HERCULANUM
cence, que Ton pût parcourir ces rues tirées au cordeau avec ses trottoirs; celle surtout bordée de colonnades, qui conduisait à deux temples superbes, combien le yq^ageur serait plus satisr fait, car si Pompel attrista Tàme , Her<culanumla fait mourir. Dans Fompeï on voit briller le soleil-: ce spectacle parle au cœur; mais en entrant 'dans Herculanum on croit être sorti dk la nature. Dans cette ville souterraine ^ on entend le bruit et le mouvement de Porticique Ton a sur la tête. Rien n'est plus éû'ange que d'entendre rouler sur ces voûtes antiques les voitures qui passent dans la viUe moderne. On se liàte de iortir de ce séjour de tésèbres , et de se distraire des émotions que Fan Tient d'éprouver. On revoit avec plaisir le jour et la vie.
Le théâtre, trouvé dès les premières fouilles, était décoré de marbres de diverses couleurs , de colonnes , de statues; on trouva sur l'avant -9cène les statues ea bronze des neuf muses^ les bases de quelques cobnnes étaîeiit en albâtre fleuri. On y a trouvé desfragmens de chevaux en bronze , qui probablement étaient placés au haut des ^adins ; une partie des murs était recouverte en marbre èe Paro«. Cest le plus intact de tous les théâtres qui sont parvenus jusqu'à nous.
Le forum est entouré de portiques soutenus par des colonnes et pavé en marbre ; à l'entrée étaient des arcades ornées de statues équestres en marbre : c'est là qu'on a trouvé celles des Balbus ; dans un enfoncement on voit un sanctuaire élevé sur trois marches ,
Après le forum vient un autre portique et deux temples voûtés, ornés intérieurement de colonnes, de peintures à fresque et d'inscriptions en bronze. Plus loin un troisième temple, im monument funéraire entouré de piédestaux et renfermant des urnes ; ensuite des rues et une foule d'habitations particulières , entre autres celle appelée maison des Papyrus , à cause de ceu:t que l'on y trouva au nombre de huit cents. C'est dans cette maison qu'était la statue d'Aristide que l'on va admirer au musée. Herculanum a enrichi le musée de peintures,de verres, de médailles, d'ustensiles, de bustes, d'idoles, et surtout des deux seules statues équestres en marbre que l'antiquité nous ait transmises : celles des Balbus père et fils.
En janvier i8a8, en attaquant la partie voisine de la mer, on découvrit une rue droite et large, pavée en dalles, conduisant au port, et bordée de maisons dont l'accès est libre comme celles de Pompeï|(Pl. 74);^^^^ distinf^uons des morceaux de poutres et qudquefois des architraves pour soutenir un étage supérieur, dont parfois on retrouve les murs ainsi que la charpente dii' toit. Une particularité d'Herculanum^ inconnue à Pompeï, ce sont des vestiges de cheminées, du reste même pavé en mosaïque, même distribution intérieure , même goût clans les omemëns et les fresques. Ç à et là sont semées des habitations de pauvres ouvriers , à côté des traces de l'opulence ; de longues colonnades entourent un jardin , des salles de bains et jusqu'aux
où était la statue de Vespasien , et à tringles pour soutenir des rideaux , et ses côtés deux personnages dans des des sonnettes pour appeler les esclaves.
chaises curules, peut-être ses deux fils. A droite et à gauche, dans deux niches, Jes statues en bronze de Néron et de Germanicus.
Tout est là , et intact. On a trouvé , dans ces habitations, de la farine dans 1 état de pâte, un torchon plié, des vases de terre cuite remplis de graines, de blé,
de lentilles , de gruau, une carafe avec de rbuile desséchée et un pot d'onguent , tous objets insignifians par euxmêmes, mais à qui dix-huit cents ans écoulés, en les conservant, ont donné un prix inestimable. La était aussi un vase de verre cont^iant du rouge qui a servi à l'usage de la toilette des dames d'Herculanum. On connaissait bien le goût des dames romaines pour la parure, on savait qu'elles mettaient du rouge, il ne manquait plus que de trouver un échantillon de cosmétique, le nec-pl us-ultra de la coquetterie ^ on a déterré deux médaillons en argent, faits pour être accrochés a u mur comme nos tableaux, et représentant Apollon et Diane.
Tous les objets découverts à Herculanum ont été portés au musée.
Note de VÈdibmr.
Nous regrettons que l'espace dans lequel nous sommes obligés de drconscrire notre oallection ne nous permette pas de donner une plus grande pbce aux objets qui ont été recueillis à Herculaoum et à Pompeï.
Il fautooBvenir, à la vérité, qoe le nombre
de ces dépouilles de l'antiquité est si grand, que'le choix est difficile à faire, et que les recueils seuls de figures formeraient une bibliothèque considérable. En 1 792 on avait déjà mis au jour , outre une foule d'ouvrages. Le Antichità di JSrcolano, etc- , en neuf volumes grand in-folio , publiés par ordre du gouvernement napolitain.
Nous pensons donc prévenir le désir de quelques personnes en lem* indiquant les moyens de satisfaire une louable curiosité.
Le meilleur et le plus nouvel onvrage qoi puisie faire connaître complètement le musée de Naples , a été publié sous le titi^e de Real MusEofioRBovico, in-4°. ; les dessins, faits par des artistes du premier mérite, et les descriptions par des savans napolitains, dont toute la vie a été consacrée aux recherches ait^héologiques, donnent le plus grand intérêt à eet ouvrage, dont la diiectiou eA confiée auj[savant et habile cavalière Nioo- Lin , président de l'académie des beaux-arts du royaume des Denx-Siciles , et à qoi l'on doit, entre antres services éminow rendus anx di*ts , la reconstiniction du théâtre Saint- Charles.
La collection contiendra soixante-quatre livraisons, dont quarante-cinq ont déjà paru. On y donne k relation des fouilles de chaque année.
«▲»OVS, 0A8SATSt BSVXTXHY, KOVT-OAiUH, btc.
Depuis long-temps j'aTais le désir da faire une visite au Mont-Gassin^ monastère de bénédictins iameux dès le moyen-âge; mais j'avais didiéré afin d'attendre la fin de la saison chaude , trop incommode pour voyager. L expérience m'avait appris qu'un voyage est à Naples plutôt une fatigue qu'un amusement^ les premières pluies d'octobre était venues rafraîchir l'atmo* sphère, je me mis en route, ne voU' lant pas me laisser eiu'prendre par les
pluies de l'hiver, qui souvent conunencent en novembre et continuent avec abondance.
Les routes princi pales sont asses belles des provinces à la capitale; mais celles de traverse ne sont guère praticables, et sont même peu sûres , surtout à ces époques. Le manque d'auberges augmente les désagrémens du voyage, ce qui explique le peu de goût da Napolitain pour le déplacement. Lorsque l'occasion, rare à la vérité, le force à
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changer de lieu, il lui faut avoir recours Sur la hauteur de Gapo di Ghino
à la méthode que lui ont léguée ses est le bâtiment de locLroi, qui par sa
pères, etque ceux-ci tenaient des Grecs forme ronde ressemble à un petit
leurs aïeux, il se pourvoit de lettres temple surmonté d'uA dôme. Ici la
de recommandation pour les villes où scène change , plus de maisons , plus
il doit s'arrêter; il est reçu avec plaisir de pavé , plus de bruit , on jouit du
par les familles auxquelles il est adres- calme de la campagne : des peupliers.
se, et quelle que soit la durée de son séjour sous le toit hospitalier, il n'en est pas moins toujours bien traité.
A Naples il n'existe pas,'ainsi qu'en France, des diligences sillonnant le pays dans tous les sens; on trouve des voitures, pour un voyage quel* conque , à la porte Gapouana , arc de triomphe en marbre ,blanc , et orné de bas-reliefs remarquables. Gonstruit à quelque distance du lieu où il est aujourd'hui , il en fut déplacé par Ferdinand d'Arragon, qui sans doute, en mémoire de cet acte , y fit poser sa statue, que l'on enleva, l'on ne sait pourquoi, lors de l'entrée de Gharles- Quint.
De la porte Gapouana, en suivant la rue de Sont ^ Antonio Abbate^ et laissant à droite Ponte Oscuro , quartier crapuleux de la ville , on arrive à Copo di Chino , hauteur qui domine îfaples, où Murât avait fait son Ghampde-Mars, et où il faisait manœuvrer l'armée qu'avec tant de peine il avait organisée dans son royaume. Deux routes y conduisent, l'ancienne est une montée rapide et très -désagréable en hiver. La Nouvelle, appelée route du Camp , fut construite par les Français. Sa pente douce et ses nombreux zigzags en ont fait une promenade fort belle, mais déserte une grande portion de l'année. Les jours de revue ou de courses de chevaux, qui ont toujours lieu au camp , elle est couverte d'équipages, et le lendemain elle retombe dans sa solitude habituelle.
des ormeaux servent de soutien à la vigne, dont les ceps , chargés de raisins, protègent de leur ombre les jeunes plantes confiées à la terre , et qu'une chaleur dévorante brûlerait.
G'était au moment de la vendange :
des hommes robustes, au visage coloré, debout sur des échelles, dépouillaient les ceps de leurs fruits , tandis que déjeunes filles à la noire chevelure les recevaient dans des corbeilles. Ges pampres , jetés d'un arbre à l'autre , s'enlacent gracieusement aux branches, forment une triple guirlande de feuillage au-dessus des plus beaux tapis de verdure, et donnent toutel'année à la campagne , éclairée yiar un soleil sans cesse radieux , un air de fête.
G'est Vulmis adjungere vîtes de Virgile.
Ergo aatadalta y itiam propagine Altas maritat populos^
HoR., Epod, II, 9. 9.
Tel nous voyons le lierre s'enlacer aox ormeaux, La yigne an peaplier mariait ses rameaux. Trad, de Gauvaih.
L'heure du repas arrive-t-elle, les vendangeurs suspendent tous travaux.
A peine terminé, le tambour de basque se fait entendre, et tandis que les plus âgés restent assis et se passent les bouteilles à la ronde , en marquant la mesure, les plus jeunes ^ se lèvent et dansent la tarentelle, cette danse nationale , que Ton retrouve en province comme dans la capitale. Je m'arrêtai souvent pour contempler ces scènes d'un paisible bonheur.
Voici de quelle manière M. LuUin
igû,
de Ghâteauvieux nous peint la campagne de Naples, étemel sujet de mon admiration.
«Sous cet ombrage je voyais crottre avec vigueur de jeunes plantes de fèves, dont la semence n'avait été confiée à la terre que depuis la moisson ; cette végétation naissante me rappelait le printemps de mon pays. Plus loin s'élevaient des tiges de maïs, une teinte purpurine annonçait leur prochaine maturité. Dans le champ voisin, de longues rangées de melons répandaient leur parfum dans les airs. Des touffes de figuiers , de pêchers et d'aloès s'é^ taient établis d'eux-mêmes sur les bordures de ces champs, et semblaient offrir avec complaisance leurs fruits aux laboureurs. Je me suis arrêté pour contempler cette scène champêtre , et je vis venir à moi de jeunes villageoises, conduites aux travaux des champs par le son du tambour de basque ; elles se tenaient par la main et dansaient en se suivant dans le sentier que j'avais choisi.
» J'aurais voulu prêter à ces filles du Midi le costume et la fraîcheur des paysanes de Florence; car elles n'avaient des femmes delà Toscane que la gaieté et l'abandon. La nature, en donnant aux
pliqua en ces termes l'économie rurale adoptée dans les terres à cendres des environs de Naples :
» Nous autres pauvres métayers, me dit-il, ne prenons à ferme que l'espace que nous pouvons cultiver avec notre famille, c'est-à-dire quatre ou cinq arpens. Notre condition n'est pas heureuse , puisque nous ne gardons pour nos peines que le tiers des récoltes, les deux autres appartiennent au maitre, et nous les acquittons en nature. Nous n'avons pas de charrues et cultivons tout à la bêche : il est vrai que la terre mêlée de cendres se remue aisément, et nos enfans même nous aident dans ce travail. De temps à autre, le Vésuve verse des pluies de cendres sur nos champs pour les fertiliser.
» Les arbres que vous voyez dans nos terres ne sont pas inutiles ; ils portent de la vigne et donnent des fruits, mais nous cueillons encore avec soin leur feuillage ; c'est la dernière récolte de l'automne, elle sert à nourrir nos bestiaux pendant l'hiver. Nous cultivons successivement, entre les rangées d'ormeaux , des melons que nous portons vendre à la ville, après lesquels nous semons du blé. Dès qu'il est enlevé, nous allons avec notre famille
Napolitaines tant de moyens de bon- retourner le chaume à la bêche pour y
heur, leur a refusé celui de plaire par une grâce naïve et par une fraîcheur attrayante. Leur physionomie est dure, leur teint olivâtre, et rien ne plaît en elles, si ce n'est l'instinct merveilleux, au moyen duquel elles devinent les accords secrets qui existent en^re les mouvemens, les sons et les pensées.
» Je rencontrai des laboureurs , qui
semer des fèves ou du trèfle à fleur pourpre. Pendant six mois nos enfans viennent chaque matin couper avec la faucille une charge de cette herbe pour en nourrir nos vaches. Nous préférons à celles-ci les femelles de buffle^ parce qu'elles donnent un lait plus abondant.
Nous avons aussi des chèvres et quelquefois un âne ou un petit cheval pour
m'indiquèrent le chemin que je devais aller à la ville et porter nos fardeaux; suivre. J'en pris occasion de les ques- mais cet avantage n'appartient qu'aux
tionner sur leurs travaux champêtres.
Ces villageois étaient les métayers , et le plus intelligent d'entre eux m'ex-
riches métayers.
» Au printemps suivant, nous plantons le maïs sur le chaume du trèfle oïl
CAPOUE, MONT-CASSIN, etc.
des fèves. Nous engraissons alors nos terres, parce que cette plante doit nourrir notre famille; aussi cette culture nous intéresse plus que toutes les autres, et le jour de cette récolte est un jour de fête dans nos campagnes. Tous les Tillageois y Tont ensemble, les jeunes filles en dansant, et nous autres plus len tement , parce que nous sommes chargés de nos outils. Arrivés près de nos domaines , chaque famille va dans le sien ; mais ils sont si près les uns des autres, que nous pouvons nous entendre et nous répondre.
» Nous cueillons souvent jusqu'à
agiotèrent sur les blés ; le maïs, qui fait la nourriture principale des paysans, manqua, et le peuple fut réduit à se nourrir deTherbe des prairies. Cette famine fut si terrible , que les hommes périssaient de misère et de faim , et les maladies épidémiques vinrent augmenter ces horreurs.
Me voici à As^ersa^ fondée en io33 par les Normands , et capitale de ces aventuriers. Je voulus en la traversant jeter un coup d'oeil sur sa citadelle , peu élevée, et ressemblant plus à un palais de roi qu'à une forteresse.
Aussi la cour l'habita plus d'une fois,
sept épis sur la même tige et plusieurs .et c'est dans son enceinte que l'infor-
ont trois palmes de long. Lorsque le tuné André de Hongrie, mari de Jean*
soleil s'est levé, le père de famille va ne P™., reine alors^ âgée de dix-huit
chercher des melons dans le champ ans, fut étrangléetjetéparlafenétre(i).
voisin, pendant que les enfans cueil- Dans la ville, je visitai l'hôpital des
lent des fruits sur les figuiers d'alen- fous , transporté de Naples à Aversa
tour. On rapporte ces fruits sous un par Murât, qui lui affecta l'édifice de
ormeau, autour duquel tout le ménage vient s'asseoir, puis le travail recommence après ce repas et ne cesse qu'à la fin du jour. Alors chaque famille va visiter ses voisins , et se raconte les richesses que lui a values la saison.
» A peine avons-nous récolté le maïs, que nous retournons la terre pour y semer de nouveau du blé. Après cette seconde récolte , nous ne cultivons plus dans nos champs que des légumes de diverses espèces. Nos terres produisent ainsi du vin et des fruits , des grains et des légumes , des feuilles et de l'herbe pour nos bestiaux. Nous ne nous plaignons pas de leur fertilité ; mais nos conditions sont dures , on nous laisse Et se conte encore à Naples et ail
la Madeleine , grand et élégant monastère, avecunjardin et une jolie église, et qui peut contenir cinq cents aliénés. Mon guide me montra aussi le bâtiment où madame Murât avait établi une succursale de sa maison d'éducation des Miracoli.
Au sortir d'Aversa, je vis sur les
(i) Elle eat pour son premier mary Andreasse, son coasin en premier degré , et après avoir tena le royaume ensemble , elle s*en fascha ; et étant tous deax dans la ville d'Aversa , elle Ten- ▼oya qnérir nne nuit sous eoulenr de lui vouloir parler d'afiaires nouvellement advenues , et en aUant à ellese rencontrant sons un poteau qui était là, fut pris et étranglé par la volonté et charge de la reyne audit poteau.
bien peu de chose pour nos peines , et si Tannée n'est pas propice , le métayer est bien à plaindre ».
Qui croirait qu'avec la fertilité de son sol , Naples pût éprouver les horreurs de la famine ; c'est pourtant ce qui arriva en 1764. Des spéculateurs H.
leurs que ladite dame faisant un cordon d'or un jour assez gros , Andreaise lui demandait pourqnoy elle faisait ce cordon, elle lui répondit en souriant qu eUe le faisait pour Je pendre ; elle en tenait si peu de compte qu'elle ne craignait rien de lay tenir telles paroles ausqaelles An< dreasse , comme simple et bonhomme qu'il était^ n y prit point garde.
( Ba A VTOK I, DamM ///iii/ref.)
mors qni bordent le chemin deux squelettes armés de faux ; sur un autre , près d'une taverne, sont des moines | des papes mêmes, le scapulaire au cou , qui brûlent dans les flammes de l'enfer ; ceci me rappelle M. Ddéduse, qui voit dans ces tableaux la législation naturelle des peuples. Personne ici, dit-il , n'a l'idée de trouver cela singulier. Figurex-vous ces tableaux sur les murs de la rue Vivienne... C'est ici un autre monde, d'autres préjugés , d'autres mœurs , par conséquent d'au* tres lois.
Jecontinnai d'un trait jusqu'à Sainte- Marie, ou Capoue l'antique , autrefois capitale de la Gampanie, lieu funeste à Annibal, où m'attendaient tant de souvenirs : j'avais une lettre pour D.
Clémente Marotta , sans doute l'un des descendans d'un des membres de ce sénat qui tint tête à Rome , et si longtemps balança les destins de cette ville orgueilleuse. Plein des souvenirs de ces contrées , mon imagination se perdant dans le vague, les six milles qui me restaient ^encore à parcourir se firent sans que je m'en aperçusse ; je me voyais dans cette Capoue, ville aux sept porter , fondée par les Etrusques cinquante ans avant Kome, conquise par les Samnites , puis subjuguée par les Romains , et si cruellement punie par le massacre de ses sénateurs, et l'esclavage de ses citoyens vendus à l'encan pour avoir épousé la cause d'Annibal, relevée enfin par César, et mise au rang des colonies , mais qui ne recouvra son éclat que sous Auguste. Cicéron vantait à Atticus son école de gladiateurs , où l'on entretenait quatre mille élèves. Cette viUe était célèbre par son luxe, la mollesse de ses babitans et la beauté de ses femmes. Autre* fois elle était divisée en deux quartiers, Steplasia et Albana. Le premier pa-
rait avoir tiré son nom de la quantité de parfums qu'on y vendait. Ses roses étaient renommées à l'égal de celles de Pestum. Je m'égarais dans ce bazar oriental, je savourais ces parfums, lorsque bien réellement mon odorat , me réveillant de mon eictase , me rappela au sentiment de la réalité. O vicissitude ! une odeur infecte s'écbappait de cbacun de ces cloaques qu'on nomme habitation, des rues sales et tortueuses, des cuirs de bœuf cloués aux murs de chaque maison, voilà ce que j'avais sous les yeux , dans une ville de tanneurs!
Don Clémente est avocat , ce qui à Naples , où beaucoup de personnes sont dans le barreau, s'appelle être délia prqfessione. D. Paolo m'avait prévenu que je trouverais cbex son ami g! te, souper, avec invitation de séjourner in casa del servitore mîoy aussi long -temps qu'il me plairait. L'offre faite avec cordialité, acceptée de même, me voilà instalé, prenant part au souper de famille, et accablé de questions sur tous les sujets, hors la politique, car, dans ce royaume, on n'en parle jamais , laissant le soin de régir l'état à ceux que leur position lance dans cette carrière. Loin d'eux la prétention de s'ériger en censeurs du souverain , et surtout de troubler leur repos à ce sujet.
D. Clémente me félicite d'arriver la veille d'une course ou chasse au buffle, dont la place devait être le théâtre , et que je verrais de ses fenêtres. Je savais qu'à cette époque de l'année ces courses , faibles parodies de celles de taureaux qui ont lieu en Espagne , se font tour à tour dans chaque village.
A deux heures après midi , la foule obstruait la place où étaient dressa des tréteaux adossés aux maisons. Les balcons étaient pavoises et garnis de
Aniica ûipou4t. Anfiteutro.
Anz-i^nn^ Cap&ur Àm^hitht-âlre
/Sencven^v Àrco di Traftuto
3enjevefU . Arc de Tra/an.
CAPOUE, MONT-CASSIN, etc.
curieux ; la population affluait des viU lages environnaDs : tout à coup des cris de joie , des hurras s^élèrent de toutes parts, on bat des mains ; un flux et reflux a lieu, et cette place si encombrée^ si pleine, présente en un instant un yide immense : un buffle , animal hideux , au cuir noir , aux <^ornes recoui4)ées , est en liberté au milieix de l'enceinte ! en un clin d^œll les tréteaux envahis ploient sous le faix , hommes , femmes et enfans fornient un tout compact le long des murailles. Le buffle promène des regards étonnés sur les difi*éi'enè groupes ; puis , excité par les cris , les aboiem^ns des chiens et ^ar des hom<^ mes àrinés-de lancés, il galope dànk ce cercle où la multitude le tient enfermé. L'agitation se communique à cette foule , les spectateurs sont forcés de prendre part à l'action; tour à tour on les voit assaillir le buffle ou fuir devant lui jusqu'à ce que, après deux ou trois heures écoulées dans cet exercice,on donne lé signal de sa mort, et Ton commence à lui faire des blessures qui bientôt le mettent bors dé combat. Alors la tourbe dé se ruer et d envahir de nouveau l'enceinte, chacuù tient à honneur de contempler l'ennemi vaincu.
Malgré cette confusion, il est rare que l'on cite des accidèns ; cependant je n'éprouvai aucun désir de descendre dans l'arène. D. Clémente me donna des détails sur le sort de cet aninial y dont la chair serait immangeable sans cet exercice forcé , nécessaire pour la macérer.
Le jour suivant il m'accompagne à l'amphithéâtre, hors de la ville (PL 75).
De tons les monumens de ce genre , c'est celui qui approche le plus du colysée de Rome par son périmètre de deux cent cinquante ioises et sa hau-
teur de vingt. Si une partie de ses murailles est encore debout, on le doit à leur solidité, car l'on n'a rien fait pour les mettre à l'abri de la dégradation ; loin delà, dans les premiers Ages, il fut converti en forteresse , et les cavernes de bétes féroces servirent de chambres aux officiers. Ses mura sont d'immenses blocs de pierres travertines, posés les uns sur les autres sans ciment, et simplement attachés par des crampons de fer ou de bronae.
Quatre portes principales j donnaient accès , et l'on porte à soixante le nom^ brë de ses vomitoires. Aujourd'hui ouvert de toutes parts, l'herbe croit dans «on. enceinte, et le pAtrey conduit ses troupeaux.
Ici , comme à Gumes et à Rome, le sol était récouvert de décombres, et l'édifice enterré jusqu'à la première galerie. Francesco P. ordonna un déblai extérieur qui découvrit la base des colonnes et des corridors. Tout autour règne une galerie où l'dn voit des bancs en marbre , sUr lesquels probablemeiit s^asseyaiént les gladiateurs. C'est à Capoue que ces spectacles avaient pris naissance. - ^
Toute la partie qui formait les gradins pour les spectateurs subsiste encqre; c'est un talus peu incliné, qui parait n'avoir jamais été recouvert en pierre. Sa surface est revêtue d'un enduit très-lisse, parfaitement conservé, ce qui a fait conjecturer que les spectateurs devaient avoit été assis sur des gradins en bois. Une inscription dans le milieu est antique, les extrémités en ont été devinées et rétablies ; aujourd'hui incirustée dans les murs dél'hôtdide-ville, elle indique que la colonie Julia , envoyée par Gésar à Capoue, fit construire ce monument , et qu'Adrien le fit restaurer ; sur un des piliers de ce même hdtel-de-ville est un bas -relief
d'un travail grossier, représentant un sénateur assis, faisant peser des marchandises avec une balance de la forme de celles que nous nommons romaines.
La ville n'offrant rien d'intéressant, je me dirigeai sur Caserte , par une route si belle et si agréable, que j'en fis une partie à pied. Après avoir dépassé plusieurs tombeaux antiques^ elle ne me présentait plus qu'une suite de prairies émaillées de -fleurs comme au printemps.
Celui qui veut jouir de la perspective qu'offre le palais de Caserte , ne doit pas venir de Sainte-Marie , il doit le voir venant de Naples ; à un mille de distance il aperçoit déjà sa façade immense , et surtout cette belle cascade qui se précipite d'une hauteur de trois milles , et dessine une ligne d'écume plus éclatante que la neige. Caserte est le Versailles de Naples , bâti par Charles m , le Louis XIV de ce royaume, qui eut à vaincre les mêmes difficultés, et qui , ainsi que son modèle, dépensa des millions. Le palais, sans contredit, est un des plus beaux et des plus remarquables de l'Europe, par la richesse de ses marbres tant anciens que modernes.
superbe portique que l'on traverse en voiture. Au centre est un vestibule octogone orné de vingt colonnes doriques, qui communique à Tescalier principal , d'une richesse incomparable , et composé de cent dix - sept marches , la plupart d'une seule pièce.
Les marbres précieux dont est revêtu cet escalier et ses deux rampes d'une grande proportion, ont quelque chose de noble et d'imposant. Sous le rapport de l'architecture^ cette partie du palais mérite le plus d'éloges. Dans le vestibule on retrouve des traces de la guerre civile ; des écornures sur les colonnes attestent que, lors de la réaction de 1799, l'on se battit sous ces voûtes.
Tout ce que le royaume a pu fournir de précieuses dépouilles d'antiquité en marbre, et particulièrement celles qu'on a tirées du temple de Sérapis à Pouzzoles est là jeté à profusion. La chapelle surtout est d'une magnificence qui a fait dire à sir John Eustace que , construite sur le plan de celle de Versailles pour la forme , elle lui est de beaucoup supérieure pour la richesse des matériaux.
L'appartemment du roi et de la
On peut se faire une idée du palais reine , dit une personne admise dans
de Caserte ( PI. 76 ) en regardant le Louvre du côté de la rivière ; mais au lieu d'une cour comme celle du Louvre, le palais de Caserte, construit sur un plan presque carré , est divisé en quatre . cours par deux corps de bàtimens en croix. Pour faire juger de l'immensité des appartemens qu'il contient, je dirai qu'un seul des corps de bâtiment suffisait à Murât pour loger toute sa cour qui était nombreuse. Ce grand et magnifique palais fut construit sur les dessins de Vanvitelli.
On y entre par trois portes principales^ dont une donne entrée sous un
l'intimité de la-cour , madame la princesse de GoDzague, qui écrivait en 1783, est noble : mais aucun souverain ne serait assez riche pour orner et meubler ce palais d'une manière analogue à la magnificence de sa construction.
Le théâtre est un modèle de goût et d'élégance ; il est enrichi de colonnes d'albâtre tirées aussi du temple de Sérapis , et qui soutiennent le plafond et les loges richement décorées.
Le parc, d'un mille de longueur, se termine d'une manière heureuse par la belle cascade dont les eaux écu-
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CAPOUE, MONT-CASSIN, itc.
mantes se précipitent dans un vaste Bassin de marbre blanc, où sont deux groupes, Tun de Diane au bain', entourée de ses nymphes , l'autre représentant la métamorphose d'Actéon.
Ces groupes sont placés au milieu de deux petites fies que renferme ce vaste bassin. A la suite , le long de la grande allée, sont des fontaines, des cascades, des nappes d'eau de distance en distance ; des grottes , des galeries , de petits temples rustiques , où Neptune , environné de sa cour , jouit de son empire. Toutes ces différentes scènes d'eau forment une petite rivière qui surprend dans ce vaste jardin. Le plus joli , le plus frais et le plus orné des jardins paysagers est contigu au parc, et il est à regretter qu'on l'ait planté si loin du palais, car on a oublié, ce qui était si essentiel sous un tel climat , des allées ombragées ; il faut traverser une zone torride pour sortir du palais et trouver l'ombre.
L'on me montra aussi sous un massif d'arbres séculaires un charmant petit château-fort, entouré d'un fossé et défendu par un pont-levis et des meurtrières. Sur une partie élevée est une guérite en chaume. Le tout dans des proportions si mignonnes, que je ne pus résister à l'idée qu'il eût été construit par une femme. Ce qui ajoute encore au charme, c'est que madame Murât, venant souvent à Caserte qu'elle affectionnait, s'amusait à se renfermer avec ses dames dans ce fort; plaçant des sentinelles dans les guérites, et levant le pont-levis, elle soutenait un siège en règle contre le roi et les seigneurs de la cour , qui quelquefois avaient beaucoup de peine à obtenir la victoire.
Je mis une journée à tout parcourir, donnant partout la buona mano « le pour boire. »
« Lorsque l'on donne la rétribution d'usage, dit M. Delécluse , quelle que soit la somme, elle est reçue avec une joie sincère et qui s'exprime ordinairement d'une manière non équivoque. Je suis tout-à-fait à l'aise en remplissant cette formalité, parce qu'on reçoit l'offrande sans honte , ce qui la fait donner avec plaisir. D y a dans cet usage une bonhomie, une absence de vanité qui me donne une idée favorable de ceux qui s'y soumettent. En France , on a souvent l'occasion d'ofirir de semblables récompenses ; mais on se cache pour la donner, on baisse les yeux en la recevant , et au fait les deux contractans sont en défaut. Ici le gardien a le droit de recevoir, on lui donne ouvertement; il vous remercie avec franchise ; et l'on se quitte satisfait l'un de l'autre. »
Gâté par le séjour bruyant de Naples, je trouvai triste la ville de Caserte. D'un côté une vaste plaine que rien ne borne, et où les objets se perdent dans l'espace, de l'autre des montagnes incultes. Charles III , voulant faire de Caserte le séjour de sa cour, avait fait tracer le plan d'une route tirée au cordeau jusqu'à Naples , sur une largeur proportionnée.
Mais qui exécutera ce projet grandiose? qui fera cette route gigantesque percée seulement l'espace d'un mille et demi ?
Attenant à Caserte, et sur lasauche, est le site royal de Santo-Leucio , où Ferdinand P^ établit en 1789 une manufacture de soieries. Un petit casin non encore terminé, situé dans une position très- salubre, était la demeure favorite de ce roi , qui y fonda une colonie, en la dotant de lois particulières. Ce monarque, en bon père de famille^ se plaisait à se promener au milieu de cette colonie, dont les habi-
L'ITALIB.
tans , portant on unifonne particulier, forment encore peuplade à part.
Dans la fabrique on me montra des ' métiers de Lyon ; mais il s'en faut que les étoffes y aient acquis la perfecticm française.
En construisant le château de Ca«terte, Gbarles III n avait pas songé à l'eau qui manquait à cette somptueuse demeure; le génie deVanvitelli y sup«pléa, et le magnifique aqueduc de Maddalone , ou CaroUno , fut con«struit.
Nous n'avons point d'ouvrage mo^ deme qui approche de cette magnifia»
cence, dit Lalande, qui ne trouve à lui comparer en France que l'aquéduc de Main tenon s'il eût été achevé, et k peine celui du Bue , beaucoup trop petit.
Dans cet aqueduc, qui part du mont Tabûmus et arrive à Caserte sur une longueur de vingt et un mille cent trente- trois toises, et par une pente d'un pied sur quatre mille huit cents, il faut surtout admirer la portion appelée Ponti di Maddalone , ou délia F'alle, construite dans la plaine qui sépare les monts Longano et Gargano, « Au milieu de cette vallée solitaire, dit Ëustace , le voyageur est surpris à la vue d'un magnifique pont, construit sur trois rangées d'arcs très-élevés qui la traversent majestueusement. Il forme une portion de Taquéduc de Caserte.
Sa longueur est d'environ deux mille pieds et sa hauteur deux cents. Audessus passe un fleuve dont les eaux limpides prennent leur source dans les environs du mont Tabumus, et traversent un paysmontueux. Mais quelles que soient les difficultés , sa plus grande magnificence se déploie dans cette vallée, où, par sa longueur et par son élévation , cet aqueduc surpasse tout édifice de construction moderne, et le
dispute en hardiesse aux plus beaux ouvrages de Rome. >
Lés constructions sons terre sont aussi considérables que celles extérieures. On dut percer cinq fois la montagne à des profondeurs poussées parfois jusqu'à cent vingt pieds, sur des espaces plus ou moins longs, demi un de once cents toises. Qudques-ims des puits ont été forés à deux cent cinquante pieds sur dix de diamètre. C'est en creusant ces fondations, près da Longano j que l'on trouva à quatrevingt-dix pieds, dans une care spacieuse, quantité de squelettes à demi réduits en poussière. De quelle antiquité devait être cette sépulture, puisque les ouvrages des Romains prouvent que le terrain était à peu de chose près au même niveau qu'aujourd'hui, et que l'on ne peut guères supposer que ces cadavres aient été enterrés à plus de vingt pieds. Combien de siècles at-il fallu pour former les soixante-dix autres !
Quittant ces lieux et ces monumeDs vraiment grandioses , la route me conduisit bientôt à un petit hameau appelé aujourd'hui Forchia , où l'on reconnaît le célèbre défilé des Fourches Caudines, si fatal aux aigles romaines (PI. 76). L'armée, d'après Tite-Live, était campée au midi de Catatia « Galazze », à six milles de Gapoue. Le général sampite était retranché à Caodium, dont Arpaja occupe le site. Ce fut dans cette vallée qu'il eut l'adresse de faire engager les légions romaines, et qu'après les avoir vaincues il les fit passer sous le joug; victoire qui par la suite fut si fatale aux Samnites, et dont la honte ne fut lavée que par la destruction de ce peuple vaillant.
Il est à croire que le terrain a beaucoup changé d'aspect par les travaux que les Romains auront entrepris pour
y faire passer la TOie Âppienne, et qu'une grande quantité de bois, dont ces montagnes devaient être couvenes alors, en rendait le passage plus difficile. Autrement on aurait peine à reconnaître la forme du défilé, auquel la vallée devait une sortie impraticable.
Horace , dans son voyage à Brindisi , traversa Gaudiùm , où il trouva son ami Gocceius, qui le mena à sa villa :
Hinc nosGoccet recipit plenissima yilla, Qnae saper est Candi.
HoK. , iib. I , Ml. 5, 9» 5o.
Déjà dans unchâteail qu'habite CSocceias\ IVon loin de CSaudiimi nous fûmes bien reçus. Trad. de Daav.
Bientôt on quitte la terre de labour, et Ion entre sur le territoire de Béné^ i^ent , contrée charmante , arrosée par deux rivières , le Sabbato et le Colore. Près de leur confluent , dans un vallon enchanté , abrité par de riantes montagnes, est située la ville, dans laquelle on entre sur un ancien et superbe pont romain.
Strabon en attribue la fondation à Diomëde, au retour de la guerre de Troie. Elle devint successivement la proie des Samnites et des Romains sous les empereurs. Tite-Live nous raconte qu'autrefois elle fut nommée 3faleifentum ^ à cause de la violence des vents qui la tourmentaient; mais, en devenant colonie romaine, elle changea ce nom en celui de Beneuentum.
Vitinius y fit construire un magnifique amphithéâtre, dont on ne voit plus que le soubassement , et le sénat et le peuple la dotèrent d'un superbe arc de triomphe. Isis fut la divinité des
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taie d'an puissant duché. Gharlemagne s'en empara , et l'empereur Henri III , en 1077, la donna au pape Léon IX, en échange de Bamberg en Franconie.
Elle est entourée de remparts et contient dix-huit mille habitans. Napoléon l'érigea en principauté, en faveur de M. de Talleyrand; mais les traités de 1814 la rendirent au saint-siége^ auquel , bien qu'enclavée dans les terres de Naples , elle appartient encore.
L'arc de triomphe, en marbre de Parcs, et orné de colonnes composites cannelées , sert d'entrée à la ville , sous le nom de Porta Aurea. C'est le mieux conservé que l'antiquité nous ait légué; comme celui d'Ancône, il est attribué à l'architecte ApoUodore; mais il le surpasse de beaucoup en richesse par ses sculptures. Tous deux sont dédiés à Trajan. Celui-ci, élevé à l'occasion de ses victoires sttr les Daces et les Germains , est tellement empreint de beautés architecturales antiques, qu'il dispute démérite avec celui si justement fameux de Titus dans Rome. On ne saurait aborder sans une espèce de respect religieux un monument dont la consécration n'est pas moins solennelle, que Touvrage en est rare et précieux sa hauteur est de cinquante pieds. (PL 75 ).
Excepté Rome, il n'y a pas de ville qui ofire un aussi grand nombre de fragmens d'anciennes sculptures ; on y trouve à peine un mur dans la construction duquel il n'entre des fragmens de colonnes, d'autels, de tombeaux. La coupole de l'église de Sainte-Sophie, & Bénévent , est soutenue par une colon-
Bénéventins, et deux obélisques égyp- nade de marbre antique.
tiens encore debout rappellent que Do* mitien fit réparer son temple. Saccagée en \^o par les Goths, au neuvième siècle cette ville tomba entre les mains des Lombards , qui en firent la capi-
Je visitai le palais public , d'une belle architecture, la cathédrale ornée de marbres et peintures (dans quelle église d'Italie n'y a- t-il pas des marbres et des peintures ! ) et d'une belle porte
en bronze, couverte de bas-reliefs ; je immqisesdans unesource d'eaux vives, ▼is encore le pont moderne , construit qui se partagent en plusieurs ruisseaui par Vanvitelli , et je dis adieu à Béné- dans la ville , se réunissent à la sortie, vent et à la voie Appienne, qui m'au- et forment ce qu'on nomme dans le
rait conduit à Brindisi, sur la route suivie par Horace. J'en pris une de traverse pour me rendre au mont Gassin.
Par accord avec mon voiturier, je me nourrissais dans la journée, et le soir il était obligé de pourvoir à mon souper et à mon gite. La chère que je faisais n'était pas des plus succulentes, du porc frais et des oeufs cuits sous la cendre en faisaient presque toujours la base principale; pour le vin il était bon partout; mais le pain était mal pétri et mal cuit , détestable , quoique fait du plus pur froment.
De Bénévent j'allai à Piedimonte d'Alife; cette petite ville m'éloignait de ma route , mais il m'était impossible de ne pas me détourner, c'était ma seule station jusqu'à Venafro, que je ne pouvais gagner en un jour. Côtoyant la rive droite du Yoltume , fleuve aux eaux jaunâtres et bourbeuses qui ne peut porter bateau , j arrivai en face d'une jolie avenue de peupliers tirée au cordeau , qui me conduisit jusqu'à la ville peuplée de six mille Âmes, et faisant partie des fiefs du duc de Laurenzana. J'avais une lettre pour lui ; j'en fus reçu avec aménité , et l'ordre fut donné de me préparer un logement dans le palais, château -fort du moyen-Age, sur la hauteur, et capable de soutenir un siège. Le duc eut la bonté de m'indiquer les choses les plus remarquables, s'ofiirant de me servir de guide.
Piedimonte, ville toute moderne, qui passerait pour village en France , mais qui dans le royaume est une souspréfecture, est mal bâtie, dans l'encognure de deux montagnes auxquelles elle est adossée. Elle a des ressources
pays le torrent , qui va se jeter dans le Yoltume, à quatre milles. Combien de villes manufacturières se trouveraient riches avec une source semblable! Une papeterie et trois fouleries de drap mal construites sont les seules usines qu'on y voit. En 1806, un Suisse, frappé de ces avantages , fit venir une colonie de son pays, et sacrifia des sommes considérables pour y établir une manufacture de toiles de coton qui s'y tratne péniblement.
Accompagné par ce bonM. Egg, que j'avais connu à Naples, véritable type suisse , franc et loyal , et joignant à la simplicité des mœurs de ses montagnes la plus grande science , j'aUai faire une visite à la source du torrent. Ce site lui plaisait par sa ressemblance avec le Saint -Gothard, et lui rappelait sa patrie.
Du bas de cette montagne, nous nous dirigeâmes vers la solitude^ à mi-côte, et qu'on appelle couvent de Saint-Pascal. Ici les champs s'élèvent en terrasse, et des gradins soutiennent là terre qui serait emportée par les avalanches d'eau. La vigne, le peuplier, les ormes, se groupent partout avec grâce , l'olivier y mêle son pâle feuillage , et semble placé là pour adoucir les teintes , et donner à la campagne quelque chose de vaporeux, d'aérien, d'un charme indicible. Sur la route, mon compagnon me fit voir une grotte sur les parois de laquelle sont des fresques grossières , datant , suivant la chronique du pays , de la persécution des chrétiens sous Dioclétien. Le couvent, habité par un petit nombre de moines mendians, ofTre le site le plus romantique. La chapelle, le réfectoire,
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la salle dea moines, tout l'édifice, en un mot, qui est fort petit, est très- proprement tenu, au milieu d'une flfcrét de chênes et de châtaigniers.
Chemin faisant , mon compagnon me proposa une course au lac Matèse, sur une des plus hautes montagnes, et où l'on jouit de la vue de vingt-deux villes; mais les deux jours qu'il m'eût fallu pour y monter m'effrayèrent, et j'en fus d'autant moins tenté que la route n'est pas sûre.
Quelques jours avant, un malheureux jeune homme avait été assassiné.
Parti seul de Piedimonte pour se rendre dans un pays voisin ; à une lieue de la ville il avait été pris par des brigands, qui sur*le-champ avaient envoyé un message aux parens pour les avertir de leur capture , et du prix qu'ils mettaient à sa rançon, avec menace de donner la mort à leur prisonnier si la somme n'était déposée à jour et à heure fixes dans un lieu indiqué. Les malheureux parens n'avaient rien à donner, ils reçurent le corps de leur fils.
De prime-abord il semble que rien ne dut être plus aisé que de faire cesser ce fléau, en détruisant ces bandes, ou comitivts ; mais tous les jours l'expérience prouve le contraire. L'homme déterminé, qui pour l'ordinaire en est le chef, connaît les localités ; il a soin d'entretenir des relations d'amitié et de terreur avec les habitans. Les mesures que prend l'autorité sont toujours déjouées par les intelligences qu'il sait se ménager. Rarement a-t-on pu faire la capture d'un chef, et si elle a lieu, le hasard seul en est la cause, ou une vengeance particulière ; ces hommes , qui se battent pour de l'argent , n'ont jamais trahi leur chef , quelle que soit la somme promise pour sa tête. Il règne chez eux une sorte d'honneur.
Quelquefois , et ce n'est pas rare , un homme, après avoir tenu la campagne, c'est leur expression, pendant quelque temps, est revenu dans son village jouir en paix du bien qu'il a amassé et y vivre aimé, mais surtout redouté de %^ voisins, qui disent en parlant de lui : « Che uolete , era po^ i^eretto^ » que voulez -vous, il était pauvre.
Souvent un chef a su se rendre si formidable, que le gouvernement n'a vu d'autre moyen de le réduire que l'amnistie et l'incorporation de sa bande dans l'armée réguhère. C'est ainsi que Joseph Napoléon en usa à l'égard de deux comitives., doAt les chefs lui demeurèrent fidèles* Qui n'a pas entendu parler des F'ardarelli^ troupe dont le courage était digne d'une meilleure cause, qui, après s'être long-temps défendus en bataille rangée contre les troupes royales, finirent par y être incorporés , et dont la mort malheureuse afait oublier les fautes : je ne sache pas leur avoir entendu reprocher la moindre cruauté.
Dans le séjour que je fis à Piedimonte, j'eus le loisir d'admirer la beauté des dents des habitans ; j'attribuai cet avantage à la qualité des eaux ; leur comparaison avec celles des Napoli* tains est loin d'être à l'avantage de ces derniers* Je remarquai aussi leur langage de toute pureté. Les moindres choses sont exprimées même par les paysans avec grâce, j'ajouterai avec poésie.
Je dtnais chez le duc, ministre à Naples du temps des Français ; et , chose à laquelle j'étais loin de m'attendre , j'eus l'occasion d'assister au spectacle. Au temps de la féodalité , lorsque des acteurs venaient à Piedimonte , le duc fournissait à leurs frais , et les représentations étaient gratuites; aujour-
d'faui on se contentedeleur prêter lasalle qui fait partie du palais, et dont ils tirent parti à des prix modérés. Tous les jours on nous attendait pour commencer , et , placé dans la loge ducale au centre de la salle, je vis représenter, entre autres ouvrages, par une troupe venue de Naples , la comédie de César en Egypte, aYecPulcinellaseryo di Ce^ sare. Des éclats de rire me prouvèrent qu'à Piedimonte ces modernes Stellanés sont tout aussi appréciées qu'à Naples.
Quittant Piedimonte , je passai devant Alife ou plutôt devant ses ruines.
Alife, fameuse dans les annales du Samniimi , qui , sept fois assiégée par le peuple géant , tel qulUion , a vu ses remparts disparaître. Trois tours démantelées sont les seuls restes des anciennes constructions. La croyance populaire les suppose hantées par le diable. Mon voiturier eût cru déroger à sa vocation s'il ne m'eût raconté cinq à six histoires de personnes qui , trop hardies, avaient osé y pénétrer, et avaient été dévorées par le malin esprit.
Tous ces environs sont malsains, et la malaria, moussais air, y exerce ses ravages. Le voisinage du Volturne y entretient des brouillards continuels.
De Teano je m'acheminai à San Germano, l'antique Casinum, par une route magnifique , bordée de superbes chênes et de forêts dans le lointain. Les Apennins qui les couronnent terminent heureusement le paysage ; un beau pont en pierre, terminé en 1822, est jeté sur la Melfa , qu'auparavant ou traversait à l'aide d'un bac. Enfin me voilà à San Germano , bâti par Bertarius , abbé du mont Cassin , sur l'emplacement du forum de Gasinum.
A peine fondé, San Germano est détruit par les Sarrasins , mais il est
construit de nouveau par les abbés.
L'ancienne citadelle, sur une hauteur, devint le château; la cathédrale, ainsi que l'église de Cinque Torri, s'élèvent sur les emplacemens de la basilique et de la Guria , dont elles empruntèrent quantité de colonnes de granit et de marbre cipoUin. A un mille de San Germano , au bas de la montagne , est un fragment de rue antique , avec les traces des roues et une portion de. trottoirs. J'y vis également les ruines du théâtre. Plus loin sont des restes de sépulcres et d'un amphithéâtre. Gasinum fut saccagée et brûlée en entier par Théodoric , à l'exception d'un temple que la femme de Gisulphe II , duc de Bénévent consacra depuis à saint Pierre. Dans nos dernières époques , San Germano a presque éprouvé le même sort.
Tout ce canton autour de San Germano , dont' la position est des plus riantes et le territoire des plus fertiles, et où je vis avec étonnement semer du lin en octobre, fait partie des immenses domaines de l'abbaye du mont Cassin, fondée par saint Benoît en 525. Accompagné de deux disciples, précédé de deux anges ,. et suivi par trois corbeaux dont on nourrit les descendans dans le monastère , saint Benoit quittant sa cellule de Subiaco, près de Rome , vint s'établir dans un ermitage où vivait un bon anachorète qui lui céda sa place. La ville de Casino était en partie idolâtre , et l'objet de son culte était Apollon, qui avait un temple fameux sur la montagne; saint Benoit renversa l'idole, détruisit le temple qu'il remplaça par un monastère, convertit les infidèles, prêcha les chrétiens abandonnés parleurs évéques, et, après avoir fondé l'ordre monastique le plus illustre de l'Occideut, mourut seigneur temporel et spi-
Mon te Casino .
Mont Cassin.
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CAPOUE, MONT-CASSIN, etc.
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rituel du terriloire et de ses habitans. Tout cela se passait dans le temps que, devenue la proie des barbares , lltalie obéissait aux Goths.
L'abbé était dans la ville depuis quelques jours ; je me bâtai d'aller lui présenter mes devoirs. Je trouvai un honmie d'un extérieur doux et avec les manières du grand monde , qui m'engagea à remettre mon voyage à Taprès midi, redoutant pour moi un dtner dans un couvent où l'on ne vit que de légumes apprêtés à l'buile ; mais apercevant le monastère qui paraissait peu éloigné, je n'en tins compte et je me mis en route à pied , me moquant de ceux que je vis partir à dos de mulet. L'escarpement de la montagne est adouci par un cbemin taillé dans le roc, zigzag perpétuel que l'on met deux beures à monter. Par le plan et par l'exécution , ce cbemin ressemble beaucoup à celui de l'Alsace, lorsqu'on y entre par la montagne de Saverne.
Ce monastère (PI. 77) conserve au debors, et au bas delà montagne, quelque cbose d'une citadelle , aspect que justifient les événemens dont il fut le théâtre dans les premiers siècles de son existence ; alors la vie de couvent était loin d'être tranquille. Ces couvens soutenaient des sièges, et la nécessité les faisait fortifier ; après les barbares, les tremblemens de terre vinrent attaquer ce vénérable monument. Deux fois détruit de fond en comble , il fut généreusement secouru et relevé par plusieurs papes , parmi lesquels se distingue Urbain Y, ami de Pétrarque, qui, par sa piété et son goût pour les arts , fit bonneur à l'ordre de saint Benoit. Le mont Gassin se rattache encore d'une manière éclatante a l'histoire des lettres. Dans le naufrage de la civilisation, ses religieux sauvèrent les ouvrages des grands hommes de
l'antiquité , et dès le onzième siècle , l'illustre Didier , depuis pape sous le nom de Victor III, faisait copier à ses religieux Homère , Virgile, et tous les poètes ou historiens grecs et latins. Il appelait de Constantinople des artistes pour orner de mosaïques son monastère, et préparait ainsi de loin l'époque de la renaissance.
Pour entrer au mont Gassin, je traversai un long et sombre passage souterrain, dans lequel est pratiqué un escalier de quarante marches, et qui^ selon la tradition populaire , aurait été habité par saint Benott. Le grand carac< tère de la cour et de l'escalier du premier parvis parait encore plus imposant à la sortie de cette espèce de caverne. Si la grille eût été posée vis-à-vis. de la façade, projet que la dépense empêcha d'exécuter, cet effet , malgré la beauté du coup d'oeil, eût été manqué
L'apparition de cette église et de
son double parvis,. au sommet d'une montagne et dans la solitude sauvage de l'Apennin , est tout-à- fait naerveilleuse ; elle me frappa , et j'étais encore en extase, les yeux en l'air, n'apercevant plus rien autour de moi , lorsque tout à coup une large main passée derrière mon épaule , me communique une impulsion à laquelle il m'est impossible de résister, et ces mots, carissimo amicoj frappent mon oreille. Dans ce robuste interlocuteur, je reconnais mon compagnon de voyage du bateau à vapeur. Sa rude accolade me rappela l'habitude napolitaine, d accabler de caresses au milieu de la rue la moindre connaissance. Je fus charmé de cette rencontre. Il avait été mon cicérone à bord, il allait le devenir ici, d'autant plus volontiers qu'il élait sur son terrain.
Il fut toute effusion , et me témoi-
gna tant de cordialité qu'il n'eût tenu qu'à moi de me croire le meilleur de ses amis. Pour ces bons cénobites, la ▼ue d'un étranger est chose fréquente, mais rarement ils ont occasion de voir deux fois celui qu'ils ont accueilli une première. S'emparant de moi, il me conduisit, me montrant tout dans le plus grand détail, et s'empressant de prévenir mes moindres questions*
Nous commençAmes par l'église ; pour y arriver, on traverse trois cours, les deux premières renferment deux tronçons de colonnes, l'un de granit, l'autre du plus beau porphyre, tous les deux de neuf pieds de circonférence.
D'une cour à l'autre, on monte par des escaliers décorés avec magnificence, la troisième porte le nom de Paradis.
Auprès de l'église est un large escalier de quarante degrés, au pied duquel sont les statues colossales de saint Be^ noit et de sainte Scolastique, sa soeur; cet escalier est couronné dW péristyle que termine une riche balustrade dont les massifs portent quatre bustes antiques. Ce péristyle sert de portique à une cour plus riche encore qui forme le parvis de l'église , il est en colonnes de granit oriental , et à l'entour sont seize niches renfermant les statues des bienfaiteurs du couvent, parmi lesquels figure Charlemagne.
^ Trois portes magnifiques ferment cette église. Celle du milieu vient de Constantinople. Le moine, avec une sorte d'orgueil, m'y fit lire, en lettres d'argent, les noms des terres, châteaux et villages autrefois dépendans du monastère.
L'intérieur de l'église est richement orné. Marbres, sculptures, peintures, arabesques , tout y abonde ; son ensemble a quelque chose de magique, surtout à la chute du jour. Les colonnes de la nef sont de granit oriental.
J'y vis l'orgue si vanté pour le fracas de ses tonnerres et les fanfares de ses trompettes i et les mausolées de Guido Feramosca, dernier prince deMignano, et de Pierre de Médicis, frère de Léon X , noyé au passage du Garigliano. L'architecture de ce dernier monument est d'Antonio de San Gallo , qui le commença en i532« Les statues sont de Francesco, son neveu , et d'un sculpteur, Matteo Quaranta ; Solosmo de Settignano le termina en i334-
Nulle part je n'ai vu des archives aussi bieÀ logées et aussi bien tenues. Elles remplissent trois grandes salles, dans lesquelles sont des peintures fort belles , et un grand nombre de diplômes originaux , dont le plus ancien date de 884 1 ®^ vient d'Ajon , prince de Bénévent. En tête de chaque diplôme, une miniature représente le prince couronné assis, le sceptre à la main, ou debout, avecl'épée et le bouclier» et environné de soldats et de moines.
C'est là que je vis la belle chaise de marbre rouge antique, artistement travaillée, et trouvée à Mintumes dans le dix -septième siècle. La partie sur laquelle on s'assied est percée circulairement et entaillée sur le devant, comme celle d'un semblable siège que l'on voit au musée du Louvre, et qui vient, je crois, de Rome. U servait a l'usage des bains et il a été, mal à propos, le texte de conjectures ridicules au sujet de la papesse Jeanne et de l'installation des papes. Le musée, trèsriche, possède l'un des meilleurs ta* bleaux de l'Albano et un Christ en ivoire , morceau très-estimé de l'école florentine. La bibliothèque renferme plus de dix-huit mille volumes.
L'église souterraine (PI. 78), dite Tugurio , consacrée à saint Benoît et à sa sœur, dont les restes y reposent, olfre des peintures de Marc de Sienne, au-
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ABRUZZES, POUILLE, GALABRES, bVc.
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jourd'hui fort altérées par l'humidité.
C'est là que, pendant l'hiver toujours ▼if et piquant sur. cette montagne , les religieux viennent officier. Le Tasse , allant à Rome recevoir le triomphe et y trouver la mort, séjourna quelque temps au mont Gassin; il descendit dans cette église pour y vénérer saint Benoit , auquel il avait une dévotion particulière.
Le moine me fi t voir encore l'empl acementdelatourqu'avaithabitée saintBenott ; une chapelle inférieure, ornée en mosaïque, passe pour avoir été sa cellule.
J'allais dire adieu au moine, lors-
qu'il m'engagea à accepter ma part d'un succulent repas, composé de poissons exquis et parfaitement apprêtés , qui me prouva qu'au moins ces bons ' pères savent faire une chère délicate , après quoi je redescendis à San Germano, non sans plus d'une fois avoir admiré le point de vue que Ton découvre, lorsque, placé sur les rochers escarpés de la route tortueuse qui mène au monastère, on plane sur les beaux vallons dans lesquels serpente le J?a* ^iJo, divisé et subdivisé en mille canaux qui arrosent les riches possessions de l'abbaye.
ABRUXESS, VOIFI&&S, OA&ABRSS, etc.
( Cet article nous a été commoniiiaé par M. P**'. )
Ne pas comprendre les Abruzzes, la Pouille et les Calabres dans un panorama de l'Italie, est une lacune que laissent fréquemment à leurs voyages MM. les touristes, et autres amis de la belle Italie , lorsqu'ils viennent se réchaufier à son soleil étincelant, et fouler sa terre chargée des riches dépouilles de deux Ages , pères de deux civilisations diverses et de tout ce que les arts produisirent de plus grandiose et de plus séduisant. Cette lacune nous l'éviterons , et c'est pleins du désir de la combler que nous allons conduire nos lecteurs dans le comté de Molise d'abord , pour ensuite le guider au travers du sol pulvérulent , mais éminemment fertile, de la Pouille, et des verdoyantes et pittoresques Galabres.
Patrie des Samnites, le comté de Molise (dans lequel on entre lorsqu'on laisse , à la distance de quelques lieiies seulement, l'heureuse Campanie)^ contraste d'une façon aussi douloureuse N.
qu'étrange avec cette province , la plus belle du royaume de Naples. Aride, sombre et labouré, ou plutôt crevassé par les volcans, qui en i8o5 encore, enlevèrent vingt mille de ses habitans, son sol , brûlant comme celui du Vésuve, dit au voyageur qui vient l'explorer : là vécut jadis un peuple que put seul anéantir la colère de Rome, et qui ne disparut, après la guerre sociale , que parce qu'il fut sans clémence ainsi que sans justice. La confédération des Samnites existait dans le comté de Molise , dont Isemia , dans laquelle nous entrons , était la métropole, comme Philadelphie l'est des États-Unis; mais passons, sans trop nous arrêter , parmi ces ruines encore fumantes, et, poursuivant notre chemin parmi les décombres gisans à chaque angle de ses rues et de ses places publiques, pénétrons dans la première des Abruzzes , aussi riante qu'est triste le comté de Molise.
La nature n'a pas moins doté l'Italie de ses beautés que les arts , dont elle possède les plus riches monumens , et c'est pourquoi elle est, par excellence , le pays des contrastes et des prodiges. Voyez comme, au sortir du sol désastreux d'où nous sortons , tout change autour de nous! Le ciel se nuance des plus éclatantes couleurs , l'air s'épure, et se dégage des vapeurs de l'hydrogène carboné qui abonde autour des volcans, l'horizon se dessine en longues lignes ondoyantes, d'où surgissent les pics , les cônes , les dômes , aussi vastes quimposans des montagnes. Nous traversons une mer de sables qui , en hiver, se change en mer de glace ; mais après avoir franchi il Piano délie sette mille, « Plaine des sept milles, » naguères encore si redoutable par ses brigands , nous entendons le chant des oiseaux , et voyons jaillir des rochers environnans des eaux limpides, et bientôt apparaît à nos yeux la ville , berceau du poëte qui , après Virgile, chanta le mieux l'amour , et ce nom ne dit-il pas tout ce que les Abruzzes ont d'inspirateur, dans Ovide qui les a illustrées et les invincibles Samnites qui furent ses concitoyens !
Sulmone, où nous entrons , dit tout cela à l'œil du voyageur. Entourée de monta£;nes, comme Rome l'est de ses sept collines, l'aspect en est mélancolique, mais elle est arrosée par des eaux abondantes, et couverte ça et là de peupliers qui bruissenL sous l'aile des zéphyrs, et courbent leurs têtes gigantesques et pyramidales. On sent qu Ovide a dûnaitre en des lieux qui, eux-mêmes, sont pleins de contrastes et de poésie. Popoli, bourg obscur et malpropre, apparaît après Sulmone , mais le dispute à cette ville pour sa situation , ime des plus pittoresques, non-seule-
lement de 1 antique Samnium^ mais de tout le royaume de Naples : l'âge antique s'y groupe au moyen, et si la patrie du chantre de Y Art à^ Aimer nous a rappelé l'un, Popoli rappelle on ne peut mieux l'autre. On dirait que l'Arioste est venu s'y inspirer de ses souvenirs les plus chevaleresques, ^ après que son devancier s'y est inspiré de ceux de la galanterie romaine, et les débris des manoirs qui parsèment cette solitude où Ton n'entend que le bruit des torrens et les cris des aigles, accusent la présence de plus d'un chevalier , jadis le féodal tyran d'une contrée fameuse. Là Pescara, aux ondes limoneuses, comme celles d'un des fleuves de l'enfer mythologique , gémit entre les roseaux épais debout sur son rivage, f^le nous annonce l'antique Theate, actuellement Chieti^ métropole des Abruzzes. Hâtons nos pas, et bientôt nous saluerons cette moderne métropole , après avoir salué l'antique.
Aien n'est plus beau que la vallée profonde à l'abri de laquelle on arrive à cette ville ; dominée par la Majella , dont le sommet est couvert de neiges perpétuelles , le tableau qu'elle oflre aux regards du voyageur est un paysage digne du Guaspre ou de Claude Lorrain.
Une végétation aussi fraîche qu'elle est touSue sourit aux yeux , tandis que l'odorat est enivré de ses suaves émanations , et c'est après avoir erré parmi des rangs épais d'oliviers qui croissent dans des champs, où les plantes les plus aromatiques foisonnent, que L'on entre dans une cité dont le territoire, comme on voit , est fertile en richesses rurales.
Bien bâtie^ et possédant des palais et des places publiques aussi larges qu'elles sont nombreuses, Chieti compte
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aussi des rues opulentes , embellies par les recherches et les trésors de l'industrie. Ici plus de traces de volcans, et des désastres dont ils ont comblé les vallées ; une population active , autant qu'elle est intelligente, va, vient, retourne, circule, et se montre, au jour naissant ainsi qu'à son déclin , dans des murs qui renferment un presidio on préfecture, et des tribunaux de première et seconde instances. Empreinte de plus d'un usage français, qu'elle prit lors de la présence de notre armée dans ses murs, cette population est à coup sûr une des plus civilisées du royaume de Naples, et pourtant, malgré toutes ces causes de civilisation et de bonne police , surgissent souvent encore sur. son territoire des brigands, dont il semble que la race homicide soit indestructible dans ces belles et fécondes contrées. Là, les F'ardarelli ont, entre autres, long -temps exercé leurs rapines dévastatrices , et ce n'est qu'après les efforts incessans et courageux du pouvoir, que ces brigands ont enfin disparu.
Au pied de Chieti, où, indépen»
damment d*un préfet , réside un archevêque , est une autre cité qu'on dirait sa fille, mais qui pourtant est beaucoup plus importante, car elle est une des clefs du beau et fertile royaume de Naples qu'elle défend. Cette ville est Pescara^ dont le nom est le même que celui de la rivière qui la baigne à l'occident. Des fortifications à la Yauban , une population uniquement composée de la garnison et de pêcheurs , voilà tout ce qu'on y trouve ; et , malgré cela , il est impossible de voir un site plus magique que celui dans lequel Pes^ cara est placée. Baignée par les eaux douces d'un fleuve, elle l'est encore par les flots bruyans de la mer Adriatique. Son horizon est çà et là semé de mon-
tagnes qui semblent autant de géans escaladant le ciel, et des forêts de pins, jointes à dévastes et opulentes rizières, composent ses richesses agricoles.
Continuons notre exploration des pi ttoresques Abruzzes , en évi tan t tou t efois le rivage de la mer, qui , toujours plat , et privé de villes et même de hameaux, révèle l'indigence au lieu de la richesse. L'intérieur des terres est ce qui nous convient , et déjà les campanilles ou clochers des églises de Lancianoj bourg aussi opulent qu'il est étendu^ signalent le chef-lieu' de la deuxième Abruzze.
En attendant que nous y entriops , parlons un peu des héroïques Samnites, car bientôt nous quitterons le sol où leurs ossemens sont enfouis , et nous aurons occasion de parler d'autres peuples. Divisés en Samnites, Pentri et Irpini^ leur territoire s'étendait de la Campanie à Bénévent. Le Tabumcj mont célèbre dans les Géorgiques de Virgile , les séparait ainsi que le Mateso , dans lequel gronde encore le volcan qui désole leurs descendans. Papirius fut d'abord le consul que Rome leur opposa , et sous les coups duquel tombèrent Sepinum , une de leurs cités les plus opulentes; Murgantîum, Vo^ iacium et Duronium la suivirent, et bientôt tout le Samnium qu'acheva de saccager Livius , successeur de Papirius , ne fut plus qu'un théâtre de désespoir et de ruines. En vain, habiles à réparer leurs pertes , et prompts à se remettre en campagne, les Samnites y reparurent et luttèrent pendant près d'un siècle contre leurs oppresseurs; ilsdurent succomber, etne recueillirent de gloire que celle de les faire passer sousles Fourches Gaudines. Mais,indépendammcnt de cette sorte de pilori auquel ils attachèrent justement leurs vainqueurs , ils leur causèrent la mort
des deux Décius, sans contredit les plus grands de leurs généraux et de leurs plus grands hommes. Rome n'eut pas , dans Gaton lui-même , de meil^ leurs citoyens , et seuls , ils résument le héros d'Utique et celui de Philippes.
Situé dans un territoire non moins fertile que Ghieti , Lanciano est loin cependant d'ofirir au voyageur l'aimable et commode hospitalité de la première de ces villes. Mais comme elle a une foire annuelle à laquelle se rendent la plupart des populations des Abruzzes, félicitez-vous d'arriver dans ses murs en de pareils jours ; vous y trouverez force produits de manufactures indigènes , et surtout des races de ces chevaux napolitains qui , Andaloux d'origine, ne sont ni sans ardeur, ni sans vitesse.
L'agriculture de l'Ahruzze est, en général, la même que celle de la terre de labour, quoiqu'il soit plus difficile au cultivateur de la perfectionner dans l'une que dans l'autre de x;es provinces. Mais les blés , les olives et les vins y sont partout l'objet de ses soins et le triple produit de ses récoltes abondantes. De grands bœufs blancs , aux cornes immenses , tels que l'étaient ceux que ses antiques devanciers livraient aux pontifes pour les sacrifices , traînent la charrue , comme elle est traînée par des chevaux dans la fertile Neustrie. Unerace de moutons, hauts sur jambes, tels que le sont ceux de la Lombardie , pâture en ses champs , et ne vaut pas , à beaucoup près , cdle plus petite dont bientôt nous verrons d'innombrables troupeaux en Fouille. Le gibier abonde aussi dans les Abruzzes, ainsi que le poisson de mer et de rivières, si bien que rien ne manque à Thomme dans ces contrées privilégiées du ciel , s i ce n'est plus d'instruction et de meil-
leures lois , que les princes sans doute lui donneront un jour.
Mais nous ne laisserons ni le comté deMolise, ni les Abruzzes, sans parler des costumes pittoresques de leurs rustiques habitans (PL 83). Tout grossiers qu'ils sont, etfaitsd'unelaine indigène tramée sur des métiers dont un art élémentaire a seul croisé et recroisé les fils , s'ils ne brillent pas par leur tissu , il n'en est point ainsi de leurs couleurs , toutes éclatantes , ni de leurs formes , remarquables par leur ampleur. Ghose singulière , et que l'on aurait de la peine à croire si elle n'avait le caractère irrévocable de l'évidence ; celui de la femme du comté de Molise se compose d'abord d'une coiffure que l'on dirait empruntée aux antiques prêtresses dlsis, puis d'un corset largement évasé , auquel se rattachent des manches bouffantes par le haut, et qui sont retroussées par le bas ; un tablier festonné se déroule audessous, et recouvre une jupe immense que borde un triple rang de rubans de couleurs variées.
La bure, avec laquelle la robe est faite , est souvent rayée ; des chaînes d'or, et autres bijoux , parent celle qui la porte , et tout dans elle , malgré l'indigence rustique , annonce l'aisance et le contentement. Quant au contadino , ou paysan , malgré le drap grossier dont il est vêtu , la recherche ne s'y fait pas moins remarquer dans les omemens et les bordures. L'habit est long , carré ; le gilet large , galonné ; les culottes et les bas d'une couleur uniforme , et le chapeau ordinairement serré par un ruban pourpre. Aien de plus pittoresque qu'un semblable costume , dont l'origine est bien certainement antique, tant pour la femme que pour l'homme, mais qu'éclipse, par sa recherche et sa richesse.
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celui de la femme de l'Abruzze ultérieure.
Quelle que soit en elFet la somptuosité des Yéte^lens des dames de Londres et de Paris , il est difficile qu'ils aient (du moins quant à la forme) plus de recherche et d'opulence. Sous une coiffure faite d'un tissu aussi ample qu'il est léger , élégamment brodé et festonné , se dessine un riche corset dont les manches boudantes sont attachées par des noeuds de rubans roses à la robe qu'il surmonte. Une grande jupe aurore flotte en plis ondoyans , et dessous, un tablier blanc empreint d'une large bordure brodée, achève l'ensemble du vêtement. De longs et larges anneaux d'or pendent aux oreilles de l'opulente paysanne ; et , douée qu'elle est d'une haute stature, son aspect n'est pas moins agréable qu'il est imposant.
Il serait difficile en effet de trouver (si ce n'est dans Ja Lombardie dont nous parlerons plus tard), dans les femmes des provinces du royaume de Naples, des formes plus nobles et un plus beau sang! Et pous attestons, à cet égard, le pinceau des Scheffer et des Delacroix , qui se sont complus à les peindre. Mais que sont-ils auprès des habitans de Badessa, leurs voi« sins!
Albanais d'origine, et venus dans l'Abruzze depuis plusieurs siècles , la femme est colossale, ainsi que l'homme, et douée d'une de, ces figures grecques faite de l'ovale le plus régulier; elle porte une longue tunique sur un jupon brodé comme l'étaient les yétemens des Héraclides, tandis que l'autre en potte une courte que retient une large ceinture. Des croix , un amas de bijoux, ornent le sein de la femme, et un yatthagan, ou large poignard, la poitrine de l'homme. Un long sabre, N.
un long fusil, des pistolets, complètent cette armure^ qui brille sous un vêtement , mélange informe du costume des Grecs antiques et de ceux de nos jours. Un large bonnet , entouré d'une épaisse fourrure, s'arrondit sur la figure pleine d'expression et d'ardeur de ce fantassin, errant par monts et par vaux, et qu'emploie le seigneur des lieux qu'il habite à la garde de ses bois. Tel est r Albanais de Badessa.
Mais il est temps de nous diriger sur la PouiUe , féconde en oppositions de terrain, différentes en tout de celles qu'offrent l'Abruzze , et d'y aller puiser de nouvelles émotions.
Rien ne ressemble moins, en effet, à la première de ces provinces que celle dans laquelle nous aUons entrer; mais nous n'en goûterons que mieux le plaisir des contrastes.
Après quelques jours de trajet au travers de montagnes^ les unes arides, les autres fécondes, mais toutes vastes, hardies, imposantes, intersectées de vallées aussi variées dans leurs formes que fertiles en paysages ravissans, nous voici parvenus à l'antique JEqua^ tuticum, citée, non -seulement dans l'itinéraire d'Antonin, mais dans le sixième livre des lettres de Gicéron à Atticus, et le huitième de Virgile; elle nous annonce à la fois Luccria et Fog^ gia villes , toutes deux importantes de la Fouille, .et même Ttvya^ qui, placée sur la dernière éminence de l'Apennin expirant, n'a de célèbre que son nom.
Ces belles contrées n'ont point d'hiver, et l'on est en droit de les doter, sans hyperbole poétique, d'un éternel printemps. A l'époque où nous les saluous, il s'offre à nous dans toute sa grâce et sa magnificence ! Arrivés dans Lucera , nous nous retrouvons sur le sol désolé des Samnites, qui là, virent
se consommer leur infortune : car Pontius , leur général , qui fut pour eux ce que Camille fut pour les Romains , f subit à son tour le supplice qu'endurèrent ces derniers dans la vallée de Caudium. Singulier autant que malheureux destin ! Lucera, située dans un territoire inépuisablement fertile, se l'eleva de ses ruines; mais Taïeul de l'immortel Julien , l'empereur Constance et les Lombards, les plus féroces des barbares , la détruisirent de nouveau, et depuis ce temps elle n'a pu recouvrer sa splendeur passée.
Charles II d'Anjou , roi de Naples , a doté Lucera d'une cathédrale bâtie des décombres de la cité des Samnites, et bien que frustes , une foule de statues, que l'on trouve encore parmi ces décondbres , attestent l'art étrusque et campanien, qui a plus d'un rapport arvec celui de la vieille Egypte.
Voici la ville où mourut le vainqueur inhumain de la maison de Souabe, et Foggia, dans laquelle nous entrons^ console de sa mémoire sanglante par le tableau aussi riant qu'animé qu'elle offre aux regards du voyageur.
Assise au milieu d'une plaine de vingt milles d'étendue ^ située entre la mer Adriatique et la mer Méditerranée, et l'entrepôt des denrées, tant exotiques (Ju'indigènes, du royaume de Naples , Foggia sourit en effet à l'œil de l'amf de l'humanité ; et la foire qu'elle tient dans l'été a pour objet d'écouler la foule de produits agricoles qu'elle renferme dans ses murailles : toutes les populations y accourent , et reine pour ainsi dire de la Fouille , elle verse au loin les trésors du commerce et de l'abondance ; en vain le terrain que l'on foule en sortant de ses murs est pulvérulent dans Tété; il n'en est pas moins fertile, et d'innombrables mois*
sons d'épis y surgissent de toutes parts. Des chiens énormes sont les gardiens de troupeaux immenses , et tout annonce sinon l'opulence , du moins une aisance , garant du bien - être de ses habitans. Véritables transhumantes , les moutons , qui tels que les flots écumeux de la mer recouvrent son territoire , la quittent dans l'été pour aller pattre sur les Apennins , et reviennent , au printemps et dans l'hiver, engraissés par la lavande et le thym dont ils se nourrissent dans les montagnes.
Nous voici foulant à chaque pas le sol des héros , tant du moyen que de l'ancien âge. A peu de distance de Foggia est Manfredonia , dont le nom rappelle le digne et malheureux rejeton du fier Frédéric II , et nous saluons à la fois et ses murs et les raines de Sipuntum , cité fondée par Diomède , à son retour du siège de Troie.
Manfredonia est bien percée et commerçante , sinon autant que Foggia , mais à proportion de sa population de moitié moins grande que celle de cette dernière ville; Diomède, surnommé le bâtisseur de villes, construisit Sipuntum auprès des ruines de laquelle s'élève le Monte Gargano , où Saint- Ange, célèbre par les pèlerins nombreux qui y allaient visiter un des premiers sanctuaires de la catholicité.
Rentrés dans la brûlante plaine de la Fouille, nous allons l'explorer sur ses points les plus importans ; et Cai^ nés , où Rome fut à la veille de périr à son berceau par its mains d'Annibal , va fixer pendant quelque temps nos pas.
Campo del Sangue^ où Champ da Sang, tel est le nom que porte encore de nos jours Cannes et son territoire , si douloureusement célèbre; nous j arrivons, et décrirons succinctement le combat qui ne lui a que trop bien mérité cette épithète. ^
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Re|)réscntez-Tous une plaine im- sous Varron, peut empêcher leur perte,
mense, unie et rase, tel que Test le plancher d'un salon , et que sillonne seulement de ses ondes indigentes et paresseuses TOffanto, qui seul la divise et ne l'arrose qu'imparfaitement. Aniiibal,le plus rusé, en même tempe
est mortellemetlt blessé , et quelle que soit la valeur des légions, leur dévouement et le brûlant désir qu elles ont de faire triompher Rome et la «vengei^ de la moi't de Fun de ses plud grands citoyens : vdins efforts ! un piège hor-»
que le plus intrépide des capitaines de rible leur est tendu par Annibal, qui.
son temps, n'a que cinquante mille hommes à opposer à Rome, dont Tarmée en compte quatre - vingt mille; mais son expérience, sa duplicité , sa valeur, lui sont un garant que Terrert" tius Varro^ qui commande ses ennemis, doit succomber aux embûches de son
avec le vent qui lés aveugle , va rendre infructueuses tant de vertuâ et de bravoure !
Au milieu même dé Faetion , et pendant que Romains et Carthaginois s achametit tels que des Vautours leâ uns bontre les autres , qui le croirait !
adresse , aux piége3 que lui tend son Annibal prescrit à ciuq cents de ses
génie.
Les deux armées sont, aux premières clartés d'un beau jour, déjà rassemblées sur le théâtre du duel que vont se livrer, d'une part, la maîtresse des mers , de l'autre la maîtresse de la terre, et Annibal voit d'un œil satis-
Numides de cacher leurs armes souè leurs tuniques , feindre de déserter sed rangs et de se présenter aux Romains, « tels que des transfuges qui viennent se réunir à eux , las qu'ils sont de servir Garthage, prodigue de leur sang, et qui n'acquitte par aucune récompensé
fait queVarron accepte la bataille dans celui qu'ils otit déjà versé pour elle. »
le lieu même où il a su si adroitement l'attirer. Un vent , dont le nom peint toute l'impétuosité , le uutturne s'élève , ainsi qu'il l'a prévu, sur la plaine aride et brûlante ; il enveloppe les Romains de sa poussière subtile et cuisante ; il le tourne contre eux , et cet auxiliaire
Leur air indigné, et jusqu'aux larmed qu'ils feignent de répandre , trompent les Romains qui les reçoivent parmi eux; mais que font les faux déserteurs^ ils ouvrent avec leurs dagues , jusque-là cachées , les flaUcs des chevaux de la cavalerie romaine , et, privé qu'est Var-
puissant,quele ciel semble lui envoyer, ron d'un nombre considérable^de ses,
jugé faible par Varron contre ses légions jusqu'ici indomptables , est ce qui doit assurer à son rival la plus brillante comme la plus sanglante des victoires.
Les armées s'ébranlent , Varron fait passer le fleuve à ses troupes , et bientôt elles sont en présence des Gaulois, des Espagnols et des Numides, qui composent l'armée carthaginoise.
O fortune ! tu trahis les Romains dès les premiers coups que leur portent leurs adversaires ; Paul Emile, le seul homme qui , consul et commandant
cavaliers au moment où les Numide^ débordent ses ailes de toutes parts , il donne en frémissant le signal de la retraite pour sauver au moins le peu de Romains qui lui restent.
Paul Emile, deux proconsuls, vingtneuf tribuns militaires, plus de quatre-vingts sénateurs et soixante -dix mille hommes meurent à cette bataille, tandis que , dans les rangs carthaginois , il ne périt que quatre mille Gaulois leurs auxiliaires, et quinze cents Africains ou Espagnols.
Mais laissons cet' horrible champ dé
carnage, dont les ossemens semblent teurs normands
' encore se dresser pour accuser les deux ambitions les plus funestes à l'humanité dans l'ancien âge : rambition de Rome et celle de sa rivale , et saluons en passant , pleins d'amour et de respect , les restes du palais de cette opulente Apulienne qui reçut et sauva si généreusement ce que comptaient de plus illustre les débris de l'armée romaine. Busa , femme sublime et courageuse ! ton nom, que nous a transmis Tite-Live , fut digne des honneurs que Rome reconnaissante te rendit lorsqu'elle vit rentrer , grâces à toi , dans 3es murs une foule de jeunes hommes, çnfans de ses plus dignes patriciens auxquels tu prodiguas tout, trésors, ▼étemens, et surtout ta bienfaisante et touchante pitié.
Après Cannes, Yenosa, autrefois Venusium, se montre à nos regards.
Là , respira l'auteur de VArt poétique , le chantre de la philosophie et des grâces ; c'est là que fut son berceau , d'où semblent s'exhaler encore les vers, doux interprètes de son âme. Les Grecs eux-mêmes n'eurent pas de poëte plus suave, plus pénétrant ; il s'élève dans l'ode aux immenses hauteurs de Pindare , tandis que dans ses épttres il descend au langage le plus facile et le plus intime.
Barletta va nous consoler des champs de Cannes. Cette ville, où l'on entre au retour de notre excursion , est sans contredit une des mieux bâties du royaume de Naples. Larges, bien pavées, ses rues répondent aux palais et aux églises qui les décorent , tout annonce l'aisance , si ce n'est l'opulence dans ses habitans; son architecture est de la renaissance ; ^lle dut cette splendeur aux princes de la maison d'Arragon, successeurs 468 princes angevins, et aux domina-
L'intrépide Maînfroy y tint les états généraux de son royaume pour s'arracher à la détresse dans laquelle il était ; mais ses efforts furent sans fruit. Le seul monument remarquable de Barletta est la statue colossale en bronze que l'on voit adossée à l'un de ses palais ( PL 79 ) , et que les uns disent être Raçhis , un des rois lombards qui opprimèrent l'Italie au lieu de la faire fleurir , mais qui est bien reconnue pour être un Héradius.
Aussi mal dessinée que mal posée, cette statue est ignoble et sans grâce, et la croix qu'elle tient dans les mains et qu'elle semble montrer au peuple de l'antique Bardulum , assemblé autour d'elle , loin de lui imprimer de la grandeur , ajoute encore à son manque de dignité.
Trani , distante seulement de six milles de Barletta , fut , dit-on, bâtie parTirennius, fils de Diomède ; agrandie et ornée par Trajan , qui lui donna le nom de Trajanapolis , elle rivalise avec Barletta d'élégance dans la construction de ses maisons et de ses places publiques. Le commerce considérable qu'elle fait en blé , ainsi qu'en sel, est la source de son aisance. Sa cathédrale est un gothique- saxon , et date au moins de six siècles ; elle s'élève au delà de son port exigu et de peu d'utilité. Quant à son château , dramatiquement célèbre^ on le cite surtout par le supplice qu'osa y faire endurer, au fils du doge de Venise, Tiépolo , Frédéric II , qui le fit pendre à la vue même des galères de la république !
C'est encore à Trani qu'eut lieu le grand duel de douze Français de l'armée du duc de Nemours , et de douze Espagnols de celle de Gonsalve de Cordoue , dont il ne resta que six Espagnols et quatre Français.
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SouteDir Thonncur de leur pays fut le seul sentiment qui guidait ces braves en champ clos lorsqu'ils y furent chercher la mort, et les quatre Français qui y surgirent se firent tellement remarquer par leur bravoure, qu'on les vit se faire un rempart des corps de leurs généreux coursiers tombés à leurs pieds, plutôt que de rendre leurs armes.
Bisceglia^ autrefois Vigilium^ parce qu'elle servait de sentinelle au camp des Romains du temps de Pyrrhus, et Molfetta , sont deux villes opulentes que Ton trouve au sortir de Trani; mais Molfetta l'emporte sur sa voisine, car elle est une des plus commerçantes de la Fouille et ne le cède qu'à Bari , sa métropole, pour la richesse de son territoire.
Piscosi mœnia Bari, ville poissonneuse, disait Horace, de cette cité peu distante de Yenusium sa charmante patrie, et Bari est célèbre à plus d'un titre.
Un catapan, ou vice-roi des Grecs du Bas-Empire, y fit long-temps sa résidence au nom de l'empereur son mattre ; et quand de simples gentishommes normands, fils du sire de Hauteville, l'en chassèrent, pour se fonder un trône dans la Fouille, Tancrède et Boëmond, l'un illustre dans les Annales dramatiques de France , et l'autre dans l'épopée du Tasse , régnèrent dans une ville où l'on croit entendre encore retentir leurs noms héroïques'. Bari a une population analogue à l'inépuisable fertilité de la Pouille, et sa cathédrale se fait remarquer par le plus haut clocher de toute la contrée. L'église de Saint-Nicolas renferme une chapelle souterraine tellement pittoresque et saisissante , que nous nous sommes empressés d'en reproduire l'effet aussi neuf que piquant dans la FI. 80. Des myriades d'oliviers, N.
au feuillage pAle et décoloré, ombragent de toutes parts les environs de cette ville animée et commerçante ; mais la monotonie de leur teinte grisâtre est agréablement coupée par le vert éclatant des orangers, des citronniers, qui marient leurs rameaux à leurs troncs épais et noueux. Ces ombrages sont on ne peut plus secourables au voyageur sous un ciel tout de flamme , et ce n'est que là qu'il trouve la fraicheur aussi douce qu'elle est rare : ils s'étendent à perte de vue, et l'on en est couvert jusqu'à Polignano et Monopoli j ville riante que l'on croit être l'antique Ëgnatia ou Egnaticulum^ jadis cél^re dans l'Apulie. Chaque bourgeois des champs recueille ici plus de salmes d'huile que celui de la Gampanie , quelque féconde qu'elle soit en pampres , n'en recueille de vin. Mais il est temps de nous diriger vers' Brindisi ( FI . 80 ) , autrefois Brundusium , avan t d'aller plus loin; car cette ville, qui jadis eut tant de retentissement d^s le monde romain , est empreinte de ses plus puissans souvenirs. De là , continuant notre pèlerinage jusqu'à la grande Grèce, nous atteindrons le terme de notre excursion.
Au bout d'une route, tantôt riantcf parce qu'elle est fleurie, et tantôt importune parce qu'elle est poudreuse , apparaît Brindes, où Rome tout entière se transporta , pour de là se ruer avec ses légions , Pompée , César, et son sénat divisé, dans les plaines de Fharsale , d'où elle ne surgit que pour subir le joug du plus dangereux de ses citoyens. U en est des villes comme des individus , et souvent leur seul aspect suffit pour exprimer aux yeux du voyageur intelligent les vicissitudes qu'elles éprouvèrent. Triste, et n'offrant que des ruines , de ce nombre est celle où nous entrons , fameuse à la fois par ses
gloires et ses misères.
Une colonne Barletta, Trani et Bar! métne, et placée
colossale est d'abord ce qu'on y aperçoit , puis des maisons d'où s'élancent des toufies de palmiers au feuillage toujours rert ; des dômes , des clochers^ se groupent à ce tableau architectural , et suffisent pour le rendre imposant et grandiose. Brentus^fils d'Hercule , fut^ dit-on 9 le fondateur de Brindes , od deux collines, séparées par une étroite Tallée i s'élevaient pour en rendre Tintérieur aussi pittoresque qu'il était raste. Deux temples, l'un dédié à Apollon et l'autre à Diane sa sœur , y brillaient à Tenvi^ et c'est dans la place qu'occupait ce dernier que s'élère de nos jours la cathédrale bAtie au douzième siècle par Roger, d'abord duc, et ensuite roi de Sicile. Indépendamment delà colonne, haute de soixantcrtroîâ
entre les mers Adriatique et Ionienne, Lecce possède, indépendamment de son territoire , aussi fertile qu'il est vaste , des rues larges , aérées , bien payées, et , entre autres monumens , un clottre appartenant à un ancien couvent de dominicains que Ton s'empresse de voir, tant l'efièt en est saisissant et l'aspect grandiose ! Une place publique ft'y fait aussi remarquer par une Statue du despotique Philippe II , ainsi qu'un vaste marché , dont notis donnons le tableau à la 8i*. de nos plaùches. L'olive , l'orange , le safran , la plante dit tabac, croissent en abondanèe autour de cette ville, et elle doit les édifices , aussi solides qu'élégamment tonstruitsdont elle s'enorgueillit, au tuf, qtii porte son nom , pierre aussi dure qu'elle est
pieds, de laquelle nous venons de par- abondante. Ce fut dans cette ville que 1er ^ deux autres, du fut le plus élégant descendit Auguste , alors Octave, lors-
et du marbre le plus pur , brillent k l'entrée du port, jadis rempli des tri-^ rémes romaines. Virgile y mourut ^ Agrippine y rapporta les cendres de GermanicuS , et Cicéron qui y promena sa cruelle incertitude, alors qu'il attendait les sanglans résultats de Pharsale, apparaissent successivement dans ces murs> où l'on croit encore les voir errer.
Au sortir de Brindes, fouler le sol de l'antique Japigie , à laquelle un fils de Dédale donna son nom, est l'espace qui nous reste à franchir avant de quitter 'la Pouille. Lient célèbres qui réveillent , comme on voit , les plus grands et les plus touchans souvenirs , Virgile les chante au troisième livre de son Épopée , et Lictius Ido^ meneus^ un des héros vainqueurs dé Troie, fonda, dit-on, la cité dans laquelle nous entrons^ après un trajet aussi rapide qu'il a été riant.
Plus splendide encore que ne le sont
qu il accourut d'Apolonie à la nouvelle de l'assassinat dé César , qui lui laissa le monde pour héritage; Godefroi^ un des douze fils dû sire dé Hauteville , en fit bitir la cathédrale au douzième siècle. Tancrède^ im de ses descendans, y naquit , et Frédéric II , prince aussi célèbre que malheureut, y fut élevé et la gouverna long -temps. Nous ne Sortirons point de Lecce sans prévenir nos lecteurs , qu'éloignée de la mer à une distance considérable , elle n'est point Tantiqtiè SdeUte qui existait, selon toutes lés probabilités, auviUage appelé Soletta\ près des ruines d'-fl^druritvan et de MonopoU. Mais il est temps de nous rendre à Otradte , cité qui, non moins illustre que celle où nous sommes , ùoiîs ihvite à la visiter.
Au fond de la plus belle des Péninsules , lieu vulgairement appelé le Ta^ Ion de la Botte ^ c'est là que s'élève Otrantej tellement proche de l'Epire,
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que non-seulement on en voit le rivage^ mais que Pyrrhus y voulut faire construire un pont qui aurait joint la Grèce à l'Italie : nous y entrons au jour naissant , et n'avons qu'à nous féliciter de la plus flatteuse et douce des visites.
n est peu de villes qui soit plus illustre qu est Otrante, appelée jadis du nom grec dHIydrus ou Hydruntum^ à cause des sources qui surgissent limpides sur son territoire. L'illustre secrétaire de Théodoric , Cassiodore , lui donne encore celui de Tyr des Italiens , ensuite de l'innombrable quantité de murex que nourrit la mer qui baigne ses murailles , et l'on sait que ce coquillage teint les étoffes du pourpre le plus tif. Onze stades suffisaient à peine dans ces temps à faire le circuit de l'enceinte d'Otrante, que protégeaient cent tours dont on voit encore les restes dans notre Sa'', planche. Mais tombée depuis ce temps du faîte de la gloire, le moyen -âge sonne le glas funèbre de sa mort , et Mahomet II , que ne craignirent pas de soulever contre elle et Venise et Florence , jalouses de sa fortune ^ après l'avoir fait assiéger par Géduc , un de ses hachas, l'ensevelit sous ses ruines, et depuis ce temps Otranté n'eut pour se consoler de sa chute que' les richesses rurales de son territoire , lui des plus fertile de Tltalie. La vigne s'y marie au peuplier, le caroubier au palmier gigantesque , et l'on y voit briller ensem- Ue, et la tégétation de l'Europe et celle de TAsie ; mais la Grèce , sa voisine j se restaure^ Athènes se reconstruit , et les jottrs de prospérité reviendront peut-être. Toutefois n'oublions pas, avant de quitter cette ville , un trait de courage de l'un de ses défenseurs , digne de figurer à côté de celui des Décius et de Régulus«
Marco était le nom de ce citoyen ; il commandait dans la cité quand Géduc en faisait, au nom dq Mahomet, le siège. Déjà une grêle d'immenses boulets de pierre avait presque écrasé Otrante, et tout annonçaitqu'elle allait succomber, quand Géduc en fait demander les clefs au gouverneur par un parlementaire ; mais celui-ci, au lieu de les donner, les jeta dans la mer, et dit au député d'aller porter cette nouyelle à son maitre.
Mais, après Otrante, Tarente, dont les rivages sont les plus suaves de tous ceux de ces belles contrées , nous invite à l'aller visiter, gisante qu'elle est aussi dans la poussière : nous nous rendons aux vœux de l'illustre veuve , et , passant successivement devant Mandurium , Tune des métropoles de l'antique Messapie, et Monopoli , riante ville moderne, nous entrons dans ses murs aussi humbles de nos jours qu'ils étaient jadis superbes.
Reine de l'Italie, avant que Rome surgit , pour l'opprimer et en agrandir la gloire, Tarente était majestueusement assise aux bords de son golfe , qui le dispute d'étendue et de beauté avec celui deNaples. Tara^ fils de Neptune, en fut le fondateur, et PAa/anfe, jeune héros, envoyé de Sparte, vint en accroître la puissance en y versant le trop plein de la population de sa patrie; depuis ce temps jusqu'aux jours où Rome devint à son tour âorissante, la fortune ne cessa d'ajouter à la gloire comme au bonheur de Tarente. Des temples, des palais, des forums et des théâtres s'élevaient de toutes parts dans son enceinte , et métropole de la confédération des républiques de la grande Grèce, Architas, à la fois poëte, orateur, géomètre, pliilosophe et grand capitaine, non -seulement la gouvernait, mais quand Platon vint le visi-
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ter, il conduisait àla victoire les essaims de fantassins et de cavaliers qu elle nourrissait dans ses murs. Bientôt Rome devint jalouse de tant de grandeur et de tant de gloire , et déjà toute puissante, il fallut, pour la combattre, appeler d'abord Alexandre Molosses , roi d'Épire, et ensuite Thabile et intrépide Pyrrhus, Fun de ses successeurs. Le compagnon de Ginéas fut vaincu par Fabricius; Annibal lui succéda dans sa haine comme dans sa fortune, et Fabius Maximus vengea Rome en étouffant sa rivale. Il l'assiégea et l'arracha aux mains du héros carthaginois, et Tarente vit non-seulement traîner en esclavage trente mille de ses citoyens, mais les monumens de ses arts allèrent, tels que ceux de Corinthc, embellir la ville étemelle; la statue colossale d'or, ouvrage de l'immortel Lisippe, fut de ce nombre, et elle cessa d'appeler l'univers civilisé dans la grande Grèce. En vain les barbares vinrent plus tard venger Tarente en se ruant sur Rome, que telle qu'une victime ils immolèrent ; Tottila Tenlève aux Grecs de Gonstantinople, et Narses à Tottila, sans la rendre plus heureuse, et pour combler ses infortunes dans le moyen-âge , comme Rome les avait comblées dans l'ancien , le roi sanguinaire , qui causa par sa tyrannie les vêpres sanglantes de Sicile, fit peser sur elle son sceptre de fer, sans que rien la soulage de ses disgrâces !
Mais que dis -je ! le Galèse, aux bords duquel Virgile composa plus d'une de ses Bucoliques , et ses coteaux où croissent encore des pampres rivaux de ceux de Falernes , chantés par Horace , lui restent avec son ciel suave , l'air balsamique que sa végétation exhnle, et les innombrables essaims de poissons, tous exquis que lui fournissent tant sa grande que sa petite mer,
et nul n'est malheureux avec de tds trésors.
Nous ne quitterons pas Tarente ■sans rappeler ce qu'en dit Tamant de Lalagé :
Ille terramm mihi praeter omnes Angnlos ridet ; nbi non Hymette Mella décédant, riridiqae ceitat Bacca Yenafro.
Ver nbi longnm, tepidaqne pnebet Jupiter bramas ; arnicas Aalon , Fertile Baccho, minîmam fiilemis Inridet avis.
nie te mecam locos » et beat»
Postniant arces : ibi ta calentem Débita sparges lacryma farillani Yatis amici.
Ce petit espace de terre m*est pins agréable que tont antre pays ; le mont Hymette ne produit pas de meillenr miel , ni Yenafro d^oUves plus délicates ; le printemps y est pretf^ae continuel , et le père des saisons y tempère le froid pendant les hivers ; aussi les vins qu'on cueille dans les environs et sur le coteau d* Aalon, si favorisé de Bacchns, ne le cèdent^ik en rien aux vins de Falerne.
Après unenavigation de vingt-quatre milles d'étendue , faite sur le vaste et tranquille golfe de cette ville , si vous descendez à l'embouchure du Casiento, qui est Tancien Metapontus , là vous touchez au sol qui dispute avec Samos, Philiunte et Tyr, l'honneur d'avoir donné le jour à Pythagore, et vous vous investissez de la magie des plos puissans souvenirs.
Antoine et Auguste, se disputant le monde, vous apparaissent dans ces lieux. L'infortunée et tendre Octa^ie parvint à les y réunir afin de les ré* concilier. Antoine sauta dans un esquif qui était au hord du fleuve, et tandis qu'il le traversait , Auguste vint à sa rencontre dans un autre bateau. Les deux armées des maîtres de la terre,rangées en bataille sur les bords opposés du Casiento , les suivirent à Tarente, où Antoine consentit de se rendre pour convenir, avec son co-
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partageant , d'un plan pour aiTermir et régir l'empire romain, devenu leur hé* ritage.
Métaponte brillait jadis aux bords du fleuve qui lui a donné son nom ; mais l'on ne trouve d'elle maintenant que quelques colonnes d ordre dorique, bien laoins faites pour fixer l'attention du voyageur, que pour rappeler les souve* Jiirs du philosophe qui , de tous ceux de l'antiquité, eut le caractère le plus élevé, et professa la doctrine la plus sublime. Législateur et réformateur de la grande Grèce , c est à lui comme à ses disciples qu'elle dut une illustration dont le monde retentit encore, et des prospé* rites qui , sans l'ambition romaine, auraient éclipsé l'éclat dont Sparte et Athènes jouirent pendant une longue série de siècles. Admirateur des splendeurs de l'univers, le sage ap-> pelait Dieu le grand architecte des choses^ et ses découvertes dans la physique, les mathématiques, jointes à la fondation de sociétés secrètes dans lesquelles les adeptes se formaient aux talens comme aux vertus , ne furent qu'une partie de ses grands et immor* tels travaux. Pythagore reprochait à Homère ses dieux aux passions et aux faiblesses humaines, et ceux de la théogonie d'Hésiode étaient également le juste objet de ses mépris; il n'y a qu'un Dieu, disait*il, et la pluralité de ceux chantés par ces grands poëtes est un outrage à la raison ainsi qu'à ce Dieu lui - même : de sorte que Pythagore était biblique sans le savoir, ou peut-être avait appris dans l'Orient , où il avait voyagé , la théogonie de Moïse. Son demi -urgos est le Jéhova des Hébreux. Il fonda à Crotone ,où nous allons nous transporter, une de ses écoles les plus suivies et les plus célèbres ; un temple hexastyle de cent pieds de long sur cinquante de large, y brillait adossé à un bâti- N.
ment immense , et c'est dans ce dernier que, sur des gradins, assis, une foule d^ jeunes initiés étudaiept , et les jours et les nuits , les lois de l'univers et celles des sciences. Mais il est temps de nous rendre à Héraclée , qui dispute à Métaponte sa gloire et sa célébrité.
Située entre YAcris et le Syris , fleuves qui baignaient ses antiques murailles , Héraclée , dont comme Métaponte il ne reste que la poussière , fut la patrie de Zeuxis, qui y peignit son tableau de Vénus , et l'y présenta à toute la Grèce assemblée ; Héraclée est , comme on voit , une ville aux doux et touchans souvenirs; PaTi^ojia , actuellement Anglone , était peu éloignée de ses murs, et, privés que nous sommes d'en contempler les restes , nous jouissons du moins d'en voir le site enchanteur, et les campagnes aussi vastes qu'el» les sont riantes et fécondes ! L'air y est imprégné de l'esprit des fleurs , et tout y révèle la magnificence de la nature* hefraxinus ornus^ oufréne à la manne, s'y fait remarquer parmi les palmiers , les orangers et les opuntia, et les plaines de Sennaar, où ce fruit médicinal nour^^^ ri tles Hébreux,ne sont pas plusfertiles.
Des débris d'aquéducs , de tombeaux et de colonnes , jonchent à vingt milles de ces lieux le sol de toutes parts t ce sont les ruines de Sybaris, à la fois glorieusement et honteusement célèbre.
Assise aux bords d'un fleuve qui portait son nom, Sybaris^ la plus ancienne colonie des Grecs dans l'Italie, comp-^ tait vingt-cinq cités dans le territoire de sa république , commandait à quatre peuples différens , et entretenait une armée de trois cent mille hommes ; mais ce qui reste de sa puissance, perdue par le luxe , la mollesse , la corruption, n'est qu'un étroit espace d'historique poussière que nous fran^ chissons pour nous transporter dans
celui qui renferme les ruines de Cro* tonc j sa rivale et son implacable ennemie. Nous y arrivons le jour suivant et ne trouvons également dans l'illustre patrie de Tathlète Milon que décombres et que poudre. En vain cberchonsnous encore dans ces belles contrées les traces de Thorium , colonie des Athéniens^ qui mit à profit la belle situation dans laquelle était Crotone, et fut la patrie de Charondas ; nous ne trouvons les cendres de Tune ni celles de l'autre , et la mémoire seule de ce grand législateur, qui se tua pour avoir , quoique involontairement , Tiolé %es propres lois , survit aux lieux qui le virent naître (i). Hérodote Tint dans Thurium lire aux Grecs assemblés la grande histoire , fruit de son expérience et de ses TOjages , et cette colonie fut appelée aux mêmes honneurs dont jouit Olympie.
C'est à huit milles seulement de Crotone qu'apparatt encore de nos jours le cap Colonne; nous ne saurions nous éloigner de Tune sans parler de l'au-.
tre : car ce cap n'a pas moins d'illustration que la cité.
Formé d'un carré long de près ^e cent soixante - quatre pieds de large sur cent quinze de profondeur, le temple de Junon Lacinienne , d'ordre dorique comme ceux de Pœstum , fut bâti sur ce promontoire. Dominant la mer et la terre , il planait pour ainsi dire sur les deux élémens à la fois ; et quoique détruit par le temps, bien
(i) Charondas ayait défenda, sons peine de mort , de se présenter arraé aux assemblées da peuple. Obligé de sortir de Ttiurium pour poursuivre des brigands qui dévastaient son territoire, il y entra et se présenta à rassemblée, sans se rappeler qa*il n*avait pas encore déposé son épée lorsqu'un des citoyens lui dit : Tu violes toi-méroe la loi que tu nous as donnée : je la confirme , répondit-il en tirant son épée , et il se tua dans le même instant.
moins que par les hommes , sa mémoire est vivante encore dans les fastes des arts. Les guerriers , soit qu'ils Tolent à la conquête ou à la défense des empires , n en ménagent pas toujours les monumens ; et celui qui porta le coup le plus fatal i l'un des plus grands sanctuaires de Junon ^ fut Annibal. Les Grecs, qui faisaient partie de son armée , lorsqu'il dut abandonner lltalie pour retourner fugitif en Afrique, ne Vj voulurent pas suivre, et, se retirant dans ce temple , il les y assiégea, les vainquit , et sa yengeance s'étendit jusque sur un monument, l'objet à la fois de la vénération des peuples et de l'admiration des artistes.
Voici Catanzaro , bâtie au dixième siècle, sous le règne de Nicépbore Phocas , qui régnait à Bizance ; Squillace^ que Virgile qualifie de l'épi thète de Nauifragum^ en est peu éloigné, et tout nous annonce Gérace^ sous laquelle gtt l'antique Locres , patrie de Zaleucus , et l'une des quatre républiques , gloire jadis de la grande Gré<:e.
Colonie des Locriens hellènes , Locres ne tarda pas , fille heureuse et superbe , d'éclipser sa mère par une suite non interrompue de longues prospérités; mais elle reçut Denys le jeune, tyran de Syracuse, dans ses murs, lorsqu'il se sauva de cette ville , et fut payé par lui de la plus noire ingratitude, car il la ravagea sans pitié ; les Romains et le temps firent le reste, et Locres subit, conmie ses voisines , le sort souvent attaché à ce qui est grand sur la terre ; elle périt en laissant seulement une faible empreinte de ses traces ; mais fîère d avoir donné le jour a Zaleucus. Jusqu'à ce législateur, les peines , loin d'être proportionnées aux délits envers les coupables , étaient entièrement livrées a la volonté du juge, et tout prescrivait le devoir de
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les déterminer :.il le fit; et Thémis , grâce à son génie , retint ou appesantit avec plus d'équité son glaive sur les têtes des coupables. Zaleucus fit plus, et, non moins -judicieux en matière civile qu'en matière criminelle, il fonda ces tribunaux arbitraux , qui , garans de la paix des familles, en devaient tenniner tous les débats sans avoir bè« soin de recourir à d'autres qu'à ellesmêmes pour assurer le repos et le bonheur des foyers domestiques: enfin, s'élevant des considérations du procès criminel et civil au grand procès politique, il s'efibrça de fonder, ainsi qu'elle existait dans Athènes , l'égalité parmi les citoyens. Que dire de plus honorable et de plus grand sur ce vertueux et véritable philosophe? Dans un code de lois, il détermina d'ime manière précise les peines et les chA- Umens , ce qui n'avait pas encore été fait en jurisprudence chez les Grecs.
Mais de Gérace à Rbeggio, trente milles suffisent pour que nous atteignions cette cité, une des plus belles et des plus infortimées de la grande Grèce; nousy arrivons , et bientôt va se terminer notre pèlerinage dans le plus beau et le plus célèbre pays de la Péniasule italique. Située à l'extrémité des Apennins ( Finis u4pennmi)Kheg'' gio, que fondèrent probablement les Ghalcidiens^ fut renversée de fond en comble, dès l'an 600 de la fondation de Rome; Denis de Syracuse l'assiégea et la prit ; et dans l'ancien comme dans le moyen âge, elle n'a pas cessé d'être en proie, tant aux fureurs de l'Etna qu'à celles du Vésuve, entre lesquels elle est placée pour son malheur. Tôttila lit le trop fameux corsaire Barberousse la saccagèrent l'un après l'autre, e^ sans la beauté de son ciel , la fertilité de son territoire , elle serait encore la plus malheureuse des villes , le trem-
blement de terre de 1784 ne l'ayant pas moins ruinée que Messine.
Prêts à quitter la graiide Grèce aux antiques et doctes souvenirs, tout nous impose le devoir de parler de choses plus récentes, en approchant d'ime ville qui acquit en 181 4 une sanglante célébrité : cette ville est le Pizzo.
Assise aux bords de la Méditéranée que nous longeons depuis que nous avons laissé le détroit au delà duquel est la Sicile, Pizzo, remplie de pécheurs etde matelots, compte à ce titredansle commerce du cabotage qui se fait sur cette mer que Napoléon appelait un lac de France , et révéla dans ses habitans , lors de l'événement que nous allons raconter, ce caractère calabrais éminemment empreint d'ardeur et de violence.
Monarque fugitif, et plein de l'amer regret d'avoir perdu le trône qu'il tenait de Napoléon et des victoires de l'empire , Murât , imitant en cela son beau-frère lui-même, qui s'était ressaisi du sien, résolut, avec un trèspetit nombre d'hommes pris , tant aux environs dé Toulon qu'en Corse , où il s'était caché depuis sa fuite de Naples, de descendre de nouveau dans ce royaume , dans le même but que l'empereur était descendu en France , et apparut tout à coup vers la fin d'octobre 181 5 sur la plage du Pizzo. Vive le roi Joachim ! se mit à crier son escorte, à plusieurs reprises; mais, soit que les habitans fussent ou non prévenus , loin de trouver aucune sympathie en sa faveur , Murât les vit s'armer , courir sur le rivage , et faire feu sur les deux bâtimens, qui seuls composaient sa flottille de débarquement , lesquels prirent aussitôt le large et s'enfuirent. Murât, intrépide quoique troublé par un tel accueil , s'eiibrce, au
travers des balles , de mettre à flot un bateau de pécheur qu'il voit sur la grève, afin de rejoindre ses compagnons infidèles ou timides ; yains efr forts ! il est entouré par une foule furieuse et ^ malgré l'habit de général français dont il est vêtu, les ordres de plusieurs souverains qu'il porte sur sa poitrine, et le panache écla* tant qui flotte sur son chapeau bordé d'uae large broderie , il est traîné dans la forteresse où il parvient , ses vête-* mens en lambeaux, et n'ayant plus même les touflus favoris qui encadraient sa martiale figure ! Des pro* clamatioDs imprimées , d^s lesquelles il traitait d'usurpateur le monarque restauré de Naples , et se disait le roi légitime de ce royaume , furent , dit-on, trouvées sur lui , et ces documens , joints à sa présence hostile, étaient sans doute suffisans pour le faire juger et condamner. Il le fut en effçt, et les ministres de Ferdinand, en apprenant à la fois sa tentative et sa capture » le firent traduire à une commission mil^ taire, dont les juges [avaient presque tous reçu leurs grades de l'accusé qui paraissait devant eux; l'identité fut aisément reconnue , et tandis que Murat , aussi confiant dans sa fortune qu'il avait peu de motifs de l'être , s'attendait \ une fin moins malheureuse, il apprit qu'il était condamné à mourir, Conduit dans la cour du château, et placé entre deux rangs de soldats , la fermeté d'un homme qui, comme lui , s'était trouvé dans une foule de batailles, ne se démentit point; et^ après avoir donné quelques larmes à sa femme et ses enfans , il subit la mort sans souffrir qu'on lui en dérobât l'appareil ; car ce fut lui qui dit aux soldats, en la leur montrant, de frapper à la place où battait son cœur.
Celui qui n'a pas vu le royaume de
Naples depuis que les révolutions politiques , à l'instar de ses volcans , en ont pour ainsi dire secoué , labouré le sol , aurait peine à le reconnaître, tant, même au fond de la Péninsule, dles ont développé , agrandi l'activité' de ses habitans et leur industrie. Métropole de la Galabre citérieure où noos allons au sortir du Pizzo , Cosenza en est la preuve, et, comme tant d'autres, elle laisse apercevoir de plus en plus des traces riantes , du travail et de la civilisation. Dotée d'une préfecture et de toutes les administrations qui s j rattachent, cette ville est, comme la capitale des Âbruzzes, pleine de mouvement et de vie, tandis qu'autrefois, désolée par le brigandage , elle en fut souvent l'asile , et la propriété ni le commerce n'y jouissaient de ce doot ils ont tant besoin, la sécurité et la bonne police. La soie , les vins de plusieurs sortes , et elle en compte d'excellens , des huiles abondantes autant qu'elles sont bonnes lorsqu'elles sont convenablement clarifiées , et surtout le fruit médicinal du frêne à la manne, telles sont les richesses du territoire d'une cité qui joint à ces avantages celui de rappeler au voyageur plus d'un grand et poétique souvenir ; nous citerons le plus imposant de tous.
Vainqueur et destructeur de la Grèce et de Rome, Alario, jaloux de faire endurer à la Sicile le même sort et de la dépouiller comme il avait dépouillé le Parthénon et le Panthéon , dirigea l'innombrable armée des Goths avec laquelle il avait assiégé et pris la ville étemelle sur une lie remplie, comme on sait^ des richesses des arts et de la nature, et traversant les Calabres, il' atteignit sans peine Cosenza qui, timide, ne songeait qu'à lui céder le passage, loin de tenter une résistance inutile , quand tout à coup , et comme par
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une volonté du ciel qui prenait en pitié la terre, le barbare fut frappé de mort. Tel qu'Attila , il succomba sous les coups d'une apoplexie, fruit des ekcès de ses yiolences et de son peu de modération dans les plaisirs. Qu'on juge de la stupeur de son armée à l'aspect du corps inanimé de son chef, qui naguères était plein de force et de vie ! Elle s'arrêta morne et désolée, et s'apprêta à lui faire des obsèques dignes de lui.
Deux torreps qui , dans la saison des pluies , deviennent des fleuves, coulent au pied de la capitale de la Galabre et y mêlent leurs flots errans et rapides ; ils cacheront facilement les restes du sauvage héros, et l'armée résout aussitôt de les y ensevelir. Des myriades d'hommes en détournèrent le course et quand le lit du fleuve fut tqîs à sec , ils y déposèrent respectueusement le cadfàvre vêtu du roi, mêlé aux plus riches dépouilles ; mais à peine placé , les eaux sont rendues à leur cours, et elles dérobent à jamais aux regards des hommes des restes aussi chers qu'ils sont regrettés : telles furent les funérailles d'Alaric.
Parvenus que nous sommes au fond de la Galabre , il nous reste à parler de s^ malheurs, après avoir entretenu D09 lecteurs de sa terre féconde et de son beau ciel , et la narration de ce que lea tremblemens de terre lui ont fait subir d'épouvante et de calamités, est une dette que nous devons acquitter, bien qu'elle soit aussi difficile à remplir que douloureuse! Nous n'avons pas cru, pour cela, devoir exhumer l'antiquité, et remontant seulement au siècle qui a précédé celui dans lequel BOUS sommes, le récit que lecclâ)re père Kircher , auteur du Monde sou'terrain et de plusieurs autres ouvrages, fait du tremblement de i663, et celui N.
ail
que M. de Gourbillon , auteur d'unTé*cent voyage en Sicile, fait de l'épou-r van table désastre qui renversa en 1 784, non - seulement les .Calabres , mais la Sicile , suffisent pour faire voir combien les peuples , placés dans de beaux climats , et dotés de tous les doqs dq la nature et du génie, payent cher ces bienfaits, précieux sans doute, mais souvent aussi dangereux qu'ils sont rares ]
HéeU de Kiroher..
« Le 37 mars i638, au point du jour, nous quittâmes la côte de la Sicile : la mer était extraordinairement agitée et roulait en tourbillons horribles , surtout près des rochers de Scella , fameux par tant de naufrages. Nous f Ames saisis d'effroi; et les plus hardis de nos matelots ne l'étaient pas* moins que nous. Lorsque pous fumes arrivés enti*e Lipari et le cap Vaticanç , j'observai avec beaucoup d'attention Taspec^ de l'Etna et du Stromboli. Ils vomissaient d'énormes masses de fumée , qui » bientôt s'étendant sur l'horizon du côté du midi , dérobèrent à nos yeux non-seulement , les iles de Lipari , mais toute la Sicile. L'hori*eur de cet aspect était encore augmentée par des craquemens souteirains, accompagnés d'une forte odeur de soufre. Ce bruit efr frayant semblait pronostiquer la catastrophe qui se préparait pour Naples et la Sicile. Saisis d'épouvante , nous gouvernâmes droit au cap yaticano , et passâmes près de Stromboli Sans pouvoir la distinguer, parde qu'elle était enveloppée de nuages impénétrables; mais nos oreilles furent frappées par de fortes explosions , et notre respiration fut coupée par Todeur du soufre. Quoique l'air fût parfaitement serein e tranquille , la mer était violemment agitée et bouillonnait : elle paraissait entièi*ement différente de son état naturel. Si l'on veut se faire une juste idée de ce bouillonnement de la mer, il faut se représenter l'effet d'une forte ondée de pluie sur un étang , et les bulles qu'elle y forme. A mesure que nous approchions du cap , ces symptômes effrayans augmentaient et me causaient un
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abattement singulier. J'eus une sorte de pressentiment du malheur qui allait arriver. Dans cette appréhension je fis entendre avec force à mes compagnons que nous étions incessamment moiacés d'une violente secousse de tremblement de terre , et qu'il me semblait prudent de ne pas s'approcher du cap pour n'être pas ensevelis sous les débris des rochers que je prévoyais devoir se détacher du continent , et éti*e précipités dans la mer. L'événement justifia mon pressentiment : car environ deux heures après, ainsi que nous l'apprimes depuis, un énorme fragment de ce promontoire se sépara de la terre et s'écroula dans les flots avec toutes les maisons qui étaient bAties dessus. Nous poursuivîmes toujours notre route , et nous arrivâmes en bonne santé à Tropea , n'imaginant pas que les dangers auxquels nous venions d'échapper sur la mer n'étaient rien en comparaison de ceux qui nous attendaient à terre. Nous fûmes trompés par l'aspect calme de l'atmosphère. J'avais à pçine passé la porte du collège , lorsqu'un bruit souterrain épouvantable, qui ressemblait à celui de plusieurs voitures roulant très-vite , fut suivi d'une secousse si terrible » que le collège , la ville , et le rocher même sur lequel elle est bitîe , se balancèrent fortement. La terre se souleva tellement, que, ne pouvant me soutenir debout , je tombai. Aussitôt que je pus me relever, je courus gagner mon bateau et je mis au large. Le lendemain nous fûmes à la Rochetta^ quoique la mer fût très -grosse; mais lorsque nous descendîmes, les secousses recommencèrent avec tme nouvelle fui'ie, et nous obligèrent de remettre en mer. Nous continuAmes toujours notre voyage pour chercher quelque lieu de sûreté. A peine avions-nous quitté ce village , qu'il fut bouleversé de fond en comble, et tous les habitans ensevelis sous les ruines. Nous descendîmes encore au delà de Pizzof mais alon notre situation fut pire que jamais. D'un côté la mer roulait aussi grosse que des montagnes, de l'autre on ne voyait et on n'entendait que la destruction des villes et villages. Je jetai alors un coup d'œil inquiet vers Stromboli , et
je vis que le volcan brûlait avec une violence extraordinaire, une nappe continuelle de feu le couvrait tout entier : on ne pouvait rien voir de plus horrible. Ensuite un bmit sourd, semblable à celui du tonnerre dans Féloignement y se propageait par les entrailles de la teiTe , en se renforçant continuellement jusque sous nos pieds. Alors ses ébranlemens étaient terribles au ddà de toute imagination ; de sorte que chacun de nous, ne pouvant plus se soutenir, s'accrochait aux branches des arbres.
» Lorsqu'enfin cette affreuse convulsbn cessa , et que nous pûmes nous relei'er de la tombe pour regarder encore nue fob la lumière des cieux , nous jetâmes les yeux vei*s la ville de Sainte-Euphémie où nous voulions nous rendre : mais nous ne vimes à sa place qu'un sombre nuage ; et à mesure qu'il se dissipait , nous distinguâmes, au lieu de maisons et d'églises , un lac fétide. Quoique presque hors de nous par l'étoanement que cela nous causait , nous cherchâmes avec empressement quelqu'un qui pût nous donner des détails sur ce terrible événement, et , après bien des recherches, nous ne trouvâmes qu'un jeune homme assis sur le rivage et accablé de frayeur. Nous le questionnâmes sur le sort de Sainte- JSuphémie : mais nous ne pûmes en tirer aucune reponse ; car la crainte , la douleur et le désespoir lui avaient ôté la parole et glacé l'âme. Ni caresses , ni promesses , ne furent capables de lui an*acher un mot. Anéanti par la douleur, il rejeta avec dégoût les vivres que nous lui présentâmes , et il n'eut que le courage de nous montrer du doigt la place où avait été située ScUnte- Euphéniie, Inaccessible à la consolation , les yeux baissés , et avec l'air d'un homme pétrifié par la douleur, il nous quitta , et s'enfonça dans le bois voisin. Nous continuâmes notre route par plusîeui*s endroits qui n'offraient qu'un vaste spectacle de désolation , et ne ti*ouvâmes , pendant un espace de deux cents milles , que des villes ruinées , et des habitans errans au miliea de la campagne, ou privés de sentiment par la crainte et l'effroi. »
ABRUZZES, FOUILLE, CALABRES, etc.
Bécit de M. de Gourbillon,
« Le 4 février 1783 (i) , au sud*ouest du -village de Saint-Lucide , étaient situés le lac et la montagne de Saint-Jean ; le 5 , le lac et la montagne disparurent ; une plaine marécageuse prit leur place ; et le premier fut porté, plus à l'ouest, entre la rivièi*e Cacacierl , et le site qu'il avait précédemment occupé. Un second lac fut formé le même jonr, entre la rivière d'Acqua-Bianca et le bras supérieur de la rivière Acqua-di-Pesce- Tout le terrain qui aboutit à la rivière Leone, et qui longe celle de Torbido, fut également rempli de marais et de petits ^étangs.
» La belle église de la Trinité , à Mileto, Tune des plus anciennes villes des deux Galabres, s'engouffra tout à coup , le 5 février, de manière à ne plus laisser apercevoir que l'extrémité de la flèche du clocher. Un fait pins inouï encore, c'est que tout ce vaste édifice s'enfonça dans la terre sans qu'aucune de ses parties parussent avoir souffert le momdre déplacement.
B De profonds abîmes s'ouvrirent sur toute l'étendue de la route tracée sui* le mont Laké {Lâche) 5 route qui conduit au village dlërocrâne.
» Le père Agace, supérieur d'un couvent de carmes, dans ce dernier village, était sar cette route au moment d'une des fortes secousses. La terre vacillante s'ouvrit bientôt sous lui ; les crevasses s'entr'ouvraient et se refermaient progressivement , avec un bruit et une rapidité remarquables. L'infortuné moine, cédant à une terreur fort naturelle sans doute , se livre machinalement à la fuite; bientôt l'avide teiTe le retient
(i) Ces détails sar le tremblement de terre des deux Galabres sont tirés en partie du rapport officiel fait aa gonyernement par la commission institaée à cet effet, et des rensei^emens qui m*ont été donnés par les acteurs mêmes on témoins oculaires de cette grande tragédie. {Note de M, de Gourbillon,)
Ce qui concerne Messine et ses désastres sera raconté dans la description de la Sicile , qui va saivre celle da royaume de Naples.
{Note de V Éditeur,)
par un pied , qu'elle engloutit et qu elle enferme. La douleur qu'il éprouve, l'épouvante qui le saisit, le tableau affreux qui l'entoure , l'ont à peine privé de l'usage de ses sens, qu'une secousse violente le rappelle à lui-même; l'abîme qui le retient s'ouvre , et la cause de son infortune devient celle de sa délivrance.
» Trois habitans de Soriane, Vincent Greco , Paul Felia, et Michel Rovitl , parcom-ent les environs de cette ville, pour visiter le site où onze autres personnes ont été misérablement englouties la veille : ce lieu était situé au bord de la rivière Charybde. Surpris eux-mêmes pai* le tremblement de terre , les deux premiers parviennent à s'échapper jRoviti seul est moins heureux que les autres ; il tombe la face contre ten-e, et la terre s'affaisse sous lui ; tantôt elle l'attire- dans son sein , et tantôt le vomit au dehors. A demi submergé dans les eaux fangeuses d'un terrain devenu tout à coup aquatique , le malheureux est long-temps baUotté par les flots terraqués , qui enfin le jettent à une grande distance, horriblement meurtii , mais encore existant. Le fusil qu'il portait fut retrouvé, huit jours ensuite, au bord du nouveau lit que la Garybde sëtait foi-mé.
» Dans une maison de la même ville, qui, comme toutes les autres , avait été détruite de fond en comble, un bouge, contenant deux porcs , résista seul à la loiine commune. Trente-deux jours après le tremblement de terre , leur retraite fut découverte au milieu des décombres ; et, au grand étonnement des ouvriers , les deux animaux apparurent sur le seuil protecteur. Pendant ces trentedeux jours, ils n'avaient pris aucun aliment quelconque ; et l'air, indispensable même à leur existence, n'avait pu passer jusqu'à eux , qu'au travers de quelques fissures imperceptibles. Ces animaux étaient vacillans sur leurs jambes , et d'une maigreur remarquable. Ils refusèrent d'abord toute espèce de nourriture , et se jetèrent si avidement sur l'eau qui leur fut présentée , qu'on eût dit qu'ils craignaient d*en être encore privés. Quai^ante jours après, ils étaient aussi gras que de coutume : on les tua tous deux. Il
semble, cependant, qu'en considération du rôle qu'ils avaient joué dans [cette grande tragédie, ils devaient avoir la vie sauve.
» Au manque absolu des choses les plus nécessaires à l'homme , par suite de la destruction des magasins et des vivres , se joignit bientôt encore la qualité défectueuse des alimens découverts avec peine au milieu des ruines. L'altération la plus remarquable fut celle du blé , des huiles, du vi« naigre et du vin. Le blé avait un goût terreux , l'huile était plus épaisse, plus pesante , et d'un goût aigre } le vinaigre était éventé e( fade; les vins légers étaient décomposés t sans force et sans couleur; les gros vins étaient troubles et d'une saveur nauséabonde.
» Sur le penchant d'une montagne qui mène , ou plutôt qui menait à la petite ville d'Acena , un précipice immense et escarpé s'entr'ouvrit tout à coup sur la totalité de la route de Saint-Etienne-du-Bois à cette même ville. Un fait très-remarquable, et qui, partout ailleurs, eût suffi pour changer entièrement le plan ordinaire de construction des bàtimens publics , dans un pays, qui , comme celui-ci , est incessamment exposé aux tremblemens de ten*e ; c'est qu'au milieu du bouleversement géqéral , trois vieilles maisons de figures pyramidale , furent les seuls édifices qui demeurèrent sur pied. La montagne est maintenant unç plaine.
» Les ruines du bourg de Garida , et celles des deux villages de Saint-Pierre et Crepoli, présentent un fait tout aussi remarquable : le sol de ces trois différens lieux , est aujourd'hui fort au-dessus sous de son ancien niveau.
» Sur toute l'étendue du pays ravagé par le tremblement de terre , on remarqua (sans pouvoir cependant s'en expliquer la cause) des espèces de cercles empreints sur le terrein ; ces cercles étaient généralement ^e la grandeur de la petite roue d'un car-» rosse ; ils étaient creusés , en forme de spirale , à onze ou seize pouces de profondeur ; ils n'offraient aucune autre trace du passage des eaux qui les avaient formés sans doute , qu'une espèce de tube ou conduit ,
pour ainsi dire imperceptible , souvent même impossible à voir ; et qui en occupait ordi« naii*ement le centre. Quand à la nature même des eaux en question , jailUes tout à coup hors du sein de la terre ; la vàitë se cache dans la foule des conjectures et des différens rappoi*ts. Les uns prétendent que des eaux bouillantes jaillirent du milieu de ces crevasses , et citent plusieurs habitans qui en portent encore les marques ; d'autres nient le fait , et soutiennent que ces eaux étaient froides , au contraire , et tellement imprégnées d'une odeur sulfureuse, que l'air même en fut long-temps infecté ; enfin , quelques-uns démentent l'une et l'autre assertion , et ne voient dans ces eaux , que des eaux ordinaires de rivière ou de source. Ces différeqs rapports peuvent être paiement vrais , selon moi , eu égard aux lieux où les observations furent faites ; puisqu'il est vrai de dire que le sol en question renferme effectivement ces trois différentes espèces d'eaux.
» La ville de Rosame fut entièrement détruite ; la rivière qui la traversait , et qui porte encore le même nom , présenta un phénomène remarquable : au moment de la secousse qui renvei'sa toute la ville , cette rivière , fort grosse et fort rapide en hiver, suspendit tout à coup son cours.
» La route qui allait de cette même ville à Saint-Fili , s'enfonça sous elle-même , et devint un précipice affreux. Les rocs les plus escarpés ne résistèrent pas à œ bouleversement de la nature : ceux qui ne furent pas entièrement renversés , sont encore tailladés de tout sens , et couverts de larges fissures, cpmme s'ils eussent été coupés à dessein , avec un instrument tranchant. Quelque-uns sont , pour ainsi dire , découpés à jour, depuis leur base jusqu'à leur cime , et présentent à l'oeil étonné , comme autant d'espèces de ruelles qui seraient ci^eusées par l'art, dans l'épaisseur de la montagne.
» Du milieu des ruines de la malheureuse ville de Polistène s'éleva le cri de l'amoar maternel ; et ce cri mérite d'être répété.
» Deux femmes étaient dans la même chambre , au moment où leur maison s'affaissa. Ces deux femmes étaient mères ; l'une