‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 88 sur 184 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES GUERRES MUMCtPALES.

Pendant que cette lutte de* citoyens contre les privilégiés du régime féodal déchirait le sein de chaque cité, des guerres plus générales et non moins san* glantes faisaient de l'Italie entière un vaste champ de bataille. La même question qui divisait la cité en deux partis mettait aux prises les villes entre elles*

Toutes les villes italiennes, en effet, ne firent pas leurs révolutions juste au même moment. Il y eut des villes retardataires, et même quelques-unes qui s'obstinaient fa résister au mouvement émancipateur. Alors des guerres acharnées s'engageaient entre les villes en avance et les villes en retard.

Ainsi la révolution des consuls, qui fut la sécula-

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risation du gouvernement de la cité et le complément de la révolution des évéques contre les comtes féodaux, eut pour conséquence inévitable d'allumer la guerre entre les villes consulaires et les villes militaires, c'est* à dire celles où le pouvoir du comte subsistait encore.

Il en fut de même à la suite de la révolution qui ab* sorba dans la classe des citoyens les châtelains de la campagne. Entre ces cités qui avaient fait une conquête nouvelle sur la barbarie féodale et les villes attardées s'engagèrent des luttes sans fin.

Le podestat, ce dictateur dont le pouvoir planait audessus des deux partis qui divisaient la cité, s'il put un moment apaiser, pacifier les inimitiés intestines et suspendre la guerre au sein de la commune, le podestat fut sans action sur le sort général de l'Italie, oû les guerres municipales semblaient être devenues l'état chronique de ce .malheureux pays.

Ainsi l'Italie était simultanément déchirée par une double guerre sociale : guerre au sein de la cité entre les privilégiés qui se défendent et les déshérités qui réclament leur place au soleil ; guerre entre les cités, les unes en avance dans ce mouvement social, les autres en retard.

Jamais l'histoire, même aux périodes les plus agitées et les plus sanglantes, n'a otfcrt le spectacle de pareils déchirements. Décrire ces luttes qui se croi-

sent, qui s'entrechoquent, qui toujours s'alimentent de leurs propres fureurs, autant vaudrait décrire les tempêtes de l'Océan. Le tableau qu'en font les historiens vous donne le vertige. On dirait, non pas un champ d'épreuve où s'opère le travail d'enfantement d'une nation, mais un sol volcanique où chaque point est un cratère incandescent.

C'est en même temps l'époque des grandes ligues entre les républiques italiennes contre la domination étrangère ; efforts gigantesques qui révèlent, dans les profondeurs de cette merbouleverséej une âme nationale. Il semble qu'au sein de cette épouvantable anarchie, des alliances d'abord provoquées par le besoin de la défense commune, cimentées ensuite par le sentiment d'intérêts identiques et par d'unanimes aspirations patriotiques, vont engendrer au moins l'embryon vivace d'une nation homogène.

Partout ailleurs ce résultat serait certain. En Italie, l'empire et la papauté sont là. N'attendez pas un résultat national.

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