USURPATIONS DES EMPEREURS
impatient, et le souverain pontife devait craindre de nouveaux troubles et un exil sans retour *. »
Ce pape mourut cependant à Rome, ainsi que son successeur Célestin III. Mais ils n'y furent tolérés qu'à force de concessions. Entre leurs mains, l'autorité pontificale fut réduite aux plus étroites limites par le fait du sénat et du peuple, et le patrimoine de l'Eglise fut presque entièrement envahi par les empereurs.
Déjà, depuis la paix de Constance, Frédéric Barberousse avait singulièrement empiété sur les États ecclésiastiques. Son fils Henri VI, encouragé par la faiblesse du saint-siége, ne mit plus de bornes à ses prétentions. Il prit possession, en vertu des anciens droits de l'empire, des provinces voisines de Rome, du duché de Spolèle, de la Marche d'Ancône et de la Romagne. Quant aux provinces provenant de l'héritage de la comtesse Mathilde, bien loin de les restituer au pape, il les distribua en fiefs à ses serviteurs. En même temps, pour soustraire le royaume de Sicile à la suzeraineté du saint-siége, il affecta de se passer de l'assentiment du pape, quand il fil valoir ses droits héréditaires sur ce trône.
De Gherfier, t. î, p. 254.
Telle était la position respective de la papauté, de la république romaine et de l'empire, à la fin du douzième siècle : l'édifice temporel élevé par Grégoire VII presque entièrement détruit ; les papes, de plus en plus refoulés par les empereurs dans les limites de leur capitale, et là, forcés de s'incliner devant l'autorité du sénat restauré, s'ils ne veulent être expulsés de la ville; le peuple romain, de son côté, malgré ses révoltes continuelles, ses révolutions et ses conquêtes sur le gouvernement pontifical, tellement affaibli, dégénéré et impuissant, qu'il a toutes les peines du monde à réduire à l'obéissance les petites villes des environs, Tibur, Tusculutn, Albano; pourvu que ses institutions gardent les noms pompeux d'aulrefois, il se croit maîlre de l'univers et s'endort dans une incurie mortelle. La campagne de Rome, devenue un champ de bataille en permanence, ne porte plus de moissons, et le désert se fait autour de la ville des Césars.
Il y a quatre siècles que les donations des Carlovingiens ont transformé le saint-siége en un trône temporel. Que Ton contemple les résultats de cette œuvre qui devait faire le bonheur des Romains, la grandeur de lllalie et la gloire de la papauté 1 Rome, qu'y at-clle gagné? Des ruines. Et l'Italie? Des divisions tou-
jours renaissantes et des lulles stériles. Et la papauté? la déconsidération aux yeux des Romains, l'affaiblissement de sa puissance devant l'Empire, des schismes suscités par l'ambition des empereurs.
Est-ce là l'indépendance que devait assurer au saint-siége le pacte de Charlemagne?
Mais l'illusion devait durer encore bien des siècles, pour le malheur de Rome, de l'Italie et de l'Église.