‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 178 sur 184 · CHARLES D'ANJOU · texte numérisé non relu

CHARLES D'ANJOU

bileté consommée. Son but était d'asseoir l'État pontifical entre les autres États de la Péninsule dont il tâchait d'équilibrer les forces respectives. Et c'est là ce qu'on a appelé une politique italienne! Cet équilibre politique a fait illusion aux historiens1. Ils l'ont pris pour une conception patriotique de la cour romaine. Ce n'était que la neutralisation momentanée des forces ennemies, mais nullement leur conciliation. Un pontife d'une habileté exceptionnelle pouvait, par son influence, maintenir un moment cette trêve intérieure; c'était suspendre la tempête, non la dissiper. Elle éclata, plus redoutable que jamais, à la mort de Nicolas, et rompit cet équilibre dont sa main puissante avait tenu tous les fils.

Charles d'Anjou, usant de violence, fit élire, sous le nom de Martin IV, un Français qui lui était dévoué, et il reprit ouvertement ses projets de domination.

ni

En vain invoque-t-on la politique des deux prédécesseurs immédiats de Martin IV pour exonérer le saint-siége des suites funestes de l'ambition de Charles. La responsabilité lui en revient tout entière devant

1 Machiavel, plus clairvoyant que la plupart des historiens modernes, ne s'y est pas trompé : « Toute puissance, dit-il, devenue considérable en Italie, était redoutée des papes, lors même qu'ils avaient contribuée son agrandissement. Leurs efforts pour l'abaisser faisaient naître dans ce pays beaucoup d'agitations et des changements continuels ; la crainte d'un État puissant en faisait élever un faible, dont le môme motif faisait bientôt méditer l'abaissement. Ce fut cette poi. 29

Page 1