PROGRÈS ET DÉCADENCE
avoir rempli la terre du Lruit de ses armes et étendu sa domination sur tout l'univers, cet immense empire se dissout et tombe en poussière. L'histoire raconte sa chute, comme elle a raconté sa naissance et les phases diverses de sa vie, et son œuvre est achevée. »
Cette prétendue intermittence, cette alternative qui clôt invariablement la vie de chaque peuple après lui avoir fait traverser ses deux phases de jeunesse et de vieillesse,cette loi qui assimile les nations aux individus, bien loin de jeter la moindre lumière sur l'histoire de l'humanité, en augmente la confusion et la rend de plus en plus inintelligible.
Le drame de l'histoire, circonscrit dans la période où vécurent les peuple païens, a pu donner le change sur la loi qui régit les sociétés. On a pri9 le fait pour la condition normale de leur destinée. Parce qu'on voit, sur ce théâtre du monde antique, la scène changer à toute heure, un moment toute retentissante du nom d'un grand peuple auquel semble promise une éternelle splendeur, l'instant d'après couchant ce peuple dans la tombe et faisant éclater un autre nom aussi glorieux, mais non moins éphémère ; parce qu'au lieu d'une marche toujours ascendante, on a le spectacle d'un mouvement alterné de prospérités sociales et de ruines, on conclut : « L'histoire n'est qu'une série d'oscillations entre ces deux termes, progrès et décadence. »
Conclusion erronée, parce que l'observation qui la précède est superficielle et incomplète. En rétré-
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cissant le champ de l'observation, on s est mis .dans l'impossibilité de saisir les causes de cet te dégénéra tion successive et en quelque sorte fatale des «adélés païennes.
Le monde païen, tu isolément, est inexplicable. Il ne peut&re compris qu'en regard du monde chrétien. Ce sont les deux termes d'un même problème dont l'historien n'aura la clef qu'en embrassant les deux mondes dans une haute synthèse.
A la lumière de la révélation chrétienne, les causes de Y impuissance sociale du monde païen se montrent au grand jour. Assurément, l'homme, avant le Christ, n'est pas ce qu'a voulu le faire une école prétendue interprète de la doctrine évangélique et que Ton peut appeler, à bon droit, Yécolç du désespoir* L'homme «est pas déchu en ce sens qu'il se soit produit dans sa nature même une perturbation profonde et miiwle. Bien que ses rapports primitifs aivec Dieu aient été altérés, et que des obstacles accidentels r égarent dans ses voies, embarrassent sa marche et empêchent le plein accomplissement de sa destinée, il reste avec ses facultés natives, avec toutes ses puissances virtuelles; et c'est ce qui lait que l'antiquité païenne, pour l'éclat du génie individuel, pour la grandeur des caractères, pour l'intrépidité surhumaine de ses héros, pour la haute raison de ses sages, pour
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l'inspiration idéale de ses poètes, pour ta perfection de ses œuvres dans tes lettres et dans les arts, n'a rien à envier au monde moderne.
Nais ce qai manque à l'antiquité païenne, c'est le principe même qui relie les hommes entre eut ; è'est une notion exacte et complète de la destinée sociale de l'homme ; c'est, si Ton peut s'exprimer ainsi, l'élément humanitaire. Le païen a une patrie ; il ne se sent pas vivre dans l'humanité, et même, pour lui, la patrie se réduit au droit exclusif et impitoyable d'une caste*
Il ne peut y avoir une vraie famille sociale avec le polythéisme; divisés dans leurs adorations, les hommes doivent l'être dans leur vie publique. Oomment la paix et l'harmonie régneraient-elles sur la terre, quand la discorde et la guerre régnent parmi les dieux? L'élément religieux ne peut être un ciment indestructible qu'entre des hommes qui se savent frères sous la loi paternelle d'un seul Dieu.
Une cause permanente de division et par conséquent de destruction réside donc au cœur des sociétés païennes. Et c'est pourquoi ces sociétés son* condamnées à l'impuissance; c'est pourquoi, malgré Tordre artificiel que le génie du législateur donne un moment à quelques cités, l'édifice croule bientôt, comme tout ce qui repose sur une base fausse et incomplète.
Quand une nation païenne tombe en décadence, et que toute vie s'arrête en elle, ce n'est pas que tout élément de fécondité sociale de la nature humaine soit