LASSITUDE GÉNÉRALE
hommage de sa couronne. Guerres contre les Grecs, contre les Maures, contre les hérétiques, contre ses adversaires même; il transformait tout en croisade ! La foi était son levier; par ses mandats, nouvelle forme d'élection, il disposait de toutes les dignités ecclésiastiques ; pour soulever les peuples, il organisait, sous l'Italien François d'Assise et sous l'Espagnol Dominique, les milices pontificales des ordres mendiants. La pensée romaine inspirait et conduisait tout; le règne de la théocratie semblait arrivé1. »
Aucun pape n'avait autant agité le monde. Sa politique violente et tendue avait fini par causer un malaise général et une lassitude profonde. Le sentiment public se manifesta même au sein du concile de Latran, réuni en 1215 par les ordres d'Innocent III; on osa y blâmer la guerre des albigeois, inspirée, disait-on, moins par le zèle pour la religion que par des vues toutes mondaines.
L'Italie surtout, tourmentée d'une sorte de fièvre endémique, devait à la politique d'Innocent III un redoublement de fureur dans ses guerres intestines et une incertitude de plus en plus désespérante sur le but qu'elle poursuivait.
A la mort d'Innocent, le monde respira plus à l'aise, comme délivré d'un poids immense, et l'avènement
* Zeller, Histoire de Vltalie, p. 183.