‹ L'ItalieChapitre 51 sur 56 · IT · texte numérisé non relu

IT

(lu Cyclope, L'imat^inalion ne retrace pas seule le souvenir de ces belles allégories : les noms de ces lieux les rappelleot eocore. Voici les rochers de»

Cyclopes, gli scogUdé Ciclopi,la roc cia tTjici, le rocher d'Ads, amant préféré de Galatée. Galatée, la plus Hanche des Néréides, plus sensible à la beauté d'Acis qu'effrayée de la jalousie du fils de Neptune , vit Polyphème écraser sous ce rocher son mallicureux amant. La nymphe, dans sa douleur, changea le beau sang d'Acis en CCS ondes rapides qui s'échappent en bouillonnant de dessous les blocs qui paraissent encore écraser de leur masse l'infortuné berger. C'est aujourd'hui te acrjue grandi, jadis l'Acis, l'Acilius ou l'Acithius. Sur le rocher d'Acis , les Normands ont bâti un château, le casteld'Aci. Plus loin, sur huit ou neuf lits de lave, successivement accumulés sur le rivnge, s'élève la ville d'Aci ou Jaci Reale. Les abords du côté de la mer en sont rendus faciles au moyen de rampes qui descendent en pente douce sur le rivage. Les maisons , les places , sont régulièrement bâties. Une vieille tour, construite au moyen-âge à l'entrée de ia ville , protège le petit port qui se trouve au pied de la hauteur. Du sommet on jouit de la vuR des écueils des Cyclopes , de la petite tle de Trezza, et d'autres Ilots répandus sur la côte en masses pittoresques : les uns , tels que de hautes aiguilles effilées comme les clochers des églises gothiques, d'autres d'une forme plus grave commencent à se couvrir de végétation. Ledétroitde Messine, qu'on embrasse ici dans toute son étendue, termine le tableau vers le nord. Au midi, l'œil s'arrête agréablement sur des lils de basaltes où la nature, reprenant ses droits, a répandu des champs de vignes et d'oliviers en-

trecoupes de palmiers et d'dA,dl les tiges élt-^aDtcs, halaocéctfK vents, rùpjudenl tians lea ainlj parfums suaves.

On croit que le consul Aqoilin tit Acis au même endroit où il i remporté une mémorable victoin Athénion , chef des esclaves téve et que des ruines de cette rilW truite par les Sarrasins, sortit li demeAci, aujourd'hui l'une des importantes de l'Ile par son comi et son industrie. On rencontre, loin des murs , sur la route de Ca des restes de thermes antique considérables , à en j uger par les i nombreuses. Deux vastes salles tées, d'inégale dimension, scn avoir été les pièces les plus imp( tes. On voit encore dans les mun sieurs rangs de tubes, destinés doute à hisser échapper le surpl vapeurs sulfureuses. Un aquél conduisait les taux minérales source, connue des gens du pa^i le nom de Santa Fenera. De Ij qu'à Catane, Ion n'aperçoit, pf cinq milles, que laves et prodaî caniques qui s'amoncèlent sur te de la mer, et quelquefois s'an dans les flots comme des jetées i tesqU(!S. Bientôt on arrive aulx»

torrent d'eau limpide qui s'éc de l'Etna par des conduits cach surgit n peu de distance de 11 C'est lancicnAmenanus dont S a étudié les intermittences et qi gne les murs de Catane.

Suivant Thucydide, une colfi Cbalcidiens, partie de Naxos, chassé les Syculcs d'un petit qu'ils occupaient dans oeC OlAj bâtirent une ville, U première de la treisième ' ' '~

auteurs disent) étaient Vhéi

GATANE.

agS

reçu le nom de Catina, à cause de son peu d'importance. D'après ces historiens, coton j en langue phénicienne, signifie petite. Les avantages de la position de cette ville ^ située sur un golfe qui formait, dans lorigine, un port commode au centre des cAtes orientales de la Sicile , près du Symethus, le fleuve le plus considérable de rtle , et la fertilité des campagnes environnantes devaient compenser richement la crainte qu'inspirait ce volcan. Les éruptions étaient très-rares alors , puisque Ton compte plus de huit cents ans entre la première rapportée à Vépoque de la fondation d'Athènes , et la seconde qui ^ selon Thucydide, eut lieu vers la soixante-treizième olympiade, c'est-à-dire sept cent soixantedix environ avant Jésus-Christ. Les Ghaicidiens furent chassés de cette ville par Phalaris d'Agrigente. Ce nom seul rappelle la plus atroce tyrannie ! Gélon , à la mort de ce monstre , s'en rendit maître, y envoya une colonie , et^ voulant détruire jusqu'au nom de Câlina , lui substitua celui d'iBtna qu'elle conserva peu de temps. Par suite des victoires de Ducetius, roi des Sycules, les anciens habitans de Catane retournèrent dans leur ville , et formèrent un nouveau corps de.peuple. C'est à cette époque qu'eut lieu la célèbre et malheureuse expédition des Athéniens en Sicile : ils pénétrèrent dans Catane , grâce à la réputation d'éloquence d'Alcibiade. Cdui-ci, s'étant rendu au théâtre pour haranguer le peuple, toute la ville s'y porta en foule. Thucydide rapporte que les gardes même abandonnèrent leurs postes pour venir écouter l'élèvede Socrate. Nicias , profitant de cette circonstance , fit avancer sa flotte et s'empara de la place. Denis 'ancien , ayant traité avec Carthage et apaisé les séditions de Syracuse, fit N.

la conquête de trois villes chalcidiennes, Naxos , Léontium et Câlina. Plus tard , Mamercus le trai>i(|ue, aussi mauvais citoyen que poêle médiocre, osa asservir sa patrie, qui ne dut sa liberté qu'à Timoléon , le vengeur des droits des peuples. Depuis cette heureuse époque, elle se gouverna par ses propres lois , jusqu'à l'arrivée des Romains, l'an de Rome 549. Valerius Messala , au nombre des dépouilles qu'il emporta de cette ville , envoya à Rome une horloge solaire qui fut placée prés de la colonne rostrale , et fit long-temps l'admiration du peuple-roi. Marcellus,jaloux défaire oublier aux Siciliens le pillage de Syracuse, bâtit à Catane un erymnase digne par sa magnificence de la,réputation du fondateur. Cette ville n'échappa ni à l'avidité de Verres , ni aux dévastations de Sextus Pompée ; mais Auguste releva ses murs et y envoya une colonie qui , jusqu'au temps de Théodose , fut une des plus florissantes de la Sicile. Depuis la mort de ce prince , Catane devint une arène sans cesse ouverte aux Grecs du moyen- âge, aux Sarrasins et aux Normands. En 11 6g, un violent tremblement de terre la renversa sans laisser une seule maison.

Quinze mille habitans y périrent.

Guillaume le Bon la fit reconstruire , mais le cruel Henri VI la détruisit presque entièrement, et passa au fil de l'épée tous les habitans soupçonnés d'avoir tramé contre son autorité. Une révolte plus réelle lui attira le même châtiment sous l'empereur Frédéric Barberousse, digne fils de Henri. La peste qui ravagea toute la Sicile en i348 dépeupla cette malheureuse cité.

Enfin, en i66g, elle avait repris tout son premier éclat, lorsqu'un immense fleuve de feu , sorti des flancs entr'ouverts de l'Etna , dévora les campagnes voisines , et , s*étendant sur une surface

a L'ITAL

à longueur. Tint cnglou-

!tix habitans sous des enflammées , se précipita dï- - ", comLla le port, et y élev- om itoire immense {P. 99).

e d'édifices que le feu furect renversés par le iren- lei terre de i6c|3, <jui engloutit aix- . mille personnes.

C'est aina le, passant de désastres en désastres, ^atane est parvenue au vingt- sixième siècle de son eiisteuce, conservant toujours son nom et sa place. Ce n'est pas sans admiration que l'on voit cetle ville , si souvent yictiine de la fureur des bonimes et des feux des volcans, soutenir avec courage cette lutte continuelle, et, nouveau Phénix, renaître de ses cendres plus belle que jamais. Telle est cetle Catane que l'on voit aujourd'hui rivaliser avec Païenne et Messine, et })résen dans l'uniformité du ses édi'' dernes, dans l'ensemble de sei ges et alignées, l'aspect réguiiei uecei, nouvelles villes d'Allemai;nc , sous le plus be;iu citl du monJe, Où. clierrlier les causes de celte exislence indestructible, si ce n'est dans les deux plus prands principes de la vie des niitions, l'amour du territoire et de l'industrie! sentimens ])lus profomlément irravés dans l'àmc du CaLinais que dnns celle des autres Siciliens.

Catane a donné naissnnce à Charondas, législateur de Tburiuni, qui vit plusieurs villes de la Sicile et de la iirande Grèce adopter ses lois, qu'il cimenta de son sang. Xénopbdnt-s de Colophon y reçut le droit de ci té. Stésichore, exilé d'Ilymèrc, y vint chercher un asile et un tombeau ; ce monument donnait son nom à la porte Stésicborée, aujourd'hui Porta d'Aci. Catane est souvent nommée dans les anciens auteurs, iluis Caliitam silvat , a dil

Ausonc; et Cicenm, daDsn Terrine

de sigriis, lui donne les cfiiùtti de grande, élégante et riche. Il rfftt un grand nombre de monuraens taoïTRS que romains; n):)is peu sont djnim état de conservation satisfaisant; b plupart, comme Herciilanum, sont engloutis sous les laves. Les principini sont le tbé.Ure et l'uni phi théâtre, nenumens célèbres, non-Eeulemeal pa leurs restes, mais aussi par pliuicui) passages des anciens. Nous avOntdrjt dit qu'Alcibiade linrangua le jxu^ sur ce théâtre, qui se trouve a l>j'Hl^ d'hui enfoui sous des amas de ddoo»

bres et délave; aussi n'est-ce qu'ara bien de la peine que l'on peut es *ap sir l'ensemble. On est souvent fmn^ desrendre dans les caves des habiblions élevées sur ses ruines. On l« donne 3io pieds dans sa plus grand!

^ndue. Il est construit de blocs ^ /e Irès-largcs, sujierposés sans ci- ËDt.À eo juger par ]a quaatité^ ...arbres, de granits, de stucs qu'on eus retirés, iladù être magniliquc. Prcî''- !;rand ihéâtre s'en Irntive un pluspclii. qu'on dit ïisscz judicieuseraenl être m odéon, c'est-à-dire un tliéâtreconsacn

i.-ilenient à la musique, tel qot celui de Pompei. Son diamètre estJt j [.jS pieds. D'après les lettres deThwdose, on voit que du temps deceprinct, qui donna toujours des preuves desoi respect pour les anciens monumec!.

une grand ]iartie de l'amphithéâtre existait encore, et qu'il n'en permitli démolition que pourccder aux instances des Cittanais, qui le lui représeotèrent comme un amas de décombres, d sollicitèrent la permission de les employer à la reconstruction de leurs niurnillcs; ce qui leur fut accordé. C'eîi ainsi i[ue les deux étages supérieurs furent détruits.

Un homme dont le nom est à ja-

ifl« /'ta«j .iei »

l'I-u-r >A» OHUvAtr

CATAJNE.

uni à celai de Catane , un homme Tantiquité eut élevé des statues,

des autels, véritable ami des ces et des lettres, protecteur éclairé rts, et, ce qui est mieux encore, enfaiteur, le père de ses conciis, don Ignazio de Palernô, prince scari , découvrit ces précieux resconsacra sa vie entière à tirer Cade ses ruines. Sans lui , peut-être erait-on encore lexistence du tem- B Gérés, doiit parle Cicéron, en relaotàVerrès tf avoir enlevé de nuit tue dé'la déesse, profanant ainsi ce bâire' qui nctait ouvert qu'aux es et aux matrones. C'est encore à vant infatigable que Ton est rede-

de la découverte du laconicum^ lypocaustum, du sudatorium, et res salles, des thermes, des aqué-

de la basilique, du forum, des tures publiques et d'un grand >re de bains particuliers et de cis, que son génie savait découvrir les masses de laves et de terre qui chaient. Enfin il ne laissait échapuicun fragment, aucune pierre qui ittêster l'antique splendeur de sa e,' employant avec libéralité son inse fortune à ces curieuses invesons. Le liionument le plus pré-

Iju-'il dit laissé est assurément le

mutfée recueilli par ses soins et igoe pèr^vérance ; collection qui Soutenir avantageusement la comwm avec les plus belles du genre.

iiltiques ne sont pas les seuls ob- {û'il ait rassemblés; on voit chez iï Beau cabinet de physique et un

d'histoire naturelle.

moderne Catane s'élève sur les les des anciens édifices : ce n'est ans raison qu'on en a comparé la tion à cçlle de Portici. Les murs irent construits par Charles v.

monumens publics ofl'rent une

sotte profusion d'ornemcns de mauvais goût , qui font regretter la noble simplicité des édifices antiques. On y remarque deux places principales ; Tune carrée (PI. loo) , est entourée de portiques et de monumens publics , parmi lesquels on distingue le palais de l'université, fondé en i440î par Alphonse v, roi d'Arraiion et de Sicile. La seconde (PI'. loo), moins régulière, est plus vaste et plus magnifique. Au centré s'élève une belle fontaine de marbre blânç surmonte d'un obélisque de fdf-.

me octaèdre, ce qui est assez rare," el- ' sii pportée par un cl éphan t dé InVe d^oiî travail moderne. Je ne pense pas nôô plus que l'obélisque soit d'une ânCi* qui té bien réculée ; on croit néaiimbiiaé qu'il ornait la spina du cirque découvert en r 820, mais dont on a été* obligé d abandonner les fouilles commencées, à cause des dépenses exorbitantes qu'elles nécessitaient.

On ne peut pjisser sous silence. le couvent des Bénédictins, construit vers le milieu du siècle passé , sur \ei dessins de Contini. La richesse de ce vaste monument et la noblesse .dé'9i?n escalier de marbre le pi<iceiit| au'ifièD'|É des plus beaux monastères tt^ FprSw .

de Saint-Benoît, le plus riclîeJ Mmm^ on sait de toutes les commuri.litit\Bé reli- v gieuses. On y admire l'orgue die l'cglise^ chef-d'œuvre d'un modeste prêtre calabrais, qui demanda pour seul récompense d'être enseveli au pied'd(^ son ouvrage : belle pensée, quf peîirt bien tout l'amour que l'artiste mit à son œuvre! La bibliotliéque, leinusé^ d'antiques et d'histoire naturelle, méritent d'être visités avec attention; L'université possède aussi de belles collections, et en outre un mcdailler précieux. Ces musées publics ne sont pas les seuls de la ville ; plusieurs maisons particulières sont riches dans

fiol RIOUV

laent Ie$ plus vives le fois au ]>ic<l du :, (juoique rapide, D5 péaible ; et si le ernict pas de poser X quitlc pour faire

pieds sous la forme d'iin mont gigantesque donll'EUia étpit ic somtDCt.De ce point, rErix,le DiBnamar,leRosso; les iiionlagncs les plus élevées, semblaient autant de collines. Nous voyais la lumière eo éclairer d'abord les cimes,

JR-le chemiu. Je ne puis setendie par i,'radatioD sur la

E comiiarer mon com-

deuic pue

pagiiuu (TU voy;i|je qui me précédait, à ces écureuils enfermés dans des cages cjlindrique8,qui courent toujours sans chan-er de place. >

J'étais tourmenté de la crainte que le jour ne piirùt avant notre sommet; bct

ainsi , nous gagnâmes la cime , un boa quart d'heure avant le lever du soleil , et je pus jouir de ce spectacle unique ; dans tout son grandiose. On n'attendra pas de moi q ue j e le retrace. Je ne pense pas même que l'écrivain le plus éloquent lente avec succès de le peindre, igînation la plus richi; pi '

flancs et s'épandre en torrent jusqu'; fond des vallées. Au nord, l'archipel éolien couronnait la Sicile de ses rocbers de turquoise : il nos pieds, Its vertes campagnes de l'île , coupées de»

flcuvesqui la parcourent en longs fileti d'arirenl et la fertilisent, couvertes de

il n'en fut pas ', riches troupeaux, et la mer dont les flots d'azur caressent avec amour lei heureux bords qu'elle encadre. Au loin , Malte , comme un point noir sur les conCns d'un horizon de trois cents lieues. Quelle majesté ! quelle grandeur! quelle scène imposante ! Mes genoux fléchissaient sous moi, j'adorais l'Etemel. Qu'il vienne ici, l'athée, en approcher. Les étoiles du côté de : et son orgueil s'abaissera devant ces merveilles, etson cœur, sinon seslèvrcs, confessera leCréateur. Ah ! que je compris mieux le guèbrc adorant le soleil ; celui-là du moins a des yeux !

On jouit sur l'Etna il'un elFet d'optique surprenant, et que la position isolée 'le ce colosse des volcans peut seul produir;' : je veux parler de l'im-

l'orient disparaissaient dans la lueur écède l'aurore. Les

blanchâtre

rjui preci

montagnes delà Calabre se découpaient sur le ciel en tein les vigoureuses, l.uci-fer, messai;er de lumière, brillait de SCS feux clij.lovans. A rorrident il faisait nuit encore. Malgré la grandeur du phénomène qui -rouduit à mes '

pieds, avides de saisir toutes les pha- mense pjraniide d'ombre de la

ses de la création nouvelle se dévelop- ■ gne. Tandis que toute la Sicile est

panl à mes jeux , mes rci.'ards ne pou- dans la lumière , cette ombre , qui se

vaicnl se détaciter du ciel. Quelques projetiez jilus de cent millesdans la di-

légers nuages bordaient l'horiion , et rcclion d'Agrigcnte, lient dans ta de-

s'y balançaient comme un voile étendu mi-teinte un quart du tableau, et forme

sur ce pompeux mvslère ; niaisbicutot, un contraste frappant avec les parties

il tr.ivers un océau d'o[ia!e , de pourpre éclairées; jiuis.s'accourcissant graduel-

cl d'or , s'élance avec majesté l'astre qui lement à mesure ijue l'astre s'élève, elle

répand sur le monde la lumière et la finit par disparaître, vie. Frappés d'extase, nous restions îSotreattention seportaensuitesurJe

immobiles , quand le guiJenous aver- cratère. 11 se présente ici sous l'aspect

tit de porter nos regards au couchant, d'un j;ouirre de deux mille toises de tour,

Alors toute la Sicile apparut à nos le double du Ghauip-de-Mars à Paris.

GATANE, ETNA.

3oi

Il est circonscrit par des bords escarpes que les commotions des volcans ont bizarrement découpés; son plan irrégulier s'abaisse vers l'orient. A l'opposite s'élève un cône que l'on ne peut apercevoir que du sommet : c'est de là que surgit la colonne de fumée qui se perd dans l'espace. Un torrent de lave s'échappait des flancs de ce nouveau cratère et se précipitait dans le grand, doù s'élevaient de moment en moment des bouffées de vapeurs sulfureuses qui nous empêchaient d'apercevoir le fond dugoulFre. Les parois sont recouvertes de matières scorifîées, de soufre et d'alun pur. De distance en distance on aperçoit pendant l'obscurité sortir d'entre les crevasses des flammes bleues qui colorent les laves noirâtres d'une teinte infernale. Tous nos efibrts pour descendre dans le cratère furent inutiles. Nous fîmes jeter les hauts cris à notre guide quand nous lui en parlâmes. Un Anglais qui, l'avait tenté peu de temps avant nous, avait failli éprouver le sort du philosophe d'Agrigente. Il était six heures quand nous pensâmes au départ. Le froid, les vapeurs qui nous asphyxiaient, le vent surtout dont l'impétuosité menaçait sans cesse de nous précipiter, nous contraignirent de quitter la place. Nous ne songeâmes même pas à dessiner:

l'impossibilité était absolue. Quinze minutes suffirent pour nous rendre à la tour du Philosophe. On appelle ainsi un reste de fabrique antique qui se trouve au bas du grand cône. Les savantes recherches des archéologues sont venues échouer sur ces ruines informes. Les uns y ont vu un observatoire d'Empédocle ou de l'empereur Adrien, d'autres un temple à Gérés, d'autres enfin une construction du moyenùge , servant de tour de guet aux JNormands pour veiller à la sûreté

de nie. Cette supposition est la moins probable, puisque de cet endroit on ne peut découvrir tout au plus que la dixième partie de la Sicile ; encore fautil que les nuages ne s y opposent pas , ce qui arrive assez souvent ici. Nous achevâmes nos provisions dans la maison des Anglais, et ayant repris nos montures presque mortes de froid, nous regagnâmes le bourg de Nicolosi , après avoir fait une courte visite à Ja grotte des Chèvres, cavité que les eaux ont creusée dans les boursouflures des lavés qui entrecoupent la reggione nemorosa.

Ce site est agreste, les arbres qui y croissent, grêles et rabougris, sont en partie couverts des noms des vbyageurs qui entreprennentl'ascension del'Etna; on y jouit d'un beau coup d'œil. Nous ne nous arrêtâmes à Nicolosi que pour reprendre les mulets que nous y avions laissés et nous rafraîchir, et à six heures du soir nous dinions à Catane à la Corona-rTOrOj chez le brave signor Abbate, dont les instructions nous avaient été fort utiles pour notre voyage à l'Etna.

Le peu d'intérêt que me promettait la route par terre de Catane à Syracuse, et la crainte du mauvais air répandu presque toujours dans les plaines basses et marécageuses qu'il fallait traverser, me firent préférer le voyage par mer. Je louai donc une speronara, qui mit a la voile le lendemain de ma descente de l'Etna. Nous longeâmes des iles plates et monotones jusqu'à Auirusla , à sept lieues de Catane. Nous y dînâmes et j'allai en toute bâte parcourir la ville. Je n'y vis rien de remarquable : les marins m'attendaient pour quitter le port aussi impatientés que moi d'arriver. Je profilai des loisirs de la traversée pour recueillir les souvenirs que l'histoire nous a conservés sur l'ancienne capitale de la Sicile, t.

^^H Corintbc, un des Héra- cessifsen tout, talens , viceset vntu

^^^1 cette ville non loin des Denys l'ancien et Arcbimède sonllfi

^Bl BCO», un demi-siède en- deux types du caractère natiooal.

virou la fondation de Rome, Athènes ne pouvait voir sans eaviil

sept Lcuid ans avant notre ère. S'étm- la puissiuice et la richesse d'une coledant peu à peu, ses mura finirent par nie de Corinlhe; persuadée d'aillero embrasser cinq villes, et même siï, en par I eloijuence d'Âlcibiade et de G* comprenant Oljmpicum , colèbre par gias, elle port« la guerre en Sicile. D Je tem)ilede Jupiter. La partie la plus fautliredansPlutarquele récit de «tU ancienne, le berceau de la rivale de déplorable expédition. Aicias et IV- Rome et d'Athènes, orcupa d'iiliord la mosLhénes, qui en «(nient les cbeR petite !le d'Ortygic, qui n'est ]>lu9 au- payèrent de leur tête l'un sa faible» jourd'hui que le tombeau de letle an- et l'autre soo avidité, Carlhage ne in cienne PentapoliE, de la ville quinlu- pasplus heiireusequ'AthènesdansiiBi pie des anciens, renfermant dans une entreprise contre Syracuse. Denysl'»enceinte de huit lieues plus de don^c cien refoula ses cohortes barbares duH cent mille habitons dont l.i richesse les sables brùlans de l' Afrique; niaii était passée en proverbe. Tout cela, comme tant d'autres cheCs Tni)iUires,i! disait-on à cdtû qui faisait apparat de abusa de ses succès pour asservir II SCS richesses, ne vaut pas l.i di^i^mo peuple sou? la puissance de la soldatesque, toujours soumise ;i qui la conduit à la victoire. Il mourut apr(>s Ircnle an.s de tyriinnic, MU ans avant Jésus- Christ, laissant un llls si célèbre depuis par sa cruaitlé cl par sa conffuiK Yiicillanteet pcrilde à réi;ard de Platon qu'il avait ;i(tiré à sa cour. Enfin li' chef de l'iicadcmie quitta la Sicile. Dion. son élève et hcau-IVére do Denvs, avani rassemblé en Orèce, où il était c\[li', un petit corps de troupes, força le tvran dabandonner Syracuse. Quand ue ])cu]i!e est parvenu il un certain deiirc de corruption, il arrive souvent que U philosophie, mc'mesurle trône, échoue dans SCS plans de n'Iornie. Dion se fil des ennemis et jierdit bientôt sa popu larilL'. Jja léuèrctédcs Syracusains oflr;iit en outre un avanlaire continuel uu\ suurdts intriL;uesde Dcnvs, et !'an

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le Troiiyli: au iioid, à i'fsl le petit port ou Pvrtus ,h',irmorais, au sud h j;,rand port, le A'(ertj/iu/H,(i>jH.î de Virpiio, vaste lia'îsiii où cnndiattirtnt plus de cent

STRAOVSE. 3o3

ant Jésus-Christ , il parvint à n'a cessé, depuis ce temps , d'être liée

lérir sa puissance, qu'il ne garda ant que deux ans : Timoléon , à des Corinthiens , alliés fidèles r colonie , chassèrent Denjs (ujours. Forcé d'abandonner ses , il vint exercer sur les enfans de le la tyrannie qu'il ne pouvait ercer sur des hommes. Syracuse sndant vingt ans de la liberté, ce qu'Âgathocle, sorti de l'obcomme les Denys, vint enchérir tyrannie de ces derniers. A sa lette ville respira quelque temps règne de Hiéron II. L'alliance prince avait contractée avec les is mettait Syracuse à 1 abri de dite de ces conquérans; malsement Epicyde et Hippocrate, xesseurs , moins prudens que éférèrent lamitié de Carthage, it cause de la ruine totale de leur

dius Marcellus fut choisi par t pour châtier l'alliée infidèle, trois ans entiers , le génie Archimède opposait une baraux légions romaines ; lorsnuit, les Syracusains célébrant stères de Diane , leur divinité rice , les assiége<ins, qui entreit des intelligences dans la place, rent de la négligence des gardes parèrent de la ville qui fut, penois jours, abandonnée à la rage Dqueur. Rome , embellie de ses lies , conserva Syracuse sous sa ice jusqu'à rinvasion des barbai démembrement de l'empire, la it partie de l'empire d'Occident :

suivit la fortune. Justinien la mx Vandales ; les Sarrasins aux furs grecs ; enfin, à l'époque de ation de la dynastie normande, ma un nouveau corps de nation adante. L'histoire de Syracuse

à celle de Sicile.

J arrivai à Syracuse vers six heures du soir; mes yeux cherchaient vainement sur la côte les restes de cette ville, jadis si imposante : ils n'aperçurent que la triste Sirausa sortant, de la mer semblable à un sarcophage immense , au milieu d'une ceinture de bastions, ouvrage de Charles Y, bien plus me-« Baçant que terrible. Peu de villes présentent d'abord moins de vestiges de leur grandeur passée. A cela près du théâtre, de l'amphithéâtre , et d'un petit nombre de colonnes bien frustes, ses ruines ne sont plus que poussière; les fragmens mêmes ont disparu. A peine quelques ornières creusées par les chars indiquent-elles de loin en loin la trace des rues où se pressait la foule des habitans d'une ville qui fit couler les larmes du vainqueur.

Sicanio prstenta sina jacet insnla contra Plemroyrinm nndosam ; nomen dizere prioret Ortygîam. Alphseum fama est hue Elidis amnem Occultas egisse vias sabter mare ; qai nanc Ore , ^rethnsa , tao Siculis confunditar nndis.

MvtiD, , /iV. m.

En faœ de Plemmyre aMailli par lei mert , Une ile est élevée au tetn dei flots amers: Ortjgie est le nom qu'elle eut aux premiers âges; Ce nom lui reste encor. C'est sur ces beaux rivages Qu'Alphée , amant fidèle et Tojag eur Iieureux , Suivant secrètement son penchant amoureux^ Et , quittant sans regrets l'Élide sa patrie , Se glissait sous les eaux vers sa njmphe chérie: Tous deux au même lit murmuraient leurs amours; Tous deux dans la même onde allaient finir leurs eoort. Leurs berceaux sont divers ; leurs tombeaux sont les mêmet.

Trad. de Deliub.

Je savais qu'Aréthuse était bien cbangée , la beauté même des nympbes est si passagère! Je voulus pourtant que ma première visite fût pour elle.

«Mon guide me dirigea à travers des rues sales, à l'extrémité méridionale de l'île , sur les bords d'un cloaque in* fect. C'est là, me dit-il. — Où donc?

— Ici même. Et je regardais , et je

1 voyais, dans

pie bourbeuse,

luils dGgr.tdés,

naSfr'

fes plui noires

, barbotant , et ï.rdshél.éu-s,à hi^s Je cbeveui

lail

iage.Ëien triste,

etn'o

Tant ce «rs de

>£tn

Ted.,,.

lU ncgn.

)ht veuve i

bcontoUbleti

Son Alphée avait disparu. Necber- :bez plus ces amans (jui muaient les iai«ers de leurs ondes pures. Incorvptarum miscentes oscuîa aquarum.

; Ausoue. ]

Ce début m'avait découragé ; je visi- 'Ai pourtant la catbédrale dédiée à la Vierge. C'est l'ancien temple de Miaerve , presque aussi méconnaissable.

Pallai TOir des fra^ens de l'eaGeinte I0 Tjchi , le théitre dont l'aspect pîftorestjne mâïte seul la visite de l'étranger , tant les siècles et les maçons Je Charles-Quint ont dégradé ce moiiumenL si célèbre par les triompbes de Timoléon. Mais sous Cliarles , la Sicile comprenait -elle Timoléon? On prétend que l'on voit encordes traces de dix-huit ]iortes de l'ancienne 5yra-j cusc:jen'ai pus été si heureux de lc9 apercevoir. 11 faut avouer (|u'it y a des archéologues merveilleusement doués :

c'est ainsi , par exemple , que celui qui m'accompufrne n'hésite pas ;i reconnaître, dans un mauvais fossé circulaire qui entoure un tertre de vingt pieds carrés, tes circonvallations qui défendaient le palais de Dcnjs.

Ici, comme à Pompcï, comme à Ilcrculanum, c'est dans le fond de la terre qu'il fauL chercher les vestiges de la vieille cité. Des aqueducs souterrains, souvent à trois étages, parcou-

rent cette ville et la partagent en des ramifications nombreuses qui portaieot l'eau dans les dillérentes rues. Mais les lalomies « les carrières • sont ce qui surprend davantage. Ainsi que Paris, Kome et Naples sont sorties de leurs catacombes , Syracuse est sortie de ses lalomies. « Admirable ouvrage dei » vaii et des tyrans, » dit Cicéron après 1m avoir visitées , « profondeurs im- » mcnses creusées dans le rocher par - •'';; bras innombrables. Vainemeat ..1 voudrait imaginer une enceinte B plus escarpée , plus siîre , et mieiu « gardée. • Un autre passage des Terrines : Carcer ille qui est a crudelistimo tyranno Dionysio foetus Syracasis quœ Lalomite vocantur , nous indique l'usage véritable de ces carrïérei transformées en prison. Là périrent des milliers d'Atbénicns, malheureux restes de l'expédition de Nicias, Une de ces carrières > car on en compte jusqu'à doOze répandues (Uns Acradîne M'eapolis et Tychi , porte encore le nom de latomie du pbilosopbe , de Pbyloxène, dont la noble francbise osa braver dans le tyran l'amour-propre du poète. Qui ne counalt ce mot ; qu'on tnc ramùtie aux carrières ! Ces vastes excavations, la plupart à cid découvert, ont souvent cent cinquante pieds de profondeur, et s'étendent i plusieurs milles. On y voit de distance en distance des masses perpendicuLiires , isolées , telles que de hautes tours- A droite et à gauche, sont d'autres cavités en forme de grottes, dont la coupe conique se termine en pan coupé, cl quelquefois en arête, telles que l'oreille de Dcnys (PI, loi ). Les latomies ayant été disposées poury renfermer des prisonniers, on fut obliiré d'y conduire des eaux : plusieurs restes d'aquéducs subsistent encore ; on a même cru voir des inslrumeos de tor-

Orrn-hu, .i, l/,o»<g,a ÛrrUU J^ />.

SYRàCUSË.

turedans des amuMtnxfixÀ aux parois.

Le temps ici , loin d^iVoir étendu ses ravages, a tellement iembellï ces lieux par les plantes qui croissmt siùr une légère couche de ierre Végétale, et' dans les fissures des rochers, que les gens du pays leur ont dpnné lë nom de Paradiso. ■'

C'est pourtant dàntf ce paradis , quel contraste ! que ^e ttoÙTe foreille de Denys , cejtté invention infernale. On prétend que lé tyran, caché dans Touverture qu'on aperçoit au sommet, et qui correspond à la Yoûte de la grotte, profitait des aveux, des menaces que la. douleur arrachait à ses nombreuses victimes, et se délectait à entendre leurs gémissemens.

Peut-on savourer ainsila cruauté? mais non, soyons justes même avec les tyrans , repoussons cette fable atroce que l'antiquaire Mirabella a ^faussement appuyée de Tautorité de Michel- Ange de Carravage qui jamais n'a été en Sicile. La configuration de cette grotte profonde, exactement semblable à celle des anciens serpens de nos églises , et la propriété qu'ont les parois de répercuter les sons, produisent un retentissement , un écho qui en fait un vaisseau acoustique colossal et le plus puissant qu'on connaisse. Les hommes prédisposés à accueillir l'extraordinaire en tous genres , ont adopté la fable qui fît de ce lieu un observatoire de torture ; enfin, si l'on veut voir dans la configuration de cette grotte la forme d'une oreille, ce ne peut être que celle d'une oreille d'âne. Un autre phénomène dont on n'a pas assez parlé , c'est lefFet de la lumière dans les vastes sinuosités de cette grotte. Les molécules lumineuses y font nattre des accidens plus merveilleux que les vibrations des ondes sonores. Tantôt, tombant ep riches faisceaux , elles contrastent avec

d'énormes mdftseê d^ombrWy et tantôt, se divisant à Filiôiil : i^ek frôlent ces fiarôis lisses et ItUûiiQesy r^^ réfléchissent, viennetit rê^altttr ett teintes douces et produire toiltifljfi'lièhesse harnioùièuse diir clair blfsijïtf j bien plus admirable qtrJBpeffel'déî voix ou la détonation d^uhe ^m^ à feti iqui retentit ici comme la foudte dànfe les gorges de l'Etna.

Leslalonues des Gapuciiili(Pl. loi), dans Âcradine , sont pour' lé peintre un sujet non moins digne d'étude et d*admiration. Sur le bord d'un lit de calcaire, profondément èxcavé, se trouve le saint asile .des religieux. On descend par une rampedans les jardins du couvent qui occupent le fond de ces anciennes carrières, où la patience et l'art ont vaincu là nature , et transformé en séjour délicieux une vallée de douleur et de larmes. Peu à peu l'industrie, des cénobites a' recouvert de terre ce tuf infertile. Les durs rochers ont reçu dans les interstices l'o^ range , le cédrat , l'olive , la vigne et le grenadier, qui maintenant tapissent de verdure des rocs jadis bnûdés dn soleil. Des gazons arrosés parles eaux qui s'échappent des conduits antiques, des bosquets de jasmins, de roses odorantes , des treilles que la vigne enlace de ses élégans méandres , embellissent aujourd'hui les cruelles prisons où les soldats d'Athènes gémissaient au souvenir de la douce patrie qu'ils avaient quittée pour toujours. Comme les latomies de Néapolis , celles-ci sont flanquées de vastes cavités : on y véit de temps en temps gravés sur le roc des caractères grecs à peine lisibles. L'imagination s'efforce d y retrouve? lèH vert d'Euripide , que les malheureux captifk chantaient pour implorer un êotdage* ment à leur misère« Quélqués-IUA furent assez heureux pour fléchir leori

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