‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 87 sur 184 · LE PODESTAT · texte numérisé non relu

LE PODESTAT

Pour se faire une idée de cette magistrature et de la situation à laquelle elle répondait, il faut se représenter deux camps en présence, ayant déposé momentanément leurs armes mais non leurs inimitiés, puis élisant d'un commun accord un arbitre chargé de juger les différends qui s'élèveront entre les membres des deux armées, à l'occasion de leurs rapports de toute nature pendant la durée de la trêve. Tant que l'armistice se continue et que rien de grave ne survient entre les deux armées, la fonction du magistrat commun reste possible. Mais supposez qu'un choc violent ravive les haines et replace les deux camps en élat d'hostilité ouverte, l'arbitre nommé pour la trêve disparaît à l'instant même.

Ainsi en était-il du podestat. Tant que les deux partis vivaient, sinon en bonne intelligence, du moins sans guerre déclarée, dans la cité, le dictateur commun conservait son autorité. Quand la lutte s'engageait de nouveau, quand les partis se reformaient en deux camps prêts à combattre, le magistrat commun n'avait plus sa raison d'être ; chaque parti choisissait son podestat ; et, quand le résultat de la bataille était l'expulsion de tout le parti vaincu, celui-ci allait se réfugier et se reconstituer dans quelque cité amie, c'est-à-dire où le même parti était en ce moment le parti triomphant ; car les mêmes oscillations se produisaient dans toutes les villes italiennes. Là, les proscrits élisaient un podestat et attendaient, avec l'espoir de prendre bientôt leur revanche.

Page 1