TENTATIVE D'ARNAUD DE B!»ESCIA
comprit au douzième siècle ce que les moines du dixneuvième ont tant de peine à comprendre, c'est que l'institution de la papauté temporelle était la pierre d'achoppement du monde chrétien, qu'elle causait une double perturbation : dans Tordre religieux, en détournant le clergé de l'esprit essentiellement moral de sa mission ; dans Tordre politique, en confondant, pour le gouvernement des sociétés, deux éléments que la doctrine évangélique avait voulu séparer; il comprit que toute réforme légitime dans l'Église serait impossible et tout progrès social compromis, tant que Rome ne serait pas affranchie du joug des prêtres, la papauté rétablie dans sa simplicité primitive et la société laïque remise en possession de ses droits temporels.
« Gardez-vous de croire, disait-il au peuple romain, que le clergé ait le monopole des lumières. Les laïques l'égalent en intelligence, et le moment est venu de leur rendre le pouvoir. »
Mieux inspiré que le moine Hildebrand, il prenait le problème politique en sens inverse. Le premier mettait tous les pouvoirs dans les mains du prêtre ; le second demandait, au nom du Christ, deux gouvernements, comme il y a deux sociétés, l'un chargé des choses du ciel, l'autre des intérêts de la terre.
sur ce sujet, ne sont que des déclamations pathétiques, où il nV-ntre point en preuve, et suppose le droit du pape (à la souveraineté de Home) incontestable. » — Fleury, Discours sur l'histoire ecclésiastique du onzième au treizième siècle, IX.
TENTATIVE D'ÀP.NÀUD DE BIIESCIA. 309
La révolution de 1145, dont Arnaud de Brescia fui l'inspirateur, eut donc pour but de renverser la théocratie pontificale du moyen âge. Le grand restaurateur de la république romaine généralise toutes les révolutions des consuls contre les évoques; mais il exprime si radicalement ces révolutions, qu'il passe, aux yeux de ses contemporains et aux yeux d'une longue suite de générations, pour un utopiste.
Ce n'est pas seulement la sécularisation du gouvernement qu'il demande, la part équitable faite aux laïques dans l'exercice des pouvoirs publics, c'est la séparation absolue du domaine religieux et du domaine politique '. Et c'est au cœur même qu'il veut frapper la domination des évoques, c'est à Rome, dans le gouvernement pontifical. L'édifice de Grégoire VII ainsi sapé par la base, c'en était fait de la puissance politique du clergé.
Il proclama donc la déchéance de la papauté temporelle et gouverna sagement pendant dix ans la république romaine.
Mais ce n'était pas tout d'avoir rendu Rome maîtresse d'elle-même, d'avoir rétabli le sénat cl exclu le clergé des fondions politiques. Le difficile pour les
1 Cela ne veut pas dire qu'Arnaud de Brescia comprit le vrai principe de la liberté comme nous la comprenons aujourd'hui. V. t. II. liv. VII, cliap. ier.