LES ILLUSIONS PERSISTANTES
lins ne distinguent plus leurs drapeaux; tous se lancent, sans boussole et sans but déterminé, à travers les batailles qui chaque jour se multiplient.
Dans la première période des guerres municipales, si le résultat national était nul, du moins l'objet immédiat de la révolution ayant une réalité sociale, des intérêts nombreux, dans la cité, y trouvaient satisfaction. En d'autres termes, tant que la révolution sociale eut à faire surgir, par des émancipations successives, les divers éléments de la société moderne, les deux grands partis des Guelfes et des Gibelins eurent un aliment à leur activité. A défaut d'une solution au problème capital qui avait donné naissance à ces deux partis et qu'ils ne venaient pas à bout de démêler clairement, ils se rencontraient sur un terrain nettement défini et luttaient pour des intérêts sociaux saisissables.
Quand cette révolution émancipatrice fut accomplie et qu'il s'agit de reconstruire, les deux partis, plus aveuglés que jamais sur le sens de la question fondamentale qui les divisait, et n'ayant plus le terrain de la révolution sociale, furent dans un complet désarroi. Ils continuèrent à subsister, parce que les deux éléments qu'ils représentaient étaient impérissables; et, bien qu'ils n'eussent qu'une conscience vague de leur signification et de leur but, ils se rattachèrent toujours instinctivement, le parti gibelin à Tidée de l'empire, le parti guelfe à la papauté. C'est ce qui perpélua ces deux dénominations; mais, en