LA LIBERTÉ SELON LE DROIT PAÏEN
dans le sens social; mais il était naturel que Ton comprît d'abord cet affranchissement à la façon dont le monde païen avait compris la liberté.
La liberté, chez les peuples païens, c'était la participation plus ou moins directe et plus ou moins complète du citoyen à la souveraineté politique. C'est cette liberté qui le faisait un membre actif, solidaire, de la vie nationale; mais tout l'homme était dans le citoyen, c'est-à-dire dans ce membre actif et ayant sa part de souveraineté dans le corps social. Quiconque n'était pas citoyen n'était pas un homme; l'esclave n'était pas un homme.
L'idée ne serait pas même venue qu'il pût y avoir, en dehors de la sphère nationale, un moi humain pensant sur les choses divines et agissant dans la pleine liberté de sa nalure. L'idée ne serait pas venue non plus que les droits de l'homme, même en tant que membre d'une nation, avaient leur racine, non dans une organisation sociale quelconque, mais en lui-même, dans sa propre nature.
Les deux choses se tiennent; elles devaient être comprises en même temps. Et que d'épreuves ne faudra-t-il pas pour que, dans la sphère religieuse, on conçoive d'abord l'idée de tolérance, puis enfin l'idée de liberté ; combien de temps et d'efforts pour que, dans la sphère sociale, on songe à prendre pour base de toute conception politique et sociale les droits et la dignité de l'homme ! La grandeur et la gloire de la Révolution française, c'est d avoir mis le monde en