USURPATIONS POLITIQUES DU CLERGÉ
vices rendus par le premier et des dispositions reconnaissantes du second !
Non, ce n'était pas là une conséquence légitime et désirable. Autre chose est l'intervention paternelle des évoques pour défendre le faible contre le fort et faire triompher les principes de droit et de justice dans ces sociétés barbares du moyen âge; autre chose est l'absorption, dans les mains du clergé, d'une grande partie des richesses des peuples , et la transformation du prêtre de Jésus-Christ en un souverain politique. Autant la tutelle des évoques fut légitime, bonne, efficace, autant les donations des princes et les usurpations politiques du clergé furent funestes. Confondre les deux choses, c'est confondre le droit avec l'abus du droit, le service rendu avec la spoliation.
Nous savons ce qu'on a l'habitude d'objecter : c'est, d'une part, que le clergé croyait cette position temporelle et ces richesses indispensables pour exercer sa bienfaisante tutelle ; et, d'autre part, que les peuples et les princes le sentaient si bien, que c'est précisément en vue de cette tutelle et pour en faciliter l'exercice qu'ils comblèrent le clergé de leurs libéralités.
Nous ne voulons contester ni la foi naïve des peuples et des princes, ni les bonnes intentions des évoques; nous ne contestons pas davantage la confusion qui s'opérait tout naturellement, dans l'esprit des uns et des autres, au sujet de cette tutelle du clergé et des conséquences quelle devait entraîner. Mais, ce qu'une
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saine philosophie de l'histoire nous autorise à affirmer, c'est qu'en réalité les donations faites aux souverains pontifes, aux évoques, aux congrégations religieuses, ne tardèrent pas à dénaturer les caractères de cette tutelle politique, irréprochable à l'origine; ces donations furent la cause d'alliances intimes et adultères entre les deux puissances que le Christ avait distinguées; elles firent de la religion un instrument de domination entre les mains des princes, et bientôt le clergé, tout entier à son rôle secondaire, perdit le sentiment de sa mission évangélique : les intérêts de la terre lui firent oublier ceux du ciel.
Rien, dans l'histoire, n'est plus frappant que l'effet rapide de ces donations.
On n'a pas oublié ce fait caractéristique, c'est que les papes, tant qu'ils n'ont eu qu'une tutelle morale sur les provinces romaines, ont été bénis et respectés. On a vu les Barbares envahisseurs, Goths, Lombards, Hongrois, Sarrasins, s'arrêter devant la majesté du saint-siége. Tandis que tout croulait autour d'elle, la ville éternelle était sauvée par la papauté.
Et, chose remarquable, durant cette crise suprême où la papauté et, par elle, l'Italie orthodoxe ont sauvé la civilisation, il n'y avait pas de papauté temporelle, comme on l'entend aujourd'hui, c'est-à-dire des États pontificaux. C'est le pontificat désarmé qui a rendu ce
itô PROSPÉRITÉ MATÉRIELLE DU CLERGÉ.
grand service au monde. S'il faut en juger par la faiblesse et l'impuissance où sont tombés les papes depuis les trop fameuses donations , la chaire apostolique , devenue un simple trône italien, eût été engloutie sous les flots de l'invasion barbare. Les papes, simples chefs spirituels , furent tout-puissants parce qu'ils furent presque tous des saints, et ils furent des saints parce que nul intérêt humain ne les détournait de leur grande mission providentielle*
Dès qu'il y eut au monde une cour romaine, un pape-prince temporel, des cardinaux administrateurs, financiers, diplomates, chefs militaires, tout changea de face. Le trône pontifical devint la proie des ambitieux, le sacerdoce fut avili, la corruption s'étendit comme une lèpre sur le clergé italien, puis, de proche en proche, sur le clergé, de toutes les provinces.
Et le mal ne vint pas seulement de l'exemple de la cour de Rome. Les libéralités des princes ne s'étaient pas arrêtées à l'Église romaine ; elles s'étaient généralisées au profit de toutes les Églises. Elles devinrent comme une mode, un entraînement universel. Pépin et Charlemagne, qui ouvrirent cette voie funeste, ne jetèrent pas seulement, par leurs largesses, les fondements de la puissance temporelle des papes; ils enrichirent également l'archevêché de Ravenne, l'archevêché de Milan et les monastères. Après eux, ces largesses se multiplièrent dans des proportions effrayantes. Il semblait, tant ce mouvement était irrésistible, que toutes les richesses de l'univers allaient: