‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 41 sur 184 · DU SAINT-SIEGE · texte numérisé non relu

DU SAINT-SIEGE

Mais ce grand intérêt de l'expulsion des Sarrasins, qui dominait alors tous les autres, faisait à Charles une loi de ménager le roi des Lombards dont le concours pouvait lui être utile. En effet, l'attitude menaçante de Luitprand, allié de Charles, arrêta en 759 la dernière invasion des Sarrasins, qui déjà s'étaient emparés d'un grand nombre de villes dans le midi des Gaules. Ceux-ci, apprenant que le roi des Lombards faisait marcher contre eux toute son armée, abandonnèrent en toute hâte leur conquête, et Charles se remit en possession de la Provence. Aussi, bien que les légats du pape fussent reçus avec les plus grands honneurs à la cour des princes francs, les instances réitérées de Grégoire III, ses supplications mêlées à la fin d'une certaine amertume, ne purent décider Charles à lui accorder le secours qu'il demandait.

Cependant les Lombards ne cessaient de faire des progrès vers Rome; leur roi Astolphe s'était emparé de l'exarchat de Ravenne, et enfin il vint mettre le siège devant cette capitale tant convoitée. . Le pape Etienne s'enfuit et alla chercher un refuge auprès du nouveau roi des Francs, Pépin, qui devait en partie sa couronne à l'intervention morale de son prédécesseur Zacharie. Etienne s'empressa de lui donner solennellement une nouvelle consécration. Les Sarrasins étaient définitivement expulsés. Cet

tf LES FRANCS PROTECTEURS

intérêt politique n'existant plus, Pépin reste sourd aux protestations d'Astolphe, et prête l'oreille aux prières du pape et plus encore à ses séduisantes promesses. Il passe les Alpes, bat les Lombards, reprend sur eux l'exarchat de Ravenne, et, au lieu de le restituer à l'empereur d'Orient qui le réclamait, il en investit le pape et la république romaine. Quant à lui, il se contente de la dignité de patrice que lui avait conférée Etienne, et qui transportait sur sa tête le droit de haute suie* raineté qui, auparavant, appartenait à l'empereur.

L'année suivante, une nouvelle entreprise des Lombards jette l'effroi dans Rome, et cette fois encore les Français accourent, arrachent aux Lombards les pro* vinçes qu'ils ont reprises et remettent le pape en pas* session de l'exarchat et de la pentapole.

C'en était fait du royaume des Lombards. Tant que leurs princes eurent en face d'eux les débiles représentants du pouvoir impérial prêt à s'éteindre sur l'Occident, et l'autorité purement morale des papes, ils purent conserver l'espoir de consolider leur conquête en asseyant leur royaume sur la capitale de l'Italie. L'arrivée des Francs dans la Péninsule, leur protectorat sur Rome, l'investiture qui leur était faite du patriciat, mettaient tin à ces projets et condamnaient cet établissement bâtard à une ruine prochaine.

Pendant quelques années encore les rois lombards essayèrent de lutter, et môme plusieurs fois prirent l'offensive contre les papes. Didier poussa l'audace jusqu'à placer de vive force sur le trône pontifical un

certain Philippus qu'il avait tiré d'un cloître. Son intrigue fut déjouée par le primicier Christophorus, qui fit élire Etienne III. En vain Didier, afin d'enlever au pape la protection des Francs, donne-t-il sa fille pour épouse à Charlemagne; en vain, se fiant sur cette alliance, s'empare-t-il par les armes de Comacchio, Fpema et Ferrare; en vain, déçu dans sa dernière espérance et indigné contre son gendre qui avait dédaigneusement répudié sa femme Hermengarde, marchet-jl sur Rome, dans le double but d'y imposer son protectorat et de faire sacrer les neveux de Charlemagne, que celui-ci avait exclus du trône, à la mort de leur père Carloman; ces démonstrations belliqueuses ne firent que précipiter sa chute.

Le pape Adrien n'eut pas de peine à décider l'intervention de Charles. Ce prince arrive, bat les Lombards, traverse l'Italie en triomphateur, puis, poursuivant son ennemi dans ses derniers retranchements, lui prend Pavie et Vérone, ne laisse à Didier d'autre ressource que d'aller s'ensevelir dans un monastère* et se proclame roi d'Italie. Quelques années après, il revint pour consolider sa conquête et dompter les ducs rebelles qui, en son absence, avaient tenté de secouer le joug. Puis, en 780, voulant donner au nouveau royaume une sorte d'autonomie nationale, il le détacha de son empire^ et fit poser par le pape Adrien la couronne d'Italie sur la tête de son fils Pépin.

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