CHAPITRE II
Les dernières conséquences de la révolution épiscopale avaient été de faire passer tous les pouvoirs dans les mains de Tévêque. L'évoque était devenu le gouvernement tout entier. C'était la théocratie réalisée dans la commune.
Mais nul peuple ne répugne plus à ce régime que le peuple italien. II a trop l'instinct de la mesure, de la pondération des forces et de l'équilibre des pouvoirs, pour qu'il subît longtemps un régime où l'élément laïque était entièrement sacrifié à l'élément clérical, où toute la vie et l'activité sociales s'étaient pour ainsi dire renfermées dans l'église. Cet état de choses ne pouvait être que transitoire. Il se manifesta bientôt un
besoin général de sortir du temple et de transporter de nouveau le mouvement des affaires publiques dans le petit forum municipal.
D'ailleurs, tous les intérêts séculiers, c'est-à-dire se rapportant au négoce et à l'industrie, se sentaient imparfaitement représentés et très-mal protégés par l'homme de la prière, que ses fonctions élevaient audessus des choses du temps. Ces intérêts, qui avaient reçu une première et vive impulsion par le mouvement de la commune contre le despotisme féodal du comte, devaient tendre à briser le nouveau cadre épiscopal. Une révolution était donc inévitable.
Cette fois, elle sera opérée par des organes de la société laïque, et les forces en voie de s'émanciper se grouperont autour des anciens représentants de la commune, appelés d'abord sculdahis, scàbini, redores loti, puis connus sous le nom de consuls. Ce sera en même temps un développement social de la vie communale et la sécularisation du gouvernement.
Mais, pour se faire une juste idée de ce mouvement, quelques courtes explications sont nécessaires sur la composition de la commune italienne à celte époque, et sur le rôle primitif de ces agents consulaires.
On sait que la société féodale, comme le mot l'indique, reposait tout entière sur la propriété du sol.