PROTECTION HYPOCRITE DE L'EMPEREUR
que aux princes, et les despotes ne sont pas les moins ingénieux à en imaginer. Que d'immolations l'histoire ne montre-t-elle pas sous le voile de la plus paternelle sollicitude 1 Et l'histoire de l'Italie, qu'est-elle donc, si ce n est l'histoire d'un peuple éternellement protégé, c'est-à-dire éternellement immolé par le pape et par l'empereur?
Oui certes, l'empereur, en sa qualité de modérateur suprême, a la prétention d'arrêter les luttes quand il lui plaît, de les diriger, de les modérer à son gré; . mais c'est dans l'intérêt exclusif de son autorité, et non pour donner la paix à l'Italie : que la lutte se prolonge éternellement, qu'une sorte d'équilibre négatif entre les forces rivales perpétue l'anarchie en empêchant le triomphe définitif d'aucun parti ; et surtout qu'aucune cité, s'élevant au-dessus des autres en gloire et en influence par une série de victoires et 'd'absorptions successives, ne menace de devenir un centre national.
Si un fait aussi grave naît des événements, c'est alors que l'empereur feindra d'étendre sur la malheureuse Italie sa main protectrice. Il soutiendra les villes secondaires contre la future capitale ; il rasera, s'il le faut, l'orgueilleuse cité, comme on en vit un terrible exemple Tan 1162, où Milan fut détruite de fond en comble.
Les faibles protégés croiront à cette haute tutelle. Mais était-ce bien le sort de l'Italie qui était menacé par ces guerres exterminatrices entre les villes éman-
cipées et les villes féodales? Non, ces guerres auraient eu au contraire un résultat national. C'est l'autorité seule de l'empereur qu'elles mettent en péril, et c'est le seul motif qui détermine son intervention prétendue modératrice.
Quand Frédéric Barberousse descendit en Italie, au milieu des premières guerres municipales qui suivirent la révolution des consuls, il n'eut pas d'autre pensée : arrêter au début l'essor national que ce choc terrible des cités italiennes pouvait donner à la péninsule. Ce prince venait à peine d'être élevé à l'empire, lorsque les villes en guerre avec Milan implorèrent son assistance. « Le parti de Pavie était évidemment le plus faible ; et le roi d'Allemagne, appelé à choisir entre les deux ligues, se détermina en faveur de celle qui ne pouvait se soutenir sans lui, afin de rester toujours maître de l'opprimer ensuite; sentant bien que, s'il secondait les Milanais, ceux-ci n'auraient bientôt plus besoin de son assistance1. »
Il arrive donc, persuadé qu'il va parler en maître, qu'il fera la loi à ces cités en ébullition, qu'il lui suffira de dire à Tune : Ta puissance est assez grande; il est temps de mettre un terme à ton ambition ; et à toutes : Vivez en paix, chacune dans voire sphère; ne troublez pas votre prospérité intérieure en vous groupant, en contractant des alliances qui partagent l'Italie en deux camps et rendent les haines plus implacables.
1 Sismondi. 1. 1, p. 328.