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LES ILLUSIONS PERSISTANTES

présentants du vieux système impérial. Les deux personnages vers lesquels, pendant des siècles, les Italiens avaient tourné leurs regards comme vers leurs protecteurs naturels, étaient pour ainsi dire tombés dans le mépris public. L'interrègne de l'Empire durait depuis plus d'un demi-siècle; la papauté, obligée de s'exiler à la fois et de l'Italie et de Rome, parce qu'elle n'avait su être ni pour l'Italie un drapeau national, ni pour la ville éternelle le verbe du monde nouveau, la papauté, déconsidérée et vassale du roi de France, se réfugiait à Avignon.

Oh î si, en ce moment, délivrés à la fois de la présence des papes et de la présence des empereurs, les Italiens avaient répudié à tout jamais les fatales chimères du saint-empire et de la théocratie universelle, ils auraient marché d'un pas ferme vers une organisation nationale. Comme chez tous les autres peuples, leurs guerres intestines et leurs révolutions seraient devenues un travail d'enfantement d'où serait inévitablement sortie une unité réelle et indestructible.

Mais. les illusions qui ont perdu l'Italie survivent au prestige de l'empereur et du pape. Rome est loin d'en avoir fini avec son rêve du saint-empire. Parce qu'elle a chassé les papes, elle se croit plus près de la réalisation de ce rêve, et c'est tout le fruit qu'elle retire de sa victoire : une illusion ne peut la conduire qu'à un résultat dérisoire.

Les luttes recommencent donc indéfiniment. Les vieux partis sont en déroute; les Guelfes et les Gibe-

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