FRÉDÉRIC LE GRAND
A côté de la terre de Jérusalem , ces trois gloires rappelées du païen Ovide, du protestant New ton et du philosophe Frédéric ! Le savant aimable avait vécu long-temps à la cour de Prusse, et revint mourir à Pise, sa patrie. Vieux, il quitta Sans - Souci pour venir dormir au Campo'Sanlo. Peut-être la transition a-t-elle paru brusque à ses mânes.
Du reste, Frédéric traita son chambellan mieux que lui - mOme en fait de
Guidotti , mais de sa première manière et arant que son talent se fût formé.
Yasari noas apprend queVittoria Pisanello de Vérone avait aussi enrichi le Campo-Santo de quelques ouvrages , c'est en vain qu'on les chercherait aujourd'hui.
Builalmacco, qui peignait en i35o, a représenté dans quatre compartimens la Création du monde ^ et les a entourés de bordures et d'ornemens.
Beaucoup des têtes sont portraits; il y a placé le sien avec une inscription en vers. Par malheur tout cela n'a de mérite que comme premier pas d'un art qui bégaie encore.
Le reste des sujets de l'Histoire Sainte, qui ornent ce coté de galerie, est de Benozzo Gozzoli , mort en 1478, imitateur de Masaccio et le plus récent des maîtres qui ont travaillé au Campo-Santo : c*est le Raphaël de ces temps primitifs. Doué d'une rare féoondité, il ne mi t , dit-on , que deux ans à terminer les vingt-trois sujets qui lui furent confiés et dont trois sont perdus. « OuTraire cQrovablc, dit Yasari, et capable d'épouvanter une lépon de peintres. > Malgré la sainteté du lieu, TOUS rirez beaucoup de son ^oé montrant sa nudité; près de lui est une jeune fille qui, se bouchant los yeux arec les mains, ouvre les doints de toute sa force afin de ne pas l'oit.
Celte crscieuse fizurc a* reçu le nom de f^ersofnosa la pudique, et a donné lieu au proverbe : Comme la pudique dit CantpO'Santo. La Tour de Babel est le mieux conservé de ses compartimcns. Parmi les maces et les ministres qui accompa^ent ^'emrod s^nt plusieurs portraits. On reconnaît Ce me raucieu^ son fils Pierre, ses neveux Laurent le Macnillque et Julien.
L7/iVloire du ivî Osiits et le I\\st:n éh ttifliha:fifr sont de Roudinosi. Un
mauvais plmaant leur a appliqué une expression du Dante. Le visiteur, ditil , guarda c passa , r^arde et passe.
Un crucifiement^ une résurrection et une ascension sont du même BufLiImacco dont nous avons déjà parlé.
La variété, l'imagination et la poésie sont, malgré le défaut complet de perspective , les qualités qui recommandent k un haut point les œuvres d'Andréa Orgagna. II y joint une pensée et une ver\'e satirique à la façon de Hogarth. Dans son Triomphe de la Mort^ une religieuse, serrant dans sa main une bourse, montre que le vœu de pauvreté était alors parfois assez mal observé. La mort prend plaisir à frapper des riches, des heureux, des amans qui se reposent à lombre d'un bosquet d'orangers au son des instrumens ; Umdis qu'elle reste sourde auï vœux de misérables qui Tappellcnt comme une amie. Plusieurs figures sont des portraits. Le personnage qui porte un faucon sur le poing représente le célèbre Cas truccio, aventurier gibelin, qui s'empara du pouvoir à Lucques , et obtint le titre de duc, en faisant alliance avec l'empereur Louis de Bavière. Celui-ci s\* trouve aussi, avec une loDcuc barbe et tenant un arc à la main. Dans \e Jugement dernier^ un anne tire par les cheveux et rejette parmi les damnés un religieux qui s était glissé au nombre des élus ; tandis qu'un autre ange place parmi ceux-ci un jeune et joyeux moiidain , perdu dans le groupe réservé aux supplices.
Andréa devait en outre exécqter un E/iJcr; mais, obligé de retourner à Florence, il changea de ce soin son frère Bernai- J , qui y reprovluisit la ter. ribîo ima j:c inspirée par le Dante.
« Le souverain de l'empire des douleurs tenait dans chacune de ses trois Ivuches un pcvhcur, que ses dents dé-
que de sûreté, sont un terrible argu- matière n'existe-t-ilpasdejustemilieoJ)
ment.*
De Lalande , qui est pour l'aflaissement du sol, combat avec une arme bien forte. II met en avant l'opinion de Yasari, de Soufflot, qui construisit le Panthéon ( et qui devait se connaître en affaissement ; car il fut menacé luimême, pour son chef-d œuvre , d'un accident semblable ) de la Gondamine, Bemouilli et beiiucoup d'autres savans. La raison sur laquelle il s'appuie surtout, est que les colonnes inférieures sont plus enterrées h mesure qu'elles approchent du côté où est l'indinaison , ce qui annonce bien l'inégalité dans le sol. Sa description de la tour est la meilleure. « Sa forme, ditil, est celle d'un cylindre, environné de huit rangs de colonnes posées les unes sur les autres, ayant chacun leur corniche; le dernier rang qui forme le campanile est en retraite. Toutes les colonnes sont de marbre, et paraissent avoir été tirées des ruines d'anciens édifices : chacune porte deux retombées d'arc. Il y a un intervalle suffisant pour passer entre les colonnes et le mur circulaire de la tour; le vide du milieu ressemble à un puits , et autour règne un assez bel escalier. La pente en est si douce qu'on pourrait le monter à che- Vfil.Le vide se déverse en totalité, ainsi que l'escalier, du côté où la tour s'incline , et toutes les assises de pierre sont également inclinées. Le campa^ nile parait se redresser, ce qui fait croire qu'il a été construit après coup. On en a à peu près la certitude, d'après une peinture du Campo-Santo, représentant la vie de saint Renier, et où se trouve la tour penchée seulement avec sept étages. Le huitième a-t-il été ajouté pour rétablir l'équilibre?
Uneopiniondejustemilieu(en quelle
prétend que le sol aura cédé d'un c6té sous le poids de la tour, alors qu die était déjà élevée à la moitié de sa bauteuti et que les architectes , après avoir exa* miné la nature du terrain , certains que la couche sur laquelle reposait leur édifice ne pouvait désormais s'afiaisser, en continuèrent la construction sur le même plan.
Quoi qu'il en soit, quela tourdoiveson inclinaisonà un jeude la Providence oa à une combinaison savante de la part d'un homme, j'en remerciai sincèrement l'un ou l'autre, quand j'appris du sacristain boiteux, qui n^e servait de guide , que cette inclinaison avait aidé à Galilée pour ses expériences sur la chute des corps et les lois de la gravitation. 11 était alors professeur de mathématiques à l'université de Pise. 11 perdit peu après sa cLaire, ou plutôt SCS élèves perdirent leur professeur vénéré, par suite d'une légère atteinte que sa conscience le força de portera Tamour-propre d'un frère du grandduc Ferdinand P'. Le prince avait imai^iné une machine pour vider la darsène du port de Livourne, le savant reçut mission du gouvernement pour l'examiner; il démontra, ainsi que Texpérience le confirma plus tard, qu'elle était insuffisante et inutile. Sa disgrâce fut le prix de son examen probe et de son rapport courageux.
De la plate-forme du campanile on jouit d'une vue fort étendue. Ce sont les bains^à quatre milles de Pise; c'est le village d'Acciano , d'où part laquéduc qui apporte les eaux a la ville ; ce sont de riches campagnes, avec la belle ceinture bleue dont la mer les entoure du côté de l'ouest.
Un itinéraire en anglais, que par désœuvrement j'avais feuilleté en route , m'avait annoncé que // Duomo de Pise