DE LA RÉVOLUTION CHRÉIIENJSE
l'impuissance de la doctrine évangélique. Si cette doctrine, s'écrient-ils, renferme les vrais principes de justice et de fraternité qui doivent servir de base à une société bien organisée, comment se fait-il que dix-huit siècles n'aient pas suffi pour lui faire produire tous ses fruits?
Nous sommes loin de nier qu'il revienne au clergé une large part de responsabilité dans les relards qu'a éprouvés à travers les siècles le développement des conséquences sociales de l'idée chrétienne, et cet écrit montrera tout le mal qu'a fait le clergé, lorsqu'un intérêt temporel ou un préjugé de caste, et non le véritable esprit de l'Évangile, a inspiré ses paroles et ses actes.
Mais ce n'est pas une raison pour tout confondre, pour prétendre que le côté social du christianisme, c'est-à-dire une œuvre humaine, ait pu se passer des conditions inévitablement attachées à tout ce qui est de Tordre temporel; c'est ne rien comprendre à la portée de cette révélation qui, tout en réconciliant l'homme avec Dieu, veut qu'il doive au libre exercice de ses facultés, à ses luttes persévérantes conlre le mal moral qui est en lui et hors de lui, les conquêtes successives de la civilisation et les perfectionnements des sociétés politiques.
C'est cette confusion des deux ordres religieux et social qui entrave encore aujourd'hui l'action civilisatrice de l'Évangile, comme elle l'a entravée pendant tous les siècles qui nous ont précédés.
5* DOLBLE BUT
Supposons, pour un moment, que cette distinction entre la portée religieuse et la portée sociale de la révolution chrétienne ait été comprise au début.
Supposons que l'Église, tout entière à sa mission religieuse, eût laissé l'œuvre sociale s'accomplir comme toutes les œuvres humaines par les conquêtes de la science politique; se bornant, elle l'Église, sans intervenir directement dans les affaires de ce monde, à conserver intacts les grands principes sociaux et moraux qui sont de tous les temps et qui doivent être le fonds commun de toute société ; supposons le prêtre renfermant son sacerdoce dans le temple, y appelant les hommes par la persuasion, fournissant aux peuples qui s'organisent les principes de la civilisation chrétienne, sans prétendre à la mission providentielle d'en faire lui-même l'application aux sociétés temporelles ; se contentant de signaler l'erreur, l'hérésie partout où elle se présente, mais se gardant de faire sanctionner ces décisions par le glaive de l'État; prémunissant ainsi les chrétiens contre les fausses doctrines, tout en respectant la liberté des consciences.
Supposons de leur côté les pouvoirs humains se rendant parfaitement compte de leur mission civilisatrice; sachant très-bien que la transformation des mœurs, et par suite des lois, des institutions sociales, sous l'influence de l'Évangile, doit être l'œuvre lente,