‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 32 sur 184 · DEVANT ROME ORTHODOXE · texte numérisé non relu

DEVANT ROME ORTHODOXE

Gaule, convertis d'abord du paganisme au catholicisme par des prêtres orthodoxes, venaient d'abandonner le catholicisme pour se faire ariens. Les Goths avaient jadis reçu l'arianisme des missionnaires de l'empereur arien Valens, et leur influence aida ensuite son développement chez les autres branches de la race teutonique â. »

Quand les barbares envahissent l'Italie, l'hérésie revient avec eux, plus menaçante que jamais pour la civilisation chrétienne.

g 1". — Les Hérules et les Gotlis.

Le fondateur du royaume d'Italie, Odoacre, et ses Hérules, étaient ariens. Son successeur, Théodoric le Grand, et ses Goths, l'étaient également. Que va-t-il se passer? Rome et l'Italie vont-elles se constituer en nation, en prenant pour base, ce qui était dans la logique des choses humaines, l'hérésie du roi et de la race conquérante?

Voyez plutôt la merveille qui va s'accomplir : Rome et l'Italie se servent de l'arien Odoacre pour protéger leur foi contre l'hérésie d'Eutychès, que l'empereur de Ryzance, Zenon, prétendait imposer aux Romains*. C'est dans ce but, c'est pour se soustraire à l'influence

1 Henri Martin, t. I, p. 405.

3 L'erreur d'Eutychès, en sens inverse de celle d'Arius, niait en Jésus-Christ la nature humaine. L'Église, dans chaque siècle, a dû se i. 4

ftU L8S HKHULBS ET LES GOTHS.

de l'empereur hérétique, que l'Italie accepte Odoacre, et que Rome l'aide à fonder le royaume.

Le chef barbare sent si bien que c'est là la condition de son règne, qu il se garde d'imposer aux Italiens sa croyance et la croyance de ses soldats. « Peu importe qu'Odoacre soit arien; il ne s agit pas de lui ni des Hérules ; il s'agit des Italiens, et ils sont heureux de pouvoir l'opposer aux empereurs d'Orient, Qu'il professe l'arianismei que la nouvelle religion soit le mot d'ordre des casernes, de la cour et du royalisme qui s'organise 1 que Ton continue, si Ton veut, la tradition de Ricimer et des généraux presque tous ariens ! le royaume arrive à propos, le roi n'impose pas ses principes, ne sonde pas les consciences, il laisse à l'Italie sa foi, à Rome son Église indépendante, et il développe la liberté républicaine. On s'abrite derrière les masses des Hérules et des Ruges pour se dérober à la religion de Byzancey et t'arianisme royal devient l'égide de l'insurrection catholique du patriarche d'Occident contre Zenon '. »

Chose inouïe! par un concours singulier de circonstances, la raison d'État commande à un prince hérétique, au fondateur d'un royaume, de protéger la foi de ses sujets qui n'est pas la sienne; et l'intérêt religieux de Rome catholique lui fait une loi de favori*

tenir ferme entre deux écueils ; elle a dû protéger la traie, doctrine et contre les systèmes qui tendent à en faire une œuvre purement humaine, et contre ceux qui refusent toute part à riment humain dans l'œuvre de la rédemption.

* Ferrari, t. !, p, 2$ et 29.

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ser l'entreprise nationale de ce prince hérétique. Le pape Simplicius, écoutant les inspirations de son zèle religieux, ne craint pas d'investir Odoacre du droit qu'avait l'empereur de concourir par le préfet de Rome à l'élection des papes ; et son instinct ne le trompe pas. Odoacre, après la mort de Simplicius, empêche l'élection du candidat hérétique de Zenon et fait nommer Félix III; puis il laisse le nouveau pape réunir à Rome un concile, où non-seulement est repoussée l'hérésie d'Acacius, favorisée par Byzance, mais où sont condamnés les coreligionnaires mômes d'Odoacre, les ariens d'Afrique,

Quand survient Théodoric avec ses Goths, rien n'est changé à l'état religieux de Rome et de l'Italie. La politique du nouveau roi arien est la môme que celle d'Odoacre. « L'arianisme n'est à ses yeux que la raison d'État du royaume; il s'en sert pour fortifier, pour unifier la caste royale des Goths, et laisse libres les catholiques qui se rallient au patriarche d'Occident, et qui continuent de se servir de l'arianisme pour sauvegarder la suprématie de Rome contre l'hérésie de Byzance et contre l'ancienne domination impériale4. »

Théodoric, imitant Odoacre, use de son influence pour faire nommer un pape orthodoxe contre le candidat de Byzance.

Ferrari, t. 1, p. 36 et 37

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