JUGEMENT DE L'HISTOIRE
lutte opiniâtre contre l'empire, à la tête du parti guelfe, et la destruction de la maison de Hohenstauffen ont-elles fait faire un pas à la question de la nationalité italienne? Sa violente intervention dans les affaires temporelles des États a-t-elle entretenu la concorde entre les princes, pacifié les esprits et empêché les guerres civiles? Enfin, son zèle pour l'intégrité de la foi a-t-il relevé la dignité du sacerdoce, adouci les mœurs publiques et ramené les hérétiques dans la grande unité chrétienne?
A ce triple point de vue, l'histoire doit à ce pape, comme à ses prédécesseurs, les deux grands papes théocrates, un jugement sévère. « Peu scrupuleux, dit M. de Cherrier, sur le choix des moyens, pourvu qu'ils assurent le triomphe de l'Église romaine, il remplit pendant onze ans l'Europe de troubles, prêche partout des croisades contre des princes catholiques, émousse les armes spirituelles par des excommunications trop prodiguées, autorise ses nonces à commettre des exactions inouïes, fait des frères mineurs et des dominicains, non des pêcheurs d'âmes, mais des collecteurs d'argent, et détourne même de leur destination les offrandes pour la délivrance de la terresainte qu'il a livrée aux Turcs en y attisant le feu de la discorde. En attaquant l'empereur au foyer même de sa puissance, il prépare en Allemagne une révolution morale et politique, qui devient pour ce pays une source de malheurs et de déchirements. Enfin, il rallume la guerre civile dans la Péninsule; et, ne pou-