MARCHE ASCENSIONNELLE
épuisé ; c'est que la doctrine religieuse et morale qui lui sert de fondement est inféconde. Un peuple ne vit qu'en raison de la puissance d'expansion de ses forces sociales. Pour un peuple comme pour tout être, vivre c'est progresser; il marche, tant qu'il a devant lui un but de perfectionnement. Quand ses principes sociaux, conséquences d'une idée religieuse étroite, opposent à son développement social une limite infranchissable, quand l'avenir est fermé à ses espérances, et qu'il ne peut plus vivre que dans le souvenir et la reproduction du passé, sa chute est inévitable. « Ce n'est pas, dit un éminent historien, quand des idées neuves fermentent qu'il y a décadence ; mais lorsque, dans un grand empire, la société, qui se sent opprimée et malade, ne conçoit aucune grande et nouvelle espérance, lorsque au lieu de s'élancer vers l'avenir, elle n'invoque plus que les souvenirs et les images du passé, c'est là une décadence véritable; peu importe combien de temps un tel état met à tomber; il croule d'une ruine inévitable1. »
Ces catastrophes sans cesse renouvelées sont une suite d'avortements sociaux qui accusent plutôt une lacune momentanée dans la science sociale, une éclipse accidentelle dans l'ordre religieux et moral, qu'un vice radical de notre nature et une loi fatale de l'humanité.
1 M. Guizot, Histoire des origines du gouvernement parlementaire, 1. 1, p. 32. — Voir sur ce même sujet les œuvres de M. Eug. Pellefan, la Profession de foi du dix-neuvième siècle et le Monde marche.