TA L!GUE TOSCANE
le pouvoir impérial y était représenté par un préfet. Ce dernier magistrat était peu populaire ; il héritait de la haine profonde que les Romains avaient vouée au dernier Empereur. Innocent III n'avait pas eu de peine à lui imposer le serment de fidélité envers la cour pontificale.
Ce premier succès obtenu, il avait dirigé ses efforts contre le sénateur, l'avait fait renverser par une émeute excitée à prix d'argent, avait fait nommer à sa place une de ses créatures et reçu du nouveau magistrat un serment, sinon de vassalité, au moins de respect et de fidélité. Après quoi, arborant le drapeau de l'indépendance italienne, il avait soulevé les populations contre les ducs de Romagne et de Spolète, qui représentaient le parti de l'Empire.
Le terrain était ainsi préparé dans ces provinces et dans la ville pontificale, lorsque Othon vint y confirmer l'autorité du saint-siége.
Restait l'héritage de la comtesse Mathilde dont Philippe de Souabe était en possession. L'infatigable pontife, sans perdre une minute, employa pour agiter la Toscane le moyen qui lui avait si bien réussi dans les Romagnes. Il appela autour du drapeau guelfe le grand parti national contre l'étranger. A l'exception de Pise et de San Miniato, toutes les cités répondirent. Leurs députés, réunis sous la présidence de deux cardinaux, formèrent entre eux une ligue appelé Ligue toscane; ils jurèrent de ne pas reconnaître d'autre Empereur que celui adopté par la cour romaine.
En même temps, les agents du pape secondaient au sein des républiques italiennes le mouvement démocratique, qui poursuivait son œuvre de démolition contre la féodalité. C'était le moment où le parti impérial, après avoir pris pendant longtemps une part active à cette révolution émancipatrice, tant qu'il s'était agi de faire disparaître les derniers vestiges de l'ancien royaume, s'efforçait de relever la noblesse et de lui assurer la prépondérance dans la commune *.
La papauté, engageant la lutte contre la maison impériale de Souabe, avait sa place tout naturellement marquée dans le camp de la démocratie. Cette circonstance, coïncidant avec la première apparition des mots guelfes et gibelins, transportés d'Allemagne en Italie pour désigner les deux partis en lutte, a beaucoup contribué à accréditer l'opinion si généralement admise que la papauté, à la tête du parti guelfe, représente dans l'histoire italienne la cause nationale et démocratique, par opposition au parti gibelin représenté par l'Empereur. L'illusion, il faut en convenir, était presque inévitable en présence de ces deux faits qui ouvrent la période proprement dite delà guerre des guelfes et des gibelins : d'une part, la tentative nationale de la ligue toscane contre Philippe de Souabe, sous l'inspiration d'Innocent III , d'autre part, l'inter-
INNOCENT ffl ET OTHON ÎV. 403
vention de la papauté dans les cités italiennes en faveur de la démocratie contre la réaction tentée par la noblesse. On a pris pour la règle ce qui n'était qu'un accident.
Cependant, Othon IV, l'allié du pape, vint à Rome recevoir solennellement la couronne impériale des mains d'Innocent III. Un Empereur ne pouvait mettre le pied en Italie sans qu'à l'instant même se réveillât l'éternelle querelle de l'empire et du sacerdoce. A peine investi de l'autorité suprême, Othon prit à Rome l'attitude qu'y avaient prise tous les Empereurs ; il prétendit subordonner le pouvoir politique du saint-siégç au droit souverain du saint-empire.
L'état der la Péninsule lui parut favorable à ses desseins, Son.compétiteur, Philippe de Souabe, était mort en 1208. Cet événement devait rallier à sa cause tout le vieux parti gibelin en Italie ; il espérait en outré, à la faveur de son titre de chef du parti guelfe, en Allemagne, retenir sous son drapeau le parti guelfe sonlevé par le pape dans toute la Péninsule, et particulièrement en Toscane, contre le gibelin Philippe de Souabe.
Croyant le succès assuré, il ne dissimule plus ; il essaye de restaurer dans Rome le pouvoir impérial. Quant à l'héritage de la comtesse Mathilde, bien loin d'aider le pape à le recouvrer, il le revendique pour son propre compte. L'exécution suit de près la fiaenace ; il donne le duché de Spolète à l'un de ses favoris, Léopold. En même temps, portant ses vues jusque swr