L'ŒUVRE ANTINATIONALE
juste; mais cette œuvre n'a rien de commun avec le rétablissement de l'empire romain.
Charlemagne, simple roi de France et protecteur des autres peuples chrétiens, eût mieux encore rempli cette Haute mission civilisatrice, sans préjudice des nationalités, car, à sa mort, au lieu de l'anarchie épouvantable qui recommence, on aurait vu chaque groupe national en voie de formation continuera se développer. Mais Charlemagne fut entièrement dépourvu du sentiment national. Comprenant l'unité du monde à la manière des Césars de l'ancienne Rome, il enraya, parla reconstruction de l'Empire, les tendances nationales chez les divers peuples.
C'est une grave erreur de croire qu'il ait donné la moindre fixité et la moindre consistance aux éléments nationaux. La tendance qu'il a favorisée, assurément satis en avoir la conscience, c'est, nous l'avons déjà dit, la tendance féodale, qui est la contradiction de la tendance nationale.
Charlemagne, quelque service qu'il ait rendu à la civilisation en se faisant l'apôtre armé de l'idée chrétienne, fit donc plus que neutraliser les bons effets de cette mission supérieure, en rétablissant la vieille unité impériale au préjudice des nationalités.
La France fut la première à subir les conséquences de cette faute capitale. On le vit bien aux déchirements
DE CHARLEWAGNE.' 75
qui suivirent la mort du grand empereur. Ses enfants n'eurent qu'une pensée: se disputer l'empire, et, dans les premiers et nombreux partages qui s'accomplirent,1 toujours précédés et suivis de guerres dévastatrices, le principe des nationalités fut entièrement étranger aux motifs qui fixaient et modifiaient sans cesse les limites entre lès États des divers princes.' '
Cependant ces divisions arbitraires, qui groupaient les peuples au gré des convenances et de l'ariibitiorf des prétendants, sans souci de leur origine, de leurs langues, dé leurs affinités naturelles, révoltaient le seittiment infime des populations, et, en elles, se réveillait la conscience bien ' vague encore d'un autre dMt et d'autres destinées. •
Quand Louis le Débonnaire, sentant sa fin prochaine, et voulant fixer le sort de ses fils si souvent rebellés, fit deiix grandes parts de ses États en faveur de Lothaire et de Charles , ces arrangements arrêtés dans le traité de Worms lurent accueillis par un sentiment universel de réprobation ; des révoltes éclatèrent de tous côtés, et le mouvertidnt spontané qui dirigeait les sympathies des peuples vers les divers princes, des Allemands vers Louis le Germanique, des Italiens vers Lothaire, des Austrasiensfef des Neust riens vers Charles, etc., montrèrent manifestement qu'un in-' stinct mystérieux tendait à substituer aux partages artificiels des divisions plus naturelles et plus légitimes.
Mais cet instinct, si réel au fond, était .dominé par l'idée de l'Empire universel. Tous ces peuples encore