LÀ COMMUNE PRIMITIVE
tion, les vicomtes, qui rendaient la justice en leur nom; eurent aussi autour de leur personne un conseil analogue.
Ce conseil, dans le premier comme dans le second cas, était composé de notables pris parmi les hommes libres, et ses justiciables, c'étaient les citoyens propre* ment dits.
Quant à la vile multitude, à la masse des artisans, qui n'avait pas d'existence juridique, qui était en dehors de la hiérarchie sociale, dont les membres ne vivaient et ne comptaient dans la commune que comme des accessions ou du comte, ou de l'évêque, ou d'un gentilhomme, elle n'était protégée qu'au nom et dans la personne de ces quelques privilégiés qui disaient des individus attachés à leur titre seigneurial : mes hommes.
Cependant cette multitude sans droits officiels avait une foule d'intérêts concernant les divers métiers, le négoce, qui donnaient lieu à une infinité de transac* tions, de contestations et de procès. Le comte et son conseil ne descendaient pas de leur sphère supérieure à ces affaires de la plèbe. L'eussent-ils voulu, ils n'auraient pu y suffire.
C'est ce qui donna lieu à la création des sculdahiâ ou scabini (échevins en France), magistrats locaux et inférieurs, ou plutôt hommes d'affaires et commis, à
la fois juges et tabellions, sans aucun rôle politique. Et encore ces magistrats inférieurs étaient-ils élus annuellement, non par la multitude, mais par le peuple, c'est-à-dire par les quelques familles aristocratiques formant la classe des citoyens.
Ce qui jette une grande confusion sur le rôle primitif de ces magistrats inférieurs, c'est que souvent les mêmes hommes, réputés pour leur science juridique, étaient à la fois membres du conseil attaché à la personne du comte ou de Tévéque, et chargés des fonctions plus modestes de scabini au milieu des artisans. De là vient que, parmi les historiens modernes, les uns, tels que Sismondi, désignent ces magistrats comme formant le conseil du comte et représentant la bourgeoisie, tandis que d'autres, comme M. de Cherrier, distinguent les conseillers du comte des magistrats inférieurs, scabini, qui réglaient les affaires civiles de peu d'importance.
Il ne faut pas s'étonner de voir les comtes et les évêques forcés d'aller recruter les membres de leur conseil parmi ces agents d'affaires originairement de condition si modeste. Ce n'était pas dans les rangs de l'aristocratie ignorante et grossière qu'on aurait trouvé des hommes versés dans la connaissance des lois et des coutumes locales. On ne s'imagine pas combien était ardue et compliquée la science du droit à celte époque.
Les invasions successives avaient laissé dans tout l'empire, et particulièrement en Italie, une variété sin-