‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 64 sur 184 · ÉLÉMENTS DU PROBLÈME MODERNE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DU PROBLÈME MODERNE

l'intelligence de ces luttes, il faut se pénétrer de la distinction que nous venons d'établir :

Le pape représente la révolution et la liberté, en tant qu'il est le chef de cette religion toute d amour et de fraternité qui est venue pour affranchir les hommes et faire régner la justice sur la terre. Le drapeau guelfe est ainsi le drapeau de la liberté et du droit.

L'empereur représente à son tour la liberté, c'està-dire les droits de la société temporelle contre le pape se faisant théocraie. Alors le drapeau gibelin est le drapeau de la révolution et du droit.

Le drapeau de la révolution et de la liberté oscille ainsi d'un camp dans l'autre, et c'est pourquoi l'histoire nous montre les grands révolutionnaires, tantôt avec le pape, tantôt avec l'empereur.

L'intervention de la papauté et de l'empire dans toutes les révolutions sociales et politiques de l'Italie a donné à ces révolutions une physionomie particulière, indépendamment du caractère qui résultait de leur objet immédiat. En d'autres termes, chaque lutte, tout en conservant le cachet spécial qui tenait à l'intérêt social directement en jeu, était compliquée du conflit éternel entre la papauté et l'empire.

A chaque question sociale nouvelle que fait surgir le mouvement naturel de la civilisation, les deux puissances rivales sont toujours là, mêlées à la lutte : l'un

des partis s'appuyant sur la papauté, l'autre sur l'empire ; et un phénomène fatal résulte chaque fois de cette complication apportée au débat, c'est que la question sociale subit le sort de la question du sacerdoce et de l'empire. Celle-ci restant sans issue, la question sociale ne peut aboutir à une solution nationale.

La lutte, au fond, aura beau changer d objet, elle ne pourra se terminer par la fusion des deux partis antagonistes ou par l'absorption de l'un dans l'autre, parce que, jouets d'une incurable illusion, ils cherchent leur point d'appui sur deux termes contradictoires et irréconciliables, de sorte que l'Italie semble condamnée à une éternelle anarchie.

Bien que le caractère de. l'intervention du pape et de l'empereur dans les révolutions italiennes ait varié à l'infini, suivant les circonstances, suivant l'objet immédiat de la question sociale qui se débattait entre les villes rivales ou entre les partis d'une même ville, suivant les alliances formées entre l'empereur et le pape, etc., on peut diviser l'histoire des luttes italiennes, par rapport au rôle qu'y joua cette double question du sacerdoce et de l'empire, en deux périodes très-distinctes:

La première période va jusqu'au treizième siècle.

La seconde, qui commence à cette époque, est celle où les partis en lutte ne sont plus désignés dans l'histoire que sous les noms de guelfes et de gibelins.

Ce qui caractérise la première période, c'est que ce

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