CARACTÈRE D'INNOCENT IV
propres mains, tout en priant le ciel de le délivrer à la fois et de la cause de son mal et du délire funeste qui le pousse à l'augmenter lui-même. Elle crut, quand le conclave réunit ses voix sur le cardinal de Fiesque, qu'enfin la paix allait rentrer dans son sein.
Innocent IV apparut en effet, les mots de pardon, de conciliation et de paix sur les lèvres; et ses antécédents semblaient promettre un règne bienveillant et pacifique. « Simple cardinal, il avait à tel point dissimulé son humeur ardente et fougueuse, que chacun avait pu le croire animé d'un grand désir de paix. La Péninsule italienne était partagée en deux camps : États, cités, familles, tout était guelfe ou gibelin; seul, Sinibald de Fiesque, quoiqueassis sur les marches du trône de saint Pierre, avait su garder son crédit à la cour pontificale, tout en conservant les bonnes grâces de l'empereur1. »
Vain espoir. Ce pape, accueilli comme l'ange de la réconciliation, va déchaîner sur la malheureuse Italie de nouvelles et effroyables tempêtes, a À peine monté au rang suprême, Innocent, se montrant à découvert, adopte les plans de ses prédécesseurs contre l'autorité impériale ; plans dont on le vit poursuivre l'exécution avec une rare constance jusqu'à la mort de Frédéric II * »
Faut-il supposer avec M. de Cherrier que ce pape a naturellement enclin à la violence et à l'oubli de la
1 De Cherrier, t III, p. M.
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charité chrétienne » a dissimulé jusqu'au jour de son exaltation? Nous croyons ce jugement trop sévère envers un homme que M. de Cherrier lui-même signale comme un pontife « d'un esprit fin et cultivé, pieux et sincère dans sa foi, irréprochable dans ses mœurs. » N'est-il pas plus juste d'attribuer aux entraînements de la position nouvelle ce qu'on attribue à l'homme ? Et ce changement si subit, qu'on explique par toute une vie de dissimulation, n'est-il pas bien plutôt le fait d'une conscience droite, mais égarée, qui fait au nouveau pontife des devoirs impérieux et redoutables, dès qu'il tient dans ses mains l'héritage de Grégoire VII, d'Innocent III et de Grégoire IX?
Frédéric ne s'y trompa point. Comme ses confidents le félicitaient de l'élection de celui qui jusqu'alors avait été son ami fidèle, l'empereur, sans accuser Innocent de perfidie, leur répondit : « J'avais un ami dans le cardinal de Fiesque ; Innocent sera mon en* nemi, parce qu'aucun pape ne peut être gibelin1. » Voilà la vérité. Les traditions de la politique pontificale s'emparèrent d'Innocent, comme elles s'étaient emparées de ses prédécesseurs. Il suivit donc, dit un historien contemporain, bien moins les traces de Pierre que celles de Constantin; et son règne fut pour le monde une époque malheureuse2.
La lutte ne tarda pas à s'engager entre les deux amis de la veille. Après quelques négociations où le
* De Cherrier, l. H, p. 264.
* V. le même auteur, t. III, p. 31 .