LUTTE DBS ROMAINS CONTRE LES PAPES
Elle ne s'apercevait pas que c'était s'épuiser en vains efforts, car le moment arrivait toujours où les deux puissances rivales se réconciliaient à ses dépens.
Ce fut l'histoire invariable des Romains, toujours protestant contre les papes, toujours les chassant et les subissant tour à tour, jusqu'à l'heure où la réconciliation définitive de la papauté avec l'empire, en 1550, donna, pour des siècles, une assiette inébranlable à la papauté temporelle.
Pendant la période qui nous occupe, cette résistance opiniâtre des Romains à l'autorité pontificale ne laissa pas au saint-siége un instant de répit. Les papes, dépouillés de la plus grande partie de leurs possessions temporelles, sans prestige aux yeux du peuple, sans pouvoir devant le sénat, consumaient tout le temps de leur pontificat en luttes stériles. Sans nier résolument le droit de la papauté au gouvernement politique, les Romains semblaient avoir l'instinct que cette intervention du chef de l'Église dans leurs affaires publiques était un non-sens ; et l'on peut dire que, libres de trancher la question, ils n'auraient pas tardé à le faire de la façon la plus conforme à la raison et au droit chrétien.
316 LUTTIi DES ROMAINS CONTRE LES PAPES.
Autant ils vénéraient le pontife, autant ils détestaient en lui le prince ; autant ils étaient dévoués à l'Église, autant ils étaient les ennemis irréconciliables du gouvernement clérical ; autant ils étaient fiers de la splendeur que donnait à la ville éternelle la présence du représentant du monde chrétien, autant ils étaient prompts à éloigner de leurs murs le souverain temporel ennemi de leurs libertés.
Mais, un concours fatal de circonstances rendant la vraie solution impossible, les Romains étaient jetés dans une position fausse, tendue et violente; toujours en révolte contre la cour pontificale, et toujours indécis le lendemain de la victoire ; forçant le prince de s'enfuir, et regrettant le pape; tantôt s'agenouillant avec une piété sincère sous les bénédictions du chef de rÉglise ; l'instant d'après se faisant un jouet de sa personne; finissant par perdre à ce jeu funeste le sentiment de leur propre dignité en même temps que le sens élevé de la mission de la papauté dans le monde.
Celait l'état révolutionnaire en permanence, sans issue visible, et le caprice devenu Tunique règle dans cette société troublée.
Rien n'était donc plus précaire, plus incertain, plus marchandé que le pouvoir des papes dans Rome. Et, chose singulière, c'était l'époque même où les papes jouaient un si grand rôle dans le reste de l'Italie, l'époque où leur parole avait un poids décisif dans les conseils de l'Europe. « Pendant près d'un siècle et