L'ESPRIT DE LÀ RÉFORME
TEmpire. Au lieu d'affranchir Tâme dans le citoyen, ils la réduisaient plus que jamais en servitude ; ils rétrogradaient jusqu'au paganisme.
Mais, au fond, il n est pas moins vrai que ce mouvement était une aspiration des peuples vers la liberté* On se méprenait sur le point de la difficulté, sur le problème à résoudre ; on croyait s'affranchir en rompant Funité religieuse, tandis que la révolution eût dû se borner à une seule conquête, mais celle-là radicale: exclure à toul jamais le clergé du gouvernement des choses temporelles.
Voilà le véritable terrain sur lequel les réformateurs auraient dû se placer, s'ils avaient su distinguer dans Fœuvre du christianisme le côté religieux proprement dit et le côté sociale Une fois dissipée cette confusion, d'où provenaient la plupart des abus dans l'ordre religieux, et les plus grands obstacles dans Tordre politique, la réforme se fût accomplie d'elle-même au sein de l'Église, et le mouvement social, libre enfin de recevoir son impulsion de la science, eût repris sa marche progressive.
Les révolutionnaires, les amis de la liberté, en portant leur revendication dans le domaine religieux, laissaient le débat sur le terrain où Tavait placé la théocratie; au lieu de résoudre la question, ils la compliquaient, ils augmentaient les malentendus ; aux dif-^ cultes sociales, déjà si graves, ils ajoutaient un prin-
* F. ci-dessus, 1. 1, p. 31 et suiv.
2iS LA CIVILISATION CHRÉTIENNE.
cipe de dissolulion qui allait diviser les âmes et perpétuer les guerres civiles.
On eût hésité peut-être ù jeter la division dans la famille chrétienne, si l'on se fût souvenu que c était en gardant cette unité de la doctrine évangélîque contre les hérésies des premiers siècles, que l'Église avait sauvé la civilisation.
II faut dire que, grâce à cet effort immense de l'Église contre la barbarie, dont le débordement menaçait de submerger l'Europe, grâce à Tinfluence du clergé qui, peu à peu, transforma les mœurs et les institutions par renseignement d'une même doctrine morale et sociale, le déchirement religieux du seizième siècle ne pouvait avoir les funestes conséquences sociales qu'aurait eues une pareille scission dans les premiers siècles.
En fait, une grande unité s'était réalisée dans le monde ; c'est-à-dire que les peuples étaient en possession d'un fonds commun de principes moraux et sociaux qui constituent la civilisation moderne. Qu'on oublie ou non que c'est en grande partie à l'Église qu on en est redevable^ ce patrimoine universel, enrichi et fécondé par les générations successives, est devenu un sol indestructible. C'est sur ce sol que sont assis les fondements de toutes les nations civilisées. On a eu