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LA LIGUE LOMBARDE

Mais nul ne commande aux flots soulevés. Les cités italiennes rebondissent contre Barberpusse; elles forment entre elles une ligue formidable. Non pas qu'elles contestent le principe du Saint-Empire. Qui est-ce qui en aurait eu l'idée en ce temps-là? Mais elles ne veulent pas être arrêtées dans leur activité expansive. Sans se rendre compte du résultat national qui peut sortir de leurs luttes intestines, elles sentent instinctivement que la haute tutelle qui prétend les diriger et les modérer est une force paralysante. Elles aimeraient mieux vivre au milieu de perpétuels déchirements que d'acheter une prospérité matérielle et une paix négative au prix de leurs ambitions respectives, de leurs rêves et même de leurs rivalités qui entretiennent l'émulation et la vie.

L'Italie est toujours la terre des surprises : on la croit morcelée en mille pièces; un puissant empereur a brisé le faisceau fédéral prêt à se former ; dans la fameuse diète de Roncaglia, il a rappelé aux peuples terrifiés les droits de l'empire ; il a anéanti la fière cité républicaine qui était l'âme de la révolution, et les Milanais dispersés portent partout le témoignage de cette grande humiliation nationale. Soudain, voilà l'Italie qui se lève comme un seul homme ; la ligue lombarde jette un suprême défi à l'empereur; Milan est reconstruite, puis une nouvelle ville,

Alexandrie, s'élève comme par miracle. Les confédérés, dans un élan d'enthousiasme, s'engagent par serment à chasser l'empereur, et ils tiendront parole.

L'histoire de ce peuple est pleine de ces réveils inattendus. Et le dernier de tous, celui qui vient d'éclater après un sommeil de trois siècles, ne devait pas être le moins merveilleux. Ceux qui ont mis le pied sur cette terre pour la délivrer de la domination étrangère, ont cru lajtrouver divisée en une multitude d'États rivaux, en une foule de partis irréconciliables. 0 surprise I voilà ces rivalités éteintes, voilà ces partis réconciliés ; il n'y a plus qu'un vœu dans tous les cœurs, il n'y a plus qu'une âme italienne.

Ces révélations imprévues ne font jamais le compte des Césars. Leur suprématie, ce qu'ils appellent leur tutelle, a peu de prise sur une famille nationale unie, compacte, s'affirmant elle-même dans son indépendance et dans sa dignité. Elle est plus à l'aise au milieu des rivalités anarchiques. Des populations divisées entre elles sont aux pieds de tout protecteur dont les paroles conciliatrices sont accompagnées d'une force armée imposante. Il ne faut donc pas s'étonner si les princes, arrivés d'abord en libérateurs, sentent leur zèle se refroidir, lorsque, au lieu des divisionsjqu* ils supposaient, ils trouvent une volonté nationale unanime dans le but qu'elle veut atteindre et sûre d'ellemême.

N'aurait-on pas là le secret de certaines déterminations subites qui ont naguère arrêté une armée

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