PROSPÉRITÉ MATÉRIELLE DU CLERGÉ
passer dans les mains des ministres de celui qui avait dit : Mon royaume n'est pas de ce monde.
L'ignorance de ces temps barbares opérait une telle confusion entre les choses du ciel et les choses de la terre, qu'on en vint à penser que le meilleur moyen de s'assurer les faveurs du ciel, c'était d'enrichir ses ministres. En ce moment où les mœurs étaient aussi brutales et violentes que la foi était vive, on s'habitua donc, tout en s'abandonnant à ses passions et à ses fureurs, à racheter ses fautes et ses crimes par des libéralités en faveur du clergé. Tous les successeurs de Pépin et de Charlemagne sur le Irône d'Italie imitèrent leur exemple. Tous les barons et seigneurs firent de même.
Le clergé, au lieu de réagir contre ce courant, entretenait ces dispositions des fidèles, qui, peu à peu, étendaient sa domination sur les villes, sur les campagnes, et devaient finir, à la longue, par le rendre maître du sol presque tout entier. Déjà avant le douzième siècle ces libéralités s'étaient tellement multipliées, qu'il reste, dit un écrivain, un plus grand nombre de chartes de donations faites aux églises que de toutes les autres espèces de contrats réunis, et que, lorsque Othon le Grand entra en Italie, tandis que les grands fiefs laïques étaient éteints ou divisés, les villes les plus populeuses et les plus riches étaient possédées par le clergé.