LES FRANCS PROTECTEURS
Bien des historiens ont vu dans cette révolution un événement heureux pour la Péninsule. Ces Francs, dont l'irruption frappa d'abord de terreur les peuples italiens qui les considéraient comme les plus redoutables des barbares, étaient, en réalité, pour eux des libérateurs. Les Latins et les Lombards étaient restés en présence les uns des autres sans jamais se mêler et se confondre; ce contact forcé pendant une occupation de deux siècles n'avait fait qu'accumuler des haines implacables entre la race opprimée et la race conquérante. Les Lombards, ne jugeant les Italiens que par leurs vices, fruits d'une civilisation en décadence, au lieu de relever et de retremper cette race, l'accablaient de leur mépris. Au dire de l'historien Luitprand, la plus grave injure qu'un Lombard pût adresser à son ennemi, c'était de l'appeler romain; il entendait résumer dans ce mot toutes les ignominies, la lâcheté, l'avarice, la perfidie, la corruption des mœurs.
Mais le plus grand obstacle entre les deux peuples, c'était la religion. Le mélange eût fini par s'opérer, si l'hérésie, qui se perpétua chez les vainqueurs, n'eût rendu les alliances impossibles. Les Italiens, opprimés et méprisés, vivant comme des étrangers dans le royaume, ne retirant aucun avantage de la prospérité croissante des Lombards et de la gloire qu'ils acquéraient par les armes, tombaient chaque jour plus bas dans la misère et la dégradation ; et la race menaçait