LA GUERRE AUX CHÂTEAUX
Mais, si la féodalité était vaincue dans les villes, elle ne Tétait pas dans la campagne. Les seigneurs tenaient toujours sous le joug les populations rurales, et ils semblaient, derrière les murs de leurs châteaux, défier la bourgeoisie de la cité. La situation n'était pas tenable pour la commune. Ses rapports quotidiens avec les cultivateurs ne pouvaient s'accommoder des habitudes oppressives et de la rapacité des châtelains. La force expansivc de la révolution rencontrant cet obstacle, un choc violent s'ensuivit, et une lutte acharnée s'engagea partout entre la bourgeoisie des villes el les seigneurs féodaux*
Tout assurait la victoire aux communes sur les châteaux» Si, dans les villes, un progrès constant unissait de plus en plus toutes les forces sociales et solidarisait les intérêts, dans les campagnes un principe de dissolution minait incessamment la hiérarchie féodale. Les gentilshommes campagnards étaient toujours en guerre les Uns avec les autres. De plus, les seigneurs de rang inférieur, les vavasseurs, étaient en révolte continuelle contre les seigneurs leurs suze» rains.
. Cette lutte étant devenue générale, les petits seigneurs se concertèrent entre eux, unirent leurs forces, et Tannée 1026, l'Italie fut le théâtre d'une guerre
GUERRE DES VAYASSEURS. 259
sanglante et restée célèbre sous le nom de guerre des vavasseurs.
En même temps, les serfs supportaient impatiemment l'oppression de leurs maîtres. Le contre-coup des révolutions communales ébranlait profondément ces populations attachées à la glèbe; à chaque conquête nouvelle de la cité, le rustique travailleur relevait son front humide, rêvait de liberté et osait regarder en face d'un œil menaçant lés murs crénelés du château. Enfin, quand les cœurs se sentirent battre à l'unisson, un soulèvement formidable eut lieu.
Les serfs, dans cette guerre contre les seigneurs, eurent pour auxiliaires les derniers des gentilshommes dans la hiérarchie féodale ; c'étaient les tiavassins ou vassaux des gentilshommes, sortes de tenanciers militaires. D'un bout de l'Italie à l'autre, un cri immense demandait Un affranchissement général.
Les campagnes étaient donc agitées en tous sens : guerre des petits seigneurs entre eux, guerre des vavasseurs contre les seigneurs suzerains, guerre des vavassins contre les gentilshommes, guerre des serfs contre les châteaux. Le désordre devenait effrayant; les terres restaient sans culture ; les souffrances étaient trop grandes et la situation trop tendue pour qu'une trêve ne se fit pas d'elle-même.
La lassitude générale opéra ce que n'avaient pu