‹ L'ItalieChapitre 26 sur 56 · SORRENTO · texte numérisé non relu

SORRENTO

venu son ennemi, il Tint cherclier un dtui, alimente les puits de la ville et asile, et des coiiso1ations*qui devaient

immense réservoir qui , encore aujour-

ceuï du Pinno. Cette eau excellente y est portée par un aqueduc. Sur la voûte de cette piscine est un jardin planté d'orangers, autour duquel sont

des ruines d'un cripto- portique et

(l'une Naiimacliie aujourd'hui comblés

de terre.

Plus loto , sur la route du village de

Sant-Anlello , est l'emplacement d'

rester sans elTet ; uu milieu même des murs qui l'ont vu naître, il craint encore et le pouvoir d'Âlphonae et les projets de ses ennemis; bouh un nom emprunté, sous un déguisement qiû le cache à tous les yeux, il se montre, un jour à sa sœur, et lui remet en^ecret une lettre , dont il est à la fois l'autenc etle porteur. Comélie ouvre cette mis<

ancien temple, supposé de Vénus. On sive; eSrayée du danger d'un jrére

'y voit des myrtes si gros, et par conmétjaent ai anciens, qu'on peut, sans crainte , les croire contemporains du temple dans le parvis duquel ils sont plantés. Au bout d'une petite ruelle, tout auprès du couvent des Capucins , «st encore une construction qui faisait partie .d'un temple de Vesta.

Dans les rues de Sorrento j'ai vu des -fngmens de pavé antique ; quoique •es fortifications soient de construction moderne, elles méritent de fixer l'attention , comme les premières qui aient été faites en Italie et dans la grande Grèce, pour recevoir des canons.

Après avoir terminé ce cours d'antiquités; venez, me dit sir William, voir ce que je vous ai ménagé en dernier, comme une des choses les plus intéressantes; etjemelaissai entraîner devant une maison délicieusement située sur le versant d'une montagne ; un buste mutilé en terre cuite est placé sur la façade de cette maison, berceau de Torquato Tasso et son patrimoine. Assis en face de ce buste, j'écoutai avec une religieuse attention le récit de ses malheurs, que notre guide nous traça avec ce style animé qu'emploie ce peuple. < C'est ici que naquit l'illustreet malheureux auteur de laJérw talein délitrée , c'est la que, fuyant la vengeance d'un ancien protecteur, de- N.

qu'elle chérit, elle engage le messager àlui donner quelquesdétails. Le Tasse obéit. Passant légèrement sur les honneurs payés d'abord à son mérite à la cour du duc d'Esté, il arrive au moment oii la sœur d'Alphonse, la belle Eléonore, lui inspire une passion funeste, n révèle l'indiscrète confidence qu'il en fait h son meilleur ami, et son indigne perfidie, la mort de celui-ci et la vengeance d'un prince , qui , sous prétexte de le protéger contre le ressentiment des parens du. mort, le retient à sa cour dans une longue et dure captivité. Il se peint ensuite errant et fugitif, sans amis , sans asile et sans ressources; ce tableau, échappé à une jtme brûlante, est tracé avec tant d'éloquence et de force, que sa malheureuse sœur le reconnaît et tombe sans connaissance dans ses bras. C'est auprès d'elle qu'il a trouvé cet asile qu'il cherche , et où il vit quelques années , obscur et dans le repos ; mais bientôt, poussé par un destin fimeste, il sollicite son rappel en écrivant au duc , à Eléonore elle-même, des lettres auxquelles on ne daigne pas même répondre. Enfin, au mépris des larmes de sa sœur et des instances de quelques amis fidèles, s'arrachant de leurs bras, il quitte Sorrento et revient à Ferrare, oii il rentre en apparence dans les bonnes grâces d'Alphonse, à qui il réclame

So

son manuscrit, qDÎ lui est refusé, sous Je noyer, le poirier, l'Abricotier, TÏcn-

]e prétexte qu'affaiblie par le chagrin ncntp^le-méle avecle citronnier et l'o-

et le malheur , sa plume gAlcrnit son ranger, qui oDrenl h la fois et leur fleur

""Tfage! L'orateur termina celle his- et leur fruit. Les Sorrentins sont Gers

epar le récit delà mort du poëte de la richesse de leur sol; aussi leur

■" tour de son couronnement au Ca- écusson porte une couronne enlacée

e. d'une gnirlancle de feuilles d'orangers.

narration finie, noas entr&mes Les jardine d'Alcinou8,ebanté8 par

^ salon, et nous vtmes un buste Homère, ne sont que la description de

l'on affirme être celui de Bemardo la plaïné de Sorrento, que l'on peut

■^,sonpère;quoiqu'il30itp1uspro nommer jardin des Hespérides. Abri-

J qnecesoitceluid'uDsénateurro- téedu cdtédel'eat par le monte Saat-

main, la robe de peau de mouton dont Angelo, le soleil ne parait sur cette

on l'a rerétu, portée dans les premiers plaine que trois quarts d'beere après

Ages de la république , semble con- son lever; d'autres montagnes la gar-

firmer cette opinion. De ce salon le dent du cdté opposé, et, placéeentre

point de vue est magnifique, il s'étend les deux golfes de Naples et de Salerae,

tnr toute la baie de Naples ; mais la elle est continnellemest rafraîchie par

chambre oi^ est né le Tasse s'est écrou- une brisedemer; et les arbres, toujours

lée dans la mer (PI. 38). verds, n'offrent jamais, même en hiver.

Lorsque Bemardo Tasso Tint , de la l'image d'une T^étation défaillante. Haute Italie, s'établir k Sorrento, il Cette plaine contient deux édifice!

fut SI enchanté de la courtoisie des modernes, l'un, la f^i//a Coma/e, ad-

liabitans , qu'il la nomma lAlbergo mirée pour son bd escalier, l'autre la

delta Cortesia. îl parle ensuite de la CocumeUa, anciencouTentdesjésuiteS)

beauté et de la bonté du climat: «Sous qui,anboutde8onTe9tihu1e,aunecouT

ce ciel, dit-il, les hommes sont im- sous laquelle est construit un réservoir

mortels. B Telle était à cet égard l'o- communiquant à la piscine grecque, pinion des anciens , carie célèbre Gai- Sorrento contient environ trente

lien recommandait l'air de Sorrento à mille habilans, qui ont conserve le

tous ses malades, entr'aulres à l'empe- caractère que leur donne Bemardo

reur Antonio. Tasso; ils sont doux, hospitaliers et

Iln'estaucun paysoùlachaleur soit fort attachés à leurs foyers. Trois ou

plus tempérée pendant l'été, et qui quatre générations habitent souvent le

soit mieux abrité des vents d'est. même toit, et il n'est pas rare de voir

Dans cette plaine, qui s'étendà trois des individus de quatre-vingt-dix ans

milles , on voit des traces d'un ancien sans infirmités. Le bœuf, le veau , le

cratère; il est entouré de rochers volca-

porc, le beurre, le poisson et le miel

niques et de scories, qui attestent son y sont si excellens et si ahoodans qu'on

existence. Tout le reste de la plaine les exporte h Napleî, où ils sont très-

n'est qu'unesérie de villes, devtllages, estimés. Lt propreté des habitans est

de maisons de campagne et de vergers ci core à citer, et contribue à faire de

fertiles, dans lesquels le pin, le chêne, ce pays un lieu de délices.

L'ITA g y OU voit une caserne qu'on pré- STOir fait partie d'une résidence i ràne Jeanne.

1 paise ensuite à Résina ■ Retina* ne antiquité aussi ancienne qu'Herjanum ; eUe fut ensevelie sous les mes matières, le bourg actuel est vi sur l'ancien. La lave sert de base naisons, et il a fallu la couper dans 'if pour y faire passer la route; on oit encore à un mille environ daos la mer. Le duc me donnait ces détails, à mesure que la voiture nous cntratnait rapidement ; enfin nous arrivâmes sur la petite place où se tiennent les ciceroni et les ânes qui transportent les voyageurs, A peine descendus de voiture, nous nous vîmes enveloppés par la foule ; c'était à qui s'emparerait de nous , à qui crierait le plus pour nous offrir ses services et nous faire prendre son âne ; on eût dit une sédition.

Le duc se chargea de nos accords.

Je remarquai qu'il criait et ^sticulait autant que les ciceroni ; il me dit que c'était le seul moyen de ne pas être dupe , et que celui qui employerait ce que nous nommons les formes, ne retirerait de cette politesse que l'avnntaj^e d'être indifinement trompé. Une demi-lieure se perdit dans le désordre de nos préparatifs. Enfin, notre caravane se mit en marche au bruit assourdissant des cris de joie de nos ç;uidts , qui ont une manière plaisante, mais siire, défaire avancer leurs ânes sans se fatiguer h les battre; depuis loni;temps il est démontré que cet animal est porté par instinct à faire l'opposé de ce qu'on exii^e de lui , aussi les ciceroni les guident par la queue, et n'ont besoin que de tirer un peu de temps en temps pour les faire avanctr avec une vigueur incroyable.

A peine dépasse-t-on les dernières

Sfrv//i -M/' Arrmi/ri^-fia a/ f'fJario. I t'Armin Ji- /'Arnii

VESUVE.

remarquer, les laves auxquelles iiiidentles.dales qu'ils youlaient, Qs que. noue ne pourrioos vérilutlienlicité de leurs assertions.

érident qli!îl-7 ^n ^ qui reposent luit ^cS'ipftdeSj mais on reconliajEàieQt:!^. pi us 'récentes; elles \aéBgA.i9tàifii itar superficie que oriÀlemigineuses, de la couleur la lornie Su^mAchefer : au bout iâcle, cette calcination commence tre phis si aigre, elle se couvre rd de xnousse qui se corrompt , ;éoère et se change en poussière; te y .ptfaîsiseot Je genêt, la la- ( et d^mCres végétaux , puis enfin riiftttef Ijqili deviennent des .ar- OjKj||ifii.Ûiiçaatre lavé vient reii^l^ftl^ ItaUëre. Les vapeurs i^liM-^ l^trétre même les éma«o^ïâeljiriqiiii^ si abondantes dans ièinage des volcans, accélèrent e l'accroissement des plantes, en mt de l'Ame et de la force à la véon , il n'est pas douteux qu'il ne

une immense suite de siècles

convertir en terre des matières les et vitrifiées, et d'une si grande é. Mais les acides sulfureux et 18, qui s'élèvent en si .grande lance du sein des volcans , et qui . propriété d'attirer et de conver-

teire les laves et les basaltes, ;nt occasioner quelquefois une nposilion très -rapide dans les ires Vjcdcanisées, et, de stériles es étaient, elles deviennent alors il productif, le plus propre au oppement des végétaux.

route s'avance presque en ligne 3 , de la ville, vers le câté du cône egarde le nord^ jusqu'à ce qu'elle i ami Piano délie Gineslre.

Piano, jadis couvert d arbustes urs verts, de buissons et de geoù souriait un printemps perpé-

tud, n'est plus maintenant qu'une étendue déserte , où l'on ne voit autre chose que les surfaces écumeuses de vastes courons de lave, qui se sont croisés l'un sur l'autre, et qui sont venus s'y entasser en masse et y former des coteaux. On emploie à peu près' une heure pour y arriver," et le chemin, à l'exception d'un petit nombre d'endroits d'où l'on aperçoit, à travers quelques jours, et parmi les vignes qui sont très -serrées, de belles vues deNaples et de ses. environs , est tout-à-fait dépourvu d'intérêt.

. C'est ainsi qu'en causant avec mon savant abbé, qui chevauchait à côté de moi , tandis que le duc y Edouard*et la belle duchesse s'occupaient de tout autre chose, nous atteignîmes l'ermitage de San-Sahàtore (pi. 89) . Cet ermitage est' placé sur une petite plateforme, à l'extrémité occidentale du faite de Canteroni; il date probablement de i63i. L'édifice contient une chapelle et quelques chambres à l'usage d'un ermite qui n'est pas toujours un religieux , puisqu'il y a près de quarante ans, dit M. Valéry, un de ces ermites, mort très-vieux, était un ancien valet de chambre de madame de Pompadour.

Là , nous flmes halte, et , grAce à notre prévoyance et aux soins de nos gens, nous eûmes en peu d'instans un excellent déjeuner, qui ranima nos forces et nous mit en état de poursuivre notre course. L'ermite nous présenta son livre , et nous satisfîmes à l'usage qui est d'y inscrire son nom.

Une fois lestés , nous nous remimes en route, laissant l'ermitage à gauche; le chemin suit en longeant la Somma ^ mamelon au nord de celui du Vésuve.

Entre les deux montagnes est situé Vjitrio delCai^allo^ ainsi nommé, parce qu'avant i63o c'était l'endroit où

l'on •'arrèUîi. Ge terrain produisait alors des plantes éi des arbres^ et même oBcait un pâlnrage aux chevaux des voyageurs. Depuis cette époque, il n'est plus susceptible de culture. La route s'avance parmi des masses informes vers un endroit situé à la base du cane, et n'est, pour ainsi dire, qu'un canal formé par deux courans de lave , des éruptions de 1821 et 1822. A gauche se trouvent deux petits canes , les seuls qui soient restés de six formés en i8ao : l'un des deux s'appelle le Cône de Gautrey-j nom qui lui a été légué par un malheureux Français, qui s'y précipita volontairement le 16 jan-* vier 1821, et dont le Vésuve rejeta le corps quarante-huit hem'es après.

Nous mîmes pied à terre pour escalader la montagne. Le duc proposa à la duchesse de rester au pied , ne voulant pas qu'elle se donn&t cettefatigue; mais, courageuse autant que nous , elle s'y refusa. S'armantd'unbAton, etsecram« ponnant à une courroie passée en ceinture autour du corps de son cicérone, elle se mit à gravir la mootagne.

Le terrain fuyait sous nos pas , et semblait nous repousser loin d'un se* jour ennemi de tout ce qui a vie. Ici la sature ne semble plus en relation avec l'homme. Nous approchâmes du lieu où la lave coulait; die était d'une couleur sombre; la nuit elle est rouge, elle roule lentement; on entend, quand elle approdie, un petit bruit d'étincel* les qui fait peur ; il est léger , on dirait que la ruse se joint à la fcMrce , elle arrive ainsi que le tigre, à pas comptés, avance sans jamais se hâter et sans perdre un instant : si elle rencontre un mur élevé, un édifice qui s'oppose à son passage, elle s'arrête, elle amoncelé devant i'obstade ses torrens noirs et bitumineux, et l'ensevelit enGn sous %eM masses brûlantes. Sa marche n'est

point assez rapide pour quelesl ne puissent fuir devant elle; n attdnt, comme le temps, les dens qui , la voyant venir loui et sileneieusement, s'imagine est facile de lui échapper. Le ùdt voir , par des tourbillons < mes , dans le gouffre d'où sort Ton sent que des fureurs étran trembler la terre sous les pas.

chers autour de la source de sont couverts de soufre et de ] dont les couleurs cuivrées et v leur donnent un aspect si '.

qu'on pourrait les nommer la n de l'enfer.

Tout ce qui entoure le vol pelle le lieu et 4es descripti poètes. G est là que l'on conç ment les hommes ont cru à Te d'un génie malfaisant qui co les desseins de la Providence, se demander, en contemplani séjour , si la bonté seule présii phénomènes de la création , oi quelque principe caché forçai ture comme l'homme à la féro silence profond règne en ce 1 dant les courts intervalles où ï tend point les gémissemens de infernal ; on n'y voit ni animal secte (i) , ni plante ; un faible la ville arrive à peine à votre et cause une douce émotion. I tagne de Somma qui , vue de parait aussi haute que le Yés semble plus qu'une circonvalla tour de cette pyramide. Rien offrir un aspect plus séyère et ] rible que la vallée qui les se] c'est tout ce que l'imagination ]

(i) M. Aadot a cependant même da cratère, la coccimtUê^ tm kéu4 Il est difficile d*ezpli<iBer comment c se trouTait à une ansai |pMUidi;dlttan< TéséUl et à moe lNiatfp»is SjÎbô fied

TÊSUTl.

(ater de pïiu gignteaquement af*

fttox.

A mi-cdte ett VM flipèce de ooraiche

fii pnett ceindrehmontagne dans ion-

fàmtom ; nons neuty enétAmes pour

jqpvendre baleine. Nous étions baraa*.

Feaanii88dlaitde]ioafroots.Yoyeif

dit k dncheêse, le plus beaa

qu'il aœt possible de voir) ea

, à Torient , le promontoire de Sor-

E«Dto fies flea de Gapri , Iscbia, Proci-

, et pois nae longue ligne de la mer

! au midi , le capMisène , Pou>*

j la oAte dé Pau^ppe avec ses

qui s^ayanceot. Leur sommet

de bouquets de bois, d'églises ,

aillas !.... Lts Ueu fouoé de Tatmo-

■phère n'était altéré par qudqueslé^

îjc» 'nîiages d'une édatante bliBnclieur,

qàeitoat-A-fait à la ligne de rborizon.

VoÊt&iâtj les deux Torre , et enfin les

râaisTiliiU ii , venaient terminer ce t»*

bkatà par un parterre de fleurs. J'étais

lavf > è( je n'aurais pas pensé à quitter

deÉittC lé place ,. si la Toix du duc ne

nTeàtmévéillé de mon extase t il nous

tt siàÉB'ifUeiP qn'im plus long séjour

dnÉt'eOt endroit pourrait nous devenir

fidÉMè , à cause de Tàir presque froid

^Mma frappait.

maa nous épprocbions du sonnnet ,

fhBS lé terrain s'écbauBait. Nous ne

pèuviotts gratter dans cette cendre , à

répnsseur d'un pouce , que le sol ne

dertnt d'une cbaleur insupportable, il

en sortait une fumée très-apparente.

Si nous frappions la terre , elle reten-

tiisait. Il m arriva même de jeter une

]Herre un peu forte sur le sol , je causai

im ébranlement sensible à environ

quarante pieds h la ronde. C'était un

bruit pareil à celui que Ton ferait eu

frappant une voûte ; cet efiet cessa de

nous surprendre lorsque , à quelques

pas de là , nous vimes que nous étions

sur la voussure d'un gouffre d*un mille

de tour, et d'une centaine de pieds de profondeur^ nous crûmes ne pouvoir rester là sans danger, quoique la pré* sence d'une dame que nous y trouvâmes eût pu nous rassurer; elle se promenait en caUçon sur le bord de l'enfer^ et paraissait aussi tranquille que dans son cabinet d'étode ; dès qu'elle nous isperçut elle jf^ssa bien vite retomber sa robe , maiaidl'en con* tinoa pas moins sa périlleuse exploralion. . Son mari recueillait ses notes, qui devaient être fort originales, pour peu qu'elles fussent en barmonie avec le costume de l'auteur*

Nos guides nous firent rebrousser cbemin , et nous nous dirigeâmes d'un càté qui semblait nous offrir plus de sécurité. Tantôt nous enfoncions dans la cendre jusqu'aux genoux, tantôt une chute oocasionée par des pierres roulantes nous rejetait à dix pas. Nous entourions de nos soins la femme courageuse qui n'avait pas craint de s^associer à notre péril, car il y en avait un réel. L'éruplioQ était, apaisée en grande partie, mais ell^ pouvait reve«nir |dus intense, un gQuQre pouvait aussi , s'ottvrant sur le cbemin que nous avions à parcourir, opposer un obstacle invincible à notre retraite : nous recevions de temps en temps une petite grêle de pierres-ponces; malgré cela nous parvînmes au sommet , et l'enthousiasme fut général.

Dud-atère (pi. 4o} sortait une fumée continuelle qui , prenant la forme d'un nuage , couvrait l'endroit où nous étions , et parfois nous cachait les uns aux autres. Poussé et dilaté par le vent de nord-est , le niiage s'étendait en larges bandes jusque sur Gapri. Par intervallecettefumées'échappaitnoire, mêlée de feu , et ses jets s'éleviaient en s'élargissant pendant quelques isecondes, puis ils di^araissaient pour se re-

moDtrer à reprises inégales , sans que molle ; elle y fit un trou , s'y plongea SCS intervalles de repos «Jur.isseat au au tiers de sou volume, etfut emportée delà (le cin(j minutes. parle couraut. Eu une demi ~ minute

Ce ne sont pas seulement des flam- elle avait parcouru un espace de douze mes c[ue nous voyions, mais des nuées pieds. Un de nous enfonça un bâton de pierres en feu qui, dans les fortes assez gros, arraclié à un arbre le matiu projections , retombent perpendiculai- même , il prit feu comme aurait pu le rement dans le cratère, ou sur la pente faire une allumette. Aous avions apdelamontagneopposée à celle oùnous porté des moules à l'aide desquels étions. I/cxamen de ces pienes ne nous nous parvînmes à faire quelques méprésenta que des morceaux de lave dailles. Ces moules sont placés à l'eiralTermis et arrondis dans l'air. Pi'ous trémitc de longues pincettes qui permettent de saisir la lave sans se brûler, c;tr on peut penser que la chaleur qui s'en exhale est intolérable. Les ciceroni font uue sorte de médaille avec une pii^ce de monnaie incrustée dans

obsenâmes que chaque projection n'était pas toujours accompagnée d'une détonation , nous en comptâmes plusieurs qui se firent silencieusement, et furent suivies par d'autres qui, sans

être plus fortes, éclataient cependant un morceau de lave,

avec unbruit pareilàcelui d'unemine. La lave débouchait par une issue

Quoique ce phénomène ne paraisse assez étroite, mais elle occupait un

pas , de prime-abord, pouvoir se com- espace considérable sur la pente de la

biner avec la cause physique des ex- montagne; elle s'était subdivisée en

plosions, cependant il est aîsc d'en petits ruisseaux, l'uD desquels avait

venir à la démonstration. Le feu étant cessé de couler; nous voulûmes essayer

par lui seul insuflisant pour les pro- la solidité de ce plancher tout couvert

duire, il faut recourir à un lluideélas- de scories sans liaisons. Notre pied

tique enveloppé dans la lave qu'il lance éprouvait de la résistance, sans cepen-

en se dégageant. Si ce fluide se dilate dant pouvoir s'arrêter avec solidité,

brusquement en faisant e0ort contre la tant il était mouvant; la chaleur nous

lave, il y aura retentissement; s'il agit le fît bien vite retirer; nos souliers

avec lenteur , le bruit sera nul ou très- étaient à moitié brûlés. Sous ces ma-

faible, bienquelaprojeetionsoitrorte. tières solides il en coulait de fluides ,

11 en est ainsi de l'air atmosphérique et celles-ci étaient du feu! nous l'a-

renfermé dans un tube entre deux percevions au travers des crevasses,

bouchons; que l'un de ces bouchons Ces ruisseaux, en coulant, cbarient

soit subitement poussé contre l'autre, de grosses plaques qui, se froissant les

ce dernier sortira avec détonation , et unes contre les autres, rendent un son

sera lancé à quelque distance i que la semblable à celui de débris de verre,

même puissance agisse lentement et II ne nous restait plus qu'à aller ob-

sans secousse, le bouchon partira sans server un phénomène curieux; c'était

bruit. Le fusil pneumatique en ofFre une petite grotte voûtée, d'où la lave

encore un exemple. Je fus curieux de s'échappait jaillissante; les bords en

jeter dans la lave un corps pesant. Je étaicntformésd'incrustationsblancbes,

ramassai une pierre, elle rendit dans vertes et azurées; l'Intérieur en était

sa chute le son sourd qu'elle aurait fait couvert de très- petits cristaux de sel

entendre si elle eût frappé une terre et de stalactites , le tout bigarré de

ViSUVE.

d'un Tèrt hrOlâiit ; son contour it être d» wigl-trois pieds ^ et parois pres^eTerlicales, de quatre et demi. Le fond en était assez sauf de |>etites ondulations causées par deux coarans qui s'y croisaient et 8*y réunissaient pour sortir par un eftté. Sa couleur était entre le rouge et le jaune, et contrastait admirablement arec cdle de la voûte.

n en sortait une fumée ondoyante qui y portant dans les airs des reflets ardens, formait une lueur incandescente qu'on apercevait dans les ténibres à une assez grande distance.

Toutes les fois que cette vapeur mon- * tait verticalement dans un air calme , il était impossible d'observer ce qui se passait au fond de la grotte; mais sll s'élevait un souffle de vent qui la fît iadiner d'un c6té , en se transportant a l'autre, on pouvait satisfaire sa curiosité.

Il fallait redescendre; la nuit étant arrivée , nos guides allumèrent les torches dont ils s'étaient munis, et nous quittâmes le Vésuve , non par le chemin pénible par lequel nous lavions gravi , mais par un chemin de cendres et de gravier qui mène en ligne droite jusqu'au bas du cône où nous avions lirissé nos montures. La descente s'opère en peu de minutes ; car les cendres sont profondes , et il n'y a point de pierres , de sorte quon peut courir tout le long d'une manière sûre.

Ces torches^ brillant sur des amas sombres de lave , produisent un effet sauvage et pittoresque, surtout si la société est nombreuse comme l'était la nôtre : tout cela formait un spectacle neuf et peu commun.

Après une semblable excursion, nous avions besoin de repos. Le duc voulut absolument que nous fussions passer la nuit dans sa villa , située entre Portici

et S. Giovanni. Tout étaitdisposé pour nous recevoir avec luxe , et avec cette franche cordialité qui sait faire oublier la date d'une liaison, en vous traitant comme d'anciens amis.

Nous arrivâmes à cette villa par une belle et longue avenue , ombragée de superbes chênes verts et de myrthes fort gros , ornée à l'entrée de quatre statues de marbre , qui malheureusement ont le nez cassé ; cour extérieure grande, petit parterre et jardin à la française, dans lequel on voit de petites fontaines, de petites statues, et de grandes charmilles ; la cour intérieure est entourée d'un péristyle garni de bustes antiques; dans les galeries immenses du palais, tout est magnifique ; plafonds peints à fresque , tableaux précieux parmi lesquels sont mêlés quelques portraits de famille.

J'ai déjà dit que la belle duchesse d'Anzio est Italienne, et comme telle, piquante, pleine d'aménité; elle eut la bonté de s'occuper de nous avec sollicitude; elle nous désigna nos appartemens, dans lesquels tout respirait le luxe et l'abondance; à coup sûr si notre premier père eût rencontré ce paradis il n'eût plus regretté celui dont on l'avait chassé; elle nous mena ensuite dans les étages supérieurs , et nous fit remarquer la vue charmante que l'on découvre de toutes les fenêtres; nous vtmes alors que la mer n'est qu'à dix pas de cette délicieuse demeure; on n'en est séparé que par un bosquet d'orangers. Nous descendîmes ensuite dans la salle à manger, où l'on avait servi un souper qui fut aussi gai que délicatement servi. La nuit était avancée, malheureusement, il fallut nous séparer; chacun gagna sa chambre et se disposa à passer une bonne nuit ; au moment où j'allais m'endormir je vis entrer chez moi

L'ITA

i^ on manuscrit à la main , dans lequel il avait classé par ordre toutes les éruptions du Vésuve. « Cela vous intéressera, me dit -il, demain on se lèvera tard, vous le lirez avant déjeuné i »là dessus il me souhaita le bon loir, îe m'endormis content de ma journée et bénissant le ciel de m avoir inspiré l'idée de faire un voyage en [taUe.

Le lendemain, étendu dans une bonne bergère « Pôltrona » , ayant en Eacedema fenêtre cet imposant Vésuve, je lus le manuscrit de labbé, que je transcris.

Le Vésuve a subi tant de variations lans sa hauteur et dans la forme de son cratère, qu'il devient très-difficile d en donner une idée exacte.

Cependant il passe généralement pour avoir plus de 600 toises au-dessus du niveau de la mer.

L'Antiquité fournit peu de notions lur cette montagne, et même de tout ce jiie les Anciens nous ont dit, il résulte quelques incertitudes sur le lieu auquel ils avaient donné ce nom. Quel- :[ues-uns feraient soupçonner qu'ils Jésignaient ainsi un autre volcan situé dans les champs phlégréens , aujourd'hui la Solfatara, près de Pouzsoles. Cependant Diodore, Strabon et Pline s'accordent entre eux et indiquent, en parlant du Vésuve, la montagne que nous connaissons sous ce Qom.

On ne trouve rien dans l'histoire les premiers temps de l'Italie qui autorise à croire que le Vésuve se fut léjà rendu célèbre par ses incendies et ses éruptions. Le premier qui en parle 3St Diodore de Sicile, qui vivait sous A.uguste , vingt-cinq ans avant Jésus- Christ. 11 dit qu'il avait vomi du feu Lins les temps passés , comme l'Etna,

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