas bon que les femmes vinssent au théâtre avant la cinquième heure du jour.

« Nous arriyâmcs à des places où la tourbe en haillons, et mêlée à des femmes , jouissait da spectacle. ■

(^ Titus CalphumiuSf tit. 7.)

Toutes ces divisions sont observées dans les théâtres de Pompeï.

Les approches du grand théâtre de Pompeï sont ménagées pour en faciliter l'accès. Le corridor est de niveau avec les écoles et le temple d'Hercule, il a quatre portes d'entrée extérieures et six intérieures ou i^omitoria^ ouvrant sur la cavea : trois grands escaliers conduisent aux gradins des femmes, et deux autres plus petits permettent d'aborder les places vacantes. Les spectateurs n'étaient pas placés très-commodément puisqu'ils étaient exposés aux ardeurs du soleil et à la pluie.

Les auteurs anciens nous apprennent qu'on se préservait du premier au moyen de chapeaux à larges bords , et de la pluie avec des manteaux ou des capuchons presque toujours blancs.

Mais lesCampaniens, qui poussaient le luxe au dernier point de rafinement, •

ce qui était même passé en proverbe, inventèrent de larges tentes qui recouvraient le théâtre par le moyen de cordes tendues à la partie supérieure et attachées à des mâts enfoncés dans des blocs de pierre.

Les voiles tendues sur le théâtre devinrent un objet d'un luxe extraordinaire ; on en fit en lin d'une grande finesse. Néron en fit teindre en pourpre parsemées d'étoiles d'or, et au milieu desquelles il était représenté sur un . char conduisant les chevaax du soleil.

On avait imaginé de faire nàonter, par une infinité de tuyaux, une grande quantité d'eau jusqu'à la partie supérieure de l'édifice, et souvent jusque dans les statues qui décoraient la sommité; l'eau une fois arrivée à cette hauteur, il était aisé de la répandre en pluie légère sur tout le théâtre , et on avait porté la recherche jusqu'à donner à cette pluie une odeur agréable en la parfumant avec des essences.

Après avoir décrit la partie réservée aux spectateurs , il reste à examiner les détails de la scène.

Le plancher, appelé pulpitum de ce qu'il était incliné en pupitre, se trouvait élevé de cinq pieds au-dessus du proscenium. Le fond du théâtre, toujours orné de colonnes et de statues en marbre, avait trois portes.

Par celle du centre, ou porte royale, entrait le principal personnage nommé Protagonista ; il était toujours censé venir de son palais; celle de droite simulait l'entrée de l'habitation du second acteur Deuteragonista , enfin la troisième servait au Tetragonista, troisième acteur. Il y avait en outre , de chaque câté du théâtre , deux autres portes à l'usage des personnages vulgaires supposés venir du dehors, du port ou de la ville.

POMPEl.

Les Anciens se servaient de trois es^ péces de décorations , une tragique , une comique et l'autre satirique ou pastorale. La première était la décoration architecturale en marbre avec ses colonnes et ses statues : elle repré« sentait un palais ; la décoration comique , mobile, . prenait la forme d'édifices privés, d'appartemens ou de corridors. On voyait sur la dernière des arbres, des cavernes, des montagnes et autres objets pris dans la nature agreste.

Derrière la scène était lepostsce-' nium divisé en plusieurs chambres où s'habillaient les acteurs.

C'est ainsi que se construisaient les théâtres romains, et l'on voit que, même dans l'enfance de l'art , tout était calculé avec intelligence pour l'effet du drame. On ne manquait pas même de moyens mécaniques : sous le théâtre se plaçaient les instrumens propres à imiter le tonnerre : des trappes étaient ménagées pour produire toutes sortes d'effets et d'illusions. Les divinités de l'Olympe descendaient dans des chars ou sur des nuages suspendus dans les airs. Le proscenium du grand théâtre contient sept niches demi-circulaires pour les musiciens, et sur. le devant tout prouve qu'il y avait un rideau qui se levait comme sur nos théâtres.

Dans celui-ci cinq gradins en marbre de Paros entouraient l'orchestre ; c'étaient ceux des magistrats. On voyait au pied de la seconde cavea trois statues , dont une, d'après une inscription incrustée dans le piédestal , était celle de M. O. Rufus , protecteur de la colonie. Dans un des podium , ou tribune des vestales et des magistrats, on a retrouvé une chaise curule. Deux inscriptions indiquent que le théâtre fut bâti sous Auguste , aux frais de Marcus Olconius.Rufus , et Celer, N.

duumvirs, pour l'embellissement de la colonie. Un escalier descend de la galerie supérieure dans le forum voisin, dit le quartier des soldats.

On n'a trouvé aucune décoration scénique en marbre , ce qui nous porterait à croire que les habitans les trouvèrent d'une trop grande valeur pour les abandonner lors des fouilles qu'ils firent après l'éruption. Cependant^ dans cette partie de l'édifice qui communique au forum triangulaire, il y avait des fragmens de statues de marbre outre une grande quantité de bois carbonisé , des morceaux de draperies appartenant à des statues de bronze , une énorme quantité de tuiles, et des inscriptions presque toutes frustes.

Ce théâtre est situé sur le versant d'une colline, au sommet de laquelle est le portique destiné à abriter les spectateurs dans le mauvais temps; il pouvait également servir aux jeux gymnastiques, et pour la promenade. On y jouit d'un superbe point de vue.

Le petit théâtre, construit à côté du grand, et auquel on avait donné le nom d!Odeum, est construit et distribué de la même manière , et beaucoup mieux ; il était couvert et pouvait contenir quinze cents spectateurs. Il servait aux représentations comiques , aux répétitions et aux concours poétiques, dont les prix étaient des trépieds. Une inscription nous apprend que les duumvirs , C. Q. Yalgus et M. Porcins, par un décret des décurions , assignèrent une somme pour la construction d'un théâtre couvert, dont ils inspectèrent la construction.

Un couloir est rempli d'inscriptions qui n'ont pas été dictées par les strictes règles de la convenance. On voit qu'elles ont été mutilées avec des pointes en fer par le peuple qui atten*

i54 L'ITALIE.

dait son admission dans Tenceinte; elles sont à peine visibles , et tous les jours le deviennent un peu moins. A côté du postcenium on a trouvé les pieds d'une chaise de fer, probablement un bisellium ; des fragmens d'étofies, peut*étre du coussin qu'on y posait; des restes de petites figures avec des ailes , des figures de femmes avec des fleurs dans leur tablier, deux tètes de bœufs et une amulette.

Ce théâtre parait avoir beaucoup souff^ert lors du tremblement de terre en 63. Les Pompeïens le reconstruisirent et en refirent la toiture, mode de construction peu usité chezies Anciens.

On a aussi trouvé deux billets d'entrée pour des représentations théâtrales. Ce sont des morceaux d'os circulaires. Sur Fun est un mot grec, audessus de ce mot le chifire romain XIT. Sur le second est pareillement un mot grec qui semble signifier «hémicycle», au-dessus le chiffre XI. Sur le revers de ces deux billets est grossièrement tracée la figure du théâtre. Ces contremarques en os étaient-elles achetées pour de l'argent, ce qui serait contraire aux usages des Anciens , dont les représentations étaient aux frais du gouvernement ou des particuliers qui les donnaient , ou marquaient-elles simplement la place

pas la foule , afin qu'il y ait place pour les hommes libres , ou qu'ils donnent un as par personne. » Gasaubon dit tout le contraire.

On voit au musée de Naples d'autres contremarques, ou Usserœ en terre cuite, ou en bronze, représentant des oiseaux, des fruits, etc. Le nom du théâtre était inscrit dessus, ainsi que le numéro du gradin.

Du théâtre nous passâmes dans le quartier des soldats , on forum nundî" narium ( PL 63 ). De ces deux noms, l'un est moderne et lui fut donné parce que, lors des fouilles, on y trouva des squelettes avec des armures. L'autre est celui qu'on lui suppose avoir porté dans le temps. D'après des conjectures^ qui ne laissent plus aucun doute , ce Ueu aurait été un marché public où se tenait une foire tous les neuf jours, ainsi que l'indique le mot fiundinarium. Des soldats auraient pu y être logés pour maintenir l'ordre.

C'est un large portique formé par soixante -quatorze colonnes doriques sans base. Quarante-deux chambres ou boutiques avaient leur entrée soos ce portique ; dans l'une se trouvait une fabrique de savon.

Dans une autre, Denon a vn, peu de temps après la découverte , un mou-

que devait occuper celui auquel on les lin à bras d'une construction fortingé-

donnait?

Lipse, Gasaubon et autres diQèrent d'opinion à cet égard. Lipse croit qu'il fallait payer. H appuie son opinion du passage de Suétone, dans la vie de Galigula. c II devint inquiet du mur-

nieuse : « Une pièce voisine, dit-il, était une prison ; on y mettait aux fers les soldats. Ces fers ont été portés au musée; ils consistaient en de simples morceaux de fer rangés en ligne droite , et qui s'élevaient à quatre pouces de

mure de ceux qui occupaient les placés dessus un plateau de bois épais , dans

gratuites. » Delà il conjecture que, puisqu'on distinguait des places non payées , une portion devait se payer.

Il rapporte encore à l'appui des vers de Plante, dans le prologue du Man^ teau : « Que les esclaves n'augmentent

lequel ils étaient plantés et rivés. Ces chevilles de fer étaient terminées par une clavette dans laquelle on passait une barre du même métal , qui tenait les jambes du prisonnier engagées, de manière qu'il pouvait être couché,

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i"". t , iiv fl:: i'^r r'inp/*' ?;i il' J»*"» • •*''•?■

Foro rué/u^ijtario. Porrufoi.. f^ortim nu/u/i

'utaruun .

J'c/niuiy t/'hii/^

7'rmr/r tf'/.us.

POMPEI.

assis, et se tourner sur ses deux hanches , mais jamais se relever ni tirer les pieds de cette entrave , qui ne pouvait laisser échapper à la fois le talon et le coude-pied. Cette manière était trèséconomique pour l'espace , et pouvait contenir une grand nombre de prisonniers dans une petite prison. Les squelettes que l'on a trouvés, et que Ion voit encore dans cette pièce, attestent que Tusage en était existant lors de l'éruption, ou du moins que cette chambre servait de prison aux malheureux oubliés sans doute dans un moment si effrayant, et qui ont été trouvé? accroupis contre la porte. »

« En poursuivant nos opérations, dit encore Denon , nous arrivâmes à un logement considérable , qui probablement était celui du commandant ; ce qui l'a fait soupçoimer, c'est qu'on a trouvé auprès, les squelettes de plusieurs esclaves, et d'un cheval chargé d'effets précieux, d'habits et d'étofies que l'on enlevait sans doute afin de les sauver. Fort près de ce logement nous trouvâmes une conserve d'eau, ou jarre de terre cuite, qui , par sa taille et le son qu'elle rendait en la frappant, peut rendre compte du degré de perfection où ils portaient le travail et la cuisson de ce genre de matière. »

Dans presque toutes les chambres du haut étaient des squelettes d'hommes et d'enfans, au nombre de soixantetrois ; si c'étaient ceux des soldats, ils ne voulurent pas abandonner leur patrie ni déserter leurs étendards, et ils périrent victimes de la discipline romaine.

On y trouva aussi un singulier instrument , c'était une trompette en airain, terminée par six flûtes en ivoire , sans trous pour les doigts , et à laquelle pendait une chatne également CD airain.

Les colonnes de ce forum , cannelées aux deux tiers de leur hauteur^ sont d'une pierre commune, recouvertes en stuc, et colorées alternativement en rouge et en jaune, à l'exception des deux du centre de chaque galerie , qui le sont en bleu. La partie inférieure de chacune est lisse et colorée en rouge; dans l'entrecolonnement paraît avoir existé un piédestal.

Denon fait la remarque que l'on n'a retrouvé aucun vestige de lits dans les chambres du quartier des soldats ; ce qui pourrait faire croire qu'ils ne s'y rassemblaient que pour les exercices ou jeux gymnastiques. D'ailleurs tout ce que l'on a trouvé d'armures semblait plus fait pour la parade d'un spectacle que pour la guerre : cette grande arène, carrée et fort longue, entourée de la galerie, paraissait trèspropre à cet usage. S'il est vrai que de petites choses servent quelquefois à découvrir des vérités , je pourrais citer des dessins faits à la pointe du couteau sur l'enduit des colonnes , où sont représentés des lutteurs armés des mêmes armures trouvées dans les chambres des soldats , et qui n'avaient de couvert que le côté gauche qu'ils présentaient au combat. Ces indices , quoique informes , n'étaient sûrement pas un jeu de l'imagination ; ils ont la naïveté de la vérité qu'ils décèlent, vérité qui n'a pu être fardée par des mains grossières. Le soin que Ton avait pris que l'arène ne fût point gâtée par l'écoulement des eaux, pourrait encore servir d'assertion à l'opinion qu'elle servait aux jeux : un conduit en pierres de taille recevait les eaux du toit de la galerie, et les conduisait à chaque angle du carré par un puisart dans une citerne doù on la tirait au besoin.

On a restauré aujourd'hui quelques-?

unes de ces cbambres, ainsi que la seconde galerie couverte, dont une partie a été nouvellement rétablie à Taide des scellemens et des restes de solives qui indiquaient leur premier état. Elles sont occupées par les gardiens de la ville; l'ancienne cuisine est surtout parfaitement en état ; et, comme dans le forum , il existe une petite table antique, et une large table moderne, ombragée de saules pleureurs, ainsi qu'une excellente fontaine ; nous y déjeunâmes, après quoi l'abbé nous proposa d'aller visiter le temple d*Isis ( PL 66) attenant au théâtre.

Nous placerons ici la description du savant Denon :

« Bâti en briques, revêtu en stuc, d'un style plus agréable que noble, les détails en sont infiniment curieux et très-bien conservés. On sait que le culte dlsis fut apporté d'Egypte, qu'il n'était adopté chez les Komains que comme un culte étranger, et ne formait que des associations mystérieuses, où il y avait des initiés, commede nos jours on pourrai t citer nos francs-maçons; aussi le temple d'Isis ressemble-t-il parfaitement à une loge.

» Les cérémonies et les initiations nocturnes du culte de cette déesse devinrent suspectes , et furent défendues par les empereurs pendant plusieurs siècles. Cependant on peut assurer qu'il était en exercice sous Titus, à qui rien n'a été suspect ; car à Pompei on a trouvé tout le temple habité , tous les ustensiles servant aux cérémonies ; les habits des prêtres, leurs squelettes même; les cendres et les charbons sur l'autel des sacrifices ; tous les ornemens qui décoraient ce temple ; une grande quantité de lampes , des candélabres représentant la plante et la fleur du lotus ; des sistres dont les prêtres faisaient usage ; des vases pour Teau

lustrale; des patères pour contenir Teau avec laquelle on arrosait les victimes ; d'autres vases à recevoir les entrailles ; des lectistemium , ou lits de table pour coucher la divinité lorsqu'on lui faisait des offrandes ; les ornemens du purificatoire, modelés en stuc, portant tous les attributs d'Isis ; l'ibis, l'hippopotame, etc. Sur les murs étaient peints les mêmes emblèmes, avec la représentation des prêtres dans leur costume de lin blanc, la tête rasée, et les pieds couverts d'an tissu si fin, qu'il laissait voir le nu.

» On mêlait apparemment le simulacre d'autres divinités au culte de cette déesse ; car on a trouvé des statues de Vénus , de Bacchus , deux Thermes , et un Priape. La plupart de ces statues étaient en bois, avec la tête, les mains seulement en marbre. On a trouvé aussi les tables isiaques, plus difficiles encore à déchifirer que ne l'ont été les manuscrits â^Herculanum, et dont je n'ai pas vu qu'on cherchât à tirer plus de lumière.

» On doit remarquer un escalier dérobé par où l'on peut croire que se rendaient les prêtres pour se placer sous le trépied avant qu'on ouvrit la porte principale de l'enceinte sacrée.

Cette porte s'ouvrait à deux battans , dont l'un se brisait deux fois par des charnières qui sont en bronze. Pai vu les dessins de cette porte, qui était à panneaux et d'une belle simplicité. Audessous on lisait cette inscription :

If . POPIBXYS M. F. CEL8INT8

^DEM MIDIS TERRiE MOTY

COMLJLPfilX

k FyNDJLMEIfTO P. S. RESTimT.

HTKG DEGVRIONES OB LIBER JLUTJLTEK

CVK E8SBT JLNMOR. SEX8.

ORDIIVX SVO GRATIS JLDLEGERYITT.

C*est-à-dire :

» Nonius Popidius y ûh de Nonius

Tc^i^U, J^ K-^^e. /J,^« ;;^^ ^^ ^^^

'/iw/Lr ^'/ilfù/4c/i4' ■' ^om/>tu

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POMPEI.

Celsinus , ayant fait relever à ses frais ce temple dlsis renversé par un tremblement de terre, les décurions Font associé gratis à leur ordre , quoiqu'il fut soixante ans.

^T Cette inscription est d'autant plus intéressante, qu'elle peut édaircir une partie des inconséquences que l'on trouve dans l'architecture de cet édifice, ainsi que de ceux qui l'a voisinent, tels que le déplacement de quelques colonnes, le revêtement: de mauvais goût que Fon trouve au. quartier des soldats , et qui n'a eu lieu probablement qu'après le tremblement de terre , dont l'inscription fait mention , et qui avait précédé de plusieurs années l'éruption de 79 , puisqu'on avait eu le temps de réparer. les dommages, et que Popidius avait pu restaurer le temple à ses frais. Ce tremblement était, selon toute apparence, celui de 63, dont parlent Sénèque et Strabon , et qui ébranla si fort Herculanum et Pompeï , que la plupart des édifices furent renversés , et que les babitans efiray es abandonné-, rent leurs maisons et la ville, et qu'à ' Rome le sénat mit eo délibération s'il serait ordonné d'abandonner Pompeï , ou si l'on en permettrait la restauration.

» La statue d'Isis, en marbre blanc, était sur u^ piédestal dans le temple ; mais on l'a transportée au muséum.

Elle tient d'une main cet instrument que l'on a coutume, de regarder comme étant la clef des écluses du Nil. : elle est dans le goût égyptien pour la forme et pour la pose, mais plus agréable parle travail que ces figures- n'ont coutume de l'être ordinairement.

» On y voit aussi une statue de Vénus , et une de l'Amour.

» Dans une grande pièce ouverte par trois portiques , on lit sur la mosaïque plusieurs noms propres. On H.

prétend que c'était là qu'étaient retenu^ ceux qui devaient être admis à l'initia- « tion. On dit que les murs étaient peints et couverts de figures gigantesques et fantastiques. On y a trouvé le squelette d'un bomme assis auprès d'une table de* marbre, et occupe à manger un poisson dont les arêtes étaient encore dans un plat. Auprès de lui étaient les ustensiles nécessaires à faire réchauffer ou cuire.

« Une pièce à jcôté de celle-là renfermait la plus grande partie des ustensiles propres aux sacrifices , et une grande quantité de lampes en terre cuite, qui éclairaient apparemment les cérémonies nocturnes. » .*.

he. temple de Vénus^ appelé encore par \es:\mi'templede Bàcchus (PI. 66), est le plus grand , comme aussi le plus beau de tous ceux trouvés jusqu'à ce jour dans Pompeï ; la magnificence de ses décorations éclipsait toutes celles des autres. Son parvis est presque un carré; mesurant à peu près cent pieds; il est environné d'un portique formé de superbes colonnes , et rendu plus imposant encore. :pàr de nombreuses statues. Dans le centre. est :1e temple, autrefois orné d'un magnifique péristyle , de six colonnes de front , et probablement de onze sur le côté, et. élevé de buif pieds au-dessus du terrain au moyen d^un soubassement sur lequel on monte par quinze marcbes. en marbre.

Dans les jours solennels , et lorsque la foule obstruait les parvis. d'un temple,' les sacrifices! publics étaient consommés sur un' autel en dehors, en face de l'entrée, afin que le peuple pût en être témoin. Les offrandes des particidiers , leur tribut de gratitude envers la Divinité, en un mot-, leurs sacrifices étaient reçus dans le temple , et placés sur une petite table , près de la sta-

tue dtt dieu. Attaché à la colonne de • droite est un monopodium, ou pie* defital à un pied , avec un bassin dans lequel un tuyau caché dans la colonne même, apportait l'eau pour les lustrations.

Quoique superbes dans leur arrange* ment , les colonnes de ce parvis oilrent des idées de caprice dans leur goût et dans leurs décorations. Leurs chapiteaux sont en stuc , originairement ils étaient doriques ; une simple feuille en a fait des chapiteaux corinthiens. Les murs du parvis sont recouverts de peintures en couleurs vives , et représentant généralement des paysages, des vues de maisons , des chambres d'intérieur avec des figures d'hommes et de femmes. Le peintre a donné à ces sujets des proportions d'enfans, et des têtes d'hommes, ce qui valut à cet édifice le nom de maison des Nains, jusqu'à ce que la fouille ayant été continuée on 1817, on découvrit que c'était un temple. Dans quelques compositions, ces figures sont représentées jouant ensemble, combattant des crocodiles, ou occupées à des travaux domestiques : l'une représente Hector attaché au char d'Achille, une autre Agamemnon et Achille. Le sanctuaire ne présente plus que les quatre murs noirs , élevés sur une petite base autre* fois enrichie de marbre , aujourd'hui nue.

Au fond de la cour, vis-à-vis de l'entrée , est une petite chambre où se trouve une peinture inestimable , Silène et Bacchus; celui-ci tient dans ses mains un thyrse et un vase, et Silène lui enseigne à jouer de la lyre. Bans le mur est une niche , probablement pour les dieux lares. Pendant quelques années ce temple a été censé dédié à Bacchus; mais des débris de deux statues de Vénus, et une

inscription remarquable , ont fait adopter une autre version , et substituer le nom de Vénus à celui de Bacchus.

Nous voici aux bains publics , ou thermes, en face du temple de la Fortune.

Sénèque place l'usage des bains au nombre de ceux indispensables pour la santé, qu'ils entretiennent, ien facilitant la transpiration et une bonne digestion ; d'un antre côté , il est à pré- I sumer que la chaussure des Anciens , !

consistant en sandales, donnait un | accès trop facile à la poussière et à la boue, et rendait les ablutions indispensables; aussi les thermes pubhcs étaient-ils en grande quantité chez eux.

« Dans les premiers temps les bains avaient été très-favorables à la santé du peuple de Rome, qui pouvait se procurer cet avantage en payant par individu un quadrant (environ deux centimes) ; les plus honorables édiles ne dédaignaient point d'en être eux-mêmes les inspecteurs ; ils entraient dans les salles où le peuple se baignait , et réglaient tout ce qui avait rapport à la propreté , et même à la température.

Ces mêmes édiles avaient ordonné que le lieu destiné aux bains serait construit de façon à être à l'abri du vent froid. Les bains chauds, en particulier, étaient exposés au midi.

» Long-temps on se trouvait si bien à Rome de l'usage des bains, qu'au témoignage de Pline on n'y connut point d'autre médecine pendant six cents ans. Les bains chauds étaient le plus généralement recherchés ; cependant , après la guérison d'Auguste , par Musa , au moyen du bain froid , celuici fut mis à la mode. » [Dict. des Se. Méd, , article Bains. )

Plusieurs prenaient deux bains par jour. On appelait ces établissemens balneœ ou thermes. Le premier de ces

POMPEI.

noms s'appliquait plus particulièrement aux bains privés, l'autre à ces xnonutnens élevés sous les empereurs , et qui contenaient^ outre les salles de l>ains , des jardins , des portiques y des places, une bibliothèque, et tout ce qu'on trouvait dans les gymnases et dans les palestres des Grecs. Quoique les thermes de Pompeï ne fussent pas construits avec cette magnificence, ils étaient cependant fournis de tout ce qui pouvait y paraître nécessaire.

On les ouvrait à la pointe du jour ; les personnes riches ne les fréquentaient pas aux premières heures de la journée , elles préféraient y aller entre midi et le coucher du soleil. Les débauchés différaient jusqu'après souper, et aux heures avancées de la nuit, comme plus propices à favoriser les plaisirs qu'ils allaient y chercher.

Les thermes de Pompeï ont été découverts en i824' Voici ce qu'en a écrit M. de Chateaubriand :

« Les fouilles se continuent avec persévérance et avec beaucoup d'ordre et de soin : on vient de découvrir un nouveau quartier et des thermes superbes. Dans une des salles, j'ai particulièrement remarqué trois sièges en bronze, d'une forme tout-à-fait inconnue , et de la pliis belle conservation. Sur l'un d'eux était placé le squelette d'une femme dont les bras étaient couverts de bijoux, en outre des bracelets d'or^ dont la forme était déjà connue; j'ai détaché un collier qui est vraiment d'un travail miraculeux. Je vous assure que nos bijoutiers les plus experts ne pourraient rien faire de plus précieux ni d'un meilleur goût.

» n est difficile de peindre le charme que l'on éprouve à toucher ces objets sur les lieux mêmes où ils ont reposé tant de siècles , et avant que le prestige

ne soit tout-à-fait détruit. Une des croisées était couverte de très-belles vitres, que l'on vient de faire remettre au musée de Naples. »

Ces thermes ont six entrées. Celle par où Ton pénètre aujourd'hui donne dans un vestibule couvert^ longeant un atrium, rendez-vous des personnes qui se présentaient poup prendre le bain. Ce vestibule, garni de sièges en bronze , se nommait apoditeriwn ou spoliatoriwn ; au-dessus sont des trous dans le mur où étaient enfoncées des chevilles en bois pour pendre les ha* bits ; on en a même trouvé quelquesunes à moitié brûlées. Les vétemens étaient confiés à la garde d'un homme appelé Capsarius , qui suffisait , malgré la foule, pour prévenir lesvols, grâces à la sévérité des lois, qui ne sauraient trop protéger les intérêts particuliers dans les établissement publics. Quelquefois l'apoditerium était garni de couchettes fermées par des rideaux, coutume qu'on retrouve dans les bains turcs.

Une fois dépouillé de ses vétemens^ on entrait d'abord dans le frigidarium.

Celui de Pompeï est construit circulairement avec des niches dans le mur, garnies de petites baignoires ; dans le haut se trouve une ouverture, fermée par de larges carreaux de verre. On y a trouvé treize cents lampes de terre cuite, d'une même forme et à un seul bec , deux verres fixés dans des cadres de bronze, et une infinité de carreaux de verre cassés, dont quelques-uns sont convexes , une épée avec sa poignée en ivoire , les débris d'une statue équestre en bronze d'un travail médiocre^ un squelette et une soixantaine de monnaies d'argent.

Ceux qui fréquentaient les bains dans un but sanitaire , ne dépassaient* guères le frigidarium, qui contenait en outre un large bassin « piscine »

où Ton se livrait h l'exercice de la natation.

Le luxe introduisit dans les bains les eaux de la mer, et y fit descendre la neige des montagnes ; c'est ce que l'on voyait dans les bains de Néron.

La volupté y jeta à pleines mains du safran et d'autres substances odorantes, et la médecine les modifia à son tour , pour les rendre plus utiles à l'homme malade.

A la suite du frigidarium venait le tepidarium^ d'une température plus élevée. Le baigneur s'y arrêtait pour se préparer à entrer dans la salle suivante. C'était le lieu que les philosophes choisissaient pour leur entretien.

Des jongleurs, des bateleurs, des mimes, y entraient aussi, et moyennant une légère rétribution divertissaient les assistans. Cette salle, àPompeï, est oblongue avec une voûte à compartiment en stuc (PI. 66 ); sa décoration est en bas-relief si beau , qu'il fait regretter de n'en avoir pas trouvé beaucoup de semblables. Dans les murs sont des niches ornées de petites figures d'Atlas. Plusieurs de ces niches contenaient des lampes; d^'lu très sont supposées avoir contenu des essences pour les baigneurs. Cet appartement aurait alors été non-seulement un tepidarium, mais aussi un unctuarium»

Dans la partie supérieure de la voûte est une ouverture pour donner le jour, et dans la salle un immense brasier en bronze, d'une forme élégante et ornée d'une figure de bœuf, peut-être le boeuf Apis. On y voit aussi deux bancs en bronze sur lesquels on lit :

M. IflGIDIYS. YACGYL. À. P. f.

Près du tepidarium est le calidarium Du sudatoriu/Uy qui dans son extrémité supérieure contient une grande cuve oblongue , en marbre , élevée sur des

marches également en marbre ; c'était un récipient pour l'eau chaude. Cette cuve est près d'un mur, le long duqud les baigneurs étaient assis , les jambes plongeant dans l'eau. H pouvait y avoir six personnes à la fois. Le mur était garni de draperies, et sous le plancher était une cavité pour l'admission et la circulation de la vapeur. Les conduits s'en distinguent parfaitement. A l'extrémité opposée est un enfoncement semi-circulaire, laconicum^ orné d'un saperbe bassin, labrum , d'une seule pièce | de marbre blanc , au centre est un jet pour l'eau bouillante. Une inscription sur une des parois de ce bassin fait connaître le nom de celui qui présida à ce travail , et le paya sept cent cinquante sesterces. Le mur, recouvert de | s tue, a trois larges o uvert ures pour l'eau froide, afin de tempérer la chaleur lorsqu'elle devenait trop insupportable ; près du jet d'eau sont deux autres ouvertures pour l'air.

Du sudatorium, les baigneurs revenaient dans le tepidarium, où les esclaves les frottaient avec un instrument nommé strigile , composé d'une petite lame de la forme d'une serpette , en or, en argent ou en ivoire, avec laquelle on enlevait la sueur*

Lorsque la peau était bien séchéeau moyen de linges chauds , ils les parfumaient de la téteaux pieds , avec des huiles ou àes onguens odoriférans, renfermés dans des bottes de corne, d'albâtre ou de verre, appelés ^fu/i, parceque la liqueur qu'elles renfermaient ne tombait que goutte à goutte; puis, se couvrant d'une couverture légère « sindon » , ils revenaient au spoliatorium ou première pièce ^ et là , après avoir attendu quelques instans pour s'accoutumer à la température et se préparer à celle du dehors , ils prenaient une boisson chaude et se rêvé-

POMPEI.

talent de lenr robe. Quelques-uns se faisaient faire deux onctions, l'une ayant, Tautre après le bain. Ceux d'une constitution plus robuste, au sor^ tir du sudatorium, se plongeaient dans la piscine du frigidarium , cequi les fortifiait encore davantage.

Dans les premiers âges, un père ne se fàt jamais baigné avec son fils ni même avec son gendre. Aucun bomme n'était admis dans ces établissemens ayant l'âge de quatorze ans ; mais lorsque la corruption fut arrivée à son comble, on en vint au point du mélange des sexes dans les mêmes bains.

Cependant un édit impérial entreprit de poser un frein à cette licence.

Au delà de ces tbermes est un autre établissement de bains destiné au peuple ou aux femmes , et composé de petites chambres yoûtées et obscures qui fournissent peu d'indication sur leur usage.

Ces tbermes paraissent avoir été richement décorés. Ces édifices, conune les gymnases chez les Grecs, étant fréquentés par un grand nombre de personnes , recevaient tous les emJ)ellissemens dont l'art pouvait disposer. A Rome on en a trouvé de magnifiques.

La lumière du jour n'y pénétrant pas , ils recevaient la clarté par de superbes candélabres, et une multi-

tations ; on la nomme place de la Fu* lonica. A l'une de ses extrémités est un passage aboutissant à la rue de Mercure. Ce passage était autrefois surmonté d'un large portique, dont un pilier est encore debout ; sur une des faces de ce pilier on a retrouvé des fresques qu'on peut considérer comme une espèce d'enseigne annonçant le commerce qui se faisait sur cette place. Elles représentent trois larges jarres à demi pleines d'eau ; dans l'une un homme lave des étoffes de. laine % Une femme ^ probablement la mattresse de l'établissement, est assise à côté, et surveille les ouvriers. Dans un autre tableau au-dessus , on voit Un homme nettoyant une étoffe que l'on reconnaît pour une toge ; il l'étend sur une balustrade , un autre porte sur ses épaules un étendoir et un petit vase plein de braise. Sur une autre face du pilier est une presse , avec tout ce qu'il faut pour s'en servir; elle ressemble exactement à celles qu'on emploie aujourd'hui pour extraire l'huile des oliyes.

Cette construction en portique, et ces peintures, sont encore en usage dans les vieux quartiers de JVaples.

Dans le haut de la place est un lavoir consistant en quatre bassins où les ouvriers se plaçaient pour laver les étof-

tude de lampes répandaient leurs lu- fes ; les fresques du pilier qui aident mières sur des peintures variées. Les à l'explication de ces différens travaux,

murs en marbre coloré, les nombreuses statues qui décoraient les niches et les mosaïques des planchers, les productions les plus précieuses du pinceau ou du ciseau grec qui les décoraient, les rendaient les monumens les

rappellent la plus haute antiquité.

Dans l'Odyssée , les filles d'AIcinoûs et les dames phéaciennes lavent leurs vétemens dans des bassins de marbre aux portes de la ville.

Une boutique de cette place contient

plus remarquables du goût et du luxe un four avec trois tubes pourl'évapo-

des Anciens. ration de la fumée ; dans un autre on a

Proche des thermes, est une petite trouvé une matière glutineuse, proba-

place de forme oblongue , environnée blement de la terre à dégraisser ;

de boutiques , de magasins et d'habi- enfin, vis-à-vis était une presse qui N. 21

aura serri de modèle à celle da pilier. Attenans au portique sont une fontaine et un puits; à côté du lavoir, sur un autre pilier, est encore une peinture de deux serpens ; peut-être était-ce un talisman contre la jettatnra ou le maroccbio ; car, je l'ai dit , les Anciens y croyaient , et à tout moment Pompe!

nous en fournit la preuve.

La fascination était surtout considérée par eux comme le résultat d'un charme irrésistible , et pour s'en préserver, Plutarque affirme qu'on mettait en usage les moyens les plus ridicules, citant même jusques à l'emploi du phallus ; non-seulement les hommes , mais les femmes et les enfans , le portaient pendu à leur col ou gravé sur des anneaux; ils poussaient encore l'absurdité jusqu'à le porter en procession à travers les campagnes , comme l'atteste saint Augustin.

Il est probable que la corne quelesNapolitains portaient , comme préservatif de la jettatura , et dont j'ai parlé , n'est

ture représentant une scène dramatique; deux acteurs masqués déclament; trois autres personnages sont dans le fond et ont le visage découvert; sur mi des côtés du tableau on Toit un magistrat assis dans sa chaire. L'inscription de la façade extérieure ferait soupçonner que la maison appartenait à cet Holconius, dont le nom était écrit en lettres de bronze sur le pâté de YOdeum^ au pied de sa statue.

Une autre maison connue sous le nom de la petite fontaine ^ est attenante à celle que je viens de décrire.

Elle ne présente d'ailleurs aucune antre particularité remarquable.

Les taxes qui alimentaient le trésor public chez les Romains, spécialement au temps de l'empire, durent nécessairement exiger un nombre proportionné d'employés pour les perce- Toir ; ce besoin dut surtout se faire sentir dans les villes maritimes qui, comme Pompeï, faisaient un grand commerce. Ces fonctions consistaient ,

autre que ce phallus^ que nos mœurs non-seulement dans la perception des

plus décentes ont altéré dans sa forme, impôts , mais dans le payement des

On a trouyé dans cette place beau- approvisionnemens pour les armées ,

coup d'objets divers, entre autres lesflottes,et généralement de toutes les

cinq bouteilles carrées à col circulaire ; dépenses qu'exigeait un gouvernement

l'une encore pleine d'une liqueur qui aussi étendu.

s'échappa au moment où on la découvrit ; une autre contenait du ca\fiar ou œufs de poissons préparés , une troisième des olives conservées dans l'huile et qui ont traversé dix-huit siècles.

A côté de la fulonica est la maison de la Grande^ Fontaine ^ située dans la rue de Mercure , ainsi nommée à cause de la quantité de statues de ce dieu qu'on y a trouvées. Dans une petite grotte ornée de coquillages et de mosaïque , est une fontaine de marbre blanc ornée de masques ; sur le mur du fond sont peints des arbres et des fleurs» Une chambre latérale contient une pein-

D'aprés les probabilités, Pompeî devait avoir un questeur, oudu moins un délégué du trésor, et ses fonctions, eu égard à l'activité du commerce, 4 la situation et aux richesses d'une des villes les plus célèbres de la Campanie, devaient en faire un office important. La découverte de deux coffres dans une maison Située dans un des quartiers le plus fréquenté, la grandeur, la force et la magnificence de ces coffres, qui outrepassent celles qui auraient pu suffire au commerce d'un particulier , tout porte à présîimer que leur destina^ tion était aflëctée au service du trésor

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POMPEI

public, et à conjecturer qu'un officier du questeur ou le questeur lui-même habitait cette maison.

Lorsqu'on en fit la découverte en 1828 et 1 829 , les fresques qui l'ornaient , au nombre desquelles se trouvait celle de Castor et Pollux , lui firent donner ce nom en même temps que celui des Dioscures; aujourd'hui on lui a substitué celui de maison du Questeur j et elle est coniuie sous ces difiiérentes dénominations. Cet édifice est divisé en deux habitations bien distinctes, dont la plus grande et la mieu:^ or« née aurait été destinée aux afiaires publiques, et l'autre à la famille et aux esclaves du propriétaire.

Elle présente deux entrées donnant sur la rue de Mercure , et deux autres portes de derrière ; tout près est un troisième corps de bâtiment , où sont des boutiques qui communiquent avec l'intérieur 5 c'est là que le propriétaire faisait vendre ses denrées.

De toutes les habitations particulières, celle-ci est la plus belle et la plus riche qu'on ait découverte jusqu'à ce jour. La façade est revêtue en stuc d'un travail exquis. Sur un fond rouge ressortent des reliefs en stuc blanc, dont les creux sont d'azur ; la corniche est revêtue de stuc travaillé au moule ; les parties saillantes sont rouges et

noires, et le fond bleu céleste. Audessous est sculpté un Mercure , une bourse à la main et dans l'attitude d'un coureur. Il est difficile de ne pas admi-

Les murs de cette entrée ont des peintures dans des compartimens variés, jaunes ou rouges , et représentant divers sujets ; c'est là qu'on Toit Castor et Pollux ; au milieu de l'im^ pluvium est une fontaine où sont sculptés des grenouilles , des lézards et autres figures d animaux. C'est dans ratriuni et à câté dutablinum qu'on a trouvé les deux eofires dont j'ai fait mention ; tous deux étaient posés sur un socle en maçonnerie incrustée de marbre ; ils étaient en bois , Tintérieut doublé en cuivre , et garnis extérieur rement de lames et de manilles en fer 4 serrures et omemens en bronze, le tout oxidé, et le bois tombant en pourriture. Dans l'un on a trouvé quarante^cinq monnaies dor et cinq en argent. Il est à présumer que les sommes qui devaient y être déposée!

auront été enlevées par les habitanst On a retrouvé un trou dans le mué de la salle contiguë ; il est donc pro» bable qu'en faisant leurs fouilles*, leâ habitués de la maison , ou peut-être des étrangers, au lieu d'arriver direc* tement aux caisses , se trompèrent et se trouvèrent dans la chambre à côté; Cet atrium était décoré de fresques; dans celui du second bAtiment, on a trouvé également des peintures , entrfe' autres un Pan et un hermaphrodite , composition pleine de fraîcheur et de grâce, et des paysages dans le genre de ceux du Poussin. Partout où les yeu* pouvaient se porter, on ne voyait que

rer la perspective qu'on a de cette en- peintures, même sur les murs du jar-

trée; Tœil plaue dans un atrium , et entre les douze coloimes on aperçoit l'impluvium et sa fontaine, au milieu, le tablinum et ses superbes peintures , puis enfin le péristyle et le jardin , terminé par l'aedicula , ou petit autel des dieux tutélaires ; le vestibule et la cour sont pavés en émail blanc.

din. La plus grande pièce, non-seule^ ment de la maison, mais on peut dire de toutes celles retrouvées jusqu'ici^ était aussi la plus somptueuse par son pavé et ses murs incrustés en marbre d'Afrique de diverses couleurs. Ces marbres furent enlevés lors de l'éruption même, ou peut-être avant ; il en

est cependant resté assez pour faire juger de sa magnificence ; c'est le marbre sanguin, le rouge et le jaune an«* tique, et jusqu'à des morceaux d'albâtre d'Orient.

Dans le troisième corps de bitimens on a trouvé peint sur un mur blanc , une miniature représentant une danse de bacchantes d'une composition exquise. Par terre était un candélabre en bronze , monté sur trois pieds , disposés de manière à figurer l'emblème de la Sicile. Dans l'appartement derrière l'atrium étaient de superbes vases en bronze et des lampes.

La seconde porte d'entrée communique à cette partie , qui fut découverte en 1829, et qu'on nomme mai" son tï Apollon. Ce nom lui vient des nombreuses peintures de ce dieu qu'on y a retrouvées. Les murs de quelquesunes des chambres sont couverts d'arabesques en état parfait de conservation, et d'omemens en stuc, dont un, le seul de cette nature , représentait des objets licencieux ; sur le mur, en face , étaient deux superbes peintures dont on n'a pas pu deviner les sujets. On a découvert aussi une jolie table oblonguede marbre blanc, supportée par des pâtes de griffons ailés , et si bien conservée, qu'elle semble sortir des mains du sculpteur; un pavé en mosaïque, représentant des Amours enchaînant un lion avec des guirlandes de fleurs : des prêtres de Bacchus entourent le lion et les Amours.

Les fouilles de la maison d'Apollon ont donné au musée un buste de grandeur naturelle , et un petit buste de Tibère dans sa jeunesse , tous deux en bronze , un mortier et son pilon en bronze antique , une romaine avec son contre- poids représentant Mercure , des candélabres , une botte de pilules et une singulière statuette, en marbre,

d'Hercule donnant à manger à on chien.

Toute la rue de Mercure est le théâtre des nouvelles fouilles; on les a continuées jusqu'aux murailles de la ville qui la terminent, et ensuite on a repris une ligne latérale , dans laquelle on a commencé par la maison du Faune, ou de la Mosaïque. Je voudrais communiquer au lecteur le plaisir que j'éprouve à parcourir toutes ces habitations, dont les peintures, à peine sorties de terre , ont conservé les couleurs les plus vives. Les amis des arts doivent rendre grâces aux conservateurs de Pompeï , car c'est ici que l'on a apporté plus de soins à couvrir de toits les restes si intéressans de la ville ressuscitée.

Dans cette rue de Mercure on a trouvé un grand nombre de squelettes, une petite chatoe en or émaillé , quatre bracelets , quatre anneaux d'or, une pièce d'or àleffigie de Yespasien, soixante-trois monnaies d'ai^nt et vingt-huit de bronze \

Le blé chez les Romains , comme chez les modernes Italiens , formait la principale base de la nourriture. Avant la guerre contre Persée, roi de Macédoine, il n'existait point de boulanger dans Rome, chaque famille faisait son pain chez elle, usage encore existant dans le royaume de Naples. Dans la classe peu aisée on chargeait les femmes de ces fonctions ; chez les riches c'étaient les esclaves, qui réduisaient ainsi le blé en farine au moyen de pilons ; par la suite des boulangers s'acquittèrent de ce travail^ ils furent appelés pour cela pistores , et leur établissement pii^-

I Soayent nous passons sons silence , ainsi que nous le fauons ici , le détail des peintures , statles, %arines, candélabres et autres objets précieux qui ont été recueillis dans les fouilles. On conçoit en effet que ce détail deviendrai! très-fastidieux à force de répétition.

POMPEI.

trinum. Les moulins étaient connus en Grèce et en Asie, long-temps avant que leur usage fut introduit en Italie, et Rome n'en dut la connaissance qu'aux victoires de Paul Emile qui les importa de la Grèce.

Par ce .mot moulin , qu'on n'aille pas se figurer les machines que nous connaissons : un moulin, chez les Anciens, était formé de deux pierres volcaniques dont une à hase ronde et taillée en pyramide, s'adaptantdans le creux d'une autre pierre taillée en douhle entonnoir et de la forme d'un sahlier. En faisant tourner cette dernière au moyen de deux anses latérales ( voyez la figure, Planche 65) que traversaient deux barres de bois , le grain versé dans l'entonnoir supérieur tombait par un trou, entre l'entonnoir renversé et la pierre conique , et le mouvement de rotation le réduisait en farine. L'intérieur de la pierre creuse est doublé enfer, et le cône de celle inférieure traversé par un pivot en même métal.

On employait aussi pour tourner les moulins des gens à gages. Plante , réduit par la misère à gagner sa vie du travail de ses mains, fut long-temps occupé à ce rude métier , et c'est dans les intervalles qu'il trouva le temps de composer quelques-uns de ses incomparables ouvrages. Par la suite on y condamna les malfaiteurs, et l'art ayant fait des progrès , l'on y appliqua des bétes de somme.

La boutique que nous voyons ici est à gauche sur la voie domitienne. Elle contient trois moulins, une petite écurie pourles chevaux employés à les faire agir, et auxquels on bandait les yeux ; des fours où cuisait le pain , des vases pour contenir l'eau , des amphores pour la farine et des monceaux de grains. Ces fours diffèrent si peu de ceux aujourd'hui en usage , N.

qu'en les réparant il serait aisé de s'en servir encore.

On y a retrouvé jusqu'à des pains; sur l'un d'eux , de huit pouces de diamèl re , sont tracés ces mots : « Siligo. grauii » ; sur d'autres : « E. cicera. » Par siligo on entendait une farine blanche , peu nutritive ; il est à croire que c'est le seigle. Cicera voulait dire des pois-chiches , qu'apparemment on mêlait avec la farine. « La faim fit trouver tendre , même jusqu'à ce mauvais pain de seigle.» (Sénèque , 1. 123.)

L'abbé Barthélémy prouve que ces marques étaient ordonnées par la police pour désigner l'espèce de farine dont on se servait. Elles étaient formées par des lettres séparées.

Puisque la rencontre de la boutique# du boulanger m'a engagé à parler d'un objet de première nécessité, je reviens sur le logement des Romains, et j'ajouterai quelques réflexions qui compléteront ce que j'ai dit en décrivant la maison de Pansa.

Les maisons des premiers Romains furent , dans l'origine, très-petites. Les portes restaient ouvertes pour éclairer pendant le seul repas qui, dans des temps de frugalité, suffisaient à ces guerriers pauvres et sobres. A mesure que la civilisation et le luxe s'introduisirent chez eux , ils les agrandirent de telle sorte , qu'y loger quatre cents esclaves ne fut plus regardé comme une chose extraordinaire. On les entoura de jardins ombragés , et leur décoration intérieure dépendit du goût et de l'opulence du propriétaire. Auguste, dont Tindulgence n'alla jamais jusqu'à tolérer les extravagances de ce genre , entreprit d'y poser des bornes; il fixa la hauteur des maisons à soixante-dix pieds ; mais ce règlement fut souvent éludé. Cette infraction amena de l'irrégularité dans la symétrie des édifices ,

i66 L'ITALIE.

au poitit que rincendie arriré sous Néron fut presque considéré comme un bien^ puisque, obligé de rebâtir Rome 5 on en fit pour la première fois une ville régulière. L'uniformité de plan n'entraîna pas l'uniformité de détails^ mais il est des idées de conrenances et de bien^tre que les Anciens ignorèrent entièrement ; ainsi , jamais ila ne su* rent ce qu'était une cheminée, et ils ne connurent point les fenêtres sur la rue. Presque toutes leurs chambres, ne recevant le jour que parla porte, lors«^ qu elle était fermée , ils étaient plongés dans uûe obscurité complète.

A la vérité les Romains et les Grecs he sont pas des peuples qu'il faut voir chez eux. C'est au forum et sous les portiques qu'il faut aller les chercher. Ils aimaient la grandeur et la magnifi* cence dans les édifices publics^ princi-*

sister pendant des sièdes ! quelle régo* iarité dans le dessin ! quelle grâce dam les poses ! quelle variété dans l'expression! Mais aussi remarquons que le goût des décorations était général chez eux. Pauvres ou riches, tous déooraient de peintures leurs maisons, leurs cham* bres, leurs murs extérieurs et intérieurs. Et ces mosaïques qui reviennent partout! quelles sommes n'exigerait pas aujourd'hui le pavé d'un seul de nos appartemens ! Cependant nous la trouvons à chaque pas , non^senlement à Rome , mais dans tous les lieux qui ont été habités par les Romains*

La PL 67 représente un panneau de décoration , pris dans la villa de Dio* mèdes. Elle peut donner une idée des peintures qui ornaient les édifices des personnages riches i Le fond de la partie principale est de couleur fauve, paiement dans ceux destinés au culte Celui du ceintre est lilas. La plinthe du

de la Divinité ; mais dans leurs habi-* tationé ils se contentaient du nécessaire.

Vitruve est le seul auteur de l'antiquité qui nous donne des détails généraux sur les maisons ; mais son traité ne nous est pas parvenu avec les û* gures qui contribuaient à l'expliqueré Pompeï est donc, pour l'antiquaire, un livre vivant qui a manqué à ceux qui nous précédèrent. Nous y vôyonê des maisons construites et habitées dans le temps que Vitruve écrivait , et, son ouvrage à la main, nous pouvons les parcourir; l'œil nous donne l'explication des passages que l'esprit n'a pu comprendre.

Combien nos peintures sont inférieures à celles que nous retrouvons dans Pompeï ! Quel art dans la compo-^ sition de ces couleurs qui ont la transparence du cristal, et qui, malgré l'humidité de la terre dans laquelle elles sont restées enfouies , ont pu ré-

bas, sous les guirlandes, est violet-bleu. Les panneaux du' haut sont de divers bleus , et ceux du bas d'un rouge brillant. Les colonnettes sont bleu-foncé, et tous les sujets, d'nn dessin charmant , ont les couleurs qui leurs sont propres. L'ensemble des couleurs est en harmonie. Nous pourrions donner mille exemples variés pris à Potnpeletà Herculanum; on serait étonné de la fertilité d'imagination des artistes anciens.

Aussi les avons-nous copiés dans nos décorations d'appartemens, et ce n'est pas l'époque où nous avons mon^ le moins de goût.

L'art de la statuaire ne le cédait guères à celui de la peinture. Combien de figures en bronze , de petites statues d'Hercule, de Pallas, de Jupiter, de Mercure, placées au devant des portes des maisons , ou comme limites de leurs héritage! Longue serait l'énumération de tous les objets qui mettent â portée de juger à quel point ils cslti^

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