DANS LES SOCIÉTÉS PAÏENNES
C'est dans ce sens qu'on trouve dans les traités des premiers docteurs de l'Église la doctrine la plus large sur la souveraineté de la communauté nationale, et de la participation de tous les membres du corps social, sans distinction d'hommes libres et d'esclaves, à cette commune souveraineté.
Quant à la liberté dans sa haute acception, à cette liberté qui fait que toute main portant un glaive, fûtelle la main d un saint Louis, doit s'arrêter avec respect devant la conscience de l'homme, il n'en pouvait être question.
Supposer que le pape Sylvestre l, parlant à Constantin converti, lui eût dit : « Vous rendez hommage au Dieu vivant, c'est bien ; mais cette épée que vous mettez à son service, reprenez-la^ laissez-nous, pacifiquement et sans l'appui de votre bras, accomplir notre œuvre ; gardez-vous de briser les autels des idoles ; laissez-nous le soin, à nous les apôtres de Jésus-Christ, de substituer là vérité à l'erreur dans l'esprit de vos sujets ; contentez-vous, à mesure que la doctrine nouvelle aura pénétré dans les âmes et transformé les mœurs, de perfectionner en conséquence votre législation civile et politique; » mettre un tel langage dans la bouche de ce saint pontife et l'adresser à un pareil interlocuteur, c'est parler comme nous le ferions aujourd'hui, nous, libéraux du dix-neuvième siècle, et
1 C'est à ce pape que se rapporte la prétendue donation de Constantin, dont on a voulu faire le point de départ de la souveraineté temporelle du saint-siége.