LOGIQUE DU SYSTÈME THÊQCRATIQUE
e droit de se réunir en conciles provinciaux sans la permission du pape ; on prétendit que les évoques devaient être jugés définitivement, non par leurs pairs, mais par le souverain pontife; on attribua à ce dernier le droit de transférer à son gré les évéques d'un siège à l'autre ou d'en ériger de nouveaux ; enfin, on concentra dans les mains du pape tout droit de juridiction en faisant le saint-siége juge en dernier ressort de toutes les contestations qui s'élèvent sur tous les points de la chrétienté; monstrueuse centralisation qui encombrait d'affaires insignifiantes le consistoire des cardinaux et absorbait tous ses soins.
Pour étendre aux choses temporelles cette domination absolue qu'on établissait dans l'Église, on soutint qu'en aucun cas les clercs ne pouvaient être jugés par les laïques. En même temps, nous l'avons vu, les papes intervenaient dans les affaires politiques des princes, les excommuniant et les déposant sous prétexte de péché. Souverains d'ailleurs eux-mêmes de leur petit État temporel, ils prenaient part, à ce nouveau titre, au mouvement général de la politique européenne, et entretenaient, dans ce but, auprès des cours étrangères, des légats qui se rendaient odieux pVr leur faste, leur luxe et leur avarice â-
1 V. Fleury, Discours, sur V histoire ecclésiastique du onzième au treizième siècle, xi.
428 CCWTBASTE ACCUSATEUR.
Mais, parmi les effets de cette invasion du clergé dans le domaine de la politique et de cette usurpation qui mettait les moyens humains au service de la religion et les armes matérielles aux ordres du prêtre, il n'en est pas de plus délestable, de plus contraire à l'esprit du christianisme, que les rigueurs exercées contfe les hérétiques. Oh ! quel contraste accusateur entre les saints évêques des premiers siècles qui imploraient la compassion et l'indulgence des princes envers les hérétiques, et les pontifes théocrates qui font aux princes un devoir des plus excessives rigueurs !
D'une part, c'est Sévère Sulpice qui blâme les deux évêques Idace et Ithace de s'être adressés aux juges séculiers pour faire chasser des villes les priscillianistes, et qui traite de honteuses les poursuites qu'ils firent contre eux auprès de l'empereur Gratien ; c'est saint Martin priant l'empereur Maxime d'épargner le sang des hérétiques; c'est saint Ambroise refusant de communiquer avec les évêques qui ont provoqué des exécutions sanglantes; c'est saint Augustin suppliant son ami Donat, proconsul d'Afrique, de ne point user du pouvoir dont il est investi d'ôter la vie aux hérétiques : « Quelque grand, dit-il en terminant sa lettre, que soit le mal qu'on veut faire quitter et le bien qu'on veut faire embrasser, c'est un travail