TENTATIVE D'ARNAUD DE BRESCIA
\icieux, passant d'un maître à un autre, ne comprenant pas que, pour être libres, ils devaient se soustraire à tous les deux à la fois.
Arnaud de Brescia partagea-t-il cette illusion de ses contemporains? Les historiens sont à ce sujet dans le doute. Les documents sur cette période des annales de Rome sont très-insuffisants. Ce qu'il y a de certain, c'est que le sénat seul figure dans ces supplications adressées aux empereurs; et tout, dans les actes d'Arnaud, permet de croire que le grand martyr de la liberté resta étranger à ces démarches, et même qu'il ftit tout aussi préoccupé des dangers qui venaient du côté de l'empire que de ceux qui venaient du côté de la papauté. Seulement, la prudence lui faisant une loi de ne pas affronter à la fois les colères des deux puissances, il usa de réserve avec l'empereur. Mais tandis que le sénat proclamait plus haut que jamais la théorie du saint-empire, le législateur républicain eut soin de limiter autant que possible, dans la nouvelle constitution, les droits de l'empereur.
Du reste, rien n'était plus illusoire que ce recours continuel des Romains à l'autorité du saint-empire pour les aider à renverser le trône pontifical. C'était s'adresser à la puissance qui avait leplus grand intérêt à la conservation de ce trône. Les empereurs n'avaient nul désir de supprimer la papauté temporelle. Ils voulaient bien contenir ce pouvoir dans des limites raisonnables, mais non l'anéantir. Une fois le trône et l'autel séparés, le prêtre n'eût plus élé pour eux
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un instrument de règne ; une fois Borne affranchie de la domination pontificale, l'Italie ne devait pas tarder à s'affranchir de la domination de l'empereur. Il valait mieux s'en tenir à l'alliance opérée par Charlemagne et qui était devenue la base de tout le droit public européen.
Aussi Conrad III se garda-t-il de se rendre au vœu du peuple romain. Le sénat eut beau lui écrire : « Constantin et Justinien régirent glorieusement tout l'empire, par la vigueur de ce sénat et du peuple romain; nous souhaitons et nous nous efforçons de faire que vous puissiez gouverner comme eux, et que vous puissiez recouvrer tous les honneurs qui vous appartiennent et qui vous ont été ravis. » L'empereur ne répondit pas. Également sollicité par le pape, il jugea prudent de ne pas se compromettre vis-à-Yis de son rival, ou plutôt de son complice.
Frédéric Barberousse, fidèle à la politique de ses prédécesseurs, resta sourd aux instances du sénat. Bien loin de courir au secours de la république, il promit d'abord à Eugène III de replacer les Romains sous l'autorité pontificale « comme ils l'étaient cent, ans auparavant ; » puis, réalisant sa promesse sous le successeur d'Eugène, il livra Arnaud de Brescia à la vengeance d'Adrien IV.
Crime trois fois abominable, à cause de la sainteté de la victime, à cause de l'iniquité du but que se proposaient les bourreaux, l'immolation de la liberté d'un peuple; à cause des circonstances qui en accom-
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pagnèrent l'exécution. Les agents du pape, craignant la colère des Romains, comme des malfaiteurs qui ont besoin des ténèbres, se hâtèrent de consommer leur sacrifice avant le lever du jour. Éternel déshonneur du sacerdoce et de l'empire ! En vain les cendres de l'héroïque martyr furent-elles jetées dans le Tibre, le sang d'Arnaud de Brescia a laissé sa marque accusatrice et indélébile sur les degrés du trône pontifical.
. Pl.us lard, à la mort d'Adrien IV, l'inévitable querelle entre la papauté et l'empire s'étanl envenimée, Barberousse prendra fait et cause pour le sénat qui a proclamé l'antipape Victor III ; et le pape légitime Alexandre III, chassé de Rome, s'en ira à travers la haute Italie souffler le feu des révolutions contre son ennemi l'empereur. Nous avons vu comment, en haine de Barberousse, il devint l'âme de la ligue lombarde.
Mais ici la situation n'est plus la même. Ce n'est pas la papauté temporelle qui est en question; l'antipape Victor n'est-il pas sur le trône pontifical? 11 s'agit simplement de démêlés personnels entre Barberousse et Alexandre. Le principe du gouvernement politique des papes est hors du débat. L'empereur peut donc, sans scrupule, soutenir le sénat de