LA PAIX DE CONSTANCE
victorieuse au milieu de sa course, et causé un étonnement pénible dans toute l'Europe libérale, en supprimant d'un trait de plume la moitié d'un programme qui avait promis solennellement la délivrance de l'Italie tout entière ?
Quoi qu'il en soit de l'histoire moderne, l'empereur Barberousse, furieux de la résistance qu'il rencontre, veut à tout prix dissoudre la ligue lombarde. Cinq fois il renouvelle sa tentative, et toujours il échoue. A sa cinquième attaque, le 29 mai 1176, il est mis en complète déroute dans les plaines de Lignano. C'était la septième armée formidable que Frédéric Ier, dans l'espace de vingt-deux années, avait jetée en Italie.
Après une trêve de six ans, signée à Venise en 1177, dans cette mémorable entrevue où Barberousse, réconcilié avec le pape Alexandre III, tint l'étrier au Saint-Père, la paix de Constance (1183) mit fin à la guerre de l'empereur contre la ligue lombarde.
Cet événement était à lui seul tout une grande révolution : l'empereur, en traitant directement avec la ligue lombarde , reconnaît au sein de l'empire une confédération armée, distincte de l'organisation impériale, ayant un but et des intérêts différents de ceux de l'empereur.
On sait que le motif qui donna naissance à la ligue,
ce fut la volonté de s'opposer à l'intervention de l'empereur, dans les querelles qui avaient armé les unes contre les autres les villes émancipées et les villes en retard. Au lieu de subir ses prétentions au rôle de juge suprême de ces différends, les villes lombardes veulent être maîtresses de vider leurs querelles comme elles l'entendent.
Dans la diète de Roncaglia, qui mit fin à la seconde expédition de Barberousse en Italie, Tannée 1158, le droit de guerre privée avait élé enlevé aux villes. « Dans la même diète, on porta sur le maintien de la paix une loi non moins contraire aux prérogatives des cités. Elle leur enlevait, aussi bien qu'aux ducs, marquis, comtes, capitaines et vavasseurs, le droit de guerre et de paix dont elles avaient joui depuis longtemps1. »
La paix de Constance, en consacrant le triomphe de la ligue, restituait aux villes italiennes ce droit de décider de la paix et de la guerre que leur avait dénié la diète de Roncaglia.
Assurément, cette ligue, formée uniquement pour la guerre, était très-loin d'une confédération nationale; mais,. en tant qu'elle affirmait et maintenait, en face de l'empire, le droit des républiques italiennes de régler entre elles pacifiquement ou par les armes leurs contestations politiques ou sociales, la ligue reconnue par le traité de Constance était une conquête nationale.
1 Sismondi, 1. 1, p. 361.