‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 115 sur 184 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

coup d'œ.il général sur la première période.

Nous avons dit dans un chapitre précédent que l'Italie du moyen âge fut comme le creuset où s'élaborèrent, sous l'influence des principes de la religion nouvelle et sous la résistance de tous les intérêts du vieux monde, tous les problèmes qui concernent la vie sociale et politique des nations. La première période, qui va jusqu'à la fin du douzième siècle, fut, qu'on nous passe le mot, la période d'éclosion. Les révolutions qui s'y accomplirent eurent pour but de dégager du chaos du monde barbare tous les maté* riau* qui devaient servir à l'édification de la société nouvelle»

Dans celte période, en effet, furent appelés à la vie

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publique, par une série d'émancipations, tous les éléments vivants, mais jusque-là inertes et sacrifiés, du corps social. Nulle part cette série d'émancipations, de transformations, n'a été aussi nette, aussi tranchée, aussi caractérisée qu'en Italie. A chaque phase, on dirait une nouvelle couche sociale qui sort de la confusion des époques antérieures et qui prend possession de sa vie officielle.

Cet avènement de nouvelles classes, appelées à la participation des droits politiques, s'opère avec tant de régularité, que les hisloriens, à mesure qu'ils rencontrent, de siècle en siècle, ces classes nées à la vie publique, les désignent sous les noms de premier peuple, deuxième peuple, troisième peuple, quatrième peuple. Le monde physique n'a pas des lois plus exactes et des séries plus logiques. Le savant qui veut lire dans les entrailles du globe terrestre, ne trouve pas plus d'ordre et de précision dans la formation des couches géologiques qui s'offrent à ses regards.

Au treizième siècle, on peut le dire, ce travail d'en* fantement de la société moderne était accompli ; non pas en ce sens, bien s'en faut, que le corps social nouveau eût atteint son plein développement, — pour cela il fallait encore des siècles, — mais en ce sens que toutes les forces vives de la nouvelle société étaient dégagées, toutes les questions sociales et politiques posées, tous les vrais principes proclamés, tous les droits affirmés. La société chrétienne avait pris possession d'elle-même dans tous ses éléments essentiels, à l'état

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rudimentaire il est vrai, mais avec des caractères nettement accusés et indestructibles.

Ce n'était pas seulement l'apparition successive de classes nouvelles venant revendiquer leur part à la communauté politique. Chaque émancipation impliquait des débats inévitables sur les rapports des nouveaux venus avec les classes qui jusque-là avaient eu le monopole delà vie publique, sur toutes les questions concernant la souveraineté, la liberté, les droits de l'État, les droits du citoyen, la propriété de la terre, les droits de l'industrie et du commerce, en un mot sur toutes les questions politiques et sociales, de nouveau posées, de nouveau élaborées ; et dans toutes les villes italiennes, parfaitement distinctes et indépendantes les unes des autres, variant à l'infini sur le même fond de civilisation chrétienne et à travers les mêmes révolutions, leurs combinaisons politiques, on comprend combien, sur chaque question, les expériences, les tâtonnements, devaient être multipliés et mille fois répétés.

Cette variété d'expérimentations qui permettait d'envisager, dans la pratique même, toutes les faces des problèmes, contribuait à faire de l'Italie le champ d'épreuve le plus complet et le plus vivant. C'était bien là que devait se pétrir le monde nouveau.

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